Une histoire de liberté by Crushounette
Summary:

Dans un monde où la magie et les traditions diffèrent, une jeune femme cherche son destin. Éprise de liberté dans une ville où elle ne peut être elle-même, Belle quittera tout pour réaliser son rêve, quitte à se mettre en danger. 

 

 

 

Mais rassurez-vous, ce n’est qu’une histoire de liberté.

 

 

 

Participation au concours d’Hazalhia : Première rencontre (On a échangé nos OC)


Categories: Fantastique Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 4 Completed: Non Word count: 7302 Read: 2917 Published: 15/09/2020 Updated: 24/09/2020
Story Notes:

Bonjour, bonsoir,

 

Voici ma participation au concours d'Hazalhia (on a échangé nos OC) sur le thème Première rencontre.

 

En espérant que cette histoire vous plaise, je vous souhaite bonne lecture :)

1. Chapitre 1 : La Lettre by Crushounette

2. Chapitre 2 : La Fuite by Crushounette

3. Chapitre 3 : La Voyante by Crushounette

4. Chapitre 4 : La Rencontre by Crushounette

Chapitre 1 : La Lettre by Crushounette
Author's Notes:

Voici le premier chapitre de ma participation au concours d'Hazalhia.

 

Bonne Lecture :)

Ombelline avait terminé sa dernière année d’étude, il était temps pour elle de se trouver un job pour pouvoir enfin quitter cette maison. Elle n’avait plus rien à apprendre de sa mère, question magie, elle la surpassait, grâce à son don, depuis quelques années déjà. Elle ne rêvait que d’une chose, rencontrer des gens comme elle et trouver un endroit où vivre en toute liberté. Bien sûr, elle avait ses sœurs, qui, comme elle, possédait le don de la magie, mais ce n’était pas la même chose. Ici, dans cette ville, dans ce quartier, elle n’avait pas le droit d’utiliser ses pouvoirs, ni même de les montrer. Pas que les non-magiciens en aient peur, simplement, c’était la tradition et elle ne devait pas être brisée.

La jeune femme soupira lourdement, rejetant ses longues boucles brunes en arrière. Quel beau rêve, pensa-t-elle cynique, pourtant, les rêves, c’était sa spécialité. Son don lui avait fait peur quand elle était plus jeune, voir les rêves des personnes endormis qui l’entouraient, ce pouvait être magnifique, comme terrifiant. Quand elle avait compris qu’elle pouvait les rendre réels, elle s’en était servie, pas toujours pour faire le bien, mais il fallait bien s’entraîner.

Ombelline se leva de son lit d’un geste las, du haut de son mètre soixante-quinze, elle ne pouvait tenir debout que dans une partie restreinte de sa chambre. Elle soupira encore. Sa fenêtre, grande ouverte sur la rue, laissait entendre les cris des enfants du quartier qui s’amusaient dehors. La chaleur alourdissait l’air d’heure en heure, mais les gamins ne semblaient pas impactés par la moiteur d’avant orage. Elle s’approcha de la vitre, contemplant le quartier qui l’avait vu grandir, n’espérant qu’une seule chose, qu’il ne la verrait pas y mourir.

Elle rajusta sa blouse immaculée qui laissait ses bras nus en cette période estivale, enfila un pantalon fluide kaki et chaussa ses sandales en cuir doré. Elle avait passé toute la journée dans sa chambre, trop maussade pour descendre et se sociabiliser, mais son estomac criait famine et si elle ne faisait pas acte de présence, elle était bonne pour une soufflante qu’elle n’oublierait pas de sitôt. Elle rejoignit donc sa mère à la cuisine, en train de s’affairer pour le dîner de ce soir. Des salades en tout genre remplissant plusieurs assiettes, étaient éparpillées sur l’îlot central, la jeune femme ne put résister et chaparda un morceau de poulet qui dépassait.

- Bonsoir, maman, dit la jeune femme en s’avançant.
- Bonsoir, chérie, tu daignes enfin te présenter à ta mère, souffla la vieille dame, espiègle.


Ombelline ne répondit pas, se contentant d’observer sa mère qui remuait énergiquement sa vinaigrette. Elle s’assit sur un des tabourets du comptoir, grignotant nerveusement l’ongle de son petit doigt. Elle ne savait pas comment lui annoncer, elle ne voulait pas partir comme une voleuse, mais lui avouer, à voix haute, son envie de fuir, lui semblait une montagne insurmontable. Elle savait pertinemment qu’elle lui ferait une peine monstre et ce n’était pas ce dont elle avait envie. Elle ne voulait pas voir sa mère s’effondrer, elle qui avait toujours parût si forte et si robuste. Elle savait le chagrin dont elle l’affligerait, elle avait déjà eu l’occasion de voir des larmes sur le visage de sa génitrice lorsque son frère aîné avait emménagé avec sa fiancée, quelques rues plus hauts. Alors savoir que sa fille comptait quitter définitivement la ville, ce n’était pas possible, ce serait trop pour elle. 


Elle piocha un autre morceau de poulet avant de se lever, embrassa sa mère sur la joue et finit par remonter dans sa chambre, à l’abri des regards, elle pourrait continuer à mettre au point son plan d’évasion. Elle se jeta sur le dessus-de-lit couvert de fleurs bleu et rose, son regard papillonnant à travers la pièce. Sa chambre était minuscule, un lit simple en bois sombre, une armoire près de la porte et une table sous la fenêtre avec une vielle chaise de bois branlante qui menaçait de s’effondrer chaque fois qu’elle s’asseyait dessus. 


Son bureau était toujours bien rangé, jamais une feuille ni un crayon ne dépassait, tout était toujours très bien ordonné. Pourtant, quelque chose n’allait pas, une sorte d’enveloppe, posée à l’arrache sur le plateau, tachait le décor. Elle était sûre que la missive ne se trouvait pas là avant qu’elle ne descende à la cuisine et ce n’était pas elle qui l’avait posé là de manière aussi négligée. Piquée par la curiosité, elle se leva doucement, s’approchant avec précaution de la table comme si un monstre risquait, à tout moment, d’en surgir.


Elle attrapa le document, soupesa le papier, c’était une belle enveloppe beige, avec des petites fioritures encadrant l’écriture souple et ronde qui dénonçait le destinataire.


Ombelline Lachapelle
Simulacre, quartier de Venefeci
Maison Lachapelle


Elle décacheta l’enveloppe et en sorti un papier à lettres tout aussi décoré, qu’elle du relire au moins trois fois pour être sûre de ne pas avoir rêvé. 


Mademoiselle Lachapelle, 
 
Nous sommes désolés de vous envoyer cette lettre si tardivement. Nous avons eu connaissance de votre don et souhaiterions vous intégrer lors de la prochaine session. 
 
Vos talents de chasseuse de rêves, parce que c’est ainsi que nous nommons les personnes de votre talent, nous intéresses fortement. 
 
Si vous souhaitez en savoir plus, nous vous attendons avec impatience à l’université de Nihila, pour un cursus accéléré.
 
Nos chaleureuses salutations.
 
Cordélia Furstenberg, Directrice.


Elle n’en revenait pas, était-ce une illusion, un coup du destin, sa bonne étoile ? Elle ne savait pas. Elle froissa le papier avant de le fourrer dans sa poche et se mit à chercher dans ses livres de géographie où se trouvait Nihila. Après une bonne heure de recherche, cette ville n’était décidément pas très connue, elle trouva enfin un indice dans un vieux livre poussiéreux de la bibliothèque du premier étage. Tous les livres de magie étaient cachés là, bien à l’abri des regards, dissimulés sous de fausses couvertures de romans d’aventure.


Nihila était une ville côtière à l’ouest de Simulacre, coincée entre deux montagnes, c’était une ville quasi-inaccessible. La légende racontait que seuls les détenteurs de la vraie magie pouvaient la trouver. Presque introuvable, elle ne montrait le chemin qu’à ceux qu’elle choisissait. Difficilement atteignable mais pas impossible. Ombelline chercha encore pendant deux bonnes heures avant que sa mère ne l’appelle pour dîner. Elle trouva le nom des deux montagnes qui la coupaient presque du continent et établit le meilleur itinéraire. Il lui faudrait un peu plus de 4 jours de marches pour rejoindre le Mont Kyrios, presque 6 pour le mont Bélissante.


Son plan était au point, avec un peu de chance et ses quelques économies, elle pourrait peut-être prendre un car pour raccourcir son périple. Déterminée, la jeune femme se leva, étira ses membres douloureux et rejoignit le reste de sa famille dans la salle à manger. Sur les cinq enfants de la famille Lachapelle, il n’en restait que deux à la maison, les jumeaux avaient déménagé l’année passée au bout de la rue dans une coloc douteuse et ne passaient les voir que le dimanche midi lorsque toute la famille se réunissait. De toute façon, elle avait toujours été plus proche de Flore, la benjamine, leur différence d’âge n’avait jamais gêné leur complicité et Ombelline était plus triste de quitter la maison que lorsque ses autres frères et sœur étaient partis. 
Elle s’assit à la grande table ovale, sourit à sa mère, fit un signe de tête à son père et un clin d’œil à sa sœur. Elle partirait ce soir, tant pis pour Darius, Clovis et Clémence, trop âgés pour n’avoir jamais daigné s’intéresser à elle. Clémence l’avait toujours regardé de haut, Clovis se moquait d’elle et Darius l’ignorait. Son plan était prêt, ne restait plus que son sac à faire et elle pourrait enfin dire adieu à cette maison. La perspective du départ l’excitait tellement qu’elle ne se rendait pas compte qu’elle ne les reverrait sans doute jamais. Dans le monde d’Aklaha, lorsqu’on s’établissait quelque part, on ne quittait jamais cet endroit, c’était comme ça, c’étaient les traditions qui voulaient ça.


Elle termina sa salade de poulet, embrassa son père, sa mère et remonta dans sa chambre. Elle attrapa son vieux sac à dos en cuir usé et entreprit de préparer ses affaires. Elle ne voulait emmener que le strict minimum et de toute façon, elle n’avait pas beaucoup d’effets personnels. Ses biens les plus précieux, elle les portait toujours sur elle. Le collier en argent où pendait un croissant de lune entouré par deux étoiles était un cadeau de son père pour ses seize ans. Au poignet, un bracelet tressé de fils noir et vert que sa sœur lui avait confectionné pour ses vingt ans et une bague argentée, avec une toute petite pierre de pyrite en forme de goutte, un cadeau de sa mère pour repousser les énergies magiques négatives. Elle lui avait offert cette bague cette année, pour ses vingt-deux ans, comme si elle savait qu’elle en aurait besoin pour avancer. 


La jeune femme vida quelques étagères de son armoire, sous-vêtements, pantalons, blouses, une paire de sandales et une veste. Elle enfila des bottines, serrant les lacets, un pull fin en coton gris perle et fourra le tout dans son vieux sac. Son regard se porta sur la table de chevet où trônait une photo de famille, une larme emplit de nostalgie roula sur sa joue foncée avant qu’elle ne l’essuie d’un geste las. Elle attrapa le cadre qu’elle rangea soigneusement dans son bagage et se rallongea sur son lit. Elle attendrait la nuit pour s’enfuir, en attendant, une petite sieste ne serait pas de trop.

End Notes:

N'hésitez pas à laisser un review si vous avez des questions ou des conseils, tous les avis sont bons à prendre.

 

À beintôt :)

Chapitre 2 : La Fuite by Crushounette
Author's Notes:

 Voici le deuxième chapitre, bonne lecture :)

Ombelline se réveilla en sursaut, la nuit était déjà bien avancée et un orage venait d’éclater. Le violent coup de tonnerre avait fait frémir la vieille bâtisse et l’onde de choc s’était répercutée jusque dans ses os. La jeune femme se frotta les yeux, encore hagarde avant de se lever lentement du lit, la tête baissée pour ne pas se cogner. Elle entendait les respirations profondes et calmes des autres habitants de la maison, les ronflements de son père traversaient les murs aussi fins que du papier. Une vague de tristesse l’envahit, le départ était imminent et elle ne pouvait empêcher les souvenirs d’affluer comme les vagues d’une mer déchaînée. Son enfance lui revenait en mémoire aussi violemment qu’un coup-de-poing et ses certitudes commençaient doucement à s’étioler.

 

Elle secoua vivement la tête pour chasser ses pensées, ses boucles brunes voletèrent avant de retomber sur ses épaules étroites. À pas de loup, elle s’approcha de la chambre de Flore, sa petite sœur chérie dormait à poings fermés, la bouche légèrement entrouverte et les cheveux en bataille. Instinctivement, elle toucha son front moite du bout de ses doigts, la fraîcheur du contact fit remuer la dernière des Lachapelle, elle plissa doucement les yeux et finit par sombrer dans une douce léthargie. Ombelline ne put s’empêcher de laisser un dernier cadeau à sa sœur, un dernier souvenir d’elle. Elle plongea dans son esprit, les sourcils froncés par la concentration. Elle focalisa tout son pouvoir, y mettant toute sa puissance pour accéder au songe de sa cadette et le faire devenir réalité. Une gouttelette de sueur perla sur sa tempe.

 

Comme à chaque fois, elle sentit la magie émaner de son corps pour matérialiser les images qui défilaient dans sa tête. Ses forces s’amenuisaient à mesure qu’elle façonnait la réalité, créant à partir d’une illusion, une chose bien réelle. Quand elle sortit enfin de la chambre, titubant sous l’effort grisant qu’il lui avait fallu, une minuscule boule de poil sombre ronronnait aux pieds de sa nouvelle maîtresse. Flore avait toujours voulu avoir des compagnons à fourrure, mais la famille Lachapelle ne faisait malheureusement pas parties des plus riches du quartier et les animaux coûtaient cher dans leur monde. Cette nuit, Ombelline n’avait pas seulement rendu réel le rêve de sa petite sœur, elle avait aussi exaucé un souhait longtemps désiré. Et cette nouvelle compagnie serait là pour veiller sur elle, à sa place.

 

La jeune femme regagna sa chambre lorsqu’un deuxième éclair gronda, elle attrapa son sac à dos et ouvrit le battant grinçant de sa fenêtre avec toute la délicatesse que ses mains tremblantes d’excitation lui octroyaient. Une gouttière courrait le long du mur et lui servirait d’échelle. Une odeur de pluie flottait dans l’air, elle passa la première jambe par-dessus la balustrade, puis la deuxième et s’agrippant de toutes ses forces au morceau de métal, elle descendit le plus silencieusement possible. Le bruit mat de ses souliers résonna sur les pavés lorsqu’elle sauta du mur. Belle courut jusqu’au bout de la rue, passant devant les maisons sans s’arrêter comme si elle tentait d’échapper aux remords qui l’assaillaient déjà. Elle ne se retourna que lorsque sa maison ne ressembla plus qu’à un amas de bois semblable à tous les autres, un dernier regard vers son passé, elle pouvait désormais se tourner vers l’avenir. Elle reprit sa course au troisième coup de tonnerre, c’était le gong du départ, la pluie se mit à tomber.

 

Ombelline courut jusqu’à la sortie de la ville, trempée, mais heureuse. Elle ralentie le pas sur les routes de campagne, 4 longues journées de marche l’attendaient, mais la perspective de trouver enfin un abri sûr la gardait motivé. La fatigue finit, tout de même, par la gagner, elle continua à marcher, de plus en plus épuisée jusqu’à ce qu’elle tombe de sommeil à quelques pas d’une grange. La pluie avait cessé, mais elle était trempée et les odeurs de foins mouillés l’attiraient étrangement vers Morphée. Précautionneusement, elle entra dans la bâtisse, jetant un coup d’œil rapide aux alentours avant de s’effondrer dans une meule parfaitement dessinée pour accueillir ses rêves de liberté.

 

Le chant d’un coq résonna dans la grange et les rayons du soleil filtrant à travers les planches mal clouées, finirent de réveiller la jeune femme. Elle ne devait pas avoir dormi plus de quatre heures, mais cela suffirait amplement à la faire avancer jusqu’à la prochaine ville. Sienna se trouvait à au moins deux jours de marche, elle devrait y trouver une auberge et en attendant, une autre meule de foin. Elle s’étira lentement, déballa un morceau de brioche qu’elle avala sans même reprendre sa respiration tellement la faim lui broyait l’estomac. Sa gourde était presque vide, mais les quelques gouttes qui restaient lui permirent d’étancher un peu sa soif. Elle finit par se lever, les membres ankylosés par la fatigue, elle frotta ses yeux encore endormis et attrapa son sac à dos pour se remettre en route.

 

Ombelline marcha plusieurs heures avant de trouver un puit où remplir sa bouteille, les routes de campagne encore boueuses de la veille n’était pas des plus praticable, mais elle avait bien avancée. Elle se posa un court instant sur un rocher de pierre grise, avala un quignon de pain et quelques gorgées d’eau puis elle continua son chemin, un mélange de boue et de poussières l’accompagnant. Quand la nuit tomba, elle trouva un coin abritait sous un grand saule pleureur près d’un petit court d’eau. Elle y passa la nuit et se remit en route le lendemain après s’être rafraîchi dans le bassin. Elle marcha toute la journée, s’arrêtant de temps à autre pour boire un peu, grignoter quelques fruits secs et se reposer.

 

Il faisait nuit noire quand elle arriva enfin à l’entrée de la ville, elle ne passa pas par la grande porte, préférant contourner la route principale. Sa mère lui avait déjà parlé de cette cité et il existait un passage que seuls les détenteurs de magie pouvaient emprunter, elle trouverait sans doute une âme bienveillante pour lui offrir un abri. Elle emprunta le tunnel, les effluves d’eau croupie lui montèrent au nez, déclenchant un haut-le-cœur qu’elle eut du mal à réprimer. Il faisait sombre, l’atmosphère était étouffante, mais elle continua sa marche jusqu’au bout de l’artère où un mince filet de lumière l’accueillit. Le couvre-feu était déjà dépassé et personne à l’horizon. Les volets étaient fermés, les lumières étaient éteintes, seul le faible éclairage d’une véranda encore allumé donnait un semblant de vie à la rue.

 

Ombelline n’hésita qu’un instant, elle prit son courage à deux mains, souffla un bon coup pour reprendre contenance et s’avança vers la maison. Elle grimpa les deux petites marches grinçantes et toqua trois coups contre le battant de bois. Elle ne devait pas avoir fière allure, ses chaussures étaient pleines de boue, ses vêtements couverts de poussière et elle avait relevé ses boucles en un chignon lâche pour masquer la saleté et les brins de paille et d’herbes qui s’y étaient accrochés. Elle attendit bien deux minutes sous le porche, se triturant les mains, tentant de trouver un discours amical qui lui permettrait de passer la nuit dans ce lieu.

 

La porte finit par s’ouvrir sur une vieille dame rondelette, vêtue d’une robe de chambre usée dont la couleur rose avait fané. Ses cheveux blancs étaient maintenus par une épingle dont l’extrémité décorée de perles ivoires pointait au-dessus de son crâne. Elle tourna ses yeux bleus opaques vers elle et croisa ses mains sur son ventre.

 

- Je t’attendais, Ombelline Lachapelle, sourit-elle de ses lèvres ridées. Entre.

 

Et elle s’effaça pour la laisser passer. La jeune femme retira ses chaussures et franchit le seuil, une délicieuse odeur de potage embaumait la maison. Son ventre cria famine et la vielle dame ne put retenir un rire.

 

- Allez, à table, jeune fille, dit-elle d'une voix douce, mais ferme.

 

Belle la suivit jusqu’à la cuisine et s’assit sur la chaise que lui montrait son hôte, une assiette de soupe, un morceau de pain beurré et une tranche de fromage étaient posés devant elle comme si elle était censée se trouver ici, exactement à ce moment-là. La vieille femme s’assit face à elle et commença à manger, l’invitant à faire de même. Ombelline ne se fit pas prier et dévora son assiette avec gourmandise et avidité. Lorsqu’elles eurent, toutes deux, finis de dîner, la vieille femme débarrassa la table et lui servit une tasse de thé noir avant de se rasseoir.

 

- Comment saviez-vous que je viendrais, questionna la métisse doucement en sirotant le breuvage réconfortant. 

- De la même manière que je sais qui tu es et pourquoi tu es ici, répondit-elle dans un sourire énigmatique.

- Je ne comprends pas, vous êtes voyante, demanda Belle étonnée.

- J’ai le don du troisième œil, jeune fille, je vois le passé, le présent et l’avenir, dit-elle d’une voix lointaine. Quand tu auras fini ton thé, monte au premier, je t’ai préparé la première chambre à gauche, tu trouveras une salle de bain et des vêtements propre. Nous discuterons demain, ajouta la magicienne.

- Je vous remercie madame, merci infiniment, souffla la fugueuse.

- Appelle-moi Rose, objecta la grand-mère faussement outrée avant de se retirer. 

 

La jeune fille termina son thé et déposa la tasse dans l’évier. Elle grimpa les marches doucement, flottant dans une bulle de bonheur et de soulagement, elle poussa le battant de bois et déposa son sac sur le lit. Les draps sentaient bon le jasmin. Elle mit l’eau à couler dans la baignoire, versa quelques gouttes d’huile parfumée avant de se déshabiller et de se laisser glissa dans l’eau chaude. Qu’elle rencontre originale, pensa-t-elle. C’était la deuxième fois qu’elle assistait à un acte de bonté, la première fois, son grand-père avait utilisé son don de guérison sur son père tombé d’une échelle, afin qu’il puisse à nouveau marcher. Les gens étaient tellement égoïstes dans ce monde.

 

Elle se prélassa dans l’eau chaude une bonne heure avant d’en sortir et de s’emmitoufler dans une serviette moelleuse, ses cheveux dégoulinant sur le carrelage de la salle de bain. Elle sortit sa brosse de son sac à dos et entreprit de démêler ses boucles tout en réfléchissant à la vieille dame, ses yeux semblaient ne plus voir, mais son don devait être extrêmement puissant, elle n’avait pas l’air de souffrir de ce manque de vision, au contraire. Elle enfila la chemise de nuit et se blottie confortablement sous la couette, elle ferma les yeux et s’endormit quelques instants plus tard d’un sommeil réparateur et sans rêves.

 

 

End Notes:

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez :)

 

À la prochaine :)

Chapitre 3 : La Voyante by Crushounette
Author's Notes:

Voici le troisième chapitre, bonne lecture :)

Ombelline se réveilla doucement, les rayons du soleil lui léchaient le visage. Elle mit plusieurs minutes à se rappeler les événements de la veille. Lorsque ses souvenirs émergèrent du brouillard cotonneux du sommeil, elle frotta doucement ses yeux et s’étira, les sens encore embrouillés par la fatigue. Elle sauta du lit, se rinça le visage et descendit jusqu’à la cuisine d’où émanait une douce odeur de thé chaud et de pain grillé. Elle avait revêtu un peignoir vert d’eau par-dessus sa chemise de nuit et une paire de pantoufles molletonnées l’attendaient devant la porte.

 

 

 

Rose s’activait aux fourneaux, brouillant les œufs et faisant revenir les morceaux de jambon. Elle avait mis la table, préparé le thé et les toasts n’attendaient que le réveil de son invitée. La chasseuse de rêves devait rejoindre Nihila au plus vite, avant que l’Algol ne la trouve. Le démon rôdait souvent dans le coin et cherchait à accumuler du pouvoir pour renverser le gouvernement. Elle avait tenté de joindre ses petits-enfants pour leur demander de l’aide mais ses appels étaient restés sans réponse. Orens et Palmyre courraient le pays à la recherche de magicien unique possédant des dons hors du commun afin de les rassembler à Nihila et de les protéger de l’Algol et de son armée de mauvais sorciers.

 

 

 

Les lattes grinçantes de l’escalier la firent sortir de ses pensées. Ombelline descendait les escaliers le pas traînant, encore endormie. La vieille dame se tourna vers la jeune femme, le sourire aux lèvres, au moment où celle-ci entrait dans la cuisine. Elle l’invita à s’asseoir et servit deux assiettes d’œufs brouillés au jambon, elle saupoudra le tout de fromage et s’assied à ses côtés. Belle versa le thé dans les tasses et ajouta du sucre dans la sienne. La première gorgée lui fit l’effet d’un contact chaleureux et réconfortant. Les deux femmes commencèrent à manger en silence, seul le bruit des couverts sur la porcelaine résonnait dans la pièce.

 

 

 

- Pourquoi m’aidez-vous ? demanda enfin la métisse après avoir terminé son assiette.

 

 

 

- Parce que tu es une personne exceptionnelle, Ombelline, commença Rose doucement. Tu possèdes un don extraordinaire et des gens mauvais souhaiteraient s’en emparer, continua-t-elle. La seule manière de te protéger, c’est d’aller à Nihila et je sais que c’est là-bas que tu te rends, termina la vieille dame en tournant sa tête vers elle.

 

 

 

- C’est bien là mon but, soupira la jeune femme. Je ne sais comment m’y rendre, mais je finirais bien par y arriver.

 

- Tu dois y arriver et le plus vite possible, mes visions ne s’annoncent guère engageantes si tu n’y arrives pas très bientôt, répondit vivement la voyante.

 

 

 

Ombelline eut un mouvement de recul, ainsi son avenir était si important, elle avait toujours pensé être insignifiante et ses désirs de liberté ne concernaient qu’elle, or, il semblait qu’au contraire, ses désirs de liberté pouvaient impacter un plus grand nombre. Elle rejeta ses boucles en arrière et avala le reste de son thé d’une traite.

 

 

 

- Je vais me préparer alors, il me reste encore deux jours de marche.

 

 

 

Elle repoussa sa chaise, déposa sa vaisselle dans l’évier et remonta les marches grinçantes. Rose soupira, peut-être avait-elle était un peu brusque, il fallait impérativement qu’elle aide Ombelline à atteindre la ville, sinon la mort s’abattrait sur ses petits-enfants et la cité qui protégeait tant de gens serait anéantie. Elle rangea et nettoya sa cuisine avant de descendre le petit perron qui menait au jardin, au fond, cachée derrière les arbres se trouvait une petite cabane abritant tout son nécessaire à magie. La jeune femme ne partirait pas tout de suite, elle avait le temps pour une dernière tentative.

 

 

 

Sur la table de travail trônait un monticule de pierre, la vieille dame y jeta quelques brindilles, des herbes et une fiole au liquide argenté. Elle craqua une allumette et mit feu à la mixture puis elle attrapa un petit poignard en argent sculpté et se piqua le bout du doigt. L’annulaire de la main gauche, la seule extrémité liée directement au cœur. Elle fit tomber une goutte dans le feu et se concentra de toutes ses forces. Rose focalisa ses pensées sur Palmyre, sa petite-fille possédait le même don qu’elle, celui de voir au-delà du visible. Elle devait, à tout prix, lui transmettre sa vision, afin que celle-ci comprenne qu’elle devait revenir au plus tôt. La voyante commençait à s’épuiser, ses forces la quittaient petit à petit et quelques gouttes de sueur perlaient sur son front ridé. Des volutes de fumées voltigeaient à travers la pièce, prenant différentes formes, tentant de reproduire les visions de la vieille dame. Leur allure fantomatique rendant les scènes encore plus terrifiantes.

 

 

 

Lorsque le feu s’éteignit, la magicienne rouvrit doucement les yeux, le soleil, aveuglant, de cette fin de matinée, traversait la baie et lui fit plisser les paupières. Elle s’affala dans le vieux fauteuil miteux qui traînait au fond de la pièce, reprenant ses esprits peu à peu. Elle espérait sincèrement avoir établi le contact suffisamment longtemps pour que sa petite fille ait capté le message. Si c’était le cas, elle le saurait très vite, Orens avait le don de télékinésie et c’était un bon magicien, nul doute qu’il trouverait un moyen de la prévenir. Elle poussa un profond soupir et se dirigea à pas lent vers la maison, la brise chaude fit voleter sa jupe autour de ses jambes, l’air était encore chargé d’humidité et elle sentait une ombre planait sur la ville.

 

 

 

Ombelline avait pris une douche et enfilé des vêtements propres, un pantalon fin de couleur beige et une blouse sans manche écru. Ses cheveux, coiffés en une lourde natte, retombaient sur son épaule. Elle avait préparé son bagage et était fin prête à partir. En descendant l’escalier, elle aperçut la mine fatiguée de sa bienfaitrice.

 

 

 

- Rose, tout va bien, demanda la jeune femme, un brin inquiète.

 

- Oui, ne t’inquiète pas. Je vois que tu es prête à partir, répondit doucement la vieille dame en levant ses yeux translucides vers elle.

 

 

 

Ombelline se contenta de hocher la tête avant d’esquisser un sourire contrit. Elle était pressée de se remettre en route et de quitter la ville, elle sentait l’orage qui menaçait d’éclater et préférait être loin quand cela arriverait. Elle s’apprêtait à rejoindre l’entrée lorsque la vieille dame la retint par le bras.

 

 

 

- Prends ça, un car part pour Villegia dans une heure, c’est la ville la plus proche de Nihila. Ensuite, il ne te restera que quelques heures de marche. Ton cœur est pur, tu trouveras l’entrée de la cité, les esprits te guideront, souffla Rose en lui mettant dans la main une bourse de cuir.

 

- Je ne peux pas accepter, vous en avez déjà tant fait pour moi, susurra la jeune femme, les larmes aux yeux.

 

- Cela me fait plaisir, alors prends et dépêche-toi de quitter la ville.

 

 

 

Belle acquiesça et la remercia chaleureusement, elle endossa son sac à dos et quitta la maison le cœur gros. Elle marcha jusqu’à la sortie de la ville, prenant les raccourcis indiqués par les magiciens et atteignit l’arrêt de car quelques minutes avant que celui-ci n’arrive. Le chauffeur, un gros bonhomme bedonnant et à la moustache épaisse lui demanda dix pièces de cuivre pour son voyage, elle lui en tendit deux en argents, lui laissant la monnaie et parti s’asseoir au fond du véhicule. Les sièges étaient couverts de poussière et de saleté, elle sortit sa veste et la posa sur le fauteuil, préférant ne pas rentrer en contact directement avec l’assise et finit par se pelotonner près de la vitre, se servant de son sac comme oreiller de fortune. Le car était quasiment vide, tout devant se trouvait une femme et une petite fille, le visage dissimulé sous des foulards aux couleurs fanés. Au milieu, à même le sol, un jeune homme qui ne devait pas avoir la majorité, était assis en tailleur, plongé dans un livre à la couverture vieillie et usée. Elle n’en distinguait pas le titre, mais à voir la couverture de cuir brun, il s’agissait sans aucun doute d’un livre de magie. Peut-être que lui aussi se rendait à Nihila, peut-être que lui aussi rêvait de liberté. Elle finit par s’endormir bercée par les soubresauts de la route chaotique qui la conduirait jusqu’à son destin.

 

 

 

Le soleil commençait doucement à décliner quand elle ouvrit enfin les yeux, les silhouettes fantomatiques de ses rêves emplissant encore son esprit. Le trajet devait durer six heures et il lui faudrait encore quatre bonnes heures de marche avant de voir les montagnes qui coupaient la cité du reste du continent. La ville était à proximité, ses contours se dessinaient dans les nuages de poussières qui l’enveloppaient. Le car était censé la déposer à la sortie de la ville, au plus près des rocheuses. Elle passa une main sur son visage fatigué, elle ne devait pas avoir fière allure, mais elle s’en moquait, son rêve était à porter de main, elle pouvait presque le sentir au bout de ses doigts fins. Lorsque le car s’ébranla, signe que le conducteur n’irait pas plus loin, Belle se rendit compte qu’elle était désormais seule dans l’habitacle. Elle attrapa son sac à dos, étira ses membres ankylosés et soupira à l’idée de la randonnée qui l’attendait. Elle lança un simple au revoir un peu sec au chauffeur et descendit du car. La nuit ne tomberait pas avant quelques heures, mais elle devait se mettre en marche. Elle prit son courage à deux mains, but quelques gorgées d’eau et avala le sandwich que Rose avait glissé dans son sac le matin même, avant de se mettre en route. Elle n’avait qu’à suivre le vent, les effluves marines la porteraient jusqu’à sa destination.

End Notes:

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, la suite au prochain rendez-vous :)

Chapitre 4 : La Rencontre by Crushounette
Author's Notes:

Voici le dernier chapitre de cette courte histoire.

 

Bonne lecture :)

Cela faisait déjà deux bonnes heures qu’elle marchait sous le soleil déclinant. Les rayons orangés venaient se répercuter sur les parois rocheuses qui l’accompagnaient. Elle avançait doucement, mais sûrement, la route n’était pas des plus praticables. Quelques éboulements avaient causé d’important dégât et elle devait faire attention à chacun de ses pas pour ne pas tomber ou se casser une cheville. Plus les minutes défilaient et plus la nuit commençait à l’envelopper. Les minces filés de lumières qui traversaient les murs de roches peinaient à lui fournir suffisamment de clarté pour se permettre d’accélérer le pas.

 

 

 

Ombelline fatiguait et plus elle avançait et plus elle sentait quelque chose sonder son âme et sa magie, comme pour déterminer si chaque pas était nécessaire, si chaque pas était autorisé à se trouvait là. Elle finit par s’arrêter, épuisée, il lui restait encore une bonne heure de marche avant de voir la fin de cette espèce de tunnel à ciel ouvert, cette gorge profonde qui s’assombrissait d’heure en heure. Elle attrapa sa bouteille d’eau et bu les dernières gouttes qu’il lui restait. Elle poussa un profond soupir et décida de se remettre en route, si on l’attendait réellement dans cette cité, elle aurait de quoi se restaurer et se coucher en arrivant là-bas.

 

 

 

Malgré la dure traversée, ses pensées étaient obnubilées par les silhouettes, qu’elle avait vu en rêve. Un garçon et une fille qui tenter de lui transmettre un message, elle n’arrivait pas à comprendre lequel et plus elle cherchait et plus la réponse semblait se défiler. Elle trébucha sur un caillou qui s’en alla rouler au loin, l’écho se répercuta contre la pierre dans un grondement sinistre qui la fit frissonner. Elle tomba à genoux sur le sol rocailleux, épuisée, pleine de poussière et de terre. La fatigue physique qu’elle ressentait n’était rien comparée au reste, une sensation féroce lui tiraillait les sens, comme si quelque chose aspirait sa magie. Elle était à bout de force, sa cheville la faisait souffrir et elle sentait comme une ombre planait au-dessus d’elle. Un danger la guettait et elle le sentait, elle était trop exposée ici, trop à découvert et une aucune cachette ne semblait totalement sure.

 

 

 

Elle tenta de se relever, ses membres douloureux refusaient de la porter plus loin, mais elle tient bon, elle avança, petit pas par petit, grappillant quelques mètres lorsqu’elle sentit un courant d’air froid à côté d’elle. Une peur panique l’envahit, lui glaçant les os, elle tourna la tête, scrutant la demi-obscurité à la recherche de quelqu’un ou de quelque chose. Elle ne vit rien, mais Belle sentie le coup qui la propulsa contre la roche, la laissant retomber sur le sol, à demi-consciente, elle n’eut que le temps de souffler la formule de protection pour activer la pierre de pyrite avant qu’une deuxième rafale ne s’abatte sur elle. Protégée par la pierre, elle resta clouée au sol et sombra dans l’inconscient. Elle n’entendit pas les pas sur le sol rocheux, ni les sorts qui fusèrent à côté, elle ne sentit pas non plus que quelqu’un la soulevait de terre, ni les soubresauts chaotiques qui la bercèrent.

 

 

 

Lorsqu’elle ouvrit enfin les yeux, sa tête lui faisait mal, une douleur lancinante martelait son crâne. Sa vision, encore brouillée, ne capta que la lumière et elle mit plusieurs minutes à se rappeler les événements de la veille. Chaque incursion dans sa mémoire ne faisait qu’accentuer la douleur, mais Ombelline était tenace et malgré cela, elle continua, cherchant à se souvenir, à comprendre où elle était et ce qu’il s’était passé, mais le brouillard enveloppait toujours son esprit. Elle finit par retomber dans l’inconscient, épuisée par ses tentatives.

 

 

 

Elle ne sut combien de temps elle resta dans le coma, le choc à la tête avait été violent et les sortilèges de protection qui entouraient la ville avaient aspirés une grande partie de sa magie. Elle peinait à se remettre de l’attaque et malgré la force qu’elle avait en elle, malgré les efforts qu’elle tentait, elle restait prostrée dans sa léthargie. Une infime partie d’elle avait conscience de son état, mais tout son être refusait de coopérer et de se ranimer. Elle avançait dans un brouillard constant, tentant de chasser les nuages qui la maintenaient inconsciente, se raccrochant aux silhouettes qui accompagnaient son errance. Elle ne savait même pas si elle avait réussi à atteindre Nihila.

 

 

 

Mais pourtant, c’était bien le cas. Et chaque jour, les silhouettes se succédaient auprès de la belle endormie, priant pour qu’elle se réveille enfin. Et chaque jour, une ombre restait assise au plus près du lit, sentant que sa place était ici. Les meilleurs guérisseurs résidaient dans cette cité magique et aucun d’eux ne savait comment la guérir. Les potions et sortilèges de guérisons n’avaient aucun effet sur la jeune femme à la peau chocolat, et même les dons innés de guérison n’y faisait rien. Les jours défilaient et de moins en moins de silhouettes ne se succédaient dans la chambre de la métisse, seul l’ombre restait, désormais intégrée au décor, patientant à ses côtés qu’elle daigne enfin se réveiller. Car elle le ferait, l’ombre en était persuadée.

 

 

 

Au fil des jours, de petits changements avaient opéré, les traits si lisses de son visage commençaient à se crisper, ses longs doigts fins frémissaient et le brouillard de son esprit se dissipait peu à peu. Ombelline percevait des sons, des échos, des éclats de lumière, tantôt aveuglant, tantôt apaisant qui la poussaient vers la réalité. Un soir, où la lune brillait d’une lueur bleutée, la jeune femme ouvrit doucement les paupières, son corps pesait lourd, comme si quelque chose l’écrasait contre le lit, sa respiration était saccadée et une douleur aigüe lui martelait le crâne. Affolée, elle tenta de se redresser mais deux mains robustes l’en empêchèrent, la maintenant allongée. Un son rauque, proche du coassement, sortit de sa bouche, lorsqu’elle sentit la pression sur ses épaules, la vision brouillée, elle ne voyait pas qui l’avait repoussé.

 

 

 

Elle tenta mollement de se débattre, les membres ankylosés, mais finit par se repositionner, battant des paupières pour recouvrer un semblant de vision. Quand sa vue devint plus nette, elle fit rapidement le tour de la pièce pour comprendre dans quel lieu elle se trouvait, avait-elle réussi ? Rien n’indiquait le contraire, mais aucun signe ne semblait le prouver. Elle tourna doucement la tête vers l’ombre assise à côté de son lit, un jeune homme, qui ne devait pas être plus âgé qu’elle, la fixait à la fois inquiet et soulagé, un sourire énigmatique étirant ses lèvres fines. Elle planta ses prunelles bleu-gris dans les yeux bleus qui l’observaient, tentant de déceler, derrière son expression singulière, un signe qui lui prouverait qu’elle n’avait rien à craindre.

 

 

 

Sans aucune gêne, Belle détailla son comparse, ses pupilles bleus et sa peau pâle contrastaient tant avec ses cheveux en bataille d’un noir de jais et la barbe naissante qui piquait ses joues. Son cœur rata un battement, tout chez cet étranger lui semblait tellement familier, son visage, l’expression qui habitait ses traits et cette manie de sourire ainsi. C’était comme si elle le connaissait déjà. Comme si elle l’avait déjà vu. Et plus elle cherchait à savoir, plus les souvenirs semblaient se défiler. Il agita une main gantée devant son visage, la faisant sortir de ses pensées.

 

 

 

- Alors, bien dormi, la belle aux dormants, murmura-t-il du bout de ses lèvres roses.

 

 

 

La jeune femme soupira, irritée par le surnom ridicule dont il l’avait affublé. Elle secoua doucement la tête, tentant de replacer une boucle sombre qui la gênait, sans y parvenir. Il s’approcha doucement, voyant son geste et délicatement, souleva la mèche pour la replacer derrière son oreille. Il effleura sa peau, une infime seconde, déclenchant un courant électrique qui la traversa. La lueur de surprise qui se lut dans ses yeux, la conforta dans l’idée que lui aussi l’avait sentie passer. Il se laissa retomber dans son siège, son regard planté dans le sien.

 

 

 

- Je m’appelle Orens. Je suis le petit-fils de Rose. Bienvenue à Nihila, sourit-il mystérieusement avant de laisser échapper un petit rire.

 

- Je m’appelle, coassa Belle avant qu’il ne lui coupe la parole.

 

- Ombelline, je sais. Ma sœur, Palmyre, a reçu une vision de toi. Tu es la dernière des chasseuses de rêves encore en vie, tu sais, souffla Orens, d’un ton désinvolte. Mais assez parlé. Repose-toi, tu en as besoin et nous, nous avons besoin de toi, termina-t-il en se dirigeant vers la porte.

 

 

 

Ombelline ne répondit pas. La dernière des chasseuses de rêves, songea-t-elle, amèrement. Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier pour elle. Qui était réellement cet homme ? Épuisée par les questions qui l’assaillaient, elle sombra dans un sommeil réparateur habité par les silhouettes de son coma.

 

 

 

Le lendemain matin, une batterie de personnes se pressaient déjà autour d’elle, pour prendre ses constantes, la nourrir et l’aider à faire sa toilette. Belle n’était pas du genre pudique, mais le nombre d’infirmières et de guérisseurs qui l’entouraient lui donnait le vertige. Le défilé prit fin vers 10h et quand le calme fut enfin revenu, elle s’autorisa à s’asseoir et à réfléchir à toutes les nouvelles choses qu’elle devait assimiler. Ainsi, elle avait réussi, mais la liberté qu’elle avait tant espérée ne semblait pas encore gagnée.

 

 

 

Deux coups résonnèrent contre le battant de sa porte, avant qu’une silhouette inconnue ne franchisse le pas. C’était une femme d’une quarantaine d’années, à l’allure sophistiquée et aux boucles blondes patines. Elle s’avança d’un pas ferme et assuré jusqu’au lit.

 

 

 

- Bonjour, Ombelline, je suis Cordélia Furstenberg, se présenta la quarantenaire.

 

 

 

Ombelline, qui n’avait pas encore recouvré assez de voix, se contenta de hocher la tête.

 

 

 

- Je comprends que tu te sentes un peu perdue, commença-t-elle. Mais, permets-moi de t’expliquer pourquoi je t’ai fait venir ici. Il y a encore quelques années, les personnes de ton talent courraient le monde pour aider les autres, les chasseurs de rêves n’avaient pas seulement le pouvoir de voir les rêves et de les matérialiser, mais aussi celui de lire les désirs et les peurs et de leur faire prendre vie, continua la blonde. Un jour, l’Algol se mit en quête de les chasser pour récupérer leur pouvoir et il mit fin à la lignée. Jusqu’au jour où tu es née. Ta mère, t’a caché, au milieu des non-magiciens pour te protéger. Mais aujourd’hui, nous avons besoin que tu rejoignes l’Ordre des 7. Non pas pour te battre, mais pour protéger la magie de l’Algol. C’est pour cela que je t’ai fait venir ici, termina Cordélia dans un souffle.

 

 

 

Ombelline mit plusieurs minutes à comprendre ce que la directrice venait de lui dire. Lorsque toutes les informations furent assimilées, la seule question qui lui vint à l’esprit fut :

 

 

 

- Que représente l’Ordre des 7, coassa la jeune femme. 

 

- L’Ordre des 7 représente l’élite des magiciens, les sorciers et sorcières possédant des dons hors du commun. Au cours des centaines d’années qui se sont écoulées, seul sept pouvoirs ont été recensés : la télékinésie, le don du troisième œil, le contrôle de l’air et de la météo, la maîtrise de l’eau et des créatures marines, la création et la manipulation du feu et l’art de manier les éléments de la terre, et enfin, le don que tu possèdes, celui de rendre réelle des choses qui ne le sont pas.

 

 

 

Belle en resta abasourdie, jamais elle n’avait entendu ce genre de discours, pourtant sa mère devait bien être courant. Sur le coup, elle lui en voulut de lui avoir caché cela, mais c’était finalement pour son bien. Après ces révélations, la directrice lui expliqua ce qu’elle attendait d’elle et comment elle serait formée pour déployer l’entièreté de son don, puis elle finit par quitter la chambre, la laissant seule avec ses réflexions.

 

 

 

Durant les semaines d’entraînement qui suivirent, Ombelline fit face à l’Ordre, composait de Orens et Palmyre, les jumeaux qui l’avaient sauvé, tous deux bruns aux yeux clairs et à la peau aussi blanche que la neige, mais aussi de Nausicaa, une jeune fille d’à peine 16 ans, blonde comme les blés, mais dont les yeux rouges reflétaient la flamme qu’était son pouvoir, Aden jeune homme typé aux yeux en amande aussi sombre que ses cheveux et qui maîtrisait comme personne l’air et ses subtilités. Milo, le plus jeune, ses cheveux châtain tombant sur ses yeux verts aussi à l’aise avec l’eau qu’un dauphin dans la mer et Loris, le plus âgés du groupe, sage et paternel comme la terre qui le représentait, mais aussi doux qu’un agneau malgré sa carrure imposante.

 

 

 

Aussi étonnant de par sa nature taciturne et renfermée, Belle se lia d’amitié avec chacun d’entre eux, se découvrant des points communs et un idéal partagé. Mais la personne dont elle était la plus proche restait Orens, le lien qui les unissait semblait inébranlable. Il la poussait dans ses retranchements, l’encourageait et la réconforter, toujours présent à ses côtés. Elle avait découvert une autre forme de son rêve, elle pouvait enfin être pleinement elle-même. Elle était intégrée et n’avait plus besoin de cacher qui elle était. C’était un premier pas vers son rêve, une première rencontre avec la liberté qu’elle avait tant espérée.

End Notes:

J'espère que cette histoire aura su vous plaire. J'ai passé un bon moment à l'écrire, même si cela m'a semblait difficle, j'espère avoir réussi à vous faire passer un bon moment à vous aussi.

 

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.

 

À une prochaine fois sur le héron ou HPFanfiction :)

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