La Promesse d'Alexia by Alrescha
Summary:
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Crédit : nymphs-and-the-wolf sur DA
"La vie est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre."
Albert Einstein

PARTICIPATION AU CONCOURS DE LYSSA "VOYAGE VOYAGE"

Categories: Tragique, drame Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Voyage, voyage...
Chapters: 3 Completed: Oui Word count: 2923 Read: 3100 Published: 31/01/2020 Updated: 10/02/2020

1. Chapitre 1 : Avancer quand même by Alrescha

2. Chapitre 2 : Un drame qui en rappelle un autre by Alrescha

3. Chapitre 3 : Regrets du passé, promesse du futur by Alrescha

Chapitre 1 : Avancer quand même by Alrescha

C’était une froide journée d’automne à Etretat en Normandie. Alexia Duval rentrait chez ses parents après les cours. Alexia avait quinze ans, elle était en seconde. Elle n’avait pas beaucoup d’amis. Elle était assez timide et réservée.

C’était une fin d’après-midi tout ce qu’il y avait de plus ordinaire. Un vendredi, une fin de semaine de cours pour Alexia qui avait hâte de profiter de son week-end.

-Maman, je suis rentrée ! lança-t-elle.

Sa mère, Rose Duval, ne travaillait pas et bougeait assez peu de la maison, sauf pour aller à la plage. Aussi Alexia ne s’inquiéta-t-elle pas avant de voir le mot sur la table de la cuisine.

« Je suis sur la falaise. Viens me rejoindre ».

Souvent, Alexia et sa mère montaient sur la falaise la plus proche et regardaient l’océan et ses vagues se heurter à la paroi rocheuse. Bleu profond et blanc éclatant. Le contraste parfait.

La jeune fille sortit, le vent se mêla à ses mèches rousses et frisées, voulant les importer au large. Elle hâta le pas. La nuit tombait vite et le chemin était jonché de cailloux plus ou moins réguliers.

Le soleil se couchait presque quand elle rejoignit sa mère. Celle-ci était vêtue d’une robe blanche, ses longs cheveux roux volaient derrière elle.

-Maman.

Celle-ci se retourna.

-Alexia. Approche, ma chérie.

La jeune fille nota le sourire triste et apaisé de sa mère, le peu de distances qui la séparait du bord de la falaise aussi.

-Maman, qu’est-ce que tu fais ? dit-elle une fois à sa hauteur.
-…Tu es presque une femme maintenant. Il est temps que je m’en aille…

Elle fit un pas dans le vide. Il y eut quelques secondes suspendues. Puis la gravité rattrapa Rose. Alexia fut si surprise qu’aucun son ne sortit de sa bouche avant que le bruit des vagues ne résonne contre le calcaire, trente mètres plus bas.

Puis ce fut la déferlante. Des torrents de larmes sur les joues, une fois qu’elle avait compris qu’elle ne reverrait plus sa mère.

Pour le reste de la journée, ce fut comme si les Duval père et fille avaient été frappés par la foudre. Ils restaient immobiles dans le salon, assommés et le cœur déchiré par ce qu’il s’était passé un peu plus tôt dans la journée.

Joël Duval passa plusieurs jours à la maison. Il se devait d’avancer. Alexia n’avait plus que lui. Mais la jeune femme était encore sous le choc de ce qu’elle avait vu. Il ne comprenait pas la raison du geste de sa femme et c’était cela qui le troublait. Ils étaient heureux, il l’avait cru du moins. Comment avait-elle pu commettre cet acte devant sa propre fille ? Beaucoup de questions restaient sans réponses mais elles ne l’empêchèrent pas d’accepter la mort de sa femme.

Il commença à vider l’armoire des affaires de Rose. Alexia le surprit.

-… Qu’est-ce que tu fais ?
-Je…

Il n’avait pas le cœur de lui dire. Il était lui-même écœuré de ce qu’il faisait, quelque part mais il ne pouvait pas non plus supporter de voir les affaires de sa femme sans qu’elle soit là.

-Laisse-les où elles sont ! s’écria Alexia en s’emparant du carton.

-Alex… S’il te plait…

-Non !

-Alex, ça ne servira à rien. Ça ne la fera pas revenir…

Alexia fondit en larmes.

-… je le sais ! Mais comment tu peux t’en débarrasser aussi vite ? Comment tu peux tourner la page et l’oublier ?

-Je ne l’oublie pas. On doit avancer, Alex.

-Maman est morte ! Je l’ai vue…

-Je sais. Je…

Et Alexia sortit de la pièce. Son père l’entendit dévaler les escaliers puis claquer la porte d’entrée. Il craignait qu’elle ne fasse une bêtise mais elle allait probablement voir la mer.

Il avait raison. Tous les prétextes étaient bons pour aller voir la mer. Et puis la mer, c’était là où Rose était tombée…

Les larmes roulant sur ses joues. Alexia avança sur la plage. Le ciel était gris et menaçant. Le vent soufflait et menaçait de tempête. La jeune fille avança dans l’eau avec détermination. Elle allait retrouver sa mère. Emportée par son enthousiasme et sa détresse, elle ne remarqua pas le choc des températures entre l’intérieur et l’extérieur, ni entre sa température corporelle et celle de l’eau.

En revanche, elle sentit quelque chose sous sa mâchoire lorsqu’elle s’immergea. Des branchies. Elle remarqua aussi la fusion de ses jambes en une queue de poisson couleur argent avant de s’enfoncer dans les profondeurs de l’océan.

Elle ne trouva rien, évidemment. Elle se demanda même si elle n’avait pas rêvé sa transformation en sirène. Si ce n’était pas le deuil qui se manifestait ainsi.

Mais les jours passèrent puis les semaines et la transformation était bien réelle.

La mort de sa mère aussi.

De son côté, Joël trouvait leur maison insupportable. Chaque pièce lui rappelait sa défunte femme. Il fallait qu’ils déménagent. Il commença à chercher un nouveau travail et fut bientôt appelé par l’hôpital de Quimper, en Bretagne.

Il essaya d’en parler avec sa fille. Tout changement était pour elle un affront au passé.

-Déménager ? Où ça ? demanda-t-elle d’un ton désagréable.

-En Bretagne.

-Notre vie est ici ! On a tout ici ! J’ai mes amis, mon lycée… Tu as ton travail…

-Il faut qu’on avance. Ce n’est pas en restant ici qu’elle va revenir !

-Je sais ! Elle ne viendra pas non plus nous chercher en Bretagne ! Je veux juste… continuer à vivre. Ici.

-Il faut qu’on avance, Alex. Ce déménagement c’est un nouveau départ pour nous deux.

-Je n’en veux pas. On est bien ici. On est chez nous !

Nouveau claquement de porte.

Resté seul à table, Joël essayait de ne pas sombrer au désespoir. Elle finirait par comprendre. Il ne comptait pas lui laisser le choix. Il rédigea une annonce pour mettre en vente la maison.

Deux semaines plus tard, les Duval étaient en route pour leur nouvelle vie, un désodorisant en forme de citron pendant au rétroviseur intérieur.

Alexia avait fini par céder. Elle était à présent dans la voiture, à l’avant côté passager et regardait d’un air morose les paysages défiler par la fenêtre, sa musique dans les oreilles, et ses cheveux roux volant légèrement au gré de la brise marine qui leur parvenait dans l’habitacle.

Après six heures de route, père et fille s’enfonçaient dans les ruelles en pente de Douarnenez.

Cela devenait de plus en plus concret. D’après le GPS, ils seraient dans leur nouvelle maison d’ici une vingtaine de minutes.

Ils s’engageaient dans la rue quand un jeune homme traversa juste devant eux, les obligeant à piler.

Alexia jura, bien plus terrifiée qu’en colère.

-Je suis désolé, dit l’adolescent.

Il avait les cheveux mi-longs blonds mouillés par un ou plusieurs bains dans l’eau de mer.

Probablement forcés par quelques chutes de sa planche de surf.

-C’est rien, fit Joël. Fais attention la prochaine fois. Ça va, Alex ?

-… Ce n’est pas « rien »… On aurait pu le percuter. Ils sont si peu nombreux dans ce bled paumé ?

Et c’était reparti : Alexia en voulait à nouveau à la Terre entière.

Si elle parut se calmer ce soir-là, ce fut uniquement par tristesse d’avoir quitté la Normandie. D’ailleurs, elle ne resta pas au dîner que les Tevenn (ses nouveaux voisins) avaient organisé pour leur arrivée.

Chapitre 2 : Un drame qui en rappelle un autre by Alrescha
Pendant deux mois, Alexia subit son déménagement en Bretagne. Tout lui semblait insupportable, y compris la gentillesse du fils des Tevenn : Delphin, qui avait le même âge qu’elle. Ce ne fut pas faute de lui proposer de sortir et visiter la ville. Alexia refusa chacune des propositions, se contentant parfois de ne pas ouvrir la porte pour éviter une énième proposition.

Même la rentrée scolaire n’emballait la jeune normande. Elle aurait dû ravie, se dire que c’était l’opportunité idéale pour faire de nouveaux amis mais elle n’y parvint pas. Et voir le nom de son voisin dans la liste de ses camarades de classe n’améliora pas son humeur. Elle avait la désagréable impression qu’il la collait, la harcelait même. Dans la rue, dans le bus et maintenant dans la classe… C’en était trop pour elle.

Moins de deux semaines après la rentrée des classes, Alexia reprit connaissance au milieu des rochers. La transformation était de plus en plus intense. Il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre ses esprits. Elle était sur le sable en maillot de bain jusque-là rien d’anormal. Elle se releva difficilement. Elle se sentait courbatue comme si on l’avait rouée de coups…

Elle jeta un rapide coup d’œil vers la plage à quelques centaines de mètres. Le pavillon vert flottait au vent. Pas de vagues ou très peu. Alors pourquoi avait-elle l’impression de s’être fait emportée par le courant ?

Son regard se porta sur l’eau. Un hoquet de terreur lui échappa lorsqu’elle vit une écume rougeâtre immerger ses pieds et y laisser une trace sanguinolente. Elle vérifia ses jambes en quête d’une blessure mais elle n’avait rien. Sa peau était intacte. Ce qui signifiait… ce qui signifiait que quelqu’un ou quelque chose était blessé tout près d’elle.

Un bruit mat la fit sursauter. Elle se retourna. Une planche de surf heurtait les rochers au gré des vagues. Il y avait quelqu’un d’autre dans le périmètre. Elle chercha plus attentivement, inquiète de ce qu’elle pourrait trouver. Et si l’autre personne était morte ?

Son souffle et son rythme cardiaque devinrent carrément irréguliers. Cela lui rappelait trop de mauvais souvenirs. Un en particulier : le suicide de sa mère. Elle s’était jetée du haut d’une falaise. Le sable blanc avait arboré une couleur rouge durant un temps qui lui avait paru infini.

Elle aperçut un bout de combinaison blanche et bleu clair à la surface pendant quelques secondes. Elle regarda à nouveau le poste de secours. Il était trop loin pour que le sauveteur ait vu quelque chose et intervienne rapidement.

Il n’y avait qu’elle qui pouvait réagir. Tremblant de tous ses membres, Alexia s’avança dans l’eau. A mesure qu’elle nageait, le calme revint en elle. Elle se concentra et ne tarda pas à apercevoir une silhouette familière sous la surface de l’eau. Delphin.

Elle s’approcha. Le sang qu’elle avait reçu venait de sa tête, il avait heurté les rochers. Elle devait le remonter. Il avait peut-être une chance de s’en sortir si elle le remontait maintenant.

Il était lourd pour quelqu’un de mince. Elle les émergea rapidement et le poussa sur le sable.

L’état de choc s’empara à nouveau d’elle lorsqu’elle s’aperçut qu’il était inconscient.

-Ré… réveille-toi… Réveille-toi… Pitié, réveille-toi !

Elle prit sa serviette et l’appliqua sur sa blessure. Une plaie en forme de trident perforait le crâne de Delphin. Le sang s’en échappait toujours tandis que l’espoir qu’il s’en sorte s’amenuisait.
Tournant à moitié de l’œil, elle se décida à aller chercher le secouriste.

Heureusement, elle n’eut pas besoin de dire un mot. La voyant en état de choc, le secouriste lui mit une couverture de survie et fila vers l’endroit qu’elle lui avait indiqué.

Une ambulance arriva. Alexia était incapable de faire le moindre geste, de prononcer le moindre mot. Toujours inconscient, Delphin fut emmené sur un brancard.

-Ca va aller. Ça va aller. Réchauffe-toi.
-Est-ce… est-ce… qu’il va-va s’en sortir ? bégaya-t-elle.
-Je l’espère. Tu le connais ?
-C’est… C’est mon voisin…
-Il y a quelqu’un qui peut venir te chercher ? Tes parents ?
-Mon père… est neurochirurgien…
-Et ta mère ?
-… Morte…
-Tu peux utiliser la douche ici. Il y a de l’eau chaude. Je vais appeler Claire, elle te déposera.
-M-Merci…

Quelques instants plus tard, Alexia rentrait chez elle. Elle monta les escaliers sans vraiment s’en rendre compte et se laissa tomber sur son lit. Comment cela avait pu se produire ? Etait-ce elle qui avait provoqué l’accident de Delphin ? Elle ne se souvenait de rien… Elle le détestait mais pas au point de le tuer… Et si, et s’il ne se réveillait pas ? Les autres penseraient qu’il avait fait une mauvaise chute, mais Alexia saurait. Elle avait provoqué l’accident, elle l’avait tué.

Elle ne s’était jamais autant détestée qu’à cet instant. Bien sûr il y avait eu le moment où sa mère était morte devant ses yeux. Elle s’en était voulue… Mais là… Là c’était pire en quelque sorte.
Chapitre 3 : Regrets du passé, promesse du futur by Alrescha
Trois ans s’étaient écoulés. Le temps avait eu raison de beaucoup de choses : le suicide de la mère d’Alexia, son déménagement forcé…

Et même ce jour-là…

C’était une belle journée d’été. Elle avait été voir les résultats du bac dans la matinée et il était un peu plus de treize heures quand le crissement de pneus sur du gravier lui parvint.

Elle regarda à la fenêtre de sa chambre, celle-ci lui offrait une vue sur l’immense maison de ses voisins et leur garage. Elle savait que les Tevenn travaillaient beaucoup. Ils partaient tôt le matin et revenaient parfois tard le soir. Alors que faisaient-ils chez eux en pleine journée ?

Mr Tevenn et sa femme descendirent. Puis un jeune homme aux longs cheveux blonds et au look de hippie sortit à son tour. C’était Delphin.

Alexia eut du mal à la reconnaître tant il paraissait sérieux vu d’ici. Il disparut dans la maison et réapparut brièvement à la fenêtre de sa chambre. Les joues d’Alexia rougirent, ses mains devinrent moites et elle sentit son cœur s’emballer dans sa poitrine.

Après ne l’avoir que trop vu et même haï, il avait été aux abonnés absents pendant trois années. Pourquoi d’un coup était-elle contente de le voir ? Pourquoi s’en souciait-elle aujourd’hui ?

Elle avait changé malgré elle. L’accident de Delphin l’avait changée. Au début, c’était simplement pour se décharger de sa culpabilité mais tout pendant son séjour à l’hôpital, elle s’était véritablement inquiétée. Plus les jours passaient, plus elle redoutait que son état s’aggrave ou soit définitif, qu’il soit un « légume » et ne puisse plus mener la vie qu’il avait. Et puis finalement, il était revenu chez ses parents avec un gros bandage sur la tête pour seule conséquence de son accident, puis il était parti quelques jours plus tard.

Elle descendit au rez-de-chaussée, s’attendant inconsciemment à ce qu’il vienne sonner lui demander comme autrefois si elle voulait découvrir la ville. Elle l’avait repoussé tellement de fois qu’elle en avait perdu le compte.

Mais les heures passèrent et Delphin ne se présenta pas la porte. Elle en avait envie et en même temps, elle le redoutait. Que lui dirait-elle ? Au fond, elle voulait juste savoir s’il allait bien, s’il n’avait pas de séquelles.

-Ça va, mon cœur ? demanda la voix de son père depuis le hall d’entrée.

Il était presque vingt heures et son père était rentré du travail.

Alexia eut un mouvement de malaise puis se lança :

-…Tu savais que Delphin Tevenn était revenu ?
-Oui, Alain allait le chercher ce matin à St Malo. Mais je croyais que tu « n’en avais rien à carrer de Delphin ».
-C’est vrai, admit-elle. C’est juste que ça fait drôle… je m’étais habituée à ne plus le croiser à chaque fois que je sortais.
-Tu sais, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, dit-il en ouvrant la partie congélateur du frigo. Pizza ?
-Sans viande.
-Tu fais ta vie, ma fille. Mais si je peux me permettre un conseil… Tu devrais aller lui dire bonjour. Vous êtes adultes maintenant. On fait tous des conneries quand on est jeunes, des choses qu’on regrette plus tard.

Joël soupira.

-Je regrette de mettre aussi mal comportée avec lui, avec toi aussi, dit Alexia. Je sais bien qu’on n’avait pas le choix, que c’était le seul moyen de continuer d’avancer. Je suis désolée de t’en avoir fait baver. J’ai été égoïste.
-Tu souffrais.
-J’irais toujours de l’avant désormais. Je te le promets.
-Tu l’as déjà fait, Alex. Quand Delphin a eu son accident, je me suis douté que tu avais assisté à la scène. Pendant trois ans, tu n’es pas restée seule dans ton coin à ruminer le passé… Tu as continué à vivre. Tu as eu ton bac. Pour quelqu’un qui a vécu d’horribles choses, tu t’en es bien tirée. Mais si tu tiens tant à faire une promesse. Promets-moi d’aller lui parler.
-… Je… D’accord.
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