Christmas survivor by Bibi2
Summary:

Louise revient à Paris au bout d'un an pour présenter à la télévision son nouveau roman mais tout semble lui rappeler ce pour quoi elle avait fui.

La magie de Noël et les beaux yeux d'Antoine, journaliste vedette, réussiront-ils à lui faire prendre un nouveau départ ?

 

 

Crédits : APetruk (DA) - Montage par mes soins

 

Participation au concours "Cupidon sous la neige" d'Hazalhia


Categories: Romance, Projets/Activités HPF Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Roman
Challenges:
Series: Cupidon sous la neige
Chapters: 6 Completed: Oui Word count: 19202 Read: 9058 Published: 20/01/2020 Updated: 31/01/2020

1. Chapitre 1 by Bibi2

2. Chapitre 2 by Bibi2

3. Chapitre 3 by Bibi2

4. Chapitre 4 by Bibi2

5. Chapitre 5 by Bibi2

6. Chapitre 6 by Bibi2

Chapitre 1 by Bibi2
Author's Notes:

Bienvenue dans cette nouvelle histoire ! 

Attention pour les âmes sensibles : l'abus de guimauve est mauvais pour la santé.

Bonne lecture !

Chapitre 1

 

La gare était bondée. Les bruits de roulettes cabossées couvraient à peine les pleurs et les cris des voyageurs. C'était un nouveau week-end de grève et les trains étaient de plus en plus capricieux. Louise essaya de se faufiler entre un contrôleur, qui se faisait incendier par une mégère emmitouflée jusqu'au cou, et un garçon d'une dizaine d'années qui avait l'air de trouver drôle de donner des coups de pieds dans le sac de son père. Ah la jeunesse...

Louise soupira pour la centième fois depuis qu'elle s'était levée ce matin. Si elle s'était écoutée, elle serait restée dans son lit bien au chaud avec un café crème et son ordinateur sur les genoux. Voilà ce qu'elle entendait par "week-end", et certainement pas une virée parisienne en plein mois de décembre ! Elle était prête à parier qu'il y aurait en plus des manifestations ! Si elle excluait bien sûr le fait qu'elle survive à tout cela, encore lui faudrait-il affronter les touristes tout aussi paumés qu'elle sur les Grands Boulevards et les magasins où il ferait aussi chaud que sous les tropiques. Non, décidément, la période des fêtes à Paris, c'était très peu pour elle.

Alors qu'elle pestait contre un couple qui avait décidé de ne pas se ranger sur la file de droite de l'escalator, elle sentit sa poche vibrer.

« Allo ? décrocha-t-elle.

— Tu es arrivée saine et sauve ?

— Le "saine et sauve" est peut-être superflu mais j'ai toujours mes deux bras si c'est ce que tu sous-entends.

— Parfait, je n'en demandais pas plus. Tu seras prête pour la réunion ?

— Si j'ai bien compris il faut que je prenne un bus, un métro, un RER et que je finisse à pied. Tu sais que pour venir de ma province profonde il ne m'a fallu qu'un TGV ?

— Écoute, ne commence pas. Ça fait quoi ? Un an à peine que tu as quitté Paris ? Les réflexes vont vite revenir ! Rien que prendre un escalator va vite te rappeler des souvenirs. Allez, à toute ! »

Outrée qu'on lui ait raccroché au nez, Louise laissa échapper un petit rire nerveux. Oui, sa meilleure amie avait raison, ses réflexes de parisienne stressée lui revenaient en pleine face. À croire qu'elle n'avait peut-être pas tout oublié de sa vie d'avant finalement...

Elle secoua la tête pour chasser les pensées sombres qui lui revenaient à l'esprit. Non, elle ne voulait pas y penser maintenant. Elle aurait tout le temps d'y songer dans le train qui la ramènerait en Bretagne à la fin de la semaine.

Serrée comme une sardine à l'huile dans sa boîte de conserve, Louise regardait les traces de doigts sur la vitre du bus. C'était ça ou plonger son nez sous les aisselles malodorantes de son voisin. À choisir, c'était vite vu. Les travaux avaient repris de plus belle depuis un an, à croire que tous les grands axes étaient à reconstruire ! Si les transports en commun continuaient à faillir, il ne fallait pas donner longtemps avant que les parisiens ne finissent en dépression sévère pour cause de temps de transports décuplés. C'était bien pour ça qu'elle avait fui cette ville ! Bon, peut-être pas que pour ça...

En faisant des contorsions dignes d'une danseuse de pool danse, elle attrapa son téléphone. En deux clics elle vérifia l'arrêt auquel elle devait descendre et s'extirpa du bus non sans écraser quels orteils en guise de dommage collatéraux. Elle fit claquer les talons de ses bottines en courant presque vers la bouche de métro. Elle allait dévaler les escaliers sa valise sous le bras, quand une pensée lui traversa l'esprit : pourquoi se pressait-elle au juste ? Après tout, elle n'était attendue au journal qu'en début d'après-midi. Elle manqua de se faire rentrer dedans par un homme qui lui grogna d'avancer et elle eut sa réponse : elle se pressait parce que c'était ce que tout le monde faisait dans cette ville. C'était bien simple, ceux qui ne se pressent pas sont des touristes. Point à la ligne.

En prenant son temps, Louise sourit. Oui, elle était redevenue une touriste. C'était assez comique de voir les choses ainsi. Elle qui avait toujours vécu en vrai parisienne se sentait maintenant étrangère alors qu'elle connaissait encore les arrêts de métro par cœur.

Louise manqua de s'endormir dans le RER. Elle avait réussi à trouver une place assise et c'était bien trop confortable pour qu'elle n'abandonne pas l'accumulation de stress qu'elle avait depuis le matin.

Elle se sentait complètement épuisée alors qu'elle n'avait rien fait de moins que ce qu'elle faisait depuis des années en temps de transport. Comment pouvait-on oublier si vite ?

Son téléphone vibra à nouveau, la sortant de ses pensées. Elle ouvrit le mail qu'elle venait de recevoir. Elle était à peine arrivée au bout qu'elle recevait un nouveau coup de fil.

« Oui Mia j'ai reçu ! Si tu me laissais le temps de te répondre ça te ferait faire des économies de...

— Tu as intérêt à être à l'heure ! Tu sais au moins qui j'ai dû soudoyer pour que...

— Mais je m'en fichais et tu le sais très bien !

— Une bonne promotion...

— Est primordiale, je le sais.

— Alors arrête de faire ta blasée et ramène tes fesses chez moi tout de suite.

— Je suis en bas, soupira Louise.

— En bas ? Genre, en bas ?

— Oui, genre "en bas". Allez, ouvre-moi qu'on puisse finir cette dispute dignement au chaud. Je n'en peux plus de ce froid de canard ! »

La porte d'entrée couina comme dans ses souvenirs. Elle était venue si souvent depuis qu'elles étaient étudiantes qu'elle aurait pu faire le trajet les yeux fermés. Elle reconnaissait tout : des graffitis dans la cage d'ascenseur jusqu'au pet sur l'émail de la rampe du couloir. En quelques mois, absolument rien n'avait changé.

La porte au bout du couloir s'ouvrit à la volée et une petite furie blonde embroussaillée courut vers elle, un sourire jusqu'aux oreilles.

« Ce que tu m'as manquée !

— Toi aussi !

— Allez, entre, on a beaucoup de choses à faire. »

Louise avait à peine posé son manteau sur la patère qu'elle avait déjà un thé brûlant entre les mains et qu'Emilia s'était lancée dans sa traditionnelle logorrhée de bienvenue.

« Tu as encore maigri ! Quand vas-tu prendre le temps de faire du sport pour te remplumer un peu ? Tu as l'air tellement fatiguée. Je pensais que l'air frais de la mer te ferait du bien pourtant ! Il faut absolument que tu me montres ce que tu as prévu pour l'interview. Hors de question que tu y ailles comme ça !

— STOP ! Une question à la fois Mia s'il te plait !

— Ok, je pars au plus urgent : c'est quoi cette tenue ?

— Écoute, je voyage léger. Et franchement, les talons aiguilles à Paris ? Tu ne vois ça que dans les films américains dans lesquels le prince charmant dépose la princesse dans un hôtel cinq étoiles en limousine avec des diamants et...

— Ok, je crois que j'ai compris l'idée. Ma belle, je te rappelle que tu vas passer au JT de 20h d'une des chaînes les plus regardées de France. Allo la Lune, ici la Terre ! Vous me recevez ?

— Cinq sur cinq Houston, grogna Louise.

— Alors Louise Garance Delettre, tu vas m'expliquer pourquoi tu es dans un tel état ? Je ne demandais pas l'impossible, une simple robe un peu sport aurait fait l'affaire ou un chemisier à la rigueur. Là le sweat, le jean à trous hyper lâche et les bottines pleines de boue ce n'est pas possible...

— Je suis écrivain, pas styliste, ni mannequin.

— J'ai saisi l'idée. Mais tu tiens vraiment à ce que tout le monde te voit dans cette tenue ? Tu veux vraiment que ce soit l'image que les gens retiennent de toi ? Que Vincent...

— Ne prononce pas son nom ! s'offusqua Louise.

— Voilà, on y est ! Je le savais ! C'est pour ça que je t'ai demandé de revenir à Paris pour les fêtes ! J'en étais sûre ! Tu ne peux pas me cacher à moi, ta meilleure amie avec qui tu as usé les fonds de tes pantalons sur les bancs de fac miteux, que tu déprimes toute seule dans ton coin !

— Je ne déprime pas.

— Non, bien sûr.

— C'est vrai Mia, je suis sérieuse. C'est Paris qui me fait déprimer.

— Faux et archi faux ! Et ce roman ? Tu crois qu'il est sorti de nulle part ? À d'autres ! Ton cerveau t'a fait écrire le meurtre parfait avec pour victime, comment s'appelle-t-il déjà ? Vince ?

— Mia..., prévint Louise.

— Tu es complètement à côté de la plaque ma belle ! Si tu crois que tu vas rebondir en écrivant de jolies petites histoires de meurtres, tu te fous le doigt dans l'œil et jusqu'au coude !

— Mia !

— Oui, parfaitement ! Alors maintenant tu vas finir ton thé et on va aller acheter une tenue digne de ce nom pour en mettre plein la vue à la France entière ! Comme ça tu vas prouver à ton ex-patron combien c'est un crétin fini de t'avoir laissée descendre en enfer.

— Mia, tu exagères.

— C'est un cafard privé de carapace, voilà ce que j'en pense ! Et sache que rien de ce que tu diras n'influencera ma décision ! »

Un sourire amusé se dessina sur les lèvres de Louise. Mia avait toujours été comme ça. Elle était impétueuse, imprévisible et terriblement maternelle. Des deux, elle avait toujours été celle qui pensait aux moindres petits détails qui leurs rendraient la vie plus agréable. Il était si facile de se laisser porter quand on était avec elle, que le retour à la réalité était tout autre ensuite.

« Au fait, demanda Emilia alors qu'elle se dirigeait vers les boutiques, tu as prévenu tes parents que tu rentrais ?

— Non.

— Et ?

— Je n'ai pas envie de les voir. C'est trop tôt.

— Trop tôt ? Ça va faire un an ma belle.

— Je n'ai pas envie de leur gâcher une nouvelle fois les fêtes.

— Louise, Noël c'est tous les ans. Ce n'est pas parce que l'an dernier les choses ont été un peu compliquées que ça va forcément se reproduire tous les ans !

— Je sais qu'ils m'en veulent encore.

— Tu n'en sais rien du tout !

— Mia, je ne veux pas les voir, c'est tout ! coupa-t-elle. C'est trop tôt. »

Louise se rembrunit. Elle n'aimait pas penser à ce qu'il s'était passé l'an dernier. Elle pensait être guérie, avoir laissé tout ça derrière elle, mais des guirlandes lumineuses aux chants de Noël qui s'échappaient des vitrines, tout lui hurlait les souvenirs qu'elle avait essayé d'oublier en vain.

« Robe ou pantalon ?

— Je suis certaine que tu meures d'envie de me faire essayer une robe.

— Oui !

— Donc pantalon. »

Emilia resta bouche bée. Qui était cette perverse qui osait à ce point contrecarrer ses plans ?

« Ne pleure pas, je suis certaine qu'avec un joli haut tu vas pouvoir te rattraper. Et reste modeste, je ne roule pas sur l'or.

— Ça va, ça va, je sais... Je te rappelle que c'est grâce à moi si...

— Si j'ai réussi à être publiée ? Tu n'arrêtes pas de me le rappeler, je te remercie !

— Il n'empêche que si je n'avais pas exhumé ce manuscrit de ton tiroir l'an dernier, tu ne serais pas l'autrice à succès que tu es maintenant.

— Est-ce donc ce que je suis devenue ? Une autrice à succès ?

— Je dirais plutôt une autrice en cours de succès mais on y est presque.

— Qui fait l'interview ? »

Mia se mit à papillonner des yeux.

« Mia ? C'est quoi cette tête de merlan frit ?

— C'est mon chouchou !

— Qui est ton "chouchou" ? s'inquiéta Louise.

— Mon présentateur préféré. Il est tellement beau que je n'arrive plus à suivre les informations quand il présente.

— Ce n'est pas très bon signe ça...

— Pourquoi ? On ne critique pas mon chouchou devant moi !

— Parce que si tu n'es pas capable de retenir quoi que ce soit en suivant ses infos, comment veux-tu que les gens se souviennent d'aller acheter mon livre ?

— Ah..., comprit Mia. Pas faux. Mais il est tellement beau !

— Mia, soupira Louise. Dois-je te rappeler que tu es mariée ?

— Ce n'est pas parce qu'on est au régime...

— Qu'on ne peut pas regarder le menu, je sais. Arrête avec cette phrase, elle est horrible ! Ce pauvre garçon n'est pas un morceau de viande !

— Louise, reprit Mia soudain très sérieuse, promets-moi que s'il t'invite à aller prendre un verre tu ne refuseras pas !

— Mais quelle mouche t'a piquée ?

— Jure-le !

— Ok, je le jure. »

Mia se pencha vers le rideau de la cabine où Louise se changeait et chuchota :

« Il paraît qu'il est célibataire.

— Et ?

— Et toi aussi !

— Certes. Comme beaucoup de personnes dans ce monde où l'égoïsme règne en maître.

— Ce que tu peux être sinistre parfois !

— Mia, n'essaie pas de jouer les Cupidon, ça n'a jamais fonctionné.

— Je te rappelle que c'est grâce à moi que tu as rencontré ton premier petit copain !

— Et il a failli m'ébouillanter avec son café quand tu lui as fait un croche-pied. Il était tellement confus qu'il m'a suivi comme un labrador fou d'amour pour son maître durant des semaines !

— Vous étiez mignons ensemble, ricana Mia. Ok, ok, je plaide coupable. Mais la mesure d'éloignement que je t'ai suggérée a bien fonctionné ! Tu vois que je suis utile. »

Louise leva les yeux au ciel en se retenant de rire. Mia était si imprévisible... On ne s'ennuyait jamais avec elle. Elle sortit de la cabine en écartant les bras.

« Qu'en penses-tu ?

— Ravissant ! Allez, adjugé ! Je paie, inutile de discuter, je sais très bien que ton livre ne te rapporte rien. Je ferai passer ça en frais professionnels par la maison d'édition.

— C'est ça, murmura Louise, faisons comme si on ne savait pas toutes les deux que tu m'offrais cette tenue. »

Mia était vraiment une personne en or !

 

Le hall du bâtiment en verre était immense. Les cadres en costumes marchaient d'un pas déterminé vers les nombreux escaliers et ascenseurs. Louise se sentait comme une fourmi qui aurait été parachutée dans une nouvelle fourmilière. Elle avait l'impression de dénoter dans le décor. Elle tournait la tête dans tous les sens en se mettant sur la pointe des pieds dans l'espoir de trouver de l'aide. Le panneau "Accueil" finit par lui sauter aux yeux et elle se précipita vers l'hôtesse qui l'accueillit chaleureusement.

« Puis-je vous aider ?

— Oui ! En fait j'ai rendez-vous pour une interview pour le journal de 20h.

— Je vois. C'est au deuxième étage dans le département "JT". Demandez M. Valle, il vous aidera.

— Merci ! »

Elle se faufila dans les couloirs qu'on lui avait indiqués, dans ses petits souliers. Même si elle avait voulu donner l'impression à Mia qu'elle était sereine, son palpitant pulsait contre sa cage thoracique et elle n'en menait pas large. Louise poussa la porte vitrée du service "JT" et demanda d'une petite voix tremblante à la première personne qu'elle croisa où elle pouvait trouver le fameux monsieur Valle.

« Demandez à son assistante, c'est la jeune femme que vous apercevez au fond de la pièce. »

La jeune femme au fond de la pièce ? Elle voulait dire l'espèce d'Amazone juchée sur de sublimes stilettos qui mettaient en valeur d'encore plus sublimes jambes ? A priori oui. Louise ressentit une haine viscérale pour cette femme qu'elle n'avait pourtant jamais vu de sa vie. Était-il possible d'être aussi magnifique en vivant sur cette planète ? Il semblerait que certaines aient été plus gâtées que d'autres par la nature.

Elle interpela malgré tout la jeune femme. Le regard qu'elle reçut en retour lui donna immédiatement l'impression d'être un insecte qu'on était en train de disséquer. D'ailleurs elle venait de perdre une aile.

« C'est à quel sujet ?

— En fait on m'a demandé de venir pour une interview et...

— Pff... Si maintenant je dois m'occuper des interviews on ne va pas s'en sortir. Allez, attendez-moi dans le salon lounge que j'aille chercher M. Valle », soupira-t-elle.

Louise pensa immédiatement que ses antennes venaient de lui être arrachées et elle ne donnait pas cher de sa carapace si elle restait plus longtemps en présence de cette femme. Aussi piteuse qu'une enfant qui aurait fait pipi dans sa culotte, elle alla s'asseoir en silence sur le canapé crème qu'on lui montrait.

« Louise ? »

Elle sursauta et leva la tête. Un homme sublime au sourire ravageur lui faisait face.

« Je suis M. Valle mais vous pouvez m'appeler Antoine, je préfère quand on s'appelle par nos prénoms. Ça ne vous gêne pas j'espère ?

— Qu... Quoi ? s'étouffa-t-elle en essayant de reprendre sa respiration. Non. Du tout.

— Super ! Venez dans mon bureau, nous serons plus au calme. »

Louise essuya rapidement le coin de sa bouche du revers de la main pour vérifier qu'elle n'avait pas bavé. Elle avait comme la drôle d'impression de laisser sa dignité sur le canapé crème quand elle se leva.

Elle entra dans le bureau alors qu'Antoine lui laissait galamment la priorité.

« Dites-moi tout. Je crois que votre agence vous a transmis les questions.

— Oh... Heu... »

Louise devint écrevisse en très peu de temps. Le questionnaire ! Elle l'avait fourré dans son sac en se disant qu'elle aurait bien le temps de le lire dans le train. Sauf que de film en épisode de série, elle en avait oublié le boulot. La voilà dans la panade.

« Je suis désolée, j'ai... Comment dire ? Oublié ? »

Antoine rit à son embarra.

« Pas de souci, rendons donc ça plus spontané, je préfère aussi. De toute façon quand on n'a pas l'habitude, c'est très difficile de donner des réponses préparées à l'antenne. Autant que vous veniez simplement demain soir, une heure avant le début du JT. Nous en profiterons pour faire le maquillage et vous expliquer le fonctionnement. »

Cela semblait si simple à l'entendre.

« Ce qui compte surtout, c'est de nous parler de votre prochain roman. »

Louise se figea. Son prochain roman ?

« Quel prochain roman ?

— Celui dont nous a parlé votre maison d'édition. Celui qui arrive dans un an. Celui que vous écrivez, insista Antoine en fonçant les sourcils.

— Mais, je... Enfin, c'est à dire que...

— Antoine ? Mon chou ? interrompit soudain Miss Univers en entrant dans le bureau sans avoir frappé. Tu dois être chez le grand chef dans cinq minutes.

— C'est vrai. Merci Sam ! Je suis désolé de devoir vous laisser, on se voit demain soir à l'antenne ! »

Il lui fit un petit signe de la main avant de sortir du bureau en laissant une Louise à l'état d'insecte anténectomisé, ailectomisé et dépouillé de toute dignité. La dissection était terminée et elle n'était pas certaine d'avoir survécu.

 

« Tu te fous de moi ? s'énerva-t-elle en menaçant Mia de ses baguettes.

— Baisse ça, tu vas crever un œil à quelqu'un.

— Depuis quand est-ce que j'écris un autre bouquin !

— Mange donc tes sushis tant qu'ils sont chauds !

— Ça se mange froid ! Réponds-moi ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire à dormir debout ? »

Mia posa le Californien qu'elle s'apprêtait à manger en soupirant.

« Louise, un seul livre n'intéresse pas les médias. Pour être invité au JT si tu n'es pas Marc Levy, ou je ne sais quel écrivain à la mode dans les halls de gare, et tu n'as pas de roman derrière tu es foutue. Tu tiens vraiment à ce que les gens t'oublient ? C'est ça le marketing ma grande, un roman et tu annonces ton deuxième derrière lors du lancement du premier.

— Ce qui perd complètement son intérêt puisque tu parles d'un roman qui n'existe pas alors que tu pourrais en présenter un qui est écrit.

— On est d'accord mais c'est comme ça.

— Sauf que je n'ai pas de deuxième roman Mia ! En quelle langue faut-il que je te le dise ?

— Eh bien invente ! Débrouille-toi, tu as vingt-quatre heures, c'est largement suffisant.

— Une journée pour inventer tout un bouquin ? Tu es devenue folle ?

— Tu n'as pas besoin de l'écrire, il vaut juste connaître vaguement l'histoire. Un peu la trame. Les personnages aussi ça serait idéal. Et savoir un peu le genre.

— Ouais, quasiment l'avoir écrit dans ma tête quoi...

— C'est ça. Allez, hauts les cœurs, ce soir je compte sur toi ! »

Louise reposa son sushi pour froncer les sourcils.

« Que se passe-t-il ce soir ? »

End Notes:

Mais oui, que se passe-t-il ce soir selon vous ?

Chapitre 2 by Bibi2

Chapitre 2

 

« C'est génial ! Regarde-moi ce décor de folie ! On se croirait au Pôle Nord ! Ils ont mis des guirlandes lumineuses partout ! Et du houx ! Et des flocons de neiges ! Et...

— Ça va aller Mia, je crois que j'ai compris l'idée. Ils ont mis une patinoire géante au milieu de la place de la Concorde pour une soirée caritative. Ils sont complètement tarés, grogna-t-elle plus bas. Ce n'est pas ça qui va arranger les bouchons.

— Louise, peux-tu, ne serait-ce qu'une soirée, profiter un peu de la magie de Noël ? S'il te plaît ! Je te laisse cinq minutes pour remettre tes zygomatiques en place et, quand je reviens avec un chocolat chaud, je veux que cette triste mine se soit éclairée d'un sublime sourire, d'accord ? »

Louise soupira en levant les yeux au ciel. Le chocolat chaud, il ne manquait plus que ça ! Elle acquiesça pour faire plaisir à sa meilleure amie. Mia avait toujours adoré Noël. Non pas que Louise détesta cette fête, elle lui rappelait trop sa descente aux enfers un an auparavant pour pouvoir pleinement s'en réjouir.

« Bonsoir ! Je ne pensais pas vous trouver ici ! »

Louise sursauta et se retourna quand une main se posa sur son épaule. Les lumières du chalet le plus proche d'elle miroitaient sur l'émail éclatant des dents du présentateur qu'elle avait quitté plus tôt.

« M. Valle ?

— Allons, je vous ai dit de m'appeler Antoine ! Qu'est-ce que vous faites là ?

— C'est mon amie Mia qui m'a traînée.

— Traînée ? Carrément ! rit-il. N'est-ce pas un brin dramatique ?

— Ma vie est une succession de tragédies actuellement, je ne suis plus à une près, sourit Louise un peu malgré elle.

— Ma boîte organise cette soirée de bienfaisance. On nous demande toujours de venir y faire de la figuration. Il paraît que c'est bon pour les paparazzis.

— Ma maison d'édition y participe, c'est comme ça que j'ai eu le pass. Mais ma première version était également la bonne.

— Je n'en doute pas. Vous êtes partante pour un tour de piste ?

— Genre comme au cirque ?

— Plutôt genre "Je me tiens à la rambarde". Je ne suis pas très à l'aise avec des patins à glace.

— Je vous suis ! »

Louise surpris le clin d'œil de Mia qui donna illico la deuxième tasse de chocolat chaud qu'elle tenait à la main au premier jeune homme qu'elle croisa.

« Alors, racontez-moi, comment c'est de venir à la capitale ? demanda Antoine en laçant ses patins.

— Moins horrible que je ne l'aurais pensé. Je connais bien cette ville. Le problème c'est plutôt d'y revenir.

— Comment ça ? »

Ils posèrent doucement les patins sur la glace et s'agrippèrent fermement à la rambarde en avançant aussi doucement que leur trouille le leur permettait.

« J'ai grandi ici. Mes parents y vivent toujours d'ailleurs. Mais j'ai quitté Paris l'an dernier.

— Pourquoi ?

— Je ne sais pas si j'ai envie d'en parler. C'est un peu sensible comme sujet.

— Je suis désolé.

— Bref, Mia m'a convaincue que faire l'interview avec vous était une formidable opportunité pour lancer ce livre et j'ai cédé. Plus facilement que je ne l'aurais pensé d'ailleurs.

— Et alors ?

— Il y a toujours autant de choses qui me font ne pas me sentir à ma place mais en même temps je sais que j'appartiens à cette ville, c'est assez difficile à expliquer.

— Je vous comprends un peu. Les grandes villes ont tendance à nous aspirer, à nous donner l'impression que nous faisons partie d'un tout.

— C'est ça. Je n'ai pas cette impression quand je suis en Bretagne, je sens que la nature y est plus forte, qu'elle me tolère et c'est aussi ce qui m'y plaît. Mais je ne pensais pas apprécier autant de revenir. Même si je sais que tout n'est pas réglé. »

Louise dérapa légèrement pour éviter d'écraser un enfant qui venait de se laisser tomber sur la glace. Antoine lui attrapa doucement le poignet pour l'empêcher de tomber.

« Ça va ? s'inquiéta-t-il.

— Oui, oui, c'est bon ! Plus de peur que de mal ! Vous avez l'air d'être plus à l'aise que moi avec vos patins en tout cas !

— J'allais souvent à la patinoire avec mes parents quand j'étais enfant. Il faut le temps que ça revienne !

— Et vous, comment êtes-vous arrivé jusqu'à la présentation d'un journal télévisé ? Ce n'est pas courant comme métier.

— Un concours de circonstance. J'étais journaliste, on a trouvé mon physique avantageux, on m'a proposé le poste. Rien de plus, rien de moins.

— Vous devez bien avoir des compétences journalistiques pour pouvoir faire ce métier, vous n'êtes pas mannequin après tout. »

Antoine laissa échapper un petit rire.

« J'aime bien votre point de vue Louise. Je crois que vous êtes la première personne à me dire ce que j'avais vraiment besoin d'entendre depuis des années. »

Louise resta silencieuse. Les paroles d'Antoine résonnaient étrangement en elle. Avait-elle aussi besoin d'entendre certaines choses pour s'autoriser enfin à être heureuse ? N'était-il pas temps pour elle de se délester de ce fardeau un peu trop lourd pour elle ? Déstabilisée par ses pensées, Louise se rattrapa au bras d'Antoine et lui sourit.

« En fait je crois bien que j'ai envie de parler de ce qu'il s'est passé il y a un an.

— Devant un chocolat chaud ? Je ne suis pas certain que nous gardions nos os en un seul morceau si nous restons plus longtemps sur cette patinoire.

— Avec plaisir. »

Louise compta les petites guimauves qui flottaient à la surface du lait.

« Alors, dites-moi tout ?

— Tout s'est installé petit à petit. J'avais travaillé dur durant mes études, sacrifié de nombreuses sorties, sauté des repas, perdu des amis de vue, mais j'avais enfin réussi. J'occupais le job que je voulais dans un de ces entreprises du CAC 40 qui me faisaient rêver. En fait, j'avais tout pour être heureuse, non ? J'avais un salaire plus que confortable, des vêtements très élégants, une voiture dont je n'avais que faire puisque je prenais les transports en commun, un appartement cossu dans un arrondissement prisé, mes parents racontaient à qui voulait l'entendre combien j'avais un métier parfait. Bref, tout était au mieux. On me confiait de plus en plus de missions importantes, j'étais ravie, on reconnaissait mon travail. »

Elle sirota un peu son chocolat pour se donner le temps de remettre un peu d'ordre dans ses pensées.

« Oui, je crois que c'est à partir de là que ça a commencé à déraper. Un jour je me suis demandé à quoi je servais réellement. Vous allez dire à faire prospérer l'entreprise, certes. Non, ce qui me tracassait c'était que si jamais un jour je devais justifier de mon utilité auprès de quelqu'un, qu'est-ce que je pourrais bien lui répondre ?

— Je ne vous suis pas, s'étonna Antoine.

— Les policiers protègent la population, les politiciens sont les garants de notre intégrité, les médecins sauvent des vies. Et moi ? Moi je ne servais qu'à lancer des campagnes de pub. Si la fin du monde nous menaçait, à quoi aurais-je bien pu servir ? »

Antoine resta interdit, comprenant un peu où elle voulait en venir.

« À rien. Je ne servais à rien mis à part mettre du doré et des paillettes pour que les gens paient plus cher des produits dont ils n'avaient probablement pas besoin. À partir du jour où j'ai eu cette pensée, je me suis empressée de faire comme si elle n'existait pas. Mais chaque jour, elle revenait, de plus en plus forte. Elle prenait une place prépondérante dans ma vie. C'en était rendu au point que j'avais du mal à respirer quand je me rendais au travail. Bien sûr les ventes se sont effondrées, j'ai fait des mauvais choix, et mon patron n'a pas tardé à me convoquer.

— Il vous a viré ? s'offusqua Antoine.

— Je vais vous faire la version courte : non seulement il m'a virée mais il m'a rappelé combien des filles comme moi il y en avait mille qui attendaient en bas de l'immeuble.

— Charmant...

— N'est-ce pas ? Sauf qu'il n'avait pas tort. Qu'avais-je de spécial pour croire que mon patron pouvait se permettre de tenir à moi au point de d'aménager mon poste de travail ou de me laisser le temps de me ressaisir ? Rien. Je n'étais qu'un rouage grippé dans un engrenage. Rien de plus, rien de moins.

— Vous n'êtes pas...

— N'en dites pas plus, l'interrompit Louise avec un sourire triste. La seule chose qui m'avait toujours définie était mon travail. Quand on me demandait de me présenter, je répondais toujours que je m'appelais Louise et que j'étais responsable marketing. Qu'aimais-je ? Quel était mon caractère ? Rien de tout ça ne m'est jamais venu à l'esprit en fait. Peut-être le problème était-il sous mon nez depuis le début. J'avais trop donné pour mon travail et mon travail me le rendait. Le lendemain j'ai quitté mon appartement, j'ai déposé mes affaires chez mes parents et j'ai pris le premier train qui quittait Paris de la gare la plus proche de chez moi. J'ai atterri en Bretagne.

— Eh bien, quelle histoire ! Mais comment êtes-vous devenue écrivain ?

— Le plus drôle dans tout ça, c'est que je l'étais déjà avant. Sauf que pour moi ce n'était qu'un loisir, une façon de m'évader. Un loisir que j'avais laissé végéter durant trop longtemps et qui avait fini par pourrir dans un tiroir. C'est ma mère qui a trouvé mon manuscrit et qui l'a envoyé à Mia. De fil en aiguille, ma meilleure amie m'a convaincue de signer un contrat avec sa maison d'édition et me voilà en train de prendre un chocolat chaud avec celui qui va m'interviewer demain soir au journal télévisé.

— Pour une histoire, c'est une histoire !

— Des histoire comme ça il y en a plein. Sauf que les personnes sont trop mal pour raconter leur descente en enfer. Souvent elles ne voient rien d'ailleurs, ce sont leurs proches qui remarquent les changements. Quand je me suis rendue compte que j'étais malade, il m'a fallu je pense trois bons mois de harcèlement de Mia et de ma mère pour que je me décide à aller voir un psychologue. »

Louise s'éclaircit la gorge qui était maintenant nouée. Les larmes aux yeux elle voyait les chamallows fondus troubles.

« Excusez-moi, cette discussion est en train de tourner à la tragédie grecque alors que nous devrions parler de dinde et de foie gras !

— Ne vous excusez pas, rit Antoine en sortant un mouchoir pour le lui tendre. Je suis désolé, je n'ai que des mouchoirs en papier.

— Il vous manque un mouchoir en soie dans votre panoplie du parfait gentleman. Merci !

— Qu'avez prévu pour les fêtes ?

— Eh bien, à vrai dire, je ne sais pas encore. Revenir à Paris constitue l'idée la plus stupide et la plus téméraire que j'ai eu depuis un an. Et vous ?

— J'aurais aimé vous inviter à regarder les illuminations un soir, ajouta-t-il tout bas en rougissant.

— Avec pl...

— Antoine ! Mais quelle surprise ! Vous, ici ? »

La mante religieuse du matin venait de sauter au cou du présentateur. Il en lâcha sa tasse qui répandit son contenu sur le manteau défraichi de Louise.

« Vous auriez dû me dire que vous veniez, nous aurions partagé la même voiture !

— Je... En fait... Je me suis décidé au dernier moment. »

Sam n'accorda pas un regard à Louise et glissa son bras sous celui d'Antoine pour l'attirer à part.

« Écoutez, je sais que cela dépasse nos heures de travail mais il faut absolument que je vous présente des personnes très importantes. Je vous ai déjà parlé de mon père ? »

Antoine acquiesça en glissant péniblement sur le sol humide, presque trainé de force par une Sam absolument divine dans son manteau fourreau rouge sublimé d'une écharpe en cachemire blanche qui faisait ressortir son teint d'albâtre. Louise aurait tout donné pour ressembler à cette fille ne serait-ce qu'une soirée !

Le manteau ruiné par une énorme tache, elle regardait s'éloigner Antoine.

« Pourquoi ton prince charmant est en train d'être enlevé par Blanche-Neige ? demanda Mia en la faisant sursauter.

— Je crois qu'elle doit lui présenter quelqu'un.

— Quelqu'un ? Mon œil ! Elle va faire quinze fois le tour de la place avant de dire que la personne a dû certainement partir...

— De toute façon je crois que ce type ne s'intéresse pas du tout à moi. Surtout après que je l'ai pris pour mon psychologue personnel.

— Tu as quoi ?

— Il se pourrait que je lui aie parlé de mon épisode de moins bien de l'an dernier.

— De ton burn out ?

— Moins fort !

— Quoi ? Appelons un chat un chat, tu as fait un burn out Louise, ce n'est pas une maladie honteuse ou vénérienne que je sache ? Arrête de planquer la poussière sous le tapis, il est grand temps que tu te reprennes en main ma vieille !

— Eh ! s'offusqua Louise. Mia !

— Ce type t'intéresse ? Il intéresserait tout le monde ! Maintenant à toi de lui prouver que toi aussi tu peux l'intéresser. Allez, bouge tes fesses !

— Mia, j'ai l'air d'une lépreuse à côté de cette fille.

— Oui, et elle le sait. L'apparence c'est une chose, mais tu crois vraiment que quelque chose de sérieux peut s'installer entre deux personnes qui soit uniquement basée sur l'apparence ?

— Mia... Ce n'est pas ça. C'est moi tu vois ? Cette fille, c'était la « moi » d'avant ! Une fille un peu jolie qui prenait soin d'elle et qui avait une confiance aveugle en ses capacités.

— Ok, Calimero, tu m'arrêtes ce psychodrame tout de suite. Avec des auto-flagellations pareilles jamais tu ne vas rebondir, crois-moi. Je ne suis pas aveugle et si je t'assure que ce type te dévorait des yeux, je ne mens pas. Tu l'as envouté, fasciné !

— N'importe quoi.

— Ne me prends pas pour une idiote, je sais qu'au fond de toi il y a un petit truc qui danse la rumba pour te dire de te bouger les fesses. Alors fonce ! Va prouver au monde entier que tu es la personne merveilleuse que moi je vois !

— Je ne peux pas faire ça.

— Donne-moi une seule bonne raison de ne pas te lancer. Une seule.

— Je ne suis pas prête pour ça. Et si ça marche ? On fera quoi ? On échangera vaguement des messages durant une semaine jusqu'à ce qu'il m'oublie et que je doive de nouveau noyer un chagrin quelconque dans un nouveau bouquin ? Tu sais très bien que je n'ai rien écris depuis un an.

— Ne change pas de sujet. On parle de sentiments là, pas de plan de carrière.

— Je ne peux pas revenir à Paris, Mia, c'est au-dessus de mes forces !

— Tu sais quel est ton problème ? C'est qu'il a toujours fallu que tu construises des plans. Des grand un, petit a, flèche, flèche. Des plans jusqu'à G. Tu avais toujours une solution de secours, une bouée de sauvetage. Je ne t'ai jamais vu faire quelque chose que tu n'aurais pas théorisé avant.

— Je n'aime pas l'imprévu.

— À ce degré là ce n'est pas de l'imprévu que tu as peur, c'est de la vie tout court. Le destin te met sur ta route un type sublime, qui prend le temps de t'écouter et qui semble en admiration devant toi, et la seule chose dont tu me parles c'est que tu ne peux pas revenir à Paris ? Va d'abord lui parler ! Arrache-le à la mante religieuse et impose-toi ! Il n'est pas question de savoir si tu habilleras ton troisième enfant en Catimini ou Sergent Major, il s'agit de savoir si tu veux te donner la chance de reparler à ce type en dehors de l'interview professionnelle que vous aurez demain.

— Mais je...

— Stop, coupa Emilia. Je crois que j'en ai assez entendu pour aujourd'hui. Je rentre. Charles doit m'attendre à la maison et on n'a pas trop le temps de se voir en ce moment. Il est temps que tu reprennes ta vie en main Louise. Jouer les petites filles victimes de la méchante sorcière ça n'amuse plus personne à notre âge. »

Elle posa brutalement sa tasse sur le comptoir et quitta la soirée en laissant Louise en plan.

La jeune femme était estomaquée. Sa meilleure amie ne lui avait jamais parlé comme ça. Mia avait toujours été là pour elle, elle avait été la seule et l'unique à la comprendre quand elle avait fui Paris un an auparavant. Et à l'écouter, Louise avait l'impression de passer pour une enfant gâtée qui se serait pris une remontrance. C'était désagréable et ça lui retournait l'estomac. Le chocolat lui laissait un goût écœurant dans la bouche. Était-elle réellement ainsi ? À se complaire dans son malheur qui n'en était finalement pas un ? Elle avait un boulot, elle avait repris un semblant de vie normale dans une autre ville et pourtant elle semblait toujours bloquée dans sa vie d'avant. Comme si elle avait cessé de respirer en décembre dernier.

Alors que le houx miroitait sur le bois des chalets, Louise grimaça. Elle se sentait horrible. Elle avait l'impression qu'elle venait de briser un lien précieux entre sa meilleure amie et elle, sans qu'elle ne sache quoi faire réellement pour y remédier.

Son regard se perdit dans la foule et s'arrêta sur Antoine et Sam. Mia l'avait appelée Blanche-Neige. Louise ricana. Ce n'était pas mal trouvé. Oui, la jeune femme était belle mais semblait cruellement manquer de confiance en elle à voir comment elle agrippait le bras d'Antoine pour l'obliger à la regarder. Soudain une idée folle traversa l'esprit de Louise. Elle ne vivait plus ici, elle n'avait quasiment aucune relation et ne reverrait certainement aucune des personnes présentes ce soir. Elle n'avait donc rien à perdre, si ?

Elle se précipita vers le responsable de la sono et lui fit signe d'approcher.

« Bonsoir, Louise, je suis une des organisatrices de la soirée. Malheureusement ma responsable a dû partir pour raison personnelle et elle souhaitait que nous organisions un petit jeu. »

Elle lui chuchota plus bas ce qu'elle avait en tête. À voir la mine déconfite du DJ, Louise fut convaincue que sa place lui était déjà réservée en enfer.

End Notes:

J'attends vos pronostics pour l'idée de Louise ^^.

Chapitre 3 by Bibi2

Chapitre 3

 

« C'est hors de question ! Tu ne peux pas faire ça ! Enfin, la relation de marque avec nos sponsors et...

— Sam, allez, c'est presque Noël, on peut s'amuser un peu, non ?

— Hors de question que je joue à ce jeu puéril.

— Ce n'est qu'un concours de biscuits de Noël, pas une œuvre d'art que tu vas devoir exposer au Louvres.

— On n'a même pas de four, ni de pâte, ni de...

— Allons les amis, formez les équipes ! Et faites preuve d'imagination !

— On n'a aucun matériel ! Je n'ai même pas mon livre de cuisine et...

— Antoine, coupa Louise. Vous vous joignez à moi ? Je me sens d'humeur compétitive ce soir !

— Avec plaisir !

— Quoi ? Mais Antoine ! Je pensais que tu étais dans mon équipe, s'offusqua Sam.

— Allons Sam, tu vois bien que Gérard souhaite t'épauler. Tu ne vas pas refuser ça au grand patron. »

Sam était rouge de colère. On lui imposait le patron ventripotent pendant que la provinciale sortie de nulle part partait avec son chef ? C'était terriblement injuste ! Elle allait trouver une solution radicale !

« Ok, c'est quoi votre plan au juste ? Parce qu'un concours de pâtisserie sans aucun ustensile au milieu d'une patinoire, je trouve ça osé.

— Qui a dît qu'il n'y avait aucun ustensile ? » s'amusa Louise.

Un camion freina brusquement devant l'entrée de la patinoire et un livreur se précipita en demandant :

« C'est ici pour la livraison ?

— Tout à fait ! »

C'était la chose la plus incongrue, la plus ahurissante qu'elle n'ait jamais faite. Sur un coup de tête, elle avait appelé ses anciens contacts pour les réceptions qu'elle organisait et tous s'étaient précipités pour organiser ce qui s'annonçait comme la pire folie culinaire que l'élite parisienne n'ait jamais connue. En deux temps, trois mouvements, une table était dressée au milieu de la patinoire sous les yeux ahuris des passants qui ne comprenaient pas ce que l'équipe du Meilleur Pâtissier avait bien pu fumer pour mettre son concours sur une patinoire elle-même au milieu de la place de la Concorde. Si un jour les phoques avaient des ailes ? On y était !

Les denrées alimentaires avaient été disposées en petits tas, de sorte que chaque équipe puisse faire son biscuit de Noël sans manquer de rien. Louise renfila ses patins aux côtés d'Antoine. Elle avait l'impression de ressembler à un lapin sous ecstasy. Ou un chaton sous méthyphénidate, au choix. Force était de constater qu'elle se sentait plus puissante que jamais. Ce soir, elle ruinait en une soirée toutes ses chances de ne jamais revenir à Paris ou elle réussirait. L'entre-deux n'était pas permis. Et comme dirait le général Maximus : "Force et honneur !".

« Vous êtes prêts ?

— J'ai l'impression de faire la chose la plus dingue de toutes les fêtes parisiennes que j'ai faites jusque-là mais les gens ont l'air de s'amuser à nous regarder. Et moi aussi, je dois bien vous avouer. C'est quoi le plan ?

— Quel plan ?

— Vous avez bien un plan ? Pour les biscuits. Je n'en ai jamais fait de ma vie.

— Moi non plus. »

Antoine dévisagea Louise. Elle avait dit ça avec un aplomb qui le déstabilisait.

« D'accord... Et donc ?

— Ce sont des biscuits sablés ? Il nous faut du sucre, des œufs, de la farine. Et tout ce qui a l'air bon. Quand le DJ aura lancé le chronomètre il faudra qu'on aille chercher tout ça à l'autre bout de la patinoire.

— Vous ne savez pas patiner sans la rambarde, ricana-t-il.

— C'est un détail.

— On va être au milieu de la patinoire Louise, il va falloir patiner pour la traverser.

— Je vais me débrouiller. Ce n'est pas pire que le vélo, si ? Il suffit d'y mettre suffisamment d'enthousiasme et d'équilibre pour que tout se passe bien.

— J'ai l'impression que Sam va vous trucider. Je ne sais pas pourquoi elle semble vous détester autant.

— Certainement ma coupe de cheveux qui ne lui revient pas.

— Oui, dit Antoine perdu dans ses pensées, certainement. »

Les équipes étaient fin prêtes. Louise rajusta son tablier, retroussa les manches de son manteau et se laissa glisser vers la table qui leur était réservée. Voilà, un coup de patin à droite, un coup de patin à gauche, ce n'était rien de très compliqué après tout ! Chancelante et en nage, elle s'agrippa à la nappe une fois au milieu de la piste. Elle avait beau fanfaronner, elle n'en menait pas large malgré tout. Que n'aurait-elle donné pour que Mia assiste à ça ! Après tout, tout cela était de sa faute ! Si elle ne l'avait pas poussée dans ses retranchements, jamais son cerveau n'aurait à ce point disjoncté pour inventer une histoire aussi saugrenue.

« Écoutez, dit Antoine en se baissant vers elle pour qu'elle l'entende, ce qu'on va faire c'est que je me charge d'aller chercher les ingrédients et vous préparez tout ce qu'il faut. Ok ? Sinon j'ai bien peur qu'on n'ait jamais nos œufs entiers. »

Louise rit malgré elle. Était-elle à ce point un cas désespéré en patinage ?

« Ok, on fait comme ça. Commencez par la farine et le sucre, c'est une valeur sûre.

— Mesdames et Messieurs, sur une initiative de « Pages en folie », la maison d'édition, nous vous proposons un concours de biscuits de Noël. Chaque équipe aura vingt minutes pour préparer et disposer ses biscuits sur la plaque cuisson. Une fois le temps écoulé, plus aucune modification n'est possible et les biscuits seront mis au four par notre équipe de juges volontaires qui ont accepté de se prêter au jeu. L'équipe qui aura réalisé le meilleur biscuit de la soirée sera déclarée gagnante.

— Rien d'insurmontable après tout, ricana Antoine. Au fait, qu'est-ce qu'on gagne ?

— Aucune idée, pouffa Louise.

— Toutes les équipes doivent se tenir à un mètre de leur table. À mon top ! Trois, deux, un, top ! »

Louise avait l'impression d'être en plein rodéo. Tous les participants se ruèrent ventres à terre vers les denrées culinaires. Les hommes étaient étriqués dans leur costumes et les femmes avaient retroussé leurs robes pour qu'elles ne se prennent pas dans les lames. Les talents cachés de patinage restaient extrêmement bien cachés : elle ne comptait plus le nombre de chutes, de dérapages incontrôlés et de carambolages alors que les participants essayaient de rejoindre l'autre bout de la patinoire.

En voyant la mine décomposée de Sam quand le fameux Gérard se rattrapa plus ou moins élégamment à elle en laissant ses mains s'égarer malencontreusement sur ses formes généreuses, Louise ne put s'empêcher de rire. Elle voyait Antoine en train de se chamailler avec ce qui semblait être un de ses collègues pour un paquet de farine. Elle aurait juré être revenue à un de ces anniversaires de l'école primaire, quand rien n'est plus drôle que de faire une course avec un œuf et une cuillère. Oui, c'était exactement l'impression que ce joyeux bazar donnait.

Les photographes s'en donnaient à cœur-joie. C'était certain, toutes les photos allaient faire un tabac !

« Je les ai ! hurla Antoine.

— Revenez en un seul morceau ! lui répondit Louise gagnée par l'enthousiasme de la compétition. Vite ! »

Elle sortit la balance de sa boîte, attrapa une cuillère et se tint prête à doser la farine et le sucre pour les verser dans leur saladier.

« Allez, c'est parti ! haleta Antoine qui ressemblait maintenant à un labrador fou. On n'a qu'à dire qu'on fait moitié farine, moitié sucre ? J'ai pris du sucre blanc et du sucre de canne.

— Super, ça va donner un côté croustillant ! Allez vite chercher les œufs. Et du lait.

— J'ai vu de l'extrait de vanille, ça peut être pas mal, non ?

— Plutôt de la cannelle si vous trouvez. Et des écorces d'orange.

— Dans des biscuits de Noël ?

— Oui, j'aime bien les écorces d'agrumes confites, ça donne un peu de légèreté.

— Ok, je vous crois. J'y vais. »

Louise s'empressa d'ouvrir le paquet de farine dont une partie lui explosa à la figure. Elle en avait dans les cheveux mais s'en fichait complètement. Il fallait qu'elle se presse. Du coin de l'œil elle pouvait voir le chronomètre projeté sur la colonne de la Concorde qui n'affichait plus que quinze minutes. Vite !

Elle mesura à la sauvage les proportions de sucre et de farine et mélangea le tout. Sautillant sur ses patins, elle criait à Antoine de se dépêcher. Il semblait en plein duel d'équilibriste avec son patron. Main dans la main, ils revenaient vers les tables.

« Œufs, lait et écorce d'orange ! lança Antoine un peu essoufflé. Quoi d'autre ?

— On devrait être bien. Sortez le rouleau, la plaque et les emporte-pièces.

— On voit que vous êtes habituée à donner des ordres, ricana-t-il. Oui, chef, bien chef !

— Ça fait bien longtemps que je n'en ai pas donné », répondit pour elle-même Louise.

Les mains pleines de pâte, la moitié du visage couvert de farine et les yeux pleureurs d'avoir autant rit, Louise dévorait Antoine des yeux. Il semblait s'amuser autant si ce n'est plus qu'elle. Elle prit le temps de regarder les autres équipes et tous semblaient rire de leurs mésaventures. Certains boitaient un peu après quelques chutes, d'autres n'avaient pas l'air d'avoir un semblant de début de pâte à biscuit de prêt tellement ils riaient. Seule Sam semblait au bord des larmes et répétait à qui voulait l'entendre que "ce n'est pas comme ça qu'il faut faire !". Visiblement son chef n'avait pas l'air de suivre la recette de sa coéquipière à la lettre... Louise se sentit un peu mal. Cette pauvre fille n'y était pour rien et elle l'avait mise malgré elle dans une situation inconfortable.

C'était étrange comme sensation, elle avait l'impression de se voir dans un film datant de deux ans. Oui, elle avait enfin mis le doigt sur ce qui la mettait mal à l'aise avec Sam : elle se revoyait en elle quand elle avait commencé à travailler. Brillante, jolie, sûre d'elle, et incapable de contrôler une situation qui lui échappait complètement. Louise secoua la tête. Allons bon, voilà qu'elle recommençait à avoir des pensées désagréables. Que pouvait-elle y faire si cette pauvre fille lui faisait de la peine ? Quelqu'un avait-il eu de la peine pour elle un jour ? Quelqu'un lui avait-il dit qu'elle fonçait droit dans le mur en klaxonnant ? Certainement pas ! Elle ne serait pas celle qui jouerait les marraines la fée ou les donneuses de leçons. Chacun devait prendre sa vie en main, c'était comme ça.

« Passez-moi un emporte-pièce, on ira plus vite à deux. »

Elle frôlait plus ou moins volontairement les mains d'Antoine quand ils se disputaient la pâte pour extraire les petits bonhommes sablés afin de les disposer sur la plaque qui irait au four. Louise se sentait comme une gamine coincée dans un téléfilm à l'eau de rose mais elle s'en fichait. Cette soirée n'avait rien de normale et quitte à se réveiller bientôt, autant vivre le rêve à fond. Antoine glissa doucement ses doigts sur le dos de sa main et lui dit :

« Attends, si tu n'appuies pas assez tu n'arriveras pas à le détacher sans qu'il ne se casse. »

Elle nota que le vouvoiement était tombé et releva la tête pour lui en demander la raison quand elle se perdit dans deux iris aussi brillantes que les étoiles. Elle aurait voulu s'y perdre, que le monde n'exista plus autour d'eux. Le bruit de fond s'était assourdit et le temps semblait d'être figé. Il ne restait plus qu'elle et Antoine, qui lui tenait doucement la main, au beau milieu d'une patinoire. Ses lèvres lui picotèrent doucement et elle ne put s'empêcher de déglutir difficilement. Que lui arrivait-il ? Elle mourait d'envie de se hisser sur la pointe des pieds pour l'embrasser au travers de sa barbe naissante. Et pourquoi pas ? Après tout, qu'est-ce qui l'en empêchait ? Ils n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, les lumières tamisées de la patinoire leur laissaient suffisamment d'intimité pour qu'un baiser ne fusse pas un problème, non ? Hypnotisée, Louise se hissa doucement vers Antoine. Soudain son patin ripa sur une irrégularité de la patinoire, elle perdit l'équilibre et, les yeux hagards, elle se sentit tomber droit vers la glace. Paniquée elle attrapa la première chose qui lui passa sous la main : la nappe. Dans un vacarme de tous les diables, tous les ustensiles de cuisine, la pâte, les emporte-pièces et les pauvres biscuits sablés qui n'attendaient que de passer au four, glissèrent au ralenti en accompagnant la chute inélégante de Louise. Dans un bruit sourd, bientôt suivit d'un capharnaüm de métal rebondissant sur la glace, elle atterrit sur les fesses, les biscuits collés dans les cheveux et le reste de farine sur la figure.

Un silence de mort suivit sa chute. Antoine se précipita en slalomant entre les bonhommes sablés et lui demanda :

« Louise ? Ça va ? Rien de cassé ? Louise ? Tu m'entends ? »

Louise prit le temps de regarder autour d'elle. Bon sang, tout le monde semblait avoir les yeux rivés sur elle. Elle sentit le sang affluer vers son visage et se sentit obligée d'afficher un sourire de pub pour dentifrice.

« Oui, oui. Plus de peur que de mal.

— Attends, je vais t'aider ! »

Il lui tendit la main qu'elle attrapa avec reconnaissance. À peine avait-elle esquissé un mouvement pour se mettre debout qu'elle sentit une douleur dans le bas des fesses.

« Aïe ! Oh bon sang !

— Tu vas avoir un sacré bleu ! La chute a été assez spectaculaire ! »

Son coccyx et son honneur en avaient pris pour leur grade. Elle contempla le désastre qu'elle avait causé au beau milieu de la place de la Concorde et sentit un rire monter dans sa gorge. Elle n'avait pas ressenti un tel sentiment de honte et de ridicule depuis des années ! Et pourtant, elle ne pouvait plus s'arrêter de rire. La situation était si cocasse que même dans un de ses romans elle n'aurait jamais osé l'écrire. Antoine se joignit à son éclat de rire et d'un signe au DJ ils déclarèrent forfait.

« C'est dommage, la taquina-t-il en la raccompagnant vers la terre ferme, à cinq minutes près je suis persuadé que nous aurions gagné.

— Tu sais le pire dans cette histoire ?

— Dis-moi.

— On n'aura même pas pu goûter à notre essai culinaire. J'aurais bien aimé voir ce que donnait l'écorce d'orange.

— Quoi ? Mais tu m'as assuré que... »

Louise haussa les épaules.

« Je me dis que ça ne peut pas être mauvais, si ? Mon Dieu, je ne vais pas pouvoir tenir assise durant une semaine, maugréa-t-elle en essaya de délacer ses patins.

— Laisse, je vais t'aider. »

Il s'accroupit et entreprit de défaire les lacets un par un.

« Je ne sais même pas comment tu as bien pu faire ton compte pour t'étaler à ce point alors que tu étais à l'arrêt. J'avais à peine eu le temps de comprendre ce qu'il se passait que tu étais déjà les quatre fers en l'air sur la glace !

— J'imagine qu'aucun journal ne va me laisser oublier tranquillement cette humiliation ?

— Je ne pense pas en effet ! Cette compétition est du pain béni pour les journaux people, attends-toi à avoir ton nom sur toutes les couvertures. »

Louise soupira.

« S'ils mettent au moins le nom de mon roman derrière ça m'ira, relativisa-t-elle. C'est plutôt bien parti comme lancement, non ? »

Plus loin le DJ mettait officiellement fin à la compétition et les participants sortaient un à un de la patinoire. Plusieurs se ruèrent vers Louise alors qu'elle ne les connaissait même pas de vue quelques minutes plus tôt. De se voir ainsi entourée avec tout un tas de personnes qui semblaient réellement se préoccuper de son sort lui fit du bien.

Alors que les biscuits de Sam et Gérard gagnaient haut la main la compétition, la jeune femme se dirigea vers Louise pour lui demander poliment si elle souhaitait qu'elle la raccompagne chez elle.

« Je crois que vous êtes venue avec Emilia, non ? Après la chute que vous avez faite, j'espère que vous n'envisagez pas de rentrer en métro ! »

Louise fut surprise. Sam semblait vraiment inquiète pour elle et sa proposition semblait sans arrière-pensée.

« Je suis fatiguée et je comptais rentrer, je vous dépose si vous voulez.

— C'est gentil, répondit Louise sincèrement touchée. Je dis juste au revoir à quelqu'un. »

Antoine était en grande discussion avec son patron quand elle se permit de les interrompre.

« Je vous remercie pour l'organisation de la soirée messieurs. Antoine, je te vois demain pour l'interview !

— Tu pars déjà ?

— Oui, Sam me dépose, je profite de la voiture.

— J'aurais pu te ramener.

— Non, non, ne t'inquiète pas, ça va aller. J'imagine qu'il doit y avoir encore pas mal de personnes avec qui tu dois discuter.

— C'est vrai.

— Merci encore mademoiselle pour cette compétition, je ne me souviens pas de la dernière fois que j'ai autant ri à une soirée de charité ! »

Louise remercia les organisateurs et suivit Sam en boitant légèrement. À tous les coups elle aurait du mal à marcher durant une semaine !

Le silence était pesant dans la voiture. Si elle avait trouvé délicat l'attention de Sam de la déposer, elle regrettait presque le métro pour pouvoir échapper à cette chape de plomb.

« Il faut que je vous prévienne, lança soudain Sam à voix basse. Antoine ne s'attache pas.

— Pardon ?

— Il a toujours été comme ça depuis que je le connais. Sous ses apparences bon enfant, il a toujours eu la trouille des relations durables. Alors je vous mets juste en garde, ne laissez pas votre petit cœur en bandoulière, ça pourrait mal se finir. »

Louise resta coite. Si elle s'était attendue à ça...

« Excusez-moi Sam, qui êtes-vous pour me donner ce genre de conseils ? »

Sam fit signe au chauffeur de continuer alors qu'elle regardait les lumières de Noël défiler.

« Je le connais depuis que nous sommes enfants. Il vous a proposé d'aller voir les illuminations, n'est-ce pas ?

— Comment le savez-vous ?

— Il fait toujours ça. C'est un peu sa façon de se dire "Je me lance cette fois !". Du moins j'ose espérer qu'il est sincère quand il le propose. Puis au bout d'une semaine, passé les discussions habituelles sur votre vie, la sienne, quand vous allez commencer à vous attacher un peu, il fuira. »

Sam se tourna vers elle pour la regarder dans les yeux. Elle fit la moue et ajouta d'un ton amer :

« Il fuit toujours.

— Mais pourquoi ?

— Pourquoi quoi ? Pourquoi est-ce qu'il fuit ou pourquoi est-ce que je vous préviens ?

— Les deux.

— Je ne sais pas pourquoi il fuit. Si j'étais fine psychologue je me risquerais à dire qu'il a peur qu'on découvre qui il est vraiment mais je n'en suis pas certaine. La seule à qui il se confie un tant soit peu, c'est moi. Simplement parce que je ne serai jamais rien de plus qu'une de ses meilleurs amis. Il ne m'a jamais vue autrement. »

Louise pouvait sentir d'ici l'acidité des paroles de Sam. Elle ressentait soudain une empathie qu'elle ne pensait jamais avoir un jour pour cette femme qu'elle trouvait parfaite, condamnée à ne jamais être aimée de l'homme dont elle était amoureuse.

« Et pourquoi est-ce que je vous le dis ? » demanda Sam comme si elle n'avait jamais été interrompue. « Parce que vous semblez être une personne bien, Louise. Mais prenez garde, vos fissures sont beaucoup trop visibles sous votre masque de porcelaine. »

Louise sursauta. Ses fissures ? Elle voulait dire que...

« Nous sommes arrivées, murmura Sam. Je vous souhaite une bonne nuit. J'ai été ravie de partager ce trajet avec vous. »

Déconcertée, Louise sortit de la voiture après avoir remercié ses chauffeurs. Elle s'apprêtait à composer le code de la porte quand Sam baissa sa vitre et lança :

« Au fait, ne vous sentez pas obligée de me saluer demain, je comprendrai. »

End Notes:

Qu'avez pensé de la glorieuse idée de Louise ? Et des confidences de Sam ?

Chapitre 4 by Bibi2

Chapitre 4


 


« Quelle mine affreuse !


— Bonjour à toi aussi Mia...


— Ne t'a-t-on jamais appris à te démaquiller avant d'aller te coucher ? Tu vas faire peur aux enfants !


— Tu n'as pas d'enfant.


— Charles en est un, crois-moi. Surtout le matin ! »


Elle se servit d'une tasse de café qu'elle compléta d'une rasade de lait avant de s'asseoir sur une des chaises du bar et de demander en attrapant une tranche de brioche :


« Alors, cette soirée ?


— Mémorable. Je pense que c'est la soirée la plus dingue que j'ai vécue de ma vie !


— À ce point ? Tu es rentrée tard.


— Je suis certaine que si tu regardes sur les sites people que tu affectionnes tant, tu vas comprendre pourquoi.


— Là tu m'intrigues. »


Mia se laissa glisser de la chaise et se précipita sur son smartphone. Quelques secondes plus tard elle poussa un rugissement qui fit sursauter Louise.


« Qu'est-ce qu'il se passe ? bailla un jeune homme au visage encore endormi. Oh, salut Louise !


— Salut Charles !


— Ce n'est pas vrai ! Dis-moi que je rêve ! Oh mon Dieu ! Et... Oh mon Dieu !


— Tu l'as déjà dit.


— Je n'y crois pas ! Et sur la page d'accueil de Trucmuche Magazine aussi ! Et de... Louise ! Tu es la responsable marketing la plus dingue que j'ai connu !


— Merci !


— C'est un truc de folie ! Tous les plus grands journaux en parlent ! Notre maison d'édition est sur tous les sites !


— J'imagine que ma tête aussi..., grogna Louise.


— Je te fait griller une tranche ?


— Quoi ? Oui, s'il te plaît Charles.


— Tu as été parfaite ! Ils ont même mis ton nom, ton roman et ta maison d'édition ! C'est le meilleur lancement que je n'ai jamais vu en France !


— Mia, je crois que le café c'est trop fort pour toi le matin, chérie. Je vais plutôt te servir une camomille, soupira son mari en lui confisquant sa tasse.


— C'est complètement fou ! » poursuivit-elle comme si de rien n'était en sautillant sur place. « Il faut que tu me racontes tout. Absolument tout ! Jusqu'au moindre détail ! Tout, j'ai dit !


— Ta camomille, lui remit Charles, blasé.


— Merci chéri. Donc, Louise, nous t'écoutons !


— Elle t'écoute. Tiens, ta tranche de brioche. Confiture ?


— À la myrtille s'il te plait. Mia, est-ce que je peux finir mon petit déjeuner avant ?


Mia avait bondi, minaudé, supplié qu'elle lui raconte toute sa soirée jusqu'au moindre détail en rajoutant des exclamations et des mimiques dignes d'une pièce de théâtre aux bons moments. Charles semblait visiblement hésiter entre être affligé ou amusé par l'attitude de sa femme.


« Elle t'a vraiment dit ça ?


— Puisque je te le dis. Je ne l'ai pas inventé juste pour tes beaux yeux.


— Tu es romancière, tu es capable de tout je te rappelle !


— Je te raconte la pure et simple vérité.


— Je te crois. Alors c'est quoi son problème à ce type ? Il propose d'aller voir les illuminations et paf ! il s'évapore dans la nature ? C'est un peu bizarre, non ?


— Peut-être qu'il n'a pas encore trouvé chaussure à son pied ? suggéra Charles.


— Tout à fait chéri ! Peut-être que finalement c'est toi, Louise, l'élue de son cœur !


— Je ne compte pas aller voir les illuminations de toute façon.


— Quoi ? s'écrièrent Mia et Charles.


— N'insistez pas tous les deux, je ne tiens pas à réduire en miettes le peu de confiance en moi que m'a apporté cette soirée.


— Qu'est-ce que c'est que cette excuse minable ?


— Pour une fois je suis d'accord avec ma femme.


— Merci chéri ! Nous réglerons ça plus tard ! Revenons à nos moutons, ce soir tu vas battre des cils durant cinq minutes avec ton amoureux transi et tu comptes ensuite repartir comme si de rien n'était ?


— C'est ça l'idée en effet.


— C'est une idée complètement saugrenue !


— Mia, j'habite loin d'ici, je ne vais pas me lancer dans une histoire sans lendemain, ce n'est pas du tout moi !


— C'est cette histoire de fissures et de cœur en bandoulière qui t'a fait peur ?


— N...


— Avoue !


— Peut-être mais...


— Quand vas-tu enfin t'accorder un peu de paix Louise ? Tu n'es pas vouée à être misérable toute ta vie, si ? C'est Noël que diable ! La magie est partout en ce moment !


— Mia, si jamais tu parles de magie de Noël digne de ces téléfilms niais, je t'étouffe avec ta brioche !


— Sauf que j'ai raison ma belle ! Des touristes du monde entier viennent à Paris au mois de décembre en amoureux parce que c'est la ville la plus romantique du monde !


— Pas pour moi !


— Et pourquoi ? Oh par pitié Louise, arrête donc de penser que ta vie s'est terminée quand tu as été virée ! Plein de gens sont licenciés, arrête de t'apitoyer sur ton sort et rebondis !


— Qu'est-ce que tu crois que je fais ? Ce n'est pas en me criant dessus que je vais réussir à remonter la pente ! Mes parents ont essayé je te signale.


— Certes, excuse-moi, reprit Mia plus calmement. Ça ne sert à rien de s'énerver comme ça. Pourquoi ne veux-tu pas donner une chance à ce type au juste ?


— Je ne tiens pas à être une énième victime.


— Hum... Excusez-moi, interrompit Charles en levant la main timidement. Pourquoi est-ce que tu ne lui en parlerais pas ?


— À qui ? De quoi ?


— De tes doutes, à ce type. Si jamais il te propose à nouveau de sortir, explique-lui ce qui t'inquiète. Aussi crétins que vous nous trouviez, nous autres hommes, ne sommes pas non plus dénués de cervelle et de sentiments. Peut-être que lui aussi a eu une épreuve dans sa vie, un échec amoureux par exemple, et qu'il n'arrive pas se reconstruire ensuite. »


Le silence s'abattit sur la cuisine. Charles leva les yeux pour réfléchir, avala une gorgée de café et lança :


« Ouais, je crois qu'il est vraiment trop tôt pour que je sorte ce genre de conneries. Allez, à plus les filles !»


Mia et Louise échangèrent des regards interloqués.


« Aussi étrange que ça puisse paraître, ce que Charles vient de dire est la parole la plus sensée de toute cette matinée. Allez, fonce ma belle, tu n'as rien à perdre de toute façon, si ? »


 


Alors que les paroles de Charles et Mia trottaient dans sa tête depuis le matin, Louise s'accorda une pause en se promenant dans les rues du Marais. Elle avait toujours adoré ce quartier depuis qu'elle était enfant. Y revenir lui donnait l'impression de replonger dans son enfance. Elle marchait tranquillement jusqu'à l'île de la Cité et poussa jusqu'au quartier latin. Cette balade lui faisait toujours autant de bien ! Les cafés et les échoppes donnaient envie de vider son compte bancaire !


Elle poussa jusqu'à une vieille librairie anglaise pour s'acheter Gone with the Wind et se mit en terrasse après avoir commandé un Earl Grey et un carrot cake. Aussi anglais que cela puisse paraître, c'était des petits plaisirs qui lui avaient empli ses weekends de parisienne et qu'elle était heureuse de retrouver.


En lisant son roman sous les maigres rayons du soleil de décembre, Louise prit enfin le temps de réfléchir à ce que ses amis lui avaient dit. La remarque de Charles était sensée. Si Sam avait souhaité la prévenir, il restait étrange qu'Antoine ne souhaite pas s'attacher alors qu'ils avaient paru plutôt proches la veille au soir. Tout cela la laissait perplexe. Sam lui aurait-elle menti ? Elle paraissait pourtant sincère.


Elle se replongea dans sa lecture quand elle s'interrompit de nouveau. Le personnage lui faisait beaucoup trop penser à elle. Était-elle aussi en train de passer à côté de son Rhett ? La part de Scarlett O'Hara qui avait en elle n'était-elle pas trop têtue pour voir qu'elle avait sous ses yeux le véritable amour ?


« Vous avez l'air tracassée ma jolie », lui fit remarquer une dame très élégante qui s'était assise à la table d'à côté.


Si les rides cartographiaient son visage, il était pourtant difficile de lui donner un âge. Elle semblait avoir dans les quatre-vingt ans mais ses yeux pétillants de malice lui en auraient donné quinze.


« Auriez-vous besoin du conseil d'une vieille dame rodée aux caprices de la vie ? »


Au fond, pourquoi pas ? Louise ferma son livre avec force sans même noter la page et se tourna vers sa voisine.


« C'est à propos d'une copine à moi...


— C'est toujours pour une copine, rigola la vieille dame. Allez-y continuez.


— Ok, en fait c'est pour moi, vous avez raison. Je crois que j'éprouve un attrait certain pour un jeune homme qui semble me le rendre mais sa meilleure amie m'a prévenue qu'il agissait toujours ainsi avant de rejeter les femmes. Du coup j'hésite à vraiment me lancer. Vous voyez ? »


Elle n'était pas du tout certaine que sa voisine ait compris un traître mot de ce qu'elle avait dit, aussi fut-elle surprise d'entendre sa réponse.


« Si vous n'essayez pas, vous ne saurez pas ma mignonne. »


Elle resserra son écharpe au tour de son cou et ramassa son sac.


« Le soleil disparaît, ça se rafraîchit. Je vous laisse. »


Elle remit soigneusement sa chaise sous la table et fit quelques pas avant de revenir vers Louise.


« Croyez les paroles d'une vieille dame, ma mignonne, la vie vaut le coup d'être vécue. Si vous ne faites rien, rien de mauvais ni de bon ne vous arrivera. »


Louise était encore plus perturbée que le matin. Voilà que sa meilleure amie, son mari, un roman et une vieille dame lui disaient de se jeter à corps perdu dans une romance dont elle avait peut-être, après tout, tout inventé.


 


Le bureau du journal semblait encore plus encombré que la veille. Louise se sentait mal à l'aise. Elle avait l'impression que le tissu de sa robe allait se fusionner avec sa peau tellement elle avait chaud. C'était certainement le stress. Quoique le mot stress soit un euphémisme par rapport à l'angoisse qu'elle ressentait depuis qu'elle était partie de chez Mia. Son amie avait accepté de la déposer en voiture pour qu'elle "ne sente pas le métro" en arrivant. Force était de constater qu'une bonne session de marche dans le froid lui aurait remis les idées en place. Elle ne cessait de passer d'un pied sur l'autre en cassant ses talons sur la moquette. Elle avait l'impression d'être une lycéenne qui venait pour un stage d'observation et elle détestait ça.


« Madame Delettre ? Suivez-moi, je vais vous présenter notre équipe de maquillage. »


Louise se laissa guider jusqu'à ce qu'on la colle dans un fauteuil en cuir et qu'une nuée de petites mains se mettent à voltiger vers son visage avec des pinceaux et des houppettes.


« Je vous briefe rapidement. À huit heures moins dix, vous vous rendrez sur le plateau. On vous verra donc à la présentation des titres. Tout au long du journal vous resterez hors champ. Vous réapparaîtrez à la caméra en fin d'émission. On vous demandera alors votre point de vue sur l'actualité du jour et ensuite les questions habituelles vous serons posées. Des questions ?


— Quelle est l'actualité du jour ?


— Les grèves des transports.


— Parfait. Exactement ce dont j'avais besoin pour me mettre à l'aise », soupira-t-elle.


Les maquilleuses rirent sous cape en entendant sa remarque et reprirent leur travail une fois la responsable sortie.


« Ne vous inquiétez pas, lui dit l'une d'elle. Monsieur Valle vous mettra à l'aise immédiatement. Il est charmant ! »


Visiblement elle n'était pas la seule à l'avoir remarqué.


« Louise ? »


Elle sursauta, manquant de prendre un coup de pinceau à maquillage sur le nez.


« Antoine ? Je pensais qu'on ne se verrait que sur le plateau.


— Je suis venue te chercher. Au fait, la marche n'est pas trop laborieuse ? ricana-t-il.


— Ne m'en parle pas... J'ai vidé le tube d'arnica de ma meilleure amie. Son mari a laissé les fenêtres ouvertes toute la journée pour nous, je cite, "désintoxiquer". »


Les maquilleuses ne perdaient pas une miette de leur échange. Leurs regards passaient de l'un à l'autre comme pour suivre un match de tennis particulièrement ardu.


« Vous avez terminé avec Louise ? Je peux l'embarquer ? »


Antoine lui attrapa la main sous les gémissements et les chuchotements de maquilleuses qui devaient certainement les prendre pour des amoureux transis.


« Tu n'es pas obligé de te comporter comme ça au boulot, lui fit-elle remarquer.


— Comme quoi ?


— Comme si nous étions ensemble. »


Il suivit son regard vers leurs doigts entrelacés et sourit en la lâchant.


« Désolé.


— Menteur, chuchota-t-elle.


— Tu as raison, je ne suis pas du tout désolé. Au fait, est-ce que tu as quelque chose de prévu ce soir ?


— Antoine, surtout ne te vexe pas, mais je préfèrerais me concentrer sur mon interview. Si je ne veux pas me mettre à vomir devant des milliers de personnes en direct, je pense qu'il vaut mieux que je commence mes techniques de relaxation. »


Étonné, Antoine obtempéra et la laissa à sa sophrologie.


Une fois éloigné, Louise se sentit moins tendue. Elle avait l'impression que son attrait pour Antoine ruisselait de tout son être. Elle allait passer pour une idiote écervelée et transie d'amour à la télévision. Et elle n'avait toujours pas d'idée de roman ! Saperlipopette !


Elle se mit à faire les cent pas. Ça n'allait pas le faire, ça n'allait pas le faire. Elle savait depuis le début que c'était une très mauvaise idée que de suivre les conseils de Mia ! Mia n'était rien d'autre qu'une bombe à retardement et elle continuait à la suivre aveuglément alors qu'elle en avait conscience ! Elle n'était d'une idiote finie !


« Il faut que vous vous installiez Madame, il ne reste plus que trente secondes avant l'antenne. »


Louise se précipita vers la chaise haute qu'on lui montrait. Elle lissa les plis de sa robe pour se donner contenance et respira un bon coup.


« Plus que dix secondes. Neuf. Huit. Sept. Six. Cinq. »


Puis le décompte se fit à la main, le silence était total. Louise remit rapidement une mèche derrière son oreille droite et regarda Antoine qui venait d'afficher son plus beau sourire au prompteur.


« Mesdames, messieurs, bonsoir. Voici les titres du journal. »


Les nouvelles étaient toujours aussi déprimantes. Louise s'ennuyait à mourir en entendant les reportages se succéder. À croire que rien n'allait dans le monde... Si elle regardait ce genre d'émission tous les soirs, à coup sûr elle finirait dépressive !


Elle se retint de soupirer à plusieurs reprises, on lui avait répété que son micro restait branché pour éviter les problèmes techniques de dernière minute.


Antoine était la seule chose qui la tenait un tant soit peu éveillée. Quand on le regardait, tout semblait passionnant, il ne semblait y avoir que des scoops ou des personnes dignes d'intérêts. Était-ce pour cela qu'elle s'était attachée à lui aussi rapidement ? Peut-être que Sam avait raison après tout, Antoine était doué pour se faire aimer des gens, mais les aimait-il vraiment ?


« Ce soir nous accueillons Louise Delettre qui va nous parler de son dernier roman. Bonsoir Louise.


— Bonsoir Antoine.


— J'avoue que j'ai dévoré cette enquête, puisque c'en est une. D'où vous est venue l'idée d'un mineur assassinant une aristocrate ?


— J'aime les histoires classiques de personne pauvre et faible qui tombe amoureuse d'une personne forte et sûre d'elle. »


Antoine fronça les sourcils. Il semblait comprendre que Louise s'éloignait un peu du sujet de son roman.


« Au final je me suis dit, pourquoi la femme serait-elle toujours la personne faible ? Pourquoi les hommes n'ont-ils pas le droit d'afficher leurs propres failles ? Je suis certaines que beaucoup se reconnaitront dans mon roman d'ailleurs. »


Louise, fais attention à ce que tu dis.


« J'ai donc commencé cette histoire. Le fait que j'ai adoré les romans de Zola m'a certainement influencé dans mon choix. J'ai mené des recherches sur le milieu minier et il en est ressorti ce livre.


— Vous n'étiez pas auteur quand vous avez écrit ce livre, vous travailliez alors dans le marketing si je ne me trompe pas. »


Louise se recula un peu dans sa chaise. À quoi tu joues Antoine ?


« C'est exact, affirma-t-elle un peu sur la défensive.


— Pourquoi avoir quitté ce métier pour devenir auteur à temps plein ? »


Louise devint livide. Il n'avait pas fait ça ? Il osait parler de ses confidences faites la veille au soir devant des milliers de personnes alors qu'il savait combien c'était un sujet sensible ?


« Peut-être ne souhaitez-vous pas en parler ? »


Louise enrageait. Évidemment qu'elle ne souhaitait pas en parler ! Qu'il aille au diable !


Antoine eut un sourire en coin qui finit par mettre le feu aux poudres. Louise prit une grande respiration et transforma sa rage en un sourire hypocrite soigneusement étudié.


« Au contraire ! Je ne pensais pas que nous y viendrions si tôt dans l'interview mais c'est vous le journaliste. En fait, c'est l'objet de mon prochain roman, voyez-vous. »

End Notes:

Que va bien pouvoir inventer Louise selon vous ? Que pensez-vous de Charles et Mia ? Et de la grand-mère qui donne des conseils entre deux tasses de thé ?

Chapitre 5 by Bibi2

Chapitre 5

 

Mia était dans un état d'énervement proche de l'implosion. Elle était recroquevillée sans le canapé du salon, un coussin devant les yeux.

« Tu m'expliques ?» soupira Charles quand il vit sa femme en train de gémir alors qu'il rentrait du travail.

Il posa son manteau, se délesta de ses chaussures et la rejoignit.

« Alors ?

— Je crois que je suis une amie horrible.

— Allons bon…

— Louise avait son interview ce soir.

— Je sais, tu m'en as parlé toute la semaine dernière. Quel est le problème ?

— C'était horrible !

— Comment ça "horrible" ? Je croyais que c'était l'autre beau gosse qui faisait l'interview.

— Justement ! Je ne sais même pas comment je vais pouvoir la regarder en face, gémit-elle en enfonçant la tête dans le coussin.

— Mets-moi le replay, je crois que ça ira plus vite. »

Estimant que c'était certainement la meilleure solution, Mia obtempéra.

 

« En faites, c'est l'objet de mon prochain roman, voulez-vous. »

Antoine fronça les sourcils. Son prochain roman ? Il pensait pourtant qu'elle n'en avait pas. À moins qu'elle ne lui ait menti ? Il se sentait un peu mal de la mettre au pied du mur ainsi mais son patron lui avait demandé d'obtenir des scoops. Qui était cette fille qui était capable de monter en cinq minutes une réception qui resterait dans les annales ? Il fallait absolument qu'il sache et, surtout, qu'il la recrute !

« Je pense bâtir l'intrigue sur mon expérience mais aussi sur celle de beaucoup de jeunes diplômés. Voyez-vous nous vivons dans une mégalopole où il est important que tout soit parfait, où la réussite, le succès auprès des autres est primordial. Vous vous devez de réussir. Vous devez montrer au monde combien vous êtes fort, combien vous êtes riche, combien vous êtes jeune et beau. Vous me suivez ? Je suis certaine que vous me suivez. Oui, cette pression sociale je suis certaine que vous l'avez connue aussi Antoine. C'est de cette pression dont je vais parler au cours de mon roman. Je ne sais pas encore si le dénouement sera heureux ou macabre. Je dois vous avouer que la seconde hypothèse me plaît de plus en plus. Bref, je m'égare. Je vais donc raconter l'histoire d'une jeune diplômée qui découvre le monde de l'entreprise. On y verra à travers ses yeux les vices et les fonctionnements d'une des plus grandes mafias du monde : celle des entreprises du CAC 40. Comment le système est battu pour détruire les plus de jeunes talents, pour les exploiter jusqu'à la corde et pour finalement s'en débarrasser une fois qu'ils ne pourront plus rien tirer d'eux. À la réflexion, c'est une intrigue qui se prête volontiers au thriller, vous ne croyez pas ?

— Heu, si.

— Voilà donc la base de mon prochain roman. Il est encore en cours de construction, je ne peux donc pas tellement vous en dire davantage. J'espère que vous comprenez.

— Évidemment. Avez-vous déjà une idée pour la date de parution ?

— Dans un an. C'est en cours de négociation avec ma maison d'édition "Plumes en folie". »

Mia appuya sur pause et se tourna vers Charles.

« Et alors ? s'étonna-t-il. Je ne vois pas le problème ? Son prochain roman a l'air absolument génial !

— Bon sang chéri, réveille-toi un peu ! Louise n'a jamais parlé de ce qu'elle a vécu quand elle était responsable marketing ! Jamais ! Même pas à moi. Je ne sais rien de ce qui l'a mise à terre il y a un an. Et là elle balance en plein direct qu'elle va tout raconter ? Elle va me tuer !

— Ce type l'a poussée à bout tu crois ?

— C'est certain. Regarde-là ! On dirait qu'elle va l'étrangler. Tu peux déjà vérifier s'il reste de la place dans la rubrique obsèques de demain, on peut y ajouter le nom de type. Et moi qui pensait que c'était quelqu'un de bien..., soupira-t-elle.

— En quoi c'est mal de l'avoir mise au pied du mur ? Je ne suis pas. Peut-être que Louise avait finalement besoin de dire les choses.

— Elle a enchaîné à la question à propos son travail sur une idée de roman sur le harcèlement dans les entreprises du CAC 40. Quel lien miraculeux autre que son vécu m'aurait échappé ? Elle va me tuer.

— Tu n'y es pour rien Mia. C'est Louise qui a décidé de parler de ça. Et pour être honnête, je pense que si elle n'en était pas réellement capable, elle ne l'aurait pas dit. Elle aurait changé de sujet ou dit qu'elle ne souhaitait pas en parler.

— Peut-être qu'elle ne souhaitait tout simplement pas perdre la face ?

— C'est possible. Quelqu'un qui n'a pas le courage de se battre ne le fait pas. Crois-tu qu'elle aurait répondu ainsi il y a un an ? On parle de ta meilleure amie là ! Celle qui a vidé son appartement et quitté Paris pour fuir en moins de vingt-quatre heures.

— Tu as raison. »

Mia se laissa glisser dans les bras de son mari.

« Merci mon amour.

— Je t'en prie.

— Il n'empêche qu'elle va me tuer pour avoir eu cette idée d'interview.

— Je l'en empêcherai, va !

— Je reconnais bien là mon chevalier servant ! » pouffa-t-elle avant de l'embrasser.

 

Louise était furieuse. Furieuse et incroyablement triste. À peine les lumières des projecteurs avaient-elles été baissées qu'elle avait déjà sauté de sa chaise.

« Louise ! Attends ! »

Elle ne l'entendait pas. Elle ne voulait même pas le regarder dans les yeux. Elle manqua de se prendre les pieds dans les fils d'un des projecteurs qui lui fallut un cri d'alerte de la part d'un des projectionnistes.

« Louise ! Laisse-moi t'expliquer ! »

Elle fit volteface et s'écria, les yeux brillants de rage :

« M'expliquer quoi ? Tu t'es bien moqué de moi hier soir ! Avec ton baratin, tes yeux doux et tes propositions malhonnêtes.

— Malhonnêtes ? Louise ! Enfin ! Je suis désolé ! Je sais que tu as dû avoir l'impression que...

— Que quoi au juste ? D'être trahie ? Qu'on se moquait de moi ? D'avoir été manipulée ? Oui, c'est exactement ce que je ressens aussi ! Je suis ravie que nous soyons d'accord. Maintenant laisse-moi, il faut que j'aille me démaquiller. »

Elle ouvrit la porte de sa loge si violemment que les maquilleuses sursautèrent. Louise jeta un œil dans le miroir et se fit peur elle-même. Elle ne pouvait pas rester ici une seconde de plus ou elle hurlerait ! Elle attrapa prestement son sac et son manteau et, sans prendre le temps de se démaquiller comme elle l'avait annoncé, sortit de la pièce. Antoine essaya de lui barrer le chemin.

« Je n'avais pas le choix Louise ! Mon patron, tu sais, Gérard, tu l'as vraiment impressionné hier soir. Il m'a retenu longtemps jusqu'à ce que je lui dise ce que je savais sur toi. Il voulait que tu parles de ton burn out à l'antenne, que tu racontes combien les grandes entreprises sont ignobles avec leurs employés et... »

Louise se glissa sous son bras et courut dans le couloir. Elle s'enfuyait à tire d'aile. Plutôt être en enfer que de rester ici une seconde de plus! Elle voulait mettre les voiles et fuir loin, très loin, comme elle l'avait fait quelques mois plus tôt.

Elle dévala les escaliers du studio et fit claquer ses talons sur le sol ciré du grand hall de la chaîne télé. Tout était désert à cette heure-ci. Seul l'étage du journal télé semblait tourner à plein régime.

Le froid de décembre lui fit l'impression d'une claque en pleine figure. Les passants se pressaient autour d'elle et la bousculaient. Où était-elle ? Les visages passaient devant ses yeux comme d'étranges spectres qui lui semblaient familiers. Les murmures à mi mot la paniquaient. Est-elle folle ? Que cherche-t-elle ? Qui est cette fille ? La brume naissante lui laissa entr'apercevoir la silhouette d'Antoine au loin. Il fallait qu'elle parte !

Elle passa son téléphone devant la première borne de Vélib' qui se présenta et régla rapidement la selle. Peu lui importait qu'elle ait l'air d'une dinde juchée sur un bicycle, tant qu'elle touchait les pédales, au diable les apparences !

« Louise ! »

Trop tard, elle s'était déjà propulsée d'un coup de pied sur le boulevard. Alors que la cinétique semblait enfin lancée, elle risqua à regard par-dessus son épaule. Antoine, encore dans son costume de présentateur, criait son nom en faisait de grands gestes. Louise essuya les larmes que le froid - ce traître ! - faisaient couler sur ses joues rosées.

Elle avait fui.

Encore.

Les rues de Paris semblaient si vivantes la nuit. Sous les lumières dorées des décorations de Noël, Louise filait à toute allure. Elle ne voulait pas se retourner à nouveau, l'image d'Antoine était encore gravée sous ses paupières. Alors que les sapins et autres illuminations défilaient à ses côtés, Louise se redressa légèrement et ralentit l'allure. Et maintenant ?

Elle ne savait même pas où elle était. Elle aurait pu sortir son téléphone et lancer une application GPS mais s'arrêter de pédaler lui donnait l'impression qu'elle s'arrêterait de vivre. Non, elle ne pouvait pas. Elle était encore trop proche d'Antoine. Elle ne voulait plus jamais entendre parler de lui !

Elle bifurqua au carrefour suivant et appuya sur les pédales pour monter la légère côte. L'arc de triomphe en ligne de mire, elle se rappela l'interview. Qui était donc cette personne qui avait répondu avec autant d'aplomb aux questions ? Comment avait-elle pu inventer de toute pièce un mensonge aussi parfait et double de sens que celui qu'elle avait fait ? À croire que quelqu'un d'autre s'était emparé de son corps. Où était donc passé la petite employée discrète et fragile qui n'attendait que de la reconnaissance ? Elle venait de ruiner en quelques minutes sa carrière d'écrivain mais, curieusement, elle s'en moquait complètement. Elle avait réussi pour la première fois de sa vie à remettre une personne à sa place et de la plus belle des manières. Elle avait réussi à inventer un roman en dix secondes de réflexion devant les caméras. Vraiment, elle s'épatait elle-même.

Louise pouffa et tourna à droite. Elle leva le pied, laissant les roues suivre l'inclinaison naturelle du sol. Les Champs Élysées étaient plus beaux que jamais. Voir au loin la place de la Concorde lui fit un pincement au cœur. Non, il ne fallait pas qu'elle se souvienne de cette soirée. Ou plutôt si, elle chérirait le souvenir comme un moment hors du temps, comme celui où son cœur avait enfin recommencé à battre.

Alors que ses yeux se gorgeaient à nouveau d'eau et qu'une larme menaçait de perler à l'orée de ses cils, Louise changea à nouveau de direction en passant devant les Palais. Les lions du pont Alexandre III éclairés par le phare de la Tour Eiffel lui changea les idées. Comment osait-elle songer à autre chose qu'à la beauté de Paris la nuit ? Les touristes qui avaient bravé ce froid de décembre, prenaient des photos en se plaignant qu'elles n'étaient pas net. Tout était devenu flou pour Louise. Qu'allait-elle devenir maintenant qu'elle avait planté le présentateur télé de la première chaîne de France ? Il ne fallait pas être devin pour comprendre que son coup d'éclat lors du journal n'allait pas passer inaperçue. Et Mia ? Louise freina brusquement. Mia ! Qu'avait pensé sa meilleure amie de sa performance ? Elle allait la fouetter et la faire bouillir lentement dans la baignoire de leur appartement, elle était prête à le jurer ! Oui, elle la suspendrait ensuite par les orteils à la rambarde de leur balcon aux yeux de tous leurs voisins outrés. Voilà ce à quoi elle devait s'attendre.

Louise gémit en imaginant la scène. Les dorures des Invalides ne parvenaient pas à changer sa vision des choses. Mia avait été la première à croire en elle et elle, qu'avait-elle fait ? Elle avait merdé sur toute la ligne ! Même si elle s'était plainte quand Mia lui avait parlé de cette interview, elle savait combien c'était une opportunité en or pour elle et quelles difficultés son amie avait dû avoir pour l'obtenir. Et malgré ça, elle avait lamentablement échoué. Elle se sentait comme un ver de vase. Pire ! Comme un ver de vase séché !

Elle inclina le guidon à gauche et longea la Seine. Les guirlandes lumineuses lui donnaient maintenant la nausée. Aurait-elle détesté Paris à ce point si elle ne l'avait pas quitté à Noël un an auparavant ? Était-elle condamnée à détester la plus belle ville du monde toute sa vie ? La véritable question étant : allait-elle être malheureuse comme une âme sans racine toute sa vie ?

Louise freina doucement et déposa son Vélib' à la borne. Pédaler ne servait à rien. Mieux valait marcher, cela lui ferait du bien. Au moins, elle sentirait la blessure de ses ampoules, cela lui rappellerait qu'elle pouvait encore ressentir quelque chose.

Elle avait dépassé depuis longtemps l'île de la Cité quand son téléphone vibra.

« Allo ? souffla-t-elle, exténuée.

— Louise ? Où es-tu ? Sapristi ! On se fait un sang d'encre avec Charles ! Tu sais l'heure qu'il est ? »

Elle leva la tête. Le ciel ne lui semblait plus si noir. Quelques rubans rosés commençaient à clairsemer le tapis étoilé : c'était l'aube. Ainsi elle avait marché toute la nuit ?

« J'imagine qu'il est tôt, soupira-t-elle.

— Il est sept heures du matin ! Où es-tu ? Je viens te chercher !

— Je ne sais pas. J'ai arrêté de me repérer passé Notre-Dame.

— Regarde-ton téléphone tête de linotte ! »

Louise tapota l'écran de ses mains gelées et en quelques clics enclencha le GPS.

« Je t'envoie les coordonnées.

— Fais donc ça ! Et n'éteins pas ton téléphone ou j'appelle le GIGN ! »

Mia lui raccrocha au nez. Louise sursauta. Jamais Mia n'avait raccroché la première. Elle devait être dans une fureur noire. Elle s'en était douté, elle avait trahi sa meilleure amie en échouant lors de l'interview, elle lui en voulait à mort ! Louise aurait voulu pleurer mais ses yeux étaient trop secs. Elle avait l'impression d'avoir du sable dans le regard, tout était brouillé. Se rappelant que Mia lui avait dit qu'elle venait la chercher, elle se laissa tomber sur un banc et grelotta. Son corps lui faisait mal, ses muscles semblaient prendre un malin plaisir à se contracter comme s'ils allaient lui briser les os, même ses poils sensés lui apporter un peu de chaleur n'étaient que douleur. Elle aurait voulu se rouler en boule, là, sur ce banc, et qu'on la laisse tranquille. Louise voulait qu'on l'oublie, comme elle aurait voulu oublier.

 

Une main rassurante se posa sur son épaule et la voix douce de Mia lui dit :

« Allez, viens ma belle, on va en discuter au chaud. »

Louise leva les yeux vers elle et distingua la grimace de sa meilleure amie. Elle avait dû s'assoupir.

« Si tu pouvais me suivre rapidement, ça m'arrangerait, je suis en double file. »

Louise déplia ses jambes une à une, l'engourdissement commençait à la gagner et elle accueillit le bras de Mia avec reconnaissance. On aura dit une petite vieille avec un lendemain de fête difficile. Elle avait connu des gueules de bois plus sympathiques...

Mia lui accrocha sa ceinture comme elle l'aurait fait à un enfant et ferma sa portière en prenant garde à ne pas coincer son manteau. Elle fit rapidement le tour du véhicule, sauta derrière le volant et monta le chauffage à fond. Elle contrôla l'angle mort et se remit correctement sur la voie.

« Tu veux en parler maintenant ou on te sort avant tout de l'hypothermie ?

— Je préfère la seconde solution si tu n'y vois pas d'inconvénient, croassa Louise.

— On fait ça. »

Elle tapota son téléphone et appuya sur le raccourci du numéro de Charles :

« Chéri ? Nous sommes là dans cinq minutes. Peux-tu sortir des couvertures, des serviettes de bain chaude, monter le chauffage et préparer deux tasses de chocolat chaud ? Tu es un amour ! »

Elle raccrocha et se concentra sur la route non sans jeter des coups d'œil inquiets à sa meilleure amie. Les rues commençaient à se remplir de voiture et Mia slaloma entre les véhicules avec une aisance que confère l'habitude. Louise l'inquiétait et elle voulait au plus tôt désamorcer la bombe en lieu sécurisé.

Les lueurs de l'aube étaient plus vives, rendant la pâleur du teint de Louise plus flagrant encore. Mia eut un coup au cœur, tout allait-il recommencer ?

« Allez ma belle, débarrasse-toi de ces affaires et file sous la douche. Une douche bien chaude ! Les serviettes sont sur le lavabo, sers-toi ! Et je vais te chercher un de mes pyjamas. Tu sais, celui qui est en pilou que tu m'as offert à Noël il y a deux ans ? Tu vas l'adorer ! »

Mia avait pris la voix terriblement inquiétante d'une mère parlant à son enfant malade. Sauf que Louise n'avait rien de l'enfant. En l'entendant, Charles raffermit sa prise sur l'anse du mug qu'il tenait. Il allait falloir plus que du chocolat chaud... Il sortit le café du placard et compta les cuillères à verser dans le filtre.

 

Mia fouilla rapidement son placard et en ressorti le pyjama. Elle rejoignit Louise qui ne semblait pas avoir bougé d'un iota dans la salle de bain.

« Bon, faut-il vraiment que je te déshabille moi-même ?

— Je vais me débrouiller Mia, c'est bon. »

Sceptique, Mia quitta la pièce en ajoutant :

« Ne ferme pas la porte à clef ! »

Il ne manquerait plus qu'elle fasse un malaise sous la douche, tient !

 

« Alors ? s'inquiéta Charles. Elle t'a dit quelque chose ?

— Rien. Et pour tout t'avouer, je préfère autant qu'elle lâche les vannes ici plutôt qu'au beau milieu de la rue.

— Tu as raison. bien sûr. Il faut que j'y aille mais s'il y a quoi que ce soit, tu m'appelles !

— C'est ça, sourit Mia en le poussant vers la sortie. Allez, vas t'habiller. Et merci pour le café ! »

Alors que le soleil commençait à pointer le bout de son nez, Mia se dit qu'effectivement, elle allait en avoir bien besoin.

Chapitre 6 by Bibi2

Chapitre 6

 

Mia attrapa deux de ses plus jolies tasses et les remplit.

« Je ne vais pas te mentir, attaqua Mia. J'ai vu l'interview. »

Louise resta muette. Elle avait le même regard que les poissons sur l'étalage du poissonnier : aussi vitreux et vide de toute lueur de vie.

« Louise, je suis un peu inquiète. Et je ne suis pas la seule. Charles aussi !

— Il n'y a rien à dire Louise. Je crois qu'il faut que je reprenne un rendez-vous chez le psy, c'est tout.

— Ça c'est clair, on est au moins d'accord là-dessus.

— Ne te fatigue pas, je fais ma valise ce soir et demain j'attrape le premier train pour la Bretagne. J'ai juste besoin de me poser un peu, la nuit blanche ce n'était pas une très bonne idée.

— Minute papillon, tu ne vas pas t'en sortir comme ça. C'était quoi ton histoire de roman d'hier soir ? Je n'ai rien compris ! Je croyais que tu n'avais rien en stock !

— J'ai inventé Mia. J'ai tout inventé en cinq secondes. C'était comme si le roman s'écrivait sous mes yeux. Je ne sais pas comment t'expliquer. »

Elle fit un geste las de la main en soupirant.

« Je ne sais pas, c'est comme si soudain tout était devenu clair, tu vois ? »

Non, elle ne voyait pas du tout mais Mia n'osait pas l'interrompre maintenant que la machine était lancée.

« C'est comme si ce... ce type avait appuyé sur le bouton marche, tu vois ? cracha-t-elle. J'ai eu l'impression que mon cerveau s'était remis à fonctionner. Comme s'il m'avait fait sortir de mes gonds. J'avais oublié ce que ça faisait d'être en colère. Oui, c'est ça, j'avais oublié.

— Ma belle, qu'est-ce qui t'a énervé au juste ?

— C'est stupide. Je sais que je ne devrais pas me cacher mais j'ai tellement honte Mia ! »

Sa voix était devenue suppliante et Mia se leva pour passer ses bras autour des épaules de sa meilleure amie. Les larmes avaient recommencé à couler le long de ses joues.

« Tu peux m'expliquer pourquoi je réagis comme ça ? Pourquoi ai-je aussi honte de moi ? C'est comme si j'avais échoué dans ma quête de la perfection, comme si je n'étais pas assez bien pour le job dont je rêvais ! Comme si je n'étais qu'une moins-que-rien et qu'ils avaient tous vu clair en moi.

— Ne dis pas ça ! Tu n'es pas une moins-que-rien, Louise ! Ce job t'a épuisée. N'importe qui d'autre aurait craqué à ta place. On n'en parle pas de tous ces jeunes qui se font exploiter par ces grandes boîtes. Pourquoi crois-tu que cela ait autant intéressé Antoine, hein ?

— C'est son patron qui voulait savoir.

— Quoi donc ?

— Il voulait que je parle de mon burn out, que je parle de ces entreprises, réalisa-t-elle. C'est ce qu'il m'a dit dans le couloir après l'interview. »

Mia se redressa et mit de l'eau à chauffer dans une casserole.

« C'est bien ce que je dis. Évidemment que ça intéresse les journalistes, c'est une bombe à retardement ce genre de témoignage. Ça les intéresse beaucoup plus que ce que tu peux écrire d'autre.

— Tu crois ?

— Louise, l'écriture et le journalisme sont liés de très près à la politique. Tu sais très bien que les grandes boîtes sont ravies de planquer la poussière sous le tapis. "Elle était trop fragile". C'est tellement plus facile de dire ce genre de choses que de devoir expliquer que tu fais trop d'heures à la médecine du travail.

— Tu crois que je devrais l'écrire ? Ce roman je veux dire. Crois-tu que je doive l'écrire ?

— Je ne suis personne pour te donner ce genre de conseil. Si un jour tu décides de parler, sache que je serai la première à te soutenir. Mais si tu préfères retourner en Bretagne et écrire des novellas délicieuses, je te suis également.

— Crois-tu que ça intéresserait des gens ?

— Veux-tu vraiment que je te parle du nombre de fois où ton interview est citée sur les réseaux sociaux ce matin ? Les gens ne parlent pas de ton roman, non, ils parlent de ta fougue quand tu as parlé à demi-mot de ce que tu étais en train de préparer. Les gens n'attendent que ça !

— Vraiment ?

— Tu sais que nous sommes une génération ultra-connectée ? Pourtant nous n'avons jamais été aussi seuls de toute notre vie. En t'écoutant hier soir, j'ai eu l'impression de ne plus être seule. Qu'une autre personne avait aussi subi comme moi l'angoisse d'avoir un job de rêve qui lui permet de payer ses factures et que pour cette chance inestimable, elle avait accepté de donner sa vie et sa santé. C'est ça la réalité de la vie d'entreprise des jeunes cadres.

— Mia, je ne vais pas écrire « Le Diable s'habille en Prada ». Si j'écris sur ce que j'ai vécu, ça va être très réel, trop réel. Je vais me faire poursuivre en justice pour diffamation. Je ne pense pas que la maison d'édition soit prête pour ça.

— Qui t'a dit de donner des noms ? Des descriptions cinglantes feront tout aussi bien l'affaire. »

Elle versa l'eau chaude dans les tasses et y jeta les sachets de Earl Grey qui embaumèrent la cuisine de bergamote. Elle tendit sa tasse à Louise qui glissa ses mains autour de la porcelaine. Elle semblait réfléchir à la proposition de Mia.

« J'hésite encore. Je ne sais pas si je suis prête...

— Tu l'es. Tu n'aurais pas réagi de cette façon hier soir si tu ne l'étais pas.

— C'était de l'instinct, Mia, rien de réfléchis.

— Justement ! Et tu devrais remercier ton présentateur de t'avoir faite sortir de ta léthargie au lieu de le traiter comme le dernier paria.

— Je lui en veux tellement Mia !

— Il faisait son travail, Louise, rien d'autre.

— Il m'a humiliée !

— Ce n'est pas une jeune femme humiliée que j'ai vue hier soir. Je crois que tu devrais regarder le replay, ça te donnerait à réfléchir. »

Elle laissa sa tasse refroidir pour lancer le poste de télévision dans le salon. Elle savait que Louise cogitait. Elle comprenait qu'elle se soit sentie trahie mais Mia ne comptait pas laisser sa meilleure amie laisser échapper le seul coup de fouet qui ait semblé efficace depuis des mois. Même elle, n'avait pas réussi à obtenir une réaction aussi virulente, et ce n'était pas faute d'avoir essayé.

« Je te laisse regarder, je file sous la douche en attendant ! »

Mieux valait laisser Louise se confronter à elle-même seule...

 

Louise prit son visage entre ses mains. Elle venait de mettre la télévision sur pause et n'en revenait pas. Mia avait raison, elle n'avait pas fait pitié. Au contraire, elle ne se reconnaissait pas en cette jeune femme qui avait tenu tête au journaliste. Elle était radieuse, les yeux brillants de colère et de rage contenues envers cette vie d'avant qui avait bien failli la détruire. Elle comprenait mieux pourquoi les internautes relayaient autant cette conversation, même si elle n'avait laissé échapper que des semblants de révélation, on sentait qu'elle était porteuse d'un scandale qui pouvait faire trembler les murs lisses des plus grandes entreprises françaises. Si Louise devait être objective, s'il ne s'était pas agi d'elle-même, elle aurait admiré cette femme et l'aurait supplié d'écrire son bouquin.

Elle se redressa, le thé était encore trop chaud pour qu'elle puisse le boire. Il fallait qu'elle fasse quelque chose ! C'était une opportunité qu'elle ne devait pas laisser passer, elle ne pouvait plus se taire ! Antoine avait fait ressortir en elle une colère bouillonnante qui était tapie sur la lave refroidi mais le volcan était toujours là, au fond d'elle, prêt à entrer à nouveau en éruption.

Elle attrapa une feuille et un crayon sur le bureau de Louise.

La main un peu tremblante, elle commença à griffonner quelques idées. Comment cela avait-il commencé ? Fallait-il qu'elle parle de ses études ? Était-ce réellement important ? Peut-être de sa recherche d'emploi ? Oui, elle partirait de là. Plus elle réfléchissait, plus les idées semblaient venir d'elles-mêmes. C'était à croire que cette histoire n'attendait que d'être écrire. En était-ce une ? Fallait-il qu'elle romance les choses pour les rendre moins amères ?

Elle entendit Mia sortir de la salle de bain et récupérer sa tasse. Elle s'apprêtait à demander conseil à sa meilleure amie quand elle se retint. Non, pour une fois, elle voulait faire ce projet seule. Elle sentait qu'elle en avait besoin.

Mia n'osait pas déranger Louise. Elle voyait d'ici que les feuilles de papiers se noircissaient à vue d'œil, les flèches et les mots barrés tournaient dans tous les sens. Elle sourit. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas vu Louise dans cet état créatif.

 

« Mia ? » demanda Louise après des heures de silence à peine interrompues par la prise d'un sandwich.

« Oui ?

— Est-ce que tu serais d'accord pour m'héberger encore quelques jours ?

— Bien sûr ! » s'empressa d'acquiescer la jeune femme un peu surprise par ce retournement de situation.

Louise ramassa les feuilles qu'elles avaient disposées tout autour d'elle sur le tapis et les empila en un petit tas bien net. Elle le mit dans sa valise et se changea rapidement. En attrapant son manteau, elle lança à Mia :

« Il faut que je règle quelque chose ce soir, ne m'attends pas ! »

 

Le froid lui mordait les tempes malgré la laine de son cache-oreilles. Elle tapait doucement des pieds sur le bitume dans l'espoir de faire circuler le sang dans ses pieds congelés. Il faisait un froid de canard en ce vingt-trois décembre ! Les passants se précipitaient sur les derniers magasins ouverts dans l'espoir de trouver leurs cadeaux de dernière minute. Elle-même n'avait rien pris pour ses proches, il allait falloir qu'elle s'y mette ! Elle aurait toute la journée du lendemain pour s'en occuper, ce soir elle avait plus urgent à régler.

Les employés du studio sortaient un à uns en se souhaitant une bonne soirée. Les rires fusaient parfois, illuminant quelques visages fatigués. Certains la reconnurent, se donnant des coups de coude pour la montrer d'un mouvement de menton. Louise remonta un peu son écharpe, à moitié pour se réchauffer, à moitié pour essayer de disparaître. Pourquoi était-elle venue déjà ?

Antoine apparut enfin. Aux côtés de Samantha. Louise grogna intérieurement. Évidemment, elle aurait dû parier que cette sangsue serait collée à ses semelles après son coup d'éclat de la veille !

Louise se rapprocha et força se voix nouée par l'angoisse pour crier :

« Antoine ! »

Il se stoppa et sembla la reconnaître malgré les épaisseurs de laine qui la dissimulaient. Il échangea quelques mots avec Samantha qui fronçait les sourcils et se dirigea vers elle.

« Que veux-tu Louise ? soupira-t-il.

— Je voulais m'excuser. Je suis désolée pour hier, j'ai perdu les pédales. »

Antoine la dévisagea longuement, comme s'il cherchait à démasquer une tromperie de sa part.

« Je sais que tu as obéi à ton patron, poursuivit-elle. Ça m'a fait du mal, je ne le nie pas, mais je n'aurais pas dû m'emporter comme ça sur ton lieu de travail. Je te présente mes excuses. »

Antoine enfonça ses mains dans les poches et soupira en regardant le lampadaire le plus proche pour échapper au regard de la jeune femme.

« Écoute Louise, ces excuses c'est bien mignon, mais ça ne suffit pas tu vois. Mes collègues m'ont charrié toute la journée à ton sujet. Je suis journaliste, Louise, pas un jet-setter que tu peux jeter quand bon te semble.

— Je n'ai pas joué avec toi. J'étais sincère ! s'énerva Louise. C'est plutôt toi qui...

— Je sais ce que j'ai fait, je m'en excuse. Samantha m'a dit que tu lui avais confié ne pas vouloir t'attacher. Que tu voulais juste t'amuser un peu.

— Quoi ? s'étrangla-t-elle. Quand ?

— Quand vous êtes rentrés en voiture toutes les deux.

— Mais quelle garce ! s'offusqua-t-elle. De quoi je me mêle ! Antoine, je n'ai rien dit du tout ! Elle m'a dit que tu ne t'attachais à personne, que les illuminations, tu proposais ça à toutes tes conquêtes. J'ai paniqué !

— À toutes mes conquêtes ? Quelles conquêtes ? Je suis célibataire depuis un moment, et Sam le sait ! Ne crois pas ce qu'elle dit, Louise, c'est un mensonge ! »

Un silence s'installa entre eux. Ainsi tout n'avait été que coup monté et mensonges ? Se pourrait-il que le seul moment sincère qu'ils aient vécu soit cette soirée à la patinoire ? Louise sentit les larmes lui monter aux yeux. Ce qu'elle pouvait être bête ! Elle était prête à croire les médisances d'une inconnue plutôt que de suivre son instinct ? Elle se sentait minable.

Antoine posa son gant sur sa joue pour effacer les larmes qui menaçaient de geler.

« Eh ! souffla-t-il. Ne pleure pas ! Je ne t'en veux pas une seule seconde !

— Moi non plus, croassa-t-elle entre deux reniflements. Je me sens si stupide !

— Et moi donc ! Je n'aurais pas dû écouter Sam, je savais pourtant que c'était ton honnêteté et ta candeur qui m'avait attiré chez toi. Comment ai-je pu douter de toi ?

— On se connaît à peine Antoine, comment aurions-nous pu nous faire confiance ?

— Mon cœur le savait. Je me suis senti mal toute la journée, confia-t-il tout bas.

— Moi aussi. »

La main d'Antoine glissa doucement le long de la joue de Louise pour relever légèrement son menton. Les yeux encore brillants de larmes, les décorations de Noël les faisaient pétiller comme un feu d'artifices. Les joues rosies par le froid et le nez fripon, Antoine ne voyait pourtant que ses lèvres délicates. Il enlaça Louise par-dessus leurs manteaux épais et laissa échapper un petit rire avant de l'embrasser tendrement.

Louise avait l'impression qu'une explosion de bonheur venait d'envahir son cœur. Elle se sentait comme sur un nuage, coupée du monde, projetée dans une dimension temporelle qui n'était plus la sienne. Seules comptaient les lèvres d'Antoine, si douces, sur les siennes. Elle entoura son cou de ses bras et se hissa sur la pointe des pieds en souriant. Le froid s'engouffrait sous son manteau mais elle n'en avait cure. Elle aurait passé des heures dans les bras d'Antoine s'il n'avait pas mis fin à leur baiser pour les rappeler à l'ordre.

« On va geler si on reste là. Viens, on va manger quelque chose ! »

Elle glissa sa main dans la sienne et calqua son pas sur le sien. Les guirlandes lui paraissaient soudain plus lumineuses et les décorations plus colorées. Était-ce donc ça la magie de Noël ?

 

 

Le lendemain soir

« À table !

— On arrive.

— C'est maintenant Charles ou la dinde va passer à travers la vitre du four !

— Une seconde, une seconde... Cette femme aura ma peau !

— C'est pour ça que tu m'aimes, ricana Mia.

— Un peu trop pour mon bien. »

Il découpa la dinde pendant que Mia faisait le service en chantant des chants de Noël. Elle aimait un peu trop cette fête aux goûts de son mari mais qunad il entendit les rires de l'autre côté de la cloison, il sourit malgré lui. Qui aurait dit quelques jours avant que Noël serait si joyeux cette année ? Louise mangeait aux côtés d'Antoine, un sourire plus brillant que jamais aux lèvres.

« Alors, finalement, ce projet ? demanda Mia, curieuse.

— Je pense que je vais aller jusqu'au bout. J'ai déjà toute la trame et je me suis décidée pour un essai et non un roman. D'ailleurs je mettrai les vrais noms, pas des noms d'emprunt.

— Tu es sûre ?

— Certaine. Si je veux que mon livre serve à quelque chose, il faut que j'aille jusqu'au bout. Antoine m'aidera pour les retombées.

— Sache que je suis ta fan de la première heure ! » supplia Mia.

Louise explosa de rire.

« Oui, tu auras l'exclusivité pour la parution, ne t'inquiète pas ! Chez qui veux-tu que j'aille d'autres !

— Youpi !

— Et vous, Antoine, des projets ? demanda Charles entre deux bouchées.

— Pour l'instant je reste au JT mais je suis en train d'essayer de monter une émission de journalisme d'investigation pour me remettre un peu plus dans le reportage. Être sur le terrain me manque.

— Ce sont des bonnes nouvelles ! Quand rentres-tu en Bretagne, Louise ? s'inquiéta Mia.

— Je vais rester ici pour l'instant. Il faut que j'aille voir mes parents demain. Ils m'ont invitée pour Noël. »

Mia et Charles échangèrent un regard surpris et félicitèrent Louise pour sa décision. Elle serait plus proche d'eux pendant un temps encore, ils comptaient sur elle.

« Ah bon ? Pourquoi ? » s'inquiéta Louise.

Mia et Charles échangèrent un regard complice avant d'expliquer à demi-mots :

« Il se pourrait qu'on ait besoin d'une marraine d'ici quelques mois. »

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