Vingt-quatre by LilTangerine
Summary:

René Reichelt (Unsplash)

Calendrier de l'Avent 2019
Vingt-quatre textes, vingt-quatre instants fugitifs, capturés le temps d'une chanson.

Categories: Fantastique Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 12 Completed: Non Word count: 3934 Read: 21831 Published: 06/11/2019 Updated: 12/12/2019

1. 1 - Le dieu de la montagne by LilTangerine

2. 2 - Adieu, Tabitha by LilTangerine

3. 3 - Carte postale by LilTangerine

4. 4 - Tarte aux pommes by LilTangerine

5. 5 - Ta ville by LilTangerine

6. 6 - Perdre la bataille by LilTangerine

7. 7 - Route 66 by LilTangerine

8. 8 - L'atelier by LilTangerine

9. 9 - Ascension by LilTangerine

10. 10 - Divine by LilTangerine

11. 11 - Cent fois by LilTangerine

12. 12 - Mythe by LilTangerine

1 - Le dieu de la montagne by LilTangerine
Author's Notes:
Hola !
Les textes de ce calendrier sont inspirés d'un playlist aléatoire, dont le premier titre est Hells Bells de AC/DC. J'espère qu'il vous plaira !
Ce matin, la montagne gronde.
La fumée noire descend jusque dans la vallée, glissant paresseusement le long des flancs de pierre. Les cloches du village sonnent. On n'entend plus les oiseaux, dans la forêt. Même les aboiements des chiens se sont tus.

Suzana lisse nerveusement les plis dorés de la robe de cérémonie. La colère du dragon résonne jusque dans les murs de la petite cabane où elle est enfermée depuis hier soir. Bientôt, tout ne sera que cendres et flammes ; rasé, son village, et avec lui toute vie.
Il n'existe qu'un seul moyen de les sauver tous, racontent les anciens. Un cadeau pour apaiser le dieu de la montagne.
Elle a été choisie, déclarent les anciens entre leurs lèvres fripées.
Elle a été choisie, ils répètent en enduisant sa peau laiteuse d'huiles et de baumes au parfum entêtant.
Elle a été choisie, ils murmurent avec déférence en l'habillant de la plus fine soie, si rouge qu'elle croit voir le sang couler entre ses doigts.

Elle aurait voulu leur crier de prendre sa place, puisqu'ils l'envient si ardemment.
Mais à quoi bon ? Peu importent la colère et les larmes. Elle a été choisie.

Mais Suzana ne compte pas se laisser mourir sans rien faire. Il est temps ; avec précaution, elle soulève une planche du cabanon et extrait de la cache un fourreau ouvragé. La lame est aiguisée, elle le sait. Elle s’en est assurée.
Le katana disparait sous les plis de sa robe. Il est temps.
Le grondement sourd du dragon fait trembler le sol.
Il l’appelle.

Les anciens entrent, et avec eux résonnent les tambours. Suzana aurait du trembler de peur, comme toutes les autres. Les anciens prient, et elle aimerait qu’ils en finissent. La litanie est un supplice. Les anciens se lèvent, un par un, et la procession commence.
Aujourd’hui est jour de fête, car le dieu de la montagne sera enfin apaisé.
Elle ne sait plus si c’est son cœur ou le battement des tambours.
Aujourd’hui est jour de fête, et la foule est en liesse.
Elle discerne le visage de sa mère, aussi stoïque et immuable que la pierre. De son père, des larmes d’argent se perdant dans sa barbe si noire. Ils devraient être fiers. Leur enfant va épouser un dragon.
Les anciens avancent, un pas après l’autre, et son chemin est couvert des pétales des fleurs qu’ils répandent.
Le temps semble se dilater.
L’attente est interminable.

Enfin, la procession arrive au pied de la montagne. L’air n’est plus que fumée noire, soufre et encens. Les cloches du village sonnent une dernière fois, lointaines.
Enfin, le silence tombe.
Les anciens se sont tus.
Suzana disparait au creux de la montagne, et sa robe est derrière elle comme une trainée de sang. Son chemin est tracé par la lueur des torches. La lame si soigneusement dissimulée est dans sa main et brille de l’éclat des flammes. Elle n’a pas peur.
Aujourd’hui, Suzana tuera un dragon.
End Notes:
Merci d'avoir lu, et à demain pour la suite du calendrier !
2 - Adieu, Tabitha by LilTangerine
Author's Notes:
Hola !
Pour ce deuxième jour de décembre, c'est la chanson lovely de Billie Eilish qui m'a inspirée, ce qui fait déjà un second texte basé sur la playlist originale. J'espère qu'il vous plaira !
Il n’y avait rien d’autre à perte de vue que la mer. Immense, infinie, si bleue.
Elle aurait voulu s’y noyer.

Le vent faisait trembler sa tunique de jute et emmêlait les quelques mèches folles qui échappaient à son strict chignon. Sœur Eunice en aurait fait une maladie. Tabitha n’osait même penser à la punition qui l’attendrait lorsqu’elle l’aurait retrouvée. Enfin, si elle ne s’était jetée du haut de la falaise avant.
Elle défit sa coiffe presque avec tendresse, l’abandonna à la bise.
Avant même que le tissu ne s’échoue sur les rochers humides d’écume, elle était partie.

Adieu au couvent qui l’avait accueillie sept ans plus tôt, adieu à sœur Phillis qui lui avait appris à écrire et compter, adieu à sœur Mary et ses mornes prières, adieu à sœur Eunice, adieu Margaret, adieu Hester, adieu Arabella, adieu Audrey, adieu Clementia.
Adieu aux corvées de cuisine qui la trouvaient les mains écorchées et rougies par le froid.
Adieu aux interminables offices, aux prières murmurées du bout des lèvres, à l’odeur de la cire et de la poussière.
Adieu au sol de pierre froid qui usait ses genoux.

Adieu au silence.
Adieu à celui qui, là-haut, avait cessé d’écouter les hommes.

Enfin, le jour était venu de fuir. Le jour espéré, rêvé, imploré, et la liberté lui tendait le bras.
Tabitha saisit la main du garçon de course, qui l’aida à se hisser à l’arrière du chariot.
Un instant, elle regretta que les bonnes sœurs ne soient pas là pour la regarder s’évanouir dans la poussière de la route. Voir son image s’effacer, loin de leurs visages aussi gris que la pierre.

Adieu, Tabitha.
Bonjour, Tabitha.
3 - Carte postale by LilTangerine
Author's Notes:
Hola !
Aujourd'hui, c'est Oh daddy de Fleetwood Mac qui m'inspire, qui ne fait donc pas partie de ma playlist de calendrier, mais j'adore cette chanson donc c'est pardonné :mg:
Il y a le souvenir d'un homme. Grand, brun, la barbe mal rasée. Il sentait la sciure de bois et le tabac. Il reste un peu de ce parfum sur sa veste en cuir, trop grande pour elle. Il lui racontait des histoires de monstres et de chevaliers, d'astronautes et d'écrivains. Elle se souvient juste de sa voix grave et de son rire tonitruant.
Et puis il y a les cartes postales.

"Bon anniversaire pour tes sept ans"
"Neuf ans, comme tu grandis vite!"
"Désolé de ne pas pouvoir venir célébrer tes douze ans"
"J'ai été appelé en urgence"
"Une mission de l'autre côté de l'océan"
"Mais je pense à toi très fort"
"Avec tout mon amour"

Le paysage au dos est toujours magnifique.
Il reviendra, lui a-t-on assuré. Ce n'est pas de ta faute. C'est son travail. Il a promis de rentrer pour les vacances. Ses chefs lui en demandent beaucoup trop. Il t'aime, tu sais ? Il voudrait revenir, mais il n'a pas le choix.
La voix qui la berçait autrefois a troqué ses chansons pour des mensonges.
4 - Tarte aux pommes by LilTangerine
Author's Notes:
Hola !
C'est de nouveau une chanson qui est venue se greffer à ma playlist, I don't want to set the world on fire par The Ink Spots. Je l'ai découverte en jouant à Fallout 3, ce qui explique le contexte post-apocalyptique pas hyper romantique. J'espère qu'il vous plaira !
Il flotte dans l'air une odeur de tarte aux pommes. Tu t'arrêtes au milieu des décombres de ce qui était autrefois ta maison, sourcils froncés. C'est pour le moins déstabilisant, car quelques instants plus tôt c'est l'odeur du soufre et de la poussière qui te prenait à la gorge. Mais non, c'est bien le délicieux parfum du dessert encore chaud, et pendant une seconde, tu revois ton père ouvrir le four de la cuisine. Tu clignes des yeux, mais il ne reste plus devant toi que des placards calcinés et des gravats. Pourquoi as-tu décidé de revenir ici, déjà ? Cela fait longtemps que tes parents ne sont plus, la maison vendue. Les nouveaux propriétaires t'avaient demandé de passer récupérer de vieux cartons ; tu avais promis de le faire. Puis il y a eu les bombardements.

Tu soulèves quelques briques, persuadé qu'un éclat là dessous a attiré ton regard. Et tu as raison, car bientôt c'est ton ancien lecteur de musique que tu tiens entre tes mains. Tu t'émerveilles de son état presque intact, à l'exception des éclats sur la vitre. Tu es encore plus étonné lorsqu'il s'allume ; après une dizaine d'années d'utilisation et près du double d'oubli, c'est un miracle qu'il fonctionne encore. Et il reste de la batterie ! Le nom des chansons est presque illisible. Tu lances la première, curieux de te rappeler la bande-son de ta vie. Et dès la première note, les souvenirs ressurgissent...
5 - Ta ville by LilTangerine
Author's Notes:
Hola !
Le texte d'aujourd'hui est inspiré par Dans ma ville on traine d'Orelsan, qui a du coup un côté très personnel. Et mélancolique. Un peu comme les trois précédents textes, en fait. Disons que c'est l'effet hiver (et aussi ma malédiction de ne savoir écrire des textes heureux haha) !
Tu ne t'es jamais senti chez toi ici, et pourtant tu connais ces rues par coeur.
Il y a ce bar qui était un peu votre repère. La bière y a mille couleurs et autant de fois vous avez joué aux fléchettes avec une précision toujours plus trouble.
Il y a le tram, plein à craquer le matin et plein de vos chants le soir, où les voix dissonantes s'étouffent en rires. Tu en connais tous les arrêts et chacun est pour toi un différent souvenir.
Il y a cette rue bondée les jeudi soirs, dont la clameur disparaissait derrière les fenêtres du deuxième étage. Sur le tableau blanc, les formules mathématiques laissaient place aux paroles d'une chanson ribaude et à des dessins incohérents. Puis elle est partie et vous n'étiez plus que trois.

Tu ne t'es jamais senti chez toi ici, et pourtant tu connais ces rues par coeur.
Il y a la cathédrale, toujours habillée d'échafaudages ; il y a cette rue pavée que tu as toujours traversée sans t'arrêter pour la contempler. Il y a le château et cet épicier en bas où vous avez bien trop payé pour une bouteille de rosé.
Il y a le port, enfin, lieu de mille et une aventures.
Il y a cet appartement où se tenaient vos rassemblements, serrés à trente sur un canapé défoncé. Peut-être y reste-t-il un faible parfum de tequila et de citron, prisonnier du plancher.

Tu ne t'es jamais senti chez toi ici, et pourtant la nostalgie t'envahit lorsque tu remontes pour la dernière fois chacune de ces rues. Ici, vous avez couru en riant aux éclats. Là, vous avez partagé plus d'un repas en débattant de philosophie et des résultats des partiels. A l'angle de cet immeuble vous vous êtes trompés de chemin, une fois. En face, vous avez fêté des anniversaires jusqu'au petit matin.

Ici, vous vous êtes dit au revoir.

Tu ne t'es jamais senti chez toi ici, et pourtant tu ne changerais cette ville pour rien au monde.
6 - Perdre la bataille by LilTangerine
Author's Notes:
Hola !
Cette fois, c'est l'inverno de Vivaldi qui accompagne ce texte (j'ai complètement dévié de la playlist originale à ce stade, j'essaie même plus de me rattraper). Un texte un peu différent des autres, d'autant plus que je n'ai pas forcément l'habitude (ni l'expertise) de ce genre de scène !
Les conseils de guerre étaient une agonie.

Peter n'aurait su dire exactement quand est-ce que ça avait commencé. Lorsque Sofia était arrivée, noble quelconque débarquée de nulle part pour prendre le commandement de leur armée, il s'était attendu à une figure fantoche, placée là pour avancer les intérêts de sa famille. Puis elle l'avait défié en duel.
Peut-être était-ce là, à terre et désarmé, qu'il aurait voulu voir son sourire victorieux fleurir encore sur les lèvres de Sofia.

Et maintenant, il était là, à tenter de prendre les bonnes décisions, de choisir les justes batailles, et il lui suffisait d'un regard vers la commandante pour qu'il ne perde le fil de ses pensées. Il se sentait si stupide. Sofia lui souriait, et Peter acquiesçait à toutes ses propositions. Elle effleurait sa main, indiquant la position d'un fort sur la carte, et il se surprenait à rougir comme un écolier devant les pensées qu'élicitait ce simple contact. Elle avait de belles mains, blanches et fines, et il se demandait quelle serait la sensation de ses doigts sur sa peau, le long de son torse, se perdant dans ses cheveux...

— ... et ainsi, en obtenant les faveurs du comte, ses troupes pourront prendre à revers l'escadron de... Général, est-ce que vous m'écoutez ?

Peter fut brusquement tiré de sa rêverie et leva les yeux vers Sofia, dont l'air sévère était adouci par un demi-sourire.

— Toutes mes excuses, votre Grace.

Elle écarta le formalisme d'un revers de main, ayant demandé déjà bien trop qu'il l'appelle par son nom, et se pencha au-dessus des plans étalés sur la table du conseil, soutenant son regard.

— Vous vous surmenez, Général. Vous arrive-t-il seulement de dormir ?

Il se perdit un instant dans ses yeux verts, ignorant avec force la voix dans sa tête qui lui suggérait qu'elle pourrait le rejoindre dans son lit pour s'en assurer. Il se détourna d'elle, une pointe de rouge sur les joues, et fixa la carte pour tenter de se donner une contenance.

— Je ne laisserais pas les événements de la Faille se reproduire. Nous avons eu de la chance d'en réchapper. Vous auriez pu...

Ses épaules s'affaissèrent, le souvenir du regard déterminé de Sofia avant de se jeter au-devant de l'ennemi encore vif. Qu'elle ait survécu était un miracle. L'avalanche qu'elle avait provoquée les avait sauvés, couvrant leur fuite à travers les montagnes.

— Vous auriez pu y rester, termina Peter dans un murmure.

Elle posa une main chaude sur la sienne. Le contact inattendu lui noua l'estomac ; en levant les yeux, il réalisa qu'elle s'était rapprochée de lui et que ses lèvres n'étaient plus qu'à un soupir des siennes. Le regard plein de sollicitude, elle lui répondit avec un sourire :

— Et pourtant je suis encore là.

Elle était si proche. Il ne lui suffirait que de se pencher pour effacer la distance qui les séparait encore, et cette simple perspective le brûlait de part en part. Par tous les dieux, elle était si belle. A quoi pensait-elle, ses yeux verts rivés dans les siens ? Entendait-elle le son de son coeur, battant à tout rompre dans sa poitrine ? La décence aurait exigé que Sofia retire sa main une éternité plus tôt, mais elle restait pressée sur la sienne. Son délicat parfum le submergeait et emportait avec lui toute pensée cohérente. Au diable la prudence et le doute ; elle était tout ce qui comptait à ses yeux et il devait le lui dire.

— Lady Deinven, je..., commença Peter.

La porte de la salle de conseil s'ouvrit à la volée, et Sofia recula vivement. L'intendante rassembla les rapports posé sur la table à la hâte, manifestement plongée dans ses pensées, avant de se rendre compte de leur présence. Elle s'interrompit, étudiant leurs visages embarrassés, et arqua un sourcil.

— Commandante, général, salua-t-elle avec l'ombre d'un sourire, avant de quitter la pièce aussi rapidement qu'elle était arrivée.

Dégrisé, Peter se morigéna. Comment pouvait-il simplement oublier que dehors, la guerre faisait rage ? L'heure n'était pas la romance, quand bien même elle existerait, ce dont il n'avait aucune certitude. Il était le général de ses armées. Elle le voyait comme son allié, son ami peut-être ; espérer plus était irresponsable.
N'osant la regarder, Peter inclina la tête et se dirigea vers la porte.

— Je vais m'atteler aux préparatifs de l'expédition, votre Grace, s'excusa-t-il.

A peine avait-il posé la main sur la poignée qu'il sentit qu'on le tirait par le coude. Il se retourna, et Sofia se haussa sur la pointe des pieds pour déposer un chaste baiser sur sa joue. Il se figea, stupéfait, tandis qu'elle reculait d'un pas, un sourire aux lèvres.

— Prenez soin de vous, Peter. Je ne voudrais pas voir mon général s'écrouler de sommeil sur le champ de bataille.
— Je... Je ferais attention, votre Grace.

Elle le relâcha lentement, sa main glissant le long de son bras. L'instant sembla s'étirer, infini.
La voix de la raison soufflait à Peter que s'il ne quittait pas immédiatement la pièce, il allait commettre une erreur monumentale.
La voix du coeur, elle, lui fit franchir la distance qui les séparait, passer un bras autour de sa taille et une main dans ses courts cheveux blonds avant de poser ses lèvres sur celles de Sofia, enfin.
End Notes:
Merci d'avoir lu !
7 - Route 66 by LilTangerine
Author's Notes:
Hola !
Très court texte pour ce 7 décembre, avec cette fois In the Deathcar par Iggy Pop ! J'espère avoir faire honneur à la chanson, et que ça vous plaira !
Le vent est sec et mitraille la peau de milliers de grains de sable. Tu tires sur une cigarette. Je détestais l'odeur du tabac, avant toi. Maintenant, je m'en fiche.
Tu observes ton reflet dans le rétroviseur et appliques une nouvelle couche de rouge à lèvres. D'autres t'appelleraient le vestige d'une beauté passée. Je ne les comprends pas - tu es toujours belle.
J'ai envie de t'embrasser, rien que pour enlever cette couleur de ta bouche.
J'accélère. Tu ris.

Que reste-t-il de nos amours ?
Je change la station de radio, et tu glisses ta main le long de ma cuisse.

Il y a ton châle tiré sur tes cheveux gris qui claque au vent. Je me rappelle un instant, on avait vingt ans, on avait dit oui. Tu fumais déjà. Ca n'était pas la même voiture.
Je t'avais promis toujours, et on est encore là.

C'est le dernier voyage, chérie.
End Notes:
Merci d'avoir lu !
8 - L'atelier by LilTangerine
Author's Notes:
Hello !
Cette fois, c'est Charles Aznavour et La Bohème qui ont inspiré ce texte. J'espère qu'il vous plaira, j'ai une grande tendresse pour cette chanson et de très bons souvenirs qui y sont associés !
Tu n'es qu'une main usée qui caresse le papier jauni d'un livre. L'écho de ce qui aurait pu être, une ombre qui erre entre les draps blancs sur les meubles. La peinture craquelée abandonnée sur le bord de l'établi.
Puis soudain, tu es jeune et le soleil inonde la pièce par la grande lucarne. L'air sent les fleurs séchées et la térébenthine. La toile est blanche, tes mains bariolées. Le pinceau embrasse amoureusement l'ocre sur ta palette. Tu n'es rien sinon l'ambassadeur de la vie, du vent qui agite les cimes, de ce regard échangé au café ce matin, de la clameur du marché et du parfum des lilas. La misère qui creuse ton visage n'est rien devant la beauté et cette joie sauvage qui t'étreint.
Tu es jeune et le monde est tien, et pendant un instant, tu te souviens.
End Notes:
Merci d'avoir lu !
9 - Ascension by LilTangerine
Author's Notes:
Hola !
Le texte d'aujourd'hui a été écrit avec le thème du Chateau ambulant par Joe Hisaishi (qui est juste un des meilleurs compositeurs actuel, de mon point de vue tout à fait objectif). J'espère que ce texte vous plaira (et vous inspirera à faire des randonnées ->).
Les premiers mètres sont durs. La pente est raide, et le souffle vient rapidement à te manquer tandis que tu t'habitues péniblement aux sentiers rocailleux de la montagne.
Le soleil frappe ta nuque, insistant, coupé parfois par l'ombre bienvenue de quelques arbres.
Tu penses à ta voiture, qui sera une véritable fournaise une fois que tu seras redescendu. Tu penses au travail qui t'attend lundi, aux tâches à prioriser et au rendez-vous à préparer. A la machine de linge à lancer en rentrant, aux courses à faire demain, aux factures à régler.

La douleur dans tes muscles est presque bienvenue. Il y a une satisfaction à sentir ton corps tout entier se tendre dans l'effort. Tu te sens vivant. Entier.
Enfin, tu arrives à la fin du premier dénivelé, face à un lac d'un bleu incroyable. Ce n'est pas la couleur de la mer s'échouant tranquillement sur la plage d'un atoll. C'est plus profond, plus ancien. Tu restes ébahi un instant, un peu tiraillé par l'envie de t'y jeter. Mais la route est longue encore jusqu'au sommet, alors tu reprends ta marche.

Le rythme de ton souffle s'est calmé, calqué sur tes pas certains. Il fait si calme, ici. Tu n'entends que le bruit du vent dans les herbes et le tintement lointain de clochettes. Et puis tes pensées, toujours. Tu rejoues encore la scène, son regard qui soutient le tien, longtemps, bien trop longtemps, et une pointe de chaleur te monte aux joues. Tu te questionnes, encore, sur une histoire impossible et pourtant probable. Tu caresses du regard les sillons qui traversent la montagne, imaginant un invraisemblable scénario qui te tord agréablement au creux du ventre.

Le sentier rétrécit, laissant la place à ruban de terre sinueux qui trace des lacets jusqu'au sommet. Oubliés, les rêves éveillés ; il n'y a plus devant toi qu'un pied devant l'autre, entre les hautes herbes et les fleurs. Au coeur de la nature, tu n'es pourtant pas seul avec toi-même. Il y a un genre de frisson qui court sous ta peau, et là où tu poses les yeux, le monde est si beau. Tu oublies tout le reste.

Enfin se dresse devant toi la crête acérée de la montagne, et tu puises dans tes forces pour escalader les derniers rochers. Soudain, c'est un nouveau monde qui s'offre à toi. Le lac, immense et bleu, la forêt de sommets verdoyants effleurés par la neige, le sifflement du vent qui emmêle tes cheveux. Tu es minuscule, tu n'es rien et rien n'a pas d'importance. Tous tes problèmes deviennent poussière. Tu te sens presque régal, à surplomber monts et vallées ; tu voudrais étreindre la beauté qui s'offre à tes yeux.
Pendant un instant, tu comprends ce que c'est vraiment d'être heureux.
End Notes:
Merci d'avoir lu !
10 - Divine by LilTangerine
Author's Notes:
Hello !
Quand j'ai entendu Madame Klaude de Therapie Taxi, je savais qu'il fallait que j'écrive dessus. (Ce qui montre d'ailleurs bien à quel point je suis pas avance dans la publication de mes textes haha, merci infiniment à la Beigie qui doit valider une quantité de textes astronomique depuis plus d'un mois !)
La foule l'appelle.
La foule l'acclame.
Elle retouche une dernière fois son rouge à lèvres derrière le rideau.
La foule scande son nom, et un frisson le fait trembler.
Il mordille un ongle soigneusement manucuré.
It's showtime, babe.

Elle avance sur la scène avec une lenteur insoutenable, touche les premières notes d'une voix suave. Sa robe brille de mille feux, et on ne voit plus que lui.
La foule vibre, et il les aime d'amour.
Sa main caresse lascivement sa joue, glisse le long de son torse, sur sa cuisse.
Icône.
Idole.

La foule reprend le refrain avec elle, à l'unisson, et le monde est un peu plus beau.
Le temps d'une chanson, il n'existe plus que la foule et lui.
Le temps d'une chanson, ils sont tous amoureux.

Puis le rideau se referme sur lui.
Elle disparaît dans la nuit.
Icône.
Idole.
End Notes:
Merci d'avoir lu, on se retrouve demain !
11 - Cent fois by LilTangerine
Author's Notes:
Hola !
Petit poème tout en douceur avec Tallulah de Fauve !
Cent fois j'ai fait le tour du monde
Cent fois marché sur les plages
Effleuré ton visage - Non

J'ai senti entre mes doigts l'eau bleue des lagons
La neige des sommets éternels
La soie de ta peau - Non, vraiment

Les couchers de soleil ne sont pas les mêmes
A l'autre bout de la terre, plus tendres encore
Que le rose de tes lèvres

Et en mille vies je ne t'oublie pas, tu vois
J'ai les mains qui tremblent
Je suis revenu et tu étais encore là
Je suis revenu et cent fois je serais resté dans tes bras

Tu souris comme si tu le savais
End Notes:
Merci d'avoir lu !
12 - Mythe by LilTangerine
Author's Notes:
Hola !
Ce texte est basé sur un texte des Nuits de l'année dernière, poursuivi sur L'or de sa vapeur rouge de Georgio !
Les mythes n'existent que pour être rêvés.
Celui qui s'évanouit sous ses yeux dans le brouillard à l'aube n'est rien d'autre.
Un rêve.

Et pourtant... Pourtant il y a les mots qui résonnent dans la douleur qui envahit son crâne. Les discussions sans fin, assis sur le toit, à contempler la ville à leurs pieds. Les questions. La vérité qui glisse sur ses lèvres par torrents. Les histoires. Les siennes, celles des autres.
L'oublier, ça serait trahir le monde entier, et pourtant, lorsqu'il ouvre les yeux, tout disparait.

Les journées passent. Perdu entre le réel et l'illusion, il doute chaque jour un peu plus.
Et pourtant...

Elle le regarde.
Elle le regarde comme si elle le connaissait par coeur, comme s'il s'était passé quelque chose qui avait changé le monde et qu'il en gardait le secret. Alors il espère.



La soirée avait commencé par un verre, il s'en souvient. L'appartement était noir de monde et il cherchait son visage dans la foule. Il y avait un second verre, puis il l'avait trouvée. Un troisième verre, pour le courage, et ses pensées s'étaient dissoutes dans l'or de sa vapeur rouge. Elle lui avait souri, et il avait perdu pied.

Puis il s'est réveillé, le fantôme de ses lèvres sur les siennes.
Dans le monde réel, les années ont passé.
Dans le monde réel, elle dort à ses côtés.
End Notes:
Merci d'avoir lu !
Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=1928