De brigand à tisserand by Popobo
Summary:

Pour sortir de sa vie de misère et de brigand, Eulric découvre un métier étonnant.

 

Petit recueil pour terminer mon Calendrier de l'Avent 2019 organisé par TNC. Cinq chapitres écrits en 2017 utilisant certains thèmes proposés par Caroliloonette.


Categories: Aventure Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Aucun
Genre Narratif: Aucun
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 5 Completed: Oui Word count: 5275 Read: 7043 Published: 19/10/2019 Updated: 25/12/2019
Story Notes:

Je ne suis pas complètement convaincue par l’écriture de ces chapitres (je trouve les thèmes trop présents par rapport aux personnages pas assez développés) mais j’aime bien l’idée de l’histoire alors voilà, je la partage.

N’hésitez pas à me donner votre avis…

Bonne lecture…

1. 21 décembre : Le brigand by Popobo

2. 22 décembre : Espionnage by Popobo

3. 23 décembre : dans l'atelier by Popobo

4. 24 décembre : dernier délit by Popobo

5. 25 décembre : le tisserand by Popobo

21 décembre : Le brigand by Popobo
Author's Notes:

Thème du calendrier : Balade au clair de lune

Accroupi sous le vieux pont, Eulric se lamentait. L’hiver arrivait et le froid s’installait déjà. Le jeune garçon errait dans les rues. Il connaissait la misère et le froid, depuis qu’il était enfant. Tous les jours, et toutes les nuits, sa vie se passait dehors.

Dormir à la belle étoile, sous les chaleurs du printemps ou de l’automne lui convenait assez bien. Mais l’hiver, Eulric ne supportait pas le froid, le gel et la neige. Comme tous les ans, il devait à nouveau trouver un endroit à la fois discret et à l’abri. Malheureusement, cette année, il ne pouvait plus retourner dans la petite allée sombre, derrière l’atelier du forgeron. Pendant les derniers hivers, chaque soir, il y élisait domicile dans un recoin qui donnait derrière la forge. Au printemps dernier, après une forte tempête, le vieux mur en pierre s’était écroulé. L’artisan avait déblayé l’endroit pendant l’été et la cachette abritée qui donnait sur l’âtre était désormais ouverte et surtout visible de tous les passants et des voisins. Eulric ne pouvait plus s’y réfugier tranquillement.

Le garçon était connu dans le village, mais il savait qu’il n’était pas vraiment aimé par ses concitoyens. Eulric était un enfant abandonné qui vivait seul dans les rues depuis l’âge de ses douze ans, après la mort de sa mère et de son père lors d’un incendie accidentel. Sans famille et sans aide, le jeune garçon était livré à lui-même et devait se débrouiller seul pour manger, pour se laver, pour vivre… La plupart du temps, ses solutions étaient hors la loi et le garçon s’était rapidement fait une mauvaise mais inévitable réputation de petit brigand.

Les habitants d’Elustal l’avaient vu grandir de saisons en saisons, sans rien faire de particulier pour lui. Certains lui donnaient toutefois des restes de marché, une pomme un peu pourrie, un morceau de carotte, une bouchée de pain dur. Eulric avait grandi en passant ses journées à chiner à manger et ses soirées à chercher un abri.

- - -



Eulric avait désormais quinze ans mais restait encore petit. Son allure famélique d’enfant errant n’encourageait personne à l’accueillir en échange de services. Les travaux de force ou dans les champs n’étaient pas fait pour lui.


L’hiver promettait d’être glacial cette année. A passer des années dans les rues, il s’était habitué à lutter contre les faibles températures mais cet hiver-là, le froid était particulièrement sévère. Se cacher dans les caves l’enthousiasmait peu. Cela le protégerait du vent mais pas du gel. Se cacher au dos des âtres de l’autre côté des foyers ne suffirait pas non plus. Il devait se protéger du froid, du gel et du vent. Sa fine veste de coton était un maigre vêtement qu’il possédait pour se protéger. Son pantalon troué et ses chaussures de cuir le couvraient légèrement. Eulric devait se trouver de quoi se couvrir et se réchauffer. Mais les vêtements chauds ne courraient pas les rues. Le pauvre garçon devait trouver une solution.


Le soleil était couché depuis quelques heures. Pour ne pas se refroidir trop vite, Eulric avait décidé de se promener encore quelques minutes sous la lumière de la lune avant de s’installer dans un coin pas trop froid, pas trop venteux, pas trop ouvert. Ce soir là, Eulric avait décidé d’explorer le quartier des artisans. Il se rendait rarement dans ce coin là, car la nuit, les cheminées étaient éteintes, tout était vide et froid. Rien n’était en vie. Eulric avait juste envie de rester actif, et ainsi de se balader en profitant du clair de lune qui éclairait la soirée.

Les bâtiments étaient vides. Personne travaillait. Les machines étaient elles mêmes endormies. Eulric était déjà venu dans la journée, il y a longtemps et avait vite déchanté en comprenant que rien ne lui serait utile ici. Aucune nourriture ne pouvait être trouvée entre l’atelier du maréchal ferrant ou l’atelier d’enluminures des artistes.

Toutefois, cette nuit là serait marquante dans la vie d’Eulric. Le jeune garçon allait faire une découverte qui lui changerait radicalement la vie.

22 décembre : Espionnage by Popobo
Author's Notes:

Thème du calendrier : Espionnage

Eulric tourna autour d’un vieux bâtiment qu’il ne connaissait pas. La lune éclairait assez pour que le jeune garçon soit attiré par une forme nuageuse et épaisse. De la poussière étrange volait autour de lui. Il se demandait bien de quoi il s’agissait quand enfin, en approchant davantage vers les sacs entreposés sous un préau, Eulric comprit qu’il ne s’agissait pas de poussière mais de morceaux de laine. Cela sentait le mouton. Des dizaines de kilos de laine étaient entreposées là. Eulric se demandait bien pourquoi. La laine devait peut-être être aérée pour ne pas empester les intérieurs des pièces. Mais peu importait l’odeur, Eulric n’hésita pas et s’installa sans sourciller entre les sacs épais et chauds.

_ _ _




Eulric se leva dès l’aube. Un rayon de soleil perçait juste au-dessus de lui. Le quartier des artisans était encore calme mais plus pour longtemps. Déjà Eulric entendait quelques bruits de portes et de roulottes. En se mettant debout, il frissonna. La laine qui l’avait recouvert pendant toute la nuit l’avait bien tenu au chaud. Si bien que le premier courant d’air frais lui rappela que sa veste de coton trouée n’était pas bien épaisse. En entendant des pas résonner sur le sol en terre, il ne resta pas plus longtemps sous le préau et partit rapidement dans la direction opposée en sachant pertinemment qu’il reviendrait dans ce lieu sûr et chaud le soir-même. Cela faisait longtemps qu’il avait passé une nuit aussi longue et réconfortante. Ce matin-là, il se sentait plein d’énergie.

Il courut afin de mettre rapidement de la distance entre lui et sa cachette nocturne. Il espérait ne pas avoir été surpris pour pouvoir revenir chaque soir se blottir dans les sacs de laine. Après cette longue nuit de sommeil, Eulric souriait, il était heureux.

Toutefois, rapidement les creux dans son estomac lui rappelèrent qu’il n’avait pas mangé depuis plus de vingt-quatre heures. Reposé, il avait désormais faim. Le jeune garçon s’aventura alors dans le bourg du village pour y récupérer une vieille pomme au marché ou un morceau de pain de la veille qui viendraient remplir son estomac.

Eulric ne s’éloigna cependant pas beaucoup de son refuge. Essayant d’être le plus discret possible, il essaya d’assouvir sa curiosité afin de comprendre à quoi servait toute cette laine entreposée sous le préau. Mais avec son allure vestimentaire et sa dégaine, il restait facilement repérable. Eulric réussit toutefois, à se faufiler pour surveiller le grand bâtiment en restant caché derrière un autre atelier en pierre et en bois quelques mètres plus loin.

Eulric aperçut alors des femmes arrivées les unes après les autres. Elles portaient toutes de longues robes et jupes les unes superposées sur les autres. Un tablier en coton blanc pour recouvrir le tout leur ceinturait la taille. Sur leur tête, un fichu coloré cachait leurs cheveux. Eulric remarqua que tous les âges étaient représentés. Il aperçut même une petite fille d’une dizaine d’années accompagner deux femmes qui devaient probablement être sa mère et sa grand-mère.

Toujours caché derrière l’atelier désaffecté, Eulric guetta ensuite les allées et venues. Alors que l’atelier du maître forgeron, ou celui du tanneur avait régulièrement de la visite dans la matinée, l’atelier des femmes resta fermé pendant des heures. Eulric s’interrogeait vraiment de savoir ce que la quinzaine de femmes faisait depuis plus de trois heures dans le grand atelier sans que personne ne vint les voir. Eulric n’avait pas beaucoup voyagé, mais il avait découvert différentes activités dans les quelques villages où il était passé mais jamais il n’avait vu des femmes travailler en dehors de leur maison, enfermées dans un atelier.

Dès que l’occasion se présenta, Eulric quitta alors sa cachette pour s’approcher du grand bâtiment en brique rouge. Les fenêtres étaient plus hautes que lui. Il remarqua d’ailleurs que l’atelier restait clos. Aucune fenêtre était ouverte. Aucune cheminée ne fonctionnait. Eulric avait cherché mais n’avait vu aucune fumée sortir du bâtiment. L’endroit était vraiment le plus fermé et le plus confiné possible, comme si rien ne devait entrer ni sortir. De la rue, rien n’était visible. Eulric devrait prendre quelques risques pour espérer apercevoir quelque chose. Emporté par sa curiosité, il contourna le bâtiment et trouva une boite en bois qui lui servirait parfaitement de marche pied pour le grandir et lui permettre de jeter un œil à l’intérieur de l’atelier et enfin comprendre ce qui s’y passait.

Le garçon dut se mettre sur la pointe des pieds sur la boite instable pour apercevoir ce qui se passait en contre-bas. La première chose qu’il vit le perturba. De gros nuages de ce qu’il prit d’abord pour des poils volaient. Il comprit ensuite que les boules de poils étaient en fait des morceaux de laine que les femmes dans un coin étiraient de leur long, puis les étalaient pour ensuite les séparer en petites boules. Eulric remarqua ensuite d’étranges machines en bois qu’il n’avait jamais vues ailleurs. Les femmes étaient assises à côté et tenaient entre les mains de la laine qui passait mécaniquement dans l’appareil. Eulric ne voyait pas assez bien pour en comprendre le fonctionnement, mais toutes ces machines le fascinaient. Il resta ainsi, en équilibre sur son marche pied improvisé, à regarder les femmes qui passaient la matière dans une grande roue actionnée par une pédale et filaient ainsi la laine brute des moutons. Cinq ou six machines étaient installées dans l’atelier, le rythme de travail était assez intense. Toutes les femmes, même la plus jeune fille, était occupée sans relâche. Dans un autre coin de la pièce, à l’autre bout, trois d’entre elles étaient penchées sur de grosses bassines en aluminium où elles plongeaient la laine filée pour la ressortir d’une autre couleur.

Debout sur sa boite en bois, Eulric était captivé et admirait le travail des fileuses et des teinturières qui n’arrêtaient leur travail sous aucun prétexte. Les yeux ébahis, il restait hypnotisé par sa découverte. Il n’avait pas le son seulement l’image, mais l’ambiance qui régnait dans l’atelier de ces femmes l’émerveillait.


- Eh jeune homme, que faites vous là ? clama gentiment une voix féminine derrière lui.

Eulric perdit son équilibre et se retint au dernier moment au mur pour ne pas tomber lamentablement à terre devant la femme qui l’avait surpris.

- Euh je vous regardais, répondit naturellement Eulric sans complexe avec un ton intéressé. Vous faîtes quoi en fait ?

La jeune femme sourit. L’innocence du jeune espion semblait lui plaire.

- On file de la laine, de la laine de mouton.

- Mais cette laine, elle vient d’où ? Et après vous faîtes quoi ? Elle va où la laine ? Et c’est quoi dans la bassine ? A quoi ça sert ? Et puis ça va où ensuite tout ça ?

Eulric enchaîna les questions, enivré par sa soif de réponses. A passer la nuit entre les sacs de laine, il semblait maintenant amoureux, épris par cette matière qu’il connaissait si peu en cet état brut, et était devenu aussitôt curieux.

- Venez avec moi, je vais vous faire la visite, proposa naturellement la femme qui ne voyait aucun inconvénient à ce qu’un inconnu entre dans l’atelier.

23 décembre : dans l'atelier by Popobo
Author's Notes:

Une fois n'est pas coutûme, il n'y a pas de thème de calendrier pour ce chapitre.

Quand Eulric entra à l’intérieur du bâtiment, il fut aussitôt surpris par le bruit ambiant. Du haut de sa caisse, il ne s’imaginait pas autant d’activité sonore. Pourtant ce n’était pas la laine qui faisait du bruit. Au début de la chaîne de fabrication, les morceaux de laine s’entassaient dans une ambiance très feutrée. Mais à l’approche des machines en bois mécaniques, le bruit s’intensifiait. Les claquements s’enchaînaient dans un rythme régulier. Eulric observa attentivement ce qu’il n’arrivait pas à voir tout à l’heure de son point de vue.

Assises sur un petit tabouret en bois, les femmes tenaient d’une main les gros brins de laine qu’elles tournaient imperceptiblement dans leurs doigts. Le petit fil qui sortait de leur main était emporté alors par la machine. Eulric suivit le chemin de fil blanc qui s’enroulait d’abord autour d’une roue pour ressortir sur un fuseau de bois. La roue était actionnée par le pédalier sous les gestes et le poids régulier du pied de la femme.

Plus le fil était entraîné dans la machine, plus il s’affinait. Eulric était à la fois épaté, impressionné et intrigué.

Lui qui avait apprécié la chaleur de la laine brute la nuit dernière se demandait à quoi pouvait servir la laine dans cet état de fil. Que devenaient les bobines produites par les machines ?

- Vous faites quoi après avec le fil ? demanda-t-il alors naïvement.

- La laine sert à beaucoup de choses, expliqua Maliena, la femme qui avait accueilli le jeune garçon. Mais les fils de laine sont surtout tissés ou tricotés pour fabriquer des tissus ou des vêtements.

- Mais vous vous en faîtes quoi ? Ca va où tout ça après ? s’inquiétait Eulric.

- Les fuseaux sont vendus bien sûr. Le maître fait vendre sa production sur le marché de Felletin, pas très loin d’ici.

- Felletin ?

- Oui, on l’appelle même le village de la laine, tellement le marché est grand et dure longtemps. Il est prévu pour le printemps prochain, comme chaque année. Il nous reste cinq mois pour terminer notre production. Mais ça se fera, nous sommes dans les temps. Malheureusement cette année, nous avons moins de laine brute donc notre production ne sera pas très importante.

Devant les yeux étincelants de son invité, Maliena était elle même enchantée. L’intérêt d’Eulric lui apportait de la motivation et incita alors le jeune homme à découvrir une des dernières fonctions de l’atelier.

Eulric était subjugué. Alors que Maliena lui expliquait la technique de teinture de la laine avec les poudres naturelles provenant de graines ou de racines, Eulric lui rêvait. Le jeune garçon rêvait de tissus, de vêtements, il s’imaginait tout ce qui pouvait être fait. Son imagination était enclenchée. Voir l’état brut de la laine et découvrir ses transformations, l’inspirait. Il avait lui aussi envie de toucher, de sentir, de respirer la laine.

L’odeur de la laine des moutons qu’il avait inhalée toute la nuit l’avait enivré. Visiter l’atelier de filage de la laine l’avait converti. Il se sentait presque changé. Pour la première fois de sa vie, il se voyait faire quelque chose. Comme une sorte de projet s’installait dans sa tête. Au milieu de ses femmes et de toute cette laine, il avait envie de changer de vie. Il n’avait plus envie de courir les rues, de chercher un maigre bout de pain pour survivre. Il ne voulait plus que ses journées soient uniquement portées par sa libre errance, il voulait, comme ses femmes, travailler.

- Est ce que je pourrais apprendre à filer la laine moi aussi ? demanda-t-il alors.

Maliena marqua une pause dans sa tâche, il sembla même que les rouets et les machines à filer s’étaient tout à coup tous arrêter.

- Le travail de la laine est réservé aux femmes, répondit alors Maliena simplement.

Cela était une tradition mais la fileuse aurait été bien incapable d’expliquer pourquoi. Certes, elle avait toujours connu des femmes dans les ateliers, elle même tenait ses connaissances dans le filage de la laine par sa mère. Comme pour la plupart des femmes ici, elle faisait ce travail par défaut d’être aux champs ou au lavoir. Le filage de la laine était d’ailleurs une activité hivernale. En été, Maliena était occupée à aider son mari aux champs. La quinquagénaire avait toujours vécu ainsi sans se poser de questions. Mais aujourd’hui alors que le jeune garçon aux yeux pétillants se tenait émerveillé devant elle, elle se demandait pour la première fois, pourquoi jamais un homme ne faisait de filage. Mais elle-même n’avait pas de réponse plus détaillée.

- Les hommes s’occupent de la tonte des moutons. Certains artisans s’occupent du tissage mais je n’ai jamais vu d’hommes dans un atelier de filage.

- Du tissage, ça m’a l’air très bien, oui, qu’est ce que c’est ? interrogea Eulric, avide de pouvoir toucher et manipuler à son tour la laine filée.

-Il te faudrait un métier à tisser, gloussa une vieille fileuse, qui adressait un regard plutôt noir au garçon depuis son arrivée.

- Et où pourrais-je m’en procurer un, madame, s’il vous plait ?

Eulric se faisait remarquer par sa naïveté et son ignorance. Il en était presque touchant, cela aurait pu agacer Maliena mais au contraire, depuis que celle-ci avait rencontré le jeune garçon, elle avait décidé, inconsciemment, de l’aider et de le prendre sous son aile.

- Eulric, un métier à tisser, c’est assez encombrant. Ca ne se trouve pas n’importe où. La plupart des tisserands se le fabrique eux-même avec des bois, des chevilles et des cordes.

Eulric écoutait attentivement.

- On peut te donner de vieux écheveaux si tu veux mais il faudra que tu te débrouilles tout seul parce que nous avons toute notre poste à tenir ici, précisa Maliena qui arrivait à faire son travail sur son rouet tout en discutant avec son invité.

Cela faisait plus d’une heure qu’Eulric déambulait dans l’atelier et devant le regard noir et interrogateur de certaines des fileuses, il comprit alors qu’il devait laisser les femmes continuer leur travail tranquillement. Il remercia chaleureusement Maliena pour son accueil et sa gentillesse puis sortit par le petite porte en bois et retrouva la fraîcheur de la rue. A l’intérieur du bâtiment, malgré l’absence de feu de cheminée, la chaleur humaine mêlée à celle de la laine restait confinée entre les murs en briques ce qui maintenait une atmosphère chaude et agréable. Dehors, même si le soleil était haut dans le ciel, il faisait froid. Le vent se levait et Eulric rêvait encore davantage de vêtements en laine pour se réchauffer.
24 décembre : dernier délit by Popobo
Author's Notes:

Thème du calendrier : En haut de l'échelle

Dans les nuits et les jours qui suivirent, Eulric organisa ses journées pratiquement de la même manière.

Il s’endormait et se réveillait au chaud entre les sacs de laine encore entreposés à l’extérieur de l’atelier. Ensuite, il se rendait au marché et attendait la fin pour quémander et récupérer quelques petits bouts de nourriture à manger. Puis il revenait dans le quartier des artisans et s’installait derrière l’atelier des femmes. Alors il attendait que Milena sorte pour aller chercher un sac de laine ou pour vider l’eau des bassines de teinture. En quelques minutes, il lui posait alors les questions qu’il s’était répétées pendant toute la matinée afin de recueillir le maximum d’informations pour fabriquer un modeste métier à tisser. Rapidement, il comprit que cela ressemblait vaguement à un pupitre évidé de peintre mais avec quatre pieds et sans toile ni plaque de bois.

Maliena qui avait eu la chance d’en voir lors des marchés de la laine à Felletin, lui expliquait qu’il existait beaucoup de modèles différents mais que dans tous les cas, il fallait aussi prévoir des barres transversales amovibles qui viendraient supporter et tenir le tissage.

Eulric enregistrait tous les détails que la jeune femme lui transmettait généreusement. Puis en fin de journée, alors que le soleil se couchait, que le froid s’installait, que le quartier des artisans se vidait, Eulric, lui commençait ses recherches. Sans crainte de se faire surprendre, il déambulait alors entre les ateliers, dans les rues vides du village. Parfois, il s’éloignait légèrement sur les routes de campagne afin de trouver des morceaux de bois rabotés, de vieux pieds de table, même des bûches non débitées, il prenait tout ce qu’il trouvait et qui pourrait lui servir.

Eulric connaissait maintenant les rues du quartier des artisans par coeur. Dans le village, il avait repéré les coins de vente, les coins des rencontres, les coins des amoureux mais aussi les coins des déchets. Il avait classé les bâtiments isolés, les maisons désaffectés, les tas d’ardoises, les briques jonchées en tas. Il savait où il pourrait trouver des morceaux de bois assez grands et solides pour se construire son métier à tisser.

Dans une vieille grange, il avait repéré des piquets abandonnés qui lui seraient bien utiles. Mais pour accéder à la réserve du vieux paysan en toute discrétion, il lui fallait élaborer un plan et venir en pleine nuit.

Il lui fallait obtenir une échelle, qu’il pouvait subtiliser au meunier. Mais l’homme connaissait trop Eulric pour lui faire confiance. Le jeune brigand l’avait trop de fois berner à subtiliser des sacs de farine qu’il ne pouvait plus se permettre d’entrer une nouvelle fois dans son antre sous peine de recevoir des coups de martinet. Le charpentier aussi avait une échelle. Eulric irait plutôt emprunter celle de l’artisan, même s’il savait pertinemment qu’il ne pourrait pas faire le poids face au grand Ferdinand si celui-ci le surprenait. Eulric hésitait. Mais quand la nuit tomba ce soir là, il se rendit dans l’entrepôt du charpentier et se saisit de l’engin deux fois plus grand que lui pour se rendre ensuite, dans la nuit noire, la lourde échelle sous le bras, dans le vieux grenier du paysan Parleroi.

Eulric était complètement hors la loi pour de multiples raisons. Il prenait des risques, mais si son projet allait au bout, il pourrait ensuite enfin envisager de ne plus avoir recours à ce genre d’agissement pour s’en sortir dans la vie. Il se convainquait qu’il s’agissait d’un dernier délit pour une nouvelle vie.

Bientôt sa vie changerait et cela grâce à ses piquets en bois et cet emprunt de grande échelle qu’il s’empresserait évidemment de ramener une fois son objectif atteint.

Eulric traversa les trois routes qui séparaient l’atelier du charpentier du grenier du vieux paysan sans aucune rencontre malfaisante. Pas un chat ne traînait dans le quartier des artisans. Dans le noir complet, motivé par son unique ambition, il installa la grande échelle contre le mur en pierre qui donnait sur la lucarne ouverte du grenier.

Tentant de faire le moins de bruit possible, Eulric grimpa à l’échelle. Arrivé en haut, un rayon de lune traversa un nuage et vint faiblement éclairer le grenier. Le garçon était ébahi par ce qu’il apercevait. Des dizaines de rondins de bois étaient entreposés les uns sur les autres. Eulric n’aurait jamais cru trouver un tel trésor.

Tel un chat, il se glissa prestement dans le grenier. Il n’avait pas beaucoup de temps et surtout, son œuvre n’était pas terminée. Rapidement il s’empara des premiers piquets qu’il vit sans chercher à les mesurer ou les tester. Il saisit les poteaux carrés les uns après les autres et sans se poser de questions, il les lança par la lucarne. A ce moment-là, il ne se souciait pas du bruit qu’il faisait. Les poteaux retombaient sur le sol froid. Mais s’installer dans la lucarne, attraper un bâton, descendre l’échelle et poser tranquillement l’objet du vol était trop long et fastidieux pour lui. Il enchaîna donc les lancers espérant simplement que le bois cogne contre un buisson et non contre le sol en pierre. Il s’activa ainsi pour prendre tous les piquets dont il avait besoin en veillant à ne réduite trop le stock du paysan afin de ne pas éveiller de soupçons. Puis enfin, satisfait de sa récolte, il descendit de l’échelle.

Toujours enivré par l’excitation de sa mission illégale, le voleur refit le chemin inverse pour rapporter la grande échelle en bois au charpentier Ferdinand dans son entrepôt. Il multiplia encore plusieurs fois le chemin pour revenir récupérer son butin. Il ne pouvait pas faire un seul trajet pour tout emmener. Il avait les bras ni assez grands, ni assez forts pour se le permettre. Trois trajets plus tard, Eulric avait enfin terminé sa mission illégale. Ses poteaux volés étaient désormais entreposés dans l’atelier désaffecté situé en face de l’atelier de filage de la laine, là où il avait espionné les femmes fileuses quelque jours auparavant. A priori personne ne l’avait vu. Certes, il avait enfreint beaucoup de règles du village mais il se persuadait aussi qu’il n’avait rien fait de mal. Eulric était à la fois soulagé et fier que sa mission ait réussi.

Le jeune garçon était fatigué mais heureux. Il était aussi et surtout convaincu que toute cette expédition en valait la peine et que bientôt ses infractions lui seraient profitables.

Il avait toutefois encore du travail à accomplir. Les poteaux du vieux paysan n’étaient pas tout à fait exploitables en l’état. Il lui faudrait encore plusieurs heures et jours d’application avant de pouvoir commencer à tisser et à se fabriquer ses propres vêtements et espérer ainsi vivre sans avoir à craindre du froid.
25 décembre : le tisserand by Popobo
Author's Notes:

Le calendrier de l'Avent est terminé mais comme mon histoire ne l'est pas, je poste aujourd'hui le dernier chapitre ...

Avec le thème : le tisserand

L’hiver s’installait. Le stock de laine dans lequel Eulric se faisait un lit à chaque coucher du soleil diminuait au fil des soirs et des semaines. Mais le garçon profitait toujours de nuits chaudes et d’un bon sommeil pour continuer et avancer dans son projet de jours en jours.


Au fil de ses promenades, le jeune garçon avait déjà pu récupérer assez de pointes et de vis et avait entassé son trésor plutôt rouillé et archaïque dans l’atelier désaffecté au bout de la rue des artisans.

Il lui faudrait encore quelque outils et beaucoup de temps pour mener à bien son projet, mais le garçon restait motivé.

Les morceaux de bois avaient pris forme. Le métier à tisser ne serait pas bien grand mais déjà Eulric s’imaginait y passer ses journées devant, afin de travailler et exploiter la laine comme il en rêvait chaudement chaque nuit.

Au bout de quelques semaines, Maliena avait réussi à donner à Eulric quatre vieux écheveaux. Maintenant, lors de leur courts rendez-vous, la jeune femme écoutait les avancées du garçon et l’encourageait dans son projet. Sans elle, Eulric aurait vite été dépassé et perdu. Mais Maliena, altruiste et bienveillante soutenait son petit protégé et faisait tout ce qu’elle pouvait pour l’aider.

Maliena était une femme déjà avancée en âge. Elle raconta une fois à Eulric qu’elle avait cinq enfants et que Maëlia était sa petite dernière mais que ses quatre grands fils étaient déjà actifs et possédaient chacun un travail dans les villages voisins. L’aîné était charpentier. Le deuxième s’était engagé dans l’armée. Le troisième travaillait chez un maraîcher quant au benjamin, il commençait comme commis dans une ferme voisine. Son mari travaillait comme berger. C’était la laine de ses moutons qui était filée dans l’atelier. Mais l’atelier ne lui appartenait pas et il comptait sur la vente des écheveaux et des produits obtenus pour notamment payer le loyer pour l’hiver.

Eulric aimait bien Maliena. Elle avait tout à fait l’âge d’être sa mère, mais elle était beaucoup plus gentille que les souvenirs douloureux qu’il gardait de ses propres parents.

Eulric était motivé par les encouragements de Maliena et voulait pour lui, comme pour elle, réussir dans son projet. Avec les conseils et les explications de sa marraine, il commença ainsi son premier tissage alors que l’hiver était maintenant bien entamé.

Tous les écheveaux n’avaient pas la même teinte. Il choisit de mettre la pelote la plus marron en fil de chaîne. Ceux qui étaient attachés au montant du haut de son métier à tisser. Il les avaient fait pendre en les alourdissant d’une pierre qu’il avait enfermée dans les brins de laine.

Pour le fil de trame, il avait choisi la plus belle des laines qu’il avait. Et alors il commença à répéter les gestes que Milena lui avait montré discrètement derrière l’atelier. Dessus, dessous, dessus, dessous. Il répétait les mouvements sérieusement et scrupuleusement.

Avec patience, Eulric s’appliquait. Sans se rendre compte du temps qui passait il restait assis de longues heures assis devant son métier à tisser. Le geste était simple mais très répétitif et très précis.

Eulric ne s’en préoccupait pas, il prenait un vrai plaisir à toucher la laine glisser sous ses doigts.
Il se réchauffait au contact de la matière.
Il admirait son tissu grandir au fil du temps...

Seul dans l’atelier désaffecté qu’il s’était approprié, Eulric voyait la passion pour la laine et le tissage grandir au fil des jours.

Un jour après son travail, Maliena était venu lui rendre visite. D’abord inquiète par ses absences, elle fut rassurée en découvrant que le garçon était trop occupé désormais pour l’attendre à l’arrière de la manufacture. Il avait son propre atelier maintenant. Et cela ravissait Milena.

- Tu es vraiment doué, complimenta-t-elle. Je vois que tu t’appliques beaucoup. C’est vraiment du bon travail. Si tu continues comme ça, tu pourrais même vendre ton travail. Je suis certain que tu aurais des clients sur le marché.

Pour le moment, Eulric tissait surtout pour lui. Avec ses premiers petits ouvrages il s’était fabriqué une veste qu’il enfilait par-dessus son unique chemise en coton et des guêtres qui lui réchauffaient les jambes. Il ne savait pas encore comment coudre ses tissus pour se faire un pantalon mais comptait bien s’en fabriquer un. Malheureusement, son stock de laine que lui avait fourni Milena arrivait également à sa fin. Bientôt, il ne pourrait plus tisser et le regrettait déjà.

- Quand nous aurons fini nos ventes, après le dernier marché d’hiver, je pourrais peut-être t’apporter quelques nouvelles pelotes. Et puis la tonte des moutons reprendra au milieu du printemps, après il y aura de nouveau du travail pour nous à l’atelier.

Eulric avait encore des choses à apprendre et s’en réjouissait. Il adorerait un jour pouvoir aller à Felletin, voir ce fameux marché où la laine était reine. Vivre au rythme de la laine, cette matière si chaude et réconfortante devenait sa raison de vivre. Ne plus se soucier pour se nourrir et dormir. Ne plus être obliger de se cacher, de voler ou de quémander, voilà tout ce que la laine et le tissage le faisait rêver.

- - -





Pendant la fin de l’hiver, Maliena continua de soutenir Eulric qui s’améliorait de semaines en semaines. En peu de temps, le jeune garçon avait beaucoup mûri. Il avait suffi d’un hiver rude et surtout d’une rencontre déterminante pour faire de lui un jeune homme.

- Maintenant que tu es un vrai tisserand, salua Maliena alors que l’atelier de filage fermait ses portes et sa production pour la saison. Vis de ta passion comme un honnête homme et n’ai pas peur, montre ton talent et partage le avec tous ceux qui veulent bien le voir.

End Notes:

Merci pour votre lecture


et


Joyeux Noël !

Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=1924