OMBRES by ELC
Summary: Un jeune garçon est sujet à des apparitions d'ombres menaçantes de plus en plus réelles
Categories: Horreur, Fantastique Characters: Aucun
Avertissement: Violence psychologique
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 6249 Read: 806 Published: 24/11/2018 Updated: 09/12/2018

1. Chapitre 1 by ELC

Chapitre 1 by ELC
OMBRES

Du haut de ses douze ans, Yann était sûr de deux choses. Premièrement, ce qu'il aimait par dessus tout à la cantine, c'était les lasagnes. En général, le mardi. En deuxième point, le plus terrifiant de tout, c'était les ombres.
Assis au bord de la mer, le soleil s'endormant dans sa grande couverture bleue foncée, il est là, le regard au loin. Les larmes aux yeux. Une longue mèche de cheveux lui tombant sur le visage. Il les voit qui s'étirent, s'allongent, de plus en plus.

Les ombres

Il les voyait régulièrement dans les recoins de sa chambre décorée à la façon de beaucoup de petit garçon. Ceux de son école du moins. Posters d'Avengers côtoyant Naruto ou encore Christiano Ronaldo, la star inconditionnelle du football aux quatre ballons d'or. Tous les enfants pratiquant ce sport rêveraient d'être ce joueur. Ou tout comme. Par moment, lorsqu'il jouait tranquillement avec sa figurine préférée – son Batman articulé, celui avec de multiples accessoires – il les voyait se déplacer lentement vers lui.

Les ombres

Elles ne lui faisaient aucun mal, du moins pour le moment. Mais il en était effrayé. Elles avaient tout de même réussi à l'atteindre une fois jusqu'au sang ! Mais Yann savait très bien qu'elle ne pouvaient pas aller plus loin. Encore une fois, pour le moment. Peut-être ne disposaient-elle pas de la force nécessaire. « Mais aujourd'hui c'est différent... », se dit-il. Il est toujours assis là. L'eau infinie en face, la forêt derrière lui. Sa mèche rebelle brune se débattant encore devant ses yeux. Il transpire. La journée avait été très chaude, comme souvent pendant les grandes vacances. Un mois de Juillet en Bretagne quoi. Lui et Cécile s'étaient bien amusés toute l'après-midi. Jusqu'à ce qu'elles gâchent tout.

La journée démarrait plutôt bien pourtant. Levé à neuf heure, soit au moment opportun pour voir les aventures de Scooby-Doo sur la troisième chaîne. Avec son bol de céréales au chocolat, évidemment. Tandis que le chien et ses compagnons s'amusaient à courir, pourchassés par un vampire grotesque, Yann revivait la scène avec Pilou, son chien. Lui était Sammy, le fameux allié du chien-héros. Sauf que dans la version du jeune garçon, Daphné, la délicieuse rouquine, était amoureuse de lui. Rien que d'y penser, Yann ressentait des tonnes d'émotions jusque là inconnues. Certaines contradictoires à d'autres.
Vint ensuite le tant redouté moment de la douche. Tâche à accomplir qu'il prévoyait comme la pire de sa journée. Il se souvenait encore parfaitement que lorsqu'il était tout petit – selon ses expressions et celles de sa mère – il prenait des bains.
Largement mieux
Cela créait une sorte de connexion au sein de la famille. Ses parents mettant un point d'honneur à y participer tous les deux. « Papa et maman finissaient toujours trempés, pense-t-il, nostalgique, mais on riait tous ». Évidemment, il comprend très bien que ce temps était révolu – bien qu'il ne connaisse pas ce mot. De toute façon, il n'a plus tellement envie que sa mère voit ce qui lui pend entre les jambes et fait de lui un mec comme dit Tony, le caïd de l'école. Alors il prend des douches. Avec la musique à fond la caisse.
Descendant de la salle de bain, aux alentours de midi, heure où maman préparait à manger pour lui et papa, le téléphone se mit à sonner. Cécile l'appelait sur le fixe de la maison. Peut mieux faire comme intimité de conversation. Vivement qu'on ait des portables, avait suggéré le subconscient du garçon. Subconscient pas si subconscient que cela en réalité. Papa n'arrêtait pas de dire qu'il aurait un smartphone l'année prochaine. Mais maman était contre, comme souvent. Papa voulait qu'il fasse du foot, maman non. Papa le voyait bien ingénieur, maman non. L'impression que quelque chose n'allait plus dans leur famille taraudait Yann. Cécile avait même dit une fois que « c'était pas la joie ». Bref, à nouveau, maman tenait le combiné. Il n'eut ni à le voir ni à le deviner car elle l'appela. « Yann, c'est pour toi ». il ne courut pas. Parce que papa se serait fait une joie de le chambrer en relatant que Cécile était son amoureuse. Et la plaisanterie aurait certainement durée plus d'une semaine. Il prit donc tout son temps. Avec même le luxe de demander « qui c'est ?
À ton avis » répondit sa mère sans le moindre sourire.
Puis elle retourna à sa cuisine comme si de rien n'était. Tout est normal. Yann tint le téléphone, l'observa quelques instants avant de répondre : « ouais
Ouais, répéta Cécile à l'autre bout.
Ça va ?
Oui et toi ? C'est encore la fête chez toi ?
Ouais
Tu viens avec moi dans la forêt cette après-midi ?
Euh... attends deux secondes »
Yann boucha la partie captant les voix sur le téléphone. « Maman ! Je peux aller chez Cécile ?
Range ta chambre avant.
Aaargh... »
Il libéra sa main et plaça de nouveau sa bouche près de l'appareil. « C'est bon oui, dit-il.
OK, cool. À tout à l'heure, treize heure trente ?
Plutôt quatorze heure trente, quinze heure.
D'accord », termina Cécile en raccrochant directement.
Yann scruta de nouveau l'appareil noir. Puis il le reposa prudemment, comme il le faisait toujours. Il avait eu le malheur d'aller trop vite un jour. Sa joue s'en souvenait encore. Son père avait balancé une telle claque que Yann en avait été déséquilibre et était tombé à la renverse. BADABOUM sur les fesses ! Il en avait pleuré toutes les larmes de son corps. Pas tant par la douleur éprouvée que par la honte d'avoir renversé le téléphone et de s'être fait réprimander. Mauvais souvenir, à chasser. Peu de temps après la conversation avec Cécile, sa mère l'appela pour manger.
Le repas fût de courte durée. Bien que maman ait préparé un copieux repas. Œufs mimosa en entrée suivi de poulet pomme de terre et haricots verts. Pour terminer en beauté, un sublime gâteau au chocolat pour le dessert. Le calme planait dans la salle à manger et aucun son ne sortait de leurs bouches muettes. Le seul bruit audible était celui de leurs mâchoires pour la mastication. Papa tirait une tête d'enterrement. Quand à la mine de maman, elle laissait penser que c'était elle la défunte. Drôle de scène pour un bel été.
Une fois cette épreuve terminée, Yann fonça tout droit dans la garage à la recherche de son vélo dans cet immense monticule d'objet en tout genre. Un VTT plus exactement, que son père lui avait acheté à la brocante annuelle de la ville. Brocante qui se déroulerait bientôt d'ailleurs. Il avait à peine mis un pied dans la pièce, le bout des doigts effleurant le guidon de son bolide, que sa mère le rappela à l'ordre. « Yann ! ». le jeune garçon arrêta son mouvement net. Figé comme une statue de bronze. La peur au ventre tellement le ton était ce qu'il aimait nommer grognon pas mignon. « Oui ?, lâcha-t-il timidement.
Et ta chambre, elle va se ranger toute seule ? »
Après un long grognement d'homme Neandertal, mélangé à un profond soupir, Yann reprit la direction de l'escalier. Traînant la patte, il murmurait sans cesse dans sa moustache. Un bruit à l'étage retenu son attention. Quelque chose était tombé ? Une porte mal fermée ? Pilou faisait encore des siennes ? Tant de possibilité mais aucune réponse. Il ne marchait plus d'un pas lent maintenant, mais prudent. Il sentait au fond de lui que quelque chose clochait. Son cœur s'accélérait. Il pouvait voir les battements de ce dernier soulever la peau de sa poitrine. La peur l'envahissait. Mais par rapport à quoi ?

Les ombres

« tais-toi !! », se dit-il à lui même, pour se rassurer. Ou pour enlever cette satanée boule au creux de son ventre. Plus que quelques marches avant l'apogée. Elles défilaient devant lui, une à une. Le long couloir de l'étage se profilait. Plus que trois. Son cœur allait bondir hors de son corps et s'enfuir à toute vitesse. Plus que deux. Une horrible envie d'uriner lui pesait sur la vessie. Plus qu'une, « arrête ! », cria-t-il pour le palier de l'étage. Il y resta un moment. Sentant l'atmosphère pesante, observant le moindre détail des lieux. Cette gorge aux nombreuses ouvertures d'une longueur incroyable parut soudain se tordre, s'allonger, s'étirer comme un élastique. Le ciel au dehors vira au gris sombre. Yann hoqueta, vacillant de gauche à droite. Il s'agrippa à la rambarde près de lui, se stabilisa. Il ferma les yeux si fort qu'une douleur lui arracha une grimace. Il compta jusqu'à dix à haute voix. Puis il les ouvrit. « pas si terrible », pensa-t-il, un léger sourire aux coins des lèvres. Il s'apprêtait à repartir de plus belle, se voyant déjà sautiller de joie quand tout à coup, la porte de sa chambre s'ouvra en direction du couloir, dévoilant une partie de son antre secrète. Yann sursauta. Il fût repris par la panique. Les yeux écarquillés, il jeta un œil à l'intérieur de son chez-soi. Une ombre noire comme les ténèbres passa juste devant lui. Yann sanglotait à présent. L'ombre se dirigea vers son lit, où sa nintendo DS était fourré entre les draps et la couette. Au contact de cette chose, la console de jeu prenait une teinte grisâtre, bien loin de ce bleu vif. Pire encore, elle semblait fondre. « MAMAN !! », hurla le jeune garçon de toutes ses forces, le visage déjà tourné vers l'escalier. Ce fût à ce moment précis que la DS vola hors de sa chambre, se brisant contre le mur de plaque de plâtre du corridor, laissant son empreinte dans le panneau. « MAMAAANN !!! », cria-t-il de toute ses forces, en pleure.
Sa mère déboula en trombe dans les marches des escaliers. Ses pas lourds résonnant dans tout l'étage. Yann tremblait, était pâle comme un fantôme et des larmes roulaient le long de ses joues. « Qu'est-ce qui se passe ? », demanda-t-elle dans la confusion la plus totale, trébuchant une fois arrivée en haut. Yann ne répondit pas. Il resta immobile, les yeux dans le vague, inexistant. Sa mère le regardait, dépitée. Ne voyant aucune réaction de la part de son fils, elle le prit par les épaules et le secoua : « Yann ! ». le garçon trembla de plus bel, blanc comme un linge. Sa mère ne savait que faire. Elle le prit contre elle et le serra fortement. Puis elle participa pour ramasser le bazar amoncelé dans sa chambre. Sans un mot. Pilou les observant dans l'encadrement de la porte, penaud, oreilles baissées.
Quelque chose ne va pas ici, se dit la mère, quelque peu bouleversée.
Elle fût dérangée dans ses pensées lorsque le chien sursauta brusquement et poussa un cri de douleur avant de détaler à vive allure. Yann hurla à son tour, terrorisé par le cri du chien, faisant sursauter sa mère par la même occasion. « C'est bon Yann, va retrouver Cécile, je vais finir », lâcha-t-elle après avoir reprit ses esprits. Le garçon lui sauta alors au cou en l'embrassant. Ce qui selon sa mère valait tout l'or du monde.
Yann fonça alors au garage. Fouillis inconditionnel depuis des années. Il retourna tout sur son passage pour retrouver son vélo. Il l'enfourcha aussitôt et parti de suite lorsqu'il s'arrêta brusquement. Il avait oublier la couverture bleue que lui et Cécile mettaient dans les arbres lors de jeux. Suite à un demi-tour mal assuré, il fût de nouveau dans le bazar de la pièce. Alors qu'il prenait la couverture avec grande prudence et délicatesse, quelque chose bougea au loin. À la porte de la maison menant au cellier, une ombre grandissait à vue d’œil, paraissant s'étirer de tout son long. Une main noire comme les ténèbres s'approchant petit à petit de la poignée de porte. Yann frissonna mais ne voulu pas se laisser impressionner. Il tira la langue et ajouta un doigt d'honneur bien haut à cette chose hideuse. Un volte-face rapide et il déguerpit en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Usain Bolt n'a qu'à bien se tenir. Il pédala aussi vite que possible, tout en étant fier de la réponse donnée à ce monstre venu de l'enfer – ou d'ailleurs. Mais l'euphorie qu'il ressentait fût de courte durée. À quelques mètres de lui, sous les arbres bordant le trottoir, il voyait de nouveau ce noir s'allonger dans sa direction. Il mit un nouveau coup de collier, redoublant d'effort, les mollets désormais en feu.
Il s'engagea dans la rue des peupliers, là où se situait les divers commerces, bars, cinéma et autres de cette petite ville de Bretagne. Il survola la librairie Ismaël, un de ses endroits favoris. La voir l'apaisait, en toute circonstance. D'autant que Mr Ismaël était à la grande fenêtre de son magasin.
À moins que...
Ce qui se tenait devant la vitre n'était pas un homme mais plutôt une chose à forme humaine noire. De grande taille. Si Yann ne pouvait distinguer son regard, il vit très nettement que « ça » le suivant des yeux. Des yeux haineux et malsains. Le jeune garçon se sentit fébrile, ses jambes étaient en guimauve. Qui était cette silhouette ? Pourquoi l'espionnait-il ainsi...
Yann perdit le contrôle de son bolide et s'arrêta au croisement de la rue des parcs et de la rue Saint Marin. La forêt n'était plus qu'à quelques pâtés de maison. Il se ressaisit et reprit le cours de sa vie, et son chemin. Il donnait sur ses pédales tout ce qu'il avait dans son ventre d'enfant. Les familles en balade ou jouant le regardaient, surpris qu'un petit de cet âge soit à ce point déboussolé et paniqué. Mais bien évidemment, personne ne vint lui demander comment il allait ou s'il avait besoin d'aide. La grande expérience de la ville, toute taille confondue.
Il arriva enfin à la forêt. Le vélo de Cécile était déjà là. C'est un Yann en sueur, tremblant comme une feuille, qui déposa son VTT à côté de l'autre. Il était blanc comme un linge, essoufflé. Il marcha un peu, pensif.
Quelle journée !
Mais il se rendit vite compte que les ombres des arbres tel que les pins, les sapins ou autres chênes dans cet immense bois étaient tout à fait propices à ce qu'il craignait le plus. Une nouvelle crise de panique le submergea. Il pensa à retourner sur ses pas, reprendre son vélo et filer vitesse grand v. il allait mettre son plan à exécution lorsque la voix de son amie résonna.
« Eh ! Qu'est-ce que tu fais ?
Ah, Cécile... Désolé... je me sens pas très bien...
Tu peux tout me dire. Tu le sais ? », lui dit-elle, rassurante et aimante, telle une sœur.
Yann encore tourné vers les vélos sentit sa lèvre inférieur faiblir ainsi que ses jambes. Il fondit en larmes et décida de jouer franc jeu et de tout lui expliquer.

À la fin du récit, ils se trouvaient tous deux assis sur une vieille souche d'arbre, le visage grave. Ils ressemblaient à deux adultes cherchant une solution à un problème complexe. Leurs douze ans étaient loin, très loin. Le silence était pesant, pire encore, menaçant. « Depuis combien de temps vois-tu ces ombres ?, finit par demander la jeune fille.
Je ne sais pas. Un an peut être.
Il doit y avoir une raison », commenta-t-elle.
Cécile avait toujours été rationnelle tandis que Yann se laissait voguer vers les différents horizons que proposait son imagination. Elle, plus terre à terre savait qu'il ne mentait pas car il ne le faisait en aucun cas. Yann se disait qu'elle avait douze ans tout comme lui, et à cet âge la magie, le surnaturel et toutes ces choses ont encore une place dans le cerveau et le cœur.
Avant que la vie ne brise vos rêves...
Phrase qui vint à l'esprit du garçon. Phrase employée par son père dans diverses conversations. Sauf que dans ce cas, cela n'avait rien d'un gentil rêve. Leurs deux visages fermés, ils se regardèrent mutuellement avant de laisser leur regard respectif naviguer devant eux. Les arbres en face, de grands et magnifiques chênes resplendissaient en cette belle journée. L'ombre des feuilles projetées au sol dansait avec la légère brise.

L'ombre des feuilles...

Yann était fixé dessus. Il y pensait chaque seconde. Son corps commençait à se pétrifier. Soudain, il vit l'une d'entre elle se déployer sur le tronc d'un des chênes. De véritables veines noires mangeant cet être d'une centaine d'année ou plus. « Là ! », cria-t-il alors, montrant du doigt. Tout d'abord, Cécile ne vit rien. Puis elle se figea sur place, foudroyée. Son visage devint blanc comme celui de Yann dans sa chambre puis au bois quelques instants plus tôt. « Cécile ? », dit-il timidement. La jeune fille restait figée, scrutant ce spectacle apocalyptique, murmurant des mots inaudibles. Yann s'approcha d'elle et parvint à entendre quelques mots. « Non... Non, non... ça peut pas être possible... ». Yann lui toucha le bras, ce qui eut pour effet de la faire sursauter. Elle détourna le regard de l'ombre et l'examina lui, les yeux écarquillés de terreur. Yann avait des larmes faisant briller le vert de ses jeunes globes occulaires. Cécile pivota lentement vers le chêne. L'ombre n'y était plus. Elle se leva et d'un pas mesuré se rendit jusqu'à l'arbre. Elle fit demi-tour vers son ami. « Il n'y a plus rien ».
Ce dernier se frottait les yeux, non à cause des larmes mais car il se sentait épuisé par toutes ces épreuves. Cécile le rejoignit sur la souche et tous deux y restèrent encore un moment.
Puis ils virent qu'il allait être dix huit heure et se mirent en route pour rentrer chacun chez soi. Tout le reste de l'après-midi, ils l'avaient passé à discuter de cette chose à laquelle Yann était confronté et à laquelle Cécile venait d'assister. À savoir aussi si l'homme en noir – l'homme-ombre avait prénommé Cécile – était lui aussi mêlé à tout cela d'une manière ou d'une autre. Ou était-ce Yann qui, pris dans cette spirale infernale, avait mal jaugé la personne. Cécile en doutait. Autre hypothèse, l'homme-ombre n'était qu'un simple effet d'optique dû au reflet du soleil sur la vitre. La jeune fille se sentait mollassonne elle aussi à présent. Sûrement le contrecoup comme disait sa mère. Ils partirent en direction de leur parking improvisé. Ils y étaient presque lorsque Cécile hurla de douleur, tout comme Pilou auparavant.

Au domicile des parents de Yann, sa mère avait trouvé étrange que le chien familial se oit mis à pleurer comme cela. Elle s'était forcée à continuer de ranger la chambre tout en se posant toutes sortes de question. Voyant que son esprit la taraudait un peu trop à son goût, elle descendit pour vérifier l'état du chien. « Stupide », balança-t-elle à la maison vide. Elle fouilla le salon sans grand succès. Elle poursuivit dans la cuisine où elle remarqua qu'une tonne de vaisselle l'attendait ensuite. Mais rien d'autre. Personne également dans le cellier. Elle aperçut en revenant sur ses pas que la porte du hall d'entrée baillait. Yann l'avait Sûrement laisser ouverte en partant. Elle se força tout de même à vérifier. Elle ouvrit doucement, comme par peur de quelque chose. Comme si elle craignait...
Quoi exactement...
Il faisait noir dans le hall. Le fait d’entrebâiller la porte jouait avec les ombres sur les murs. Normal jusque là. Oui, mais elle trouvait cette atmosphère étrange. La porte ouverte, elle se tint un moment dans l'embrasure de la porte, bras croisés, gênée dans sa propre maison. Le chien était bien dans cette pièce, recroquevillé sur lui-même, peureux. Il ne la regarda même pas lorsqu'elle s'approcha. Elle réfléchissait tout en progressant. Où avait-il pu avoir mal ? Pourquoi ? Le pourquoi viendrait en second lieux. D'abord le où.
« Ça va mon grand ? », demanda-t-elle à l'animal. Il leva la tête et voulut se lever pour venir à sa maîtresse. Elle su de suite où il avait mal. La patte arrière droite. Elle l'examina très scrupuleusement. Rien à signaler. Seule une petite touffe de poil manquait à l'appel. Elle passa sa main sur la peau fraîchement révélée. Elle vit alors l'ombre de la porte bouger et s'attendait déjà à ce qu'elle claque violemment. Elle ferma les yeux par pur réflexe. Aucun bruit ne retentit mis à part le chien , pleurant de nouveau. Elle voulut caresser Pilou pour le rassurer mais n'ouvrit pas les paupières pour autant. Sa main entra en contact avec la peau de la patte fraîchement déplumée. Et le chien couina. Ai-je serré trop fort ?, se dit-elle. Non, impossible. Elle vit subitement passé quelque chose sous le voile fin de ses paupières. Une case se brisa en mille morceaux dans l'endroit le plus profond de son esprit. Cela lui fit l'effet d'un mur mental qui s'effondrait. Des souvenirs de son enfance réapparurent en masse. Elle vit le petit corps de ferme où elle avait grandi. Son père qui travaillait dur. Retournant la terre en plus de nombreuses tâches particulièrement difficiles et pénibles.Sa mère qui l'aimait tant et à qui elle le rendait bien.
Et les ombres...
Elle ouvrit grand les yeux, soudain terrifiée. « Les ombres... », répéta-t-elle. Oui, les ombres, qui l'avaient pourchassée, terrorisée, égratignée même. Un épais liquide collait maintenant à sa main caressant la pâte. Elle jeta un rapide coup d’œil et devina de suite. Du sang était collés sur ses doigts et ruisselait le long de la paume. Elle examina davantage et aperçut la patte du chien, colorée d'un rouge inhabituel, les poils poisseux. « Pilou », murmura-t-elle, décontenancée. L'animal baissait la tête d'un air désolé. Le regard de la femme se propagea dans la pièce et elle vit des traces rouges disparaissant en direction du salon. « Comment ai-je pu les rater ?! », s'enguirlanda-t-elle. Puis, dans un laps de temps très restreints son cerveau remit tout en place pour elle. Elle bondit sèchement et courut vers l'étage, trébuchant au passage. Elle se précipita dans l'escalier et dégringola en hurlant d'abord sous l'effet de surprise, ensuite lorsque sa jambe rata plusieurs marches. Son bassin vint heurter l'arrête à bord vif de la contremarche. Des larmes coulèrent de ses yeux tant le mal fut intense et vigoureux. Elles roulèrent sur ses joues rougeâtres dû à la colère. Elle ne put bouger avant un moment. L'expression partagée entre absence et apeurement. Ses iris vide de sens flottaient dans un autre monde. Un monde sans vie.
Malgré cette mascarade, elle entreprit de poursuivre sa quête. Elle parvint tant bien que mal en haut de l'escalier en une partition de cris désarticulés, combattant peur et douleur. Elle se hâta d'atteindre la porte de la chambre de son fils. Elle n'eut pas à chercher des indices longtemps. Du sang séchait proche de l'encadrement ou elle-même se situait. Le visage écœuré, elle s'approcha un peu plus encore. Ses yeux lui jouaient-ils des tours ? Pourtant elle jurait apercevoir une immense griffure près de la tâche sombre. Mais ce n'était pas tout. Sur la longueur du couloir se tenait une trace abominable d'un noir de suie. Le mur ainsi que la plinthe étaient calcinés. L'ensemble menait à la griffure, gravée à jamais dans le parquet. « Yann », glapit-elle, la voix pleine de terribles sanglots.

Dans le ciel orangé du bois, Yann, en tête de file, se retourne brusquement sous le cri perçant de son amie. Cette dernière gît au sol le visage plaqué contre le tapis de branches et de feuilles. Il se précipita vers elle, plus effrayé que jamais. Une masse noire se retirait paisiblement vers les buissons peu ennuyée par la lumière. Une emprunte jaune, brûlée, sur son passage. Cécile pleurait. Un son strident qui résonnait dans la forêt. Sa cheville gauche saignait abondement au travers de sa chaussette en lambeau. Les ombres l'avaient déchiqueté. Yann était au plus mal. Plus que jamais. Il parvint tout de même à la faire s'appuyer sur son épaule, Cécile poussant des cris rauques, inconcevable de la part d'une fillette de douze ans. Elle ne pourrait plus utiliser son vélo pour rentrer chez elle, Yann le savait.
Un bruit de crissement dans les feuilles tombées lui fit l'effet d'une bombe. L'homme-ombre se tenait à quelques mètres d'eux, stoïque. Yann eut du mal à déglutir et fut pétrifié. Cécile pleurait toujours. Le jeune garçon prit de nouveau le contrôle de ses jambes et tenta de continuer son trajet, restant attentif aux choses derrière lui. Ils ne se trouvaient qu'à quelques pas des vélos lorsque la fillette fut une nouvelle fois agrippée par les ombres. Elle se retrouva encore à terre avant même de s'en rendre compte. Yann, déséquilibré par la chute, atterrit dans les véhicules légers. Le guidon de l'un atomisa ses côtes tandis que la pédale de l'autre lui arracha un joli morceau de peau de la jambe. Il grimaça mais chercha son amie du regard. Elle était la priorité car les ombres avaient mis le grappin sur elle. Un énorme problème s'imposa à lui. Elle avait disparu de son champ de vision. « Cécile ! », hurla-t-il. Aucune réponse. Il cria de plus belle tout en se mettant debout. La douleur éprouvée n'était pas humaine pour un jeune garçon comme lui. Il rebroussa chemin, obligé de combattre sa peur atroce de l'homme-ombre.
Cécile réapparut bien vite. Inconsciente, les masses noires la traînaient vers un arbre géant au loin. Je ne l'ai jamais vu celui là, se dit Yann. Il suivit son périple, boitillant. Il voulait à tout prix la rattraper. Mais les ombres, rapides tel des serpents sillonnant à vive allure, le devançaient largement. « Cécile ! », répéta-t-il, épuisé. Il accélérait son pas tandis qu'elle et ses agresseurs volaient au dessus de l'herbe verte qui mourrait suite à leur passage.
L'homme-ombre apparut derrière Yann. Le garçon ne pouvait pas dire comment mais il le savait, le sentait. D'un rapide geste de la main, la chose prit le contrôle d'un de ces sujets sombres qui arriva à Yann. Tout se passa au ralenti. Et pourtant, si le garçon voyait nettement ce qu'il se passait, l'ombre le contourner, doucement, pour mieux attaquer dans son dos, il comprit très bien que lui serait d'autant plus lent. Il se faisait piéger.
Un gigantesque coup de griffe mit fin au ralenti affreux de cette vision. Bienvenu sur Elm street et dîtes bonjour à Freddy ! Les jambes du garçon se dérobèrent sous l'assaut. Sa peau avait craqué et la souffrance qui émanait de lui était atroce. Il tomba à genoux devant ce qui selon lui était le roi de l'enfer. De SON enfer. Ses pensées confuses et la nausée qui l'avait gagné. Cécile gisait toujours évanouie, traînée par les ombres. Elles l'emmenaient en direction d'un trou béant dans l'immense chêne. Sorte d'ovale noir pouvant vous avaler. Ovale qui s'agrandit lorsque la fille fut à proximité. Elle passa à l'intérieur et disparût. Avalée. Les ombres l'avaient entraînée dans cet univers qui n'était pas le nôtre. Yann était perdu, souffrant, désorienté, mais avant tout brisé. Des larmes chaudes gouttaient sur le haut de son t-short. Sa vie était détruite...
Une main se posa sur son épaule. Froide et morte. Noire comme les abysses. Il lança à l'homme-ombre un regard suppliant. Le monstre se pencha vers lui. Et soudain, Yann se reconnu en cette créature. Il voyait le visage de l'homme. Et c'était lui. En plus vieux, les traits tirés et fatigués, mais les mêmes yeux verts, les mêmes pommettes. Et le même sourire. Yann poussa un violent cri de terreur avant de battre en retraite. Son dos éventré le laissait indifférent à présent. Il ne pensait qu'à une seule chose : fuir !
Il courut à travers le bois. L'homme-ombre avait à nouveau le corps recouvert de noir intense. Il paraissait ne pas comprendre la réaction du garçon. Yann lui, fonçait, tête baissée. Les larmes volants dans l'éclat du soleil encore insistant, telles des perles tout droit sorties d'un dessin animé. Il finit par récupérer son bolide et partit en trombe. Il savait que la route qu'il avait emprunté ne le ramènerait pas à la maison. Mais il ne pouvait s'empêcher de continuer, encore et encore. Il descendit la pente raide de la rue des plages et percuta une pierre perdue au milieu du goudron. Son vélo bascula et ce fut la cascade du siècle. Il se protégea le visage avec son coude. Pur réflexe. Il heurta le bitume de plein fouet. Tout d'abord le coude avant que son visage ne vienne finalement racler le sol. Il se tint immobile un instant. Blessé un peu plus encore. Le cœur ayant volé en éclat. Lorsqu'il recouvra ses esprits, il laissa son VTT sur place mais s'enroula dans sa couverture bleue. Il grelottait. Les pieds traînants, l'air dépité.

Pauvre Cécile...

Et le voilà maintenant, le corps meurtrit, assis près de l'eau si vaste.il sait que c'est bientôt la fin de l'histoire. La forêt est dans son dos sanguinolent. Les ombres et leur maître aussi. Mais qu'est-ce qu'un petit garçon peut faire face à ÇA !

Cécile...

Il y pense et y pensera jusqu'à sa mort. Car oui, la seule et dernière chose qu'il voit pour lui est sa mort. Le voilà qui pleure de nouveau, enroulé dans la couverture. Le soleil est arrivé bien bas. Et tout autour de lui prend une teinte négative et inquiétante. Il ferme les yeux et d'un coup d'un seul, toute sa pathétique journée lui revient en mémoire. De son aventure trépidante avec son Scooby-Doo imaginaire à...
Un bruit retenti dans la forêt. Il semble distant mais lui glace le sang. Il sait qui est là. Comme il sait que son nom n'est pas l'homme-ombre mais TROM. Comment le sait-il ? Tout est simple et clair dans son esprit. Trom est le méchant maléfique des contes que lui racontait sa mère lorsqu'il était enfant. Contes qui, selon Yann, servent à garder tranquille les enfants agités durant la nuit. Trom, le gardien de la grande porte rouge flottant dans le vide et menant dans Dieu seul sait quelle dimension étrange. En admettant qu'un dieu puisse exister en laissant souffrir autant les enfants qu'il a placé sur terre. Trom est celui qui manipule les ombres comme des chiens parfaitement dressés, obéissant au doigt et à l’œil. Celui qui a le visage vieilli de ses victimes car il ne se nourrit que de peur. Mais les contes ont sans doute une part de vérité, pas vrai ? Certains trop apparemment...
Le son inqualifiable des ses pas continu. Il ne marche pas mais glisse silencieusement, repoussant le sable, une longue traînée derrière lui. Yann sait que Trom est environ à la moitié du chemin. Le garçon se lève en s'appuyant sur ses genoux pour s'aider, exténué. Sa façon d'agir surprend la chose qui arrête sa progression. L'ultime moment est enfin arrivé et Yann ne peut rien faire pour l'emporter. Il débute donc son ascension vers la mer paisible et apaisante. Elle l'attend afin d 'engloutir corps et âme. Elle le mangera tout cru, l'étouffera de son liquide salé et le fera souffrir encore un peu. Moins cependant qu'avec ce démon de Trom.
Les chevilles mouillées, Yann ne ressent aucun effet. Puis les genoux, toujours rien. Sa vie l'a déjà abandonnée. Sûrement au moment où celle de Cécile l'a quitté. Le cap du bassin est d'ordinaire le plus dur. Ce n'est pas le cas cette fois. Trom est au bord de l'eau, perdue par la réaction de l'enfant. Ce dernier est si déterminé qu'il en est au cou. Dans son lui intérieur, Yann s'excuse auprès de ses parents pour toutes ses bêtises si dérisoires à présent. Auprès de pilou également, pour lui avoir marcher sur la queue. Et bien entendu, Cécile...
La tête sous l'eau, son corps coule, comme attiré par des poids fixés aux pieds. La mer est sale. La lumière du soleil déjà faible s'estompe. Les ténèbres marins l'absorbent pour vivre avec lui à jamais. Pour l'éternité. Trom évite se se tremper. Pas un orteil ne sera humide. Quel trouillard !, se dit Yann, perdant petit à petit conscience. L'eau salée ne tardera plus à engorger ses poumons. Mais rien n'a plus d'importance. Il sera bientôt m...
Ses yeux s'ouvrent en grand., écarquillés. Il panique, commence à se débattre. Le souffle lui manque. Il y a quelque chose qui ne colle pas. Pas du tout ! Il brasse l'eau pour remonter à la surface mais en vain. Des bulles gigantesques sortent de sa bouche et un chose liquide, salée et froid vient lui boucher toute la tuyauterie. Il n'a plus toutes ses facultés et ne se rend plus compte de ce qui l'entoure. L'unique certitude est qu'il a échoué. Il croyait vaincre Trom en mourant sans son aide, comme un grand, mais c'était se fourrer le doigt dans l’œil, jusqu'au coude. Ce qu'il fait n'a rien d'une victoire mais est bien une cruelle défaite. Une impitoyable défaite de looser. Plongeant à grandes enjambées dans le coma, ses seules pensées sont sur le mot mort. Ce qui l'attend. Mais ce que Trom veut est justement le voir mourir. Peu importe comment, non ?

Car T-R-O-M à l'envers, cela donne M-O-R-T...


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Yann se réveille en sursaut, le corps dégoulinant de sueur. Les draps sont entièrement imbibés. Il est essoufflé et tremble de tous ses membres. Ses muscles sont crispés. Il jette un regard furtif autour de lui. Il est dans sa chambre. Hallelujah, ce n'était qu'un cauchemar. Un simple cauchemar. Il porte sa main à son front brûlant et rit. Doucement, timidement, puis comme un fou à lier. Il ne peut s'arrêter. Il fait jour mais il redoute tout de même de réveiller ses parents. Il séquestre sa bouche avec ses deux mains pour couvrir le bruit, pouffant de nouveau.
La porte s'ouvre. Mince, trop tard, il les a dérangé. Son sourire moqueur se transforme en rictus désabusé pour finir en grimace de surprise et de terreur. Une immense ombre d'un noir ténébreux, surnaturel s'étend dans toute la largeur de la pièce. Le visage de Yann se crispe. Ses doigts agrippent les draps. Il ne peut crier. Sa gorge ne répond plus. Pire, il a un goût salé et amer en bouche. Un goût d'eau de mer. Il se tord, encaissant une quinte de toux. Et crache. Tous ses draps sont salis. Le visage collé au matelas, il croit apercevoir l'ombre bouger. Relevant la tête tant bien que mal, il les voit. TROM. Mais ce n'est pas tout. Une deuxième silhouette, noire aussi, pousse des entrailles de la première. Trom passe un bras autour d'elle. Une petite fille. Yann n'en croit pas ses yeux.

« Cé...Cécile... »






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