The End by Ocee
Summary:


Il appuya sur un bouton et la chanson mythique de The Doors se mit à résonner autour de lui.
Il ne comprenait pas vraiment les paroles.
L’anglais était si rapidement devenu une langue morte.
Le titre, cependant, faisait sens.
Et le rythme lancinant.

Participation au concours d'Extraa et The Night Circus A vos claviers (cube) pour l’Académie Hérodote

Montage maison réalisé à partir d’une photo libre de droit

Categories: Projets/Activités HPF, Tragique, drame, Société, Textes engagés Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Aucun
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: A Vos Claviers ³, Les textes mouillés d'Hérodote
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 1072 Read: 956 Published: 25/08/2018 Updated: 27/08/2018

1. Défi 4 : The End by Ocee

Défi 4 : The End by Ocee
Author's Notes:
Ce texte est ma participation côté Héron au dernier défi d’AvC 3. L’inspiration m’a pris un peu tardivement (je n’avais pas prévu d’écrire de l’original pour ce concours à la base) et donc je viens d’écrire ce truc d’une traite. Il y aurait donc plusieurs détails à creuser, à affiner, pour que ce soit vraiment cohérent mais bon, pas le temps de cogiter plus que ça du coup (désolée XD). Mais tant pis, ça me fera au moins un point de participation (je crois... je ne suis pas sûre vu l’heure à laquelle je poste) Y’a plus qu’à espérer que j’aurai la force d’écrire mon texte fanfic demain après ça…

Contraintes :

- Votre texte devra parler de Fin. Fin d’une époque, fin d’une vie, fin d'une galère, fin de la guerre, fin des haricots…

- Contrainte FanFic Devront être mentionnés : Un livre, un tableau, un instrument de musique, un animal, un maléfice, une date, un pays. L’un de ces sept éléments devra avoir une importance capitale, les autres peuvent être tout à fait anecdotiques.

- Contrainte Original Devront être mentionnés : Une chanson, une langue morte, un(e) artiste, une science, une époque, un vêtement, une ville. Tout comme pour la fanfic, l’un de ces sept éléments devra avoir une importance capitale, les autres peuvent être tout à fait anecdotiques.

- Un personnage devra briller par son absence. Les autres personnages pourront l'évoquer, parler de lui, penser à lui, mais lui-même ne pourra pas être physiquement présent dans votre histoire. Les flash-backs narratifs ne sont autorisés que s'il n'apparaît pas non plus; il ne pourra exister qu'à travers les paroles / actes / pensées de vos personnages.

- Par conséquent, le texte ne pourra pas être écrit à la première ou la seconde personne, uniquement à la troisième.

- Dans votre dernière phrase OU votre première phrase le mot « fin » devra apparaître.

- Contrainte de mots : 1000 mots minimum
The End


Il appuya sur un bouton et la chanson mythique de The Doors se mit à résonner autour de lui.
Il ne comprenait pas vraiment les paroles.
L’anglais était si rapidement devenu une langue morte.
Le titre, cependant, faisait sens.
Et le rythme lancinant.

Le rythme lancinant le portait. Lui donnait les dernières forces dont il avait besoin pour faire ses adieux à tout ce qui l’entourait.
Le rythme lancinant le portait pour sa dernière danse. Sa dernière transe.

À moitié ici, et à moitié déjà parti, avec elle, il prit alors le temps de regarder un à un ces quelques objets sauvés du néant, du passé.
Le trésor de l’humanité, comme elle aimait à l’appeler.

Un dernier regard vers ces reliques, vers ces vestiges d’un autre temps, et puis il partirait.
Il la rejoindrait. Elle et tous les autres.

À quoi bon rester, désormais ?

La pochette CD plastifiée de The Doors avec ce titre écrit à la main dans différentes langues au fil du temps. L’ours en peluche borgne et son pote Pikachu devenu albinos à force d’être lavé. Les clubs de golf en titane. Le bracelet biométrique cassé de quatrième génération. La housse de couette à l’effigie d’une Joconde warholienne sous laquelle elle aimait tant se réfugier. La puce numérique d’Avengers 13, d’après ce qu’ils avaient pu déchiffrer. Le shamisen miraculeusement conservé. Le tome aux pages plus qu’écornées de Harry Potter und der Gefangene von Askaban. Le pull I ♥ NY. La fourchette-peigne. Le poster d’IU. Les premiers vers de l’Albatros griffonnés sur une page jaunie. Le vaporisateur de tabac synthétique malheureusement vide à défaut de citronnelle ou de géranium.

Tous ces objets, autrefois chéris, ne valaient plus rien à ses yeux.
Avec elle, il pouvait s’y raccrocher. Avec elle, il s’autorisait encore à rêver.
Malgré les pertes, malgré les épreuves, si leurs ascendants avaient pu parcourir les milliers de kilomètres d’océan qui séparaient leur pays en voie de submersion vers les sommets asiatiques, ce n’était pas pour rien. Forcément, il devait y avoir une raison. S’ils avaient fini par se trouver ici, tous les deux, seuls survivants sur la terre isolée de l’Everest, c’était forcément le destin. Il le lui avait promis, il… Il y avait cru.

Malgré les pertes, malgré les épreuves. Malgré le progrès et ses ravages. Il y avait cru. Le sot. Le naïf. L’humain ! L’humain et son espoir insensé plus résistant encore que ces parasites de moustiques qui avaient décimé tant des leurs. Enfin, plus résistant… plus pour longtemps… Les jeux étaient faits, l’espoir s’était enfin évaporé. Il était temps que cette illusion cesse. En lui ravissant son âme soeur, ces saletés avaient fini par gagner. Les maringouins allaient bel et bien être les derniers êtres vivants sur ce qu’il restait de la Terre.

La Terre… Ce nom n’avait plus aucun sens. La Planète bleue, oui. La Planète bleue.

Il avait cru à toutes ces fadaises, à ces histoires millénaires qui s’étaient répétées encore et toujours. L’épopée akkadienne d’Atrahasis, la légende sumérienne de Ziusudra, l’épopée babylonienne de Gilgamesh, la Babyloniaka grecque de Bérose, Deucalion et Pyrrha, Manu, Yima, Nuwa, Moctezuma et Coyote, Noé et son arche… Il y avait cru. Il s’était pris pour l’élu. Il avait même réussi à le lui faire croire, qu’à eux deux, ils pourraient repeupler la terre. Que c’était juste une épreuve de plus. L’ultime épreuve. Le Déluge salvateur pour mieux repartir à zéro. Quel idiot !

Elle, au moins, avait été lucide. Depuis le début. Elle avait juste cherché à lui faire plaisir en lui faisant croire que sa foi l’avait contaminée. Elle avait juste voulu profiter des derniers instants de l’humanité dans la joie et l’amour. De leurs derniers instants. De leurs sentiments.

Il aurait dû l’écouter. La chute aurait été moins cruelle.

La centaine d’années qui séparait leur rencontre du 22 avril 2016 semblait bien maigre et, pourtant… ce jour-là, à Paris et partout ailleurs dans le Monde, de nombreuses voix s’étaient élevées pour prévenir que ce premier accord universel sur le climat ne suffirait pas. Une goutte d’eau dans l’océan. Cet océan qui n’avait cessé de monter.

Météorologie, biologie, génétique, médecine, physique, mécanique, sociologie… toutes les sciences du monde, tous les génies, toutes les inventions et les évolutions n’avaient pas réussi à enrayer les conséquences multiples de la bêtise humaine. Catastrophes naturelles, vagues de migration, crashs économiques, massacres, pandémies… Les années 2000 ne devaient pas survivre plus longtemps que la meilleure espérance de vie des hommes et des femmes qui avaient foulé de leurs pieds la Planète bleue. Les années 2000 étaient celles de la démence, de l’opulence à outrance et de la décadence. De la déchéance.

Bien sûr, cette époque avait eu son lot d’êtres exceptionnels. De gens biens. Mais la balance n’y était pas. N’y était plus. La vie avait capitulé.

Il soupira. Ferma les yeux sur ce passé dont les souvenirs le ravageaient.
Pour la dernière fois, il se rendit sur le pas de la porte pour contempler cette vue incroyable et pourtant bien réelle.
Cette ville fantôme de fortune aménagée dans la roche. Désertée et désertique.
Et au loin, là où pointait l’horizon, peu importe la direction, cette étendue bleue à la fois si lointaine et si proche.
Cette étendue bleue qui avait tout englouti. Magnifique et implacable, plus mortelle que la ciguë ou que toute plante qui aurait pu persister.
Cette étendue bleue dans laquelle il allait se jeter, dès que les dernières notes de musique mourraient.
Parce que la vie avait capitulé.

This is the end.

The End. Ko te mutunga. 終わり。El fin. النهاية. Das Ende. Ang wakas. 結束。Tamat. La fine. 끝. Mwisho. Το τέλος. Ukuphela. Slutet. Son. இறுதியில்.

La fin.
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