D'algues et de peau by aliix
Summary:

image libre de droit

 

 

"A vos claviers cubes"



Team LIMK



Categories: Projets/Activités HPF Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Aucun
Genre Narratif: Aucun
Challenges:
Series: Les vents rugissent, mais la montagne reste immobile, A Vos Claviers ³
Chapters: 2 Completed: Non Word count: 2267 Read: 3122 Published: 21/06/2018 Updated: 06/07/2018

1. Thème 1 - La sorcière et le chasseur by aliix

2. Thème 2 - Le marquis invisible by aliix

Thème 1 - La sorcière et le chasseur by aliix
Author's Notes:

- [ Contrainte Heron ] Votre héros devra être confronté à quelque chose qui pourrait être de la Magie ( libre à vous d'en faire vraiment de la magie, de la science, ou de conserver le doute).

- « Ni oui, ni non, ni blanc, ni noir » ! Les mots Oui, non, blanc, noir sont interdits.

- Votre texte comprendra au moins un dialogue de deux cent mots

- Contrainte de mots :800 mots minimum

 

Klaus tremblait. Le froid de novembre n’y était pour rien, chassé par les hautes flammes des dizaines de brasiers illuminant la clairière. Quelque chose glissait sur sa peau, hérissant les poils de ses bras, les cheveux sur sa nuque, alourdissant l’air et répendant une langeur électrique parmi la foule. Les mouvements des corps à moitié nus autour de lui semblaient lents, détendus, mais également empreints d’une grâce presque érotique.
Il eût subitement envie de retirer le pagne noué à sa taille, ce quelque chose lui murmurant que la pudeur n’avait pas sa place ici, et que la Nature n’attendait que son corps dévêtu pour communier avec lui. Il laissa tomber le bout de tissu au sol, immitant une majorité de personnes qui déambulaient dans leur plus simple appareil depuis un moment déjà, lorsque le silence se fit subitement. Tous les regards convergèrent vers le centre de la clairière où s’élevait une petite estrade en pierre, sur laquelle une jeune femme entièrement nue venait de monter. Klaus eut tout juste la présence d’esprit d’ajuster son collier autour de son cou, prenant garde à ne pas mettre les doigts sur la minuscule caméra incrustée dans le pendentif.
Ses traits anguleux et ses épais cheveux bruns lui conféraient une beauté sauvage et ses yeux sombres parcouraient la foule d’un regard acéré et intimidant. Elle dégageait une aura impressionnante ainsi, son corps parfait dépourvu de tout artifice impudiquement offert au regard de la foule. Il détourna les yeux, la certitude d’être démasqué si elle venait à croiser son regard lui tordant le ventre.
Un vieil homme monta à sa suite, un bol en bois dans les mains, et le son des tambours retentit dans toute la clairière et dans les tréfonds du corps de Klaus lorsqu’il trempa ses doigts dans ce qui était vraisemblablement du sang et entreprit de lui peindre le corps. D’autres instruments se mêlaient à la mélodie au fur et à mesure que les arabesques écarlates recouvraient la peau diaphane et à ses côtés, les gens commencèrent à se balancer, comme s’ils hésitaient à danser, passant d’un pied sur l’autre, délassant leurs épaules, étirant leur nuque.

Au début, il avait fait parti des sceptiques. Il était de ces esprits cartésiens qui ne pouvaient croire à quelque chose d’aussi improbable et fantasmatique que la magie sans en avoir eu la preuve de leurs propres yeux. Peu importait les rumeurs de plus en plus persistantes, peu importait son instinct de journaliste qui l’avait poussé, la première fois, à se rendre à ce qu’il pensait être un simple rassemblement de quelques illuminés vénérant des dieux païens. Mais la preuve avait été là. Pas devant ses yeux ni ceux de la caméra, mais dans son corps, dans sa chair, emplissant chacun de ses organes, lui intimant à lui aussi de danser, de célébrer Samain en laissant son corps être guidé par ses instincts les plus primitifs. Mais il n’avait rien pu rapporter de concret. Sa caméra de l’époque avait eu un problème de batterie, qui ne s’expliquait pourtant ni par l’âge de l’engin, ni par aucun autre soucis fonctionnel, et rien n’avait pu étayer ses dires. Pire, quand il avait voulu raconter ce qu’il avait vu alors, dans une forêt aux alentours de Berlin, on l’avait pris pour un fou. Cette fois, ce petit bijou technologique flambant neuf inséré dans son collier ne lui ferait pas défaut. Il n’allait pas en rater une miette.

Le vieil homme plongea ses mains dans le bol et coiffa les longs cheveux de la femme vers l’arrière, le sang se fondant puis séchant dans ses mèches sombres. Lorsqu’il eut fini et se retira de l’estrade, elle étendit les bras comme si elle voulait enlacer le ciel et se mit à chanter dans une langue inconnue. Ou plutôt, inconnue de lui, car la foule reprenait ses mots en parfaite symbiose. Elle se mit à danser, et ce fut comme si une digue s’était brisée. Le vent se leva sur la clairière, agitant violement les branches des arbres en périphérie, les flammes grandirent subitement, se tordant en des formes obscures, crépitant et répendant une chaleur presque étouffante.
Et ça, c’était une preuve pour sa caméra. Klaus sourit en pensant au buzz que son article allait faire. Il sourit béatement, porté par l’ambiance fébrile et exaltée du moment. Il se savait sous l’emprise de ce quelque chose, de ce pouvoir, de cette magie qui semblait se déchainer dans la clairière, mais c’était sans commune mesure avec ce qu’avaient l’air de ressentir les hommes et les femmes autour de lui. Ils semblaient véritablement possédés, grognants et poussant des gémissements lascifs, caressant leurs corps et ceux de leurs voisins, s’agitant de manière presque bestiale au rythme de la musique qui semblait être de plus en plus forte.
La femme venait de se saisir d’un couteau, et elle s’ouvrit sauvagement les veines des poignets, aspergeant tous ceux qui étaient proches d’elle. Elle sauta souplement de l’estrade sur l’une des nombreuses tables en bois l’entourant, et parcouru ainsi la clairière, dansant de table en table, agitant les bras pour que chacun reçoive quelques gouttes de son sang. Lorsque elle arriva à lui, Klaus se demanda par quel miracle elle ne s’était pas encore écroulée, exsangue, mais elle n’en paraissait aucunement affectée. Son visage fut éclaboussé et une goutte glissa jusqu’à ses lèvres, qu’il lécha sans même s’en rendre compte. Ses yeux avaient accrochés les siens, et il était absolument incapable de détourner le regard.
Et tout aussi soudainement, elle s’éloigna, et disparut dans la forêt.

La musique cessa, et la foule sembla reprendre ses esprits, comme si le sort avait été levé. De nombreuses personnes vinrent l’embrasser et lui murmurer des bénédictions pour l’année à venir, et les premiers plats du banquet furent servis sur les tables.
Klaus expira profondément et regarda d’un air incertain les victuailles autour desquelles chacun se pressait.

- Tu n’es pas le bienvenu ici, souffla une voix rauque derrière lui, n’imagine même pas t’asseoir à cette table et partager ce dîner de fête avec ceux sur qui, demain, tu jetteras l’opprobre.
- Je ne… bégaya-t-il en se retournant pour tomber face à un visage maculé de sang séché.
- Je sais qui tu es, dit la jeune femme avec un sourire froid. Tu es bien courageux pour t’aventurer ici après le fiasco de Berlin. Quoi ? reprit-elle en haussant un sourcil narquois, tu pensais que tes aventures n’avaient pas traversé la frontière ?
- Je… votre rituel d’ouverture n’est pas le même qu’en Allemagne, finit par capituler Klaus.
- En effet. Chaque pays entretient sa propre culture et ses propres cérémonies, mais le pouvoir de Samain est le même partout. Ce pouvoir nous appartient à nous, les sorcières, et en aucun cas les humains ne sont autorisés à l’approcher.
- Qu’est-ce que vous allez me faire ? demanda-t-il en sentant une coulée de sueur froide serpenter entre ses omoplates.
- Je ne sais pas. Je n’ai pas encore décidé. Mais dans tous les cas, tu n’auras pas besoin de ça -elle posa le doigt sur son pendentif qui se brisa en mille morceaux, et Klaus retint un cri de stupeur.
- On va continuer à me prendre pour un fou, constata-t-il avec une pointe de désespoir dans la voix.
- L’important, murmura-t-elle à son oreille, c’est que toi, tu saches que tu ne l’es pas.




Le lendemain, il n’y aurait rien d’autre que le froid de novembre pour faire trembler Klaus dans sa chambre d'hôtel. Son pendentif brisé tâché de sang giserait sur sa table basse, comme unique vestige tangible d’une nuit de Samain.

Thème 2 - Le marquis invisible by aliix
Author's Notes:
Le marquis invisible.
Le portrait fatal.
Une infâme adorée.
Les enseignements d'un monstre.
Le monde sous-marin.
Une ville dans une ville.
Le déserteur.
Bonus : LA LICORNE d'Extraa


Le poète Charles Baudelaire a laissé des « plans et projets de romans et nouvelles » qu’il n’a malheureusement pas pu écrire avant de mourir. Aidez Monsieur Baudelaire à sécher ses larmes et réalisez pour lui un de ses plans secrets !

- Votre nouvelle devra avoir comme titre l'un des projets ci-dessus, et s'en inspirer.
- Vous devrez insérer dans votre texte une citation d'un auteur contemporain de Baudelaire Merci de bien noter la référence (oeuvre, auteur, etc.) en note de fin ou dans votre note d'auteur.
- Votre texte comprendra au moins une référence à un oiseau.
- Votre texte devra contenir CINQ mots par sens, soit 5 mots pour l'odorat, 5 mots pour l' ouïe etc. Cinq sens, cinq mots donc 25 mots. Merci de mettre en évidence les 25 mots choisis (gras, soulignés) !
- Contrainte de mots : 800 mots minimum


J'ai choisi le poème, "Colloque Sentimental", de Paul Verlaine, du recueil "Fêtes galantes".
Le château n’avait rien d’accueillant, et le temps grisâtre à l’odeur de pluie annonciateur de tourmente ne le rendait qu’un peu plus sinistre.
Les petites bottines à talons d’Agathe claquaient contre la pierre, résonnant dans les couloirs vides de touristes en ce mois glacial de février. De légers nuages de buée sortaient de ses lèvres à chacune de ses respirations et ses bras étaient résolument serrés autour de son torse dans une piètre tentative pour se réchauffer.
Elle ne savait quelle mouche l’avait piquée de visiter cet endroit. Sa voiture était passée en contrebas de la colline et sans même y réfléchir elle avait ordonné au cocher de l’y conduire. Elle déambulait désormais seule de pièce en pièce, l’atmosphère devenant de plus en plus lugubre à mesure que le ciel s’assombrissait. Elle ne sursauta pas lorsque le grondement du tonnerre retentit, faisant brusquement s’envoler une nuée d’oisillons nichant sous les combles. Mais les poils de ses bras se hérissèrent lorsqu’une longue complainte s’éleva dans son dos.

« Il se peut que vous entendiez des voix » avait dit l’homme installé au guichet, « ce château est réputé pour être hanté par l’un de ses derniers propriétaires, le Marquis de Bouchet-Valgrand, on raconte qu’il attend désespérément le retour de sa fiancée, enlevée la veille de leurs noces. »

Mais il n’y avait rien derrière elle, juste une vielle porte qui grinçait un peu à cause du vent. Elle la poussa par curiosité et entra dans ce qui devait être un ancien boudoir ou un petit salon. L’odeur de renfermé et les émanations de poussière lui piquant la gorge indiquaient que la salle n’avait pas pour habitude d’être ouverte au public.


« Leonor… »


Agathe se figea et tenta de discerner d’où venaient les mots, certaine de ne pas les avoir rêvé. Elle n’avait jamais cru aux fantômes, à vrai dire, elle n’avait jamais vraiment prit le temps de réfléchir à la question, mais peut-être que cette histoire de marquis éploré avait un fond de vérité. Elle écarquilla subitement les yeux. Au fond de la petite pièce, prenant presque la totalité du mur, le portrait d’une femme souriante et élégamment vêtue semblait la dévisager.


« Te souvient-il de notre extase ancienne ? »*


Son coeur accéléra et elle fit un tour sur elle-même pour constater que la pièce était bel et bien vide, puis posa à nouveau le regard sur le visage de la femme. Son visage. Le même ourlet de la bouche, les mêmes sourcils arqués, les mêmes boucles blondes semblables à celles d’une poupée. Tous leurs traits étaient parfaitement semblables, se dit-elle en effleurant sa joue. Un miroir n’aurait pu reproduire son image avec une plus grande perfection.
Un écriteau était encadré sous verre à côté du tableau et elle s’approcha.


« A Léonor, la plus douce des promises.
Avec toute mon affection,
Charles »



« Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? »*



Cette fois Agathe distingua clairement une forme translucide dans un coin de la pièce, et fit quelques pas en arrière en tournant la tête vers le portrait.


- Je… je ne suis pas elle, bégaya-t-elle, je suis désolée, ce n’est pas moi.


L’orage éclata pour de bon au dehors, et une pluie diluvienne vint frapper les carreaux de l’unique fenêtre.


« Leonor… »


Un éclair illumina un instant la pièce d’un éclat blafard, et Agathe remarqua que la forme avait changé de place et semblait se rapprocher d’elle. Elle eut un petit cri de stupeur et ses mains tâtonnèrent derrière elle afin de trouver la poignée de la porte, mais seule la texture rêche de la tapisserie mangée aux mites se faisait sentir sous ses doigts.


« Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignons nos bouches ! »
*


La poignée s’abaissa brutalement et elle manqua de perdre l’équilibre en se ruant dehors. Un goût de sang lui envahit la bouche lorsqu’elle se mordit la langue en trébuchant. Elle dévala les escaliers, manquant à plusieurs reprises de se prendre les pieds dans sa robe, et ne pensa même pas à rabattre la capuche de son grand manteau lorsqu’elle émergea enfin sous la pluie battante, inspirant simplement une grande goulée d’air chariant des effluves de terre mouillée.


- Gustave ! Gustave ! hurla-t-elle à l'attention de son cocher, je veux partir d’ici, ramenez-moi à Paris immédiatement !


Elle ne remarqua pas la silhouette, flottant parmi les courants d’air, derrière la fenêtre du petit salon au portrait.


« L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir. »*
End Notes:
Les astérisques correspondent aux vers du poème.
Merci beaucoup d'avoir lu, n'hésitez pas à laisser un commentaire, même si ce n'est que quelques mots ça fait toujours très plaisir !
Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=1716