Par le pouvoir de Nout by Charliz
Summary:

Selon les légendes de son enfance, franchir l’Arche de Nout exauçait tous les souhaits.
Ce que les légendes ne disaient pas, c’était que le chemin qui s’étendait de l’autre côté était aussi long et incertain que le vœux irréalisable.

Plongée dans les tourments de sa quête, Néférourê se réveille chaque jour dans un corps, une époque et un monde différent.

Parviendra-t-elle à satisfaire les Dieux afin de retrouver l’Académie d’Héracleion et sa sœur ?

Tohad sur DA

 

Participation à A Vos Claviers Cube

Longue vie à Hérodote !

 

 


Categories: Aventure, Historique Characters: Aucun
Avertissement: Contrainte (chantage, viol...), Violence psychologique
Langue: Français
Genre Narratif: Roman
Challenges:
Series: A Vos Claviers ³, Les textes mouillés d'Hérodote
Chapters: 7 Completed: Oui Word count: 11662 Read: 22333 Published: 19/06/2018 Updated: 24/08/2018
Story Notes:

Bonjour à tous ! 

C'est avec beaucoup d'émotions que je vous présente mon premier texte original ! 

Je publie cette histoire dans le cadre d'A Vos Claviers Cube, sous le blason de l'Académie d'Hérodote (à laquelle je suis très fière d'appartenir o/

Alors par contre petit disclamer : cette histoire traite de mythologie égyptrienne et grecque, et j'ai beau être passionnée par l'histoire, je ne suis pas une experte ! Si certaines choses vous gènent, j'en suis navrée ! 

J'espère que ce petit univers vous plaira, et surtout que mon histoire saura s'adapter à toutes les frasques des organisatrices d'AVC (gros challenge ! :3)

1. Thème 1 : High Hopes by Charliz

2. Thème 2 : Les enseignements d'un monstre. by Charliz

3. Défi Créature : Sous l'Arche, mon amour, retrouvons-nous. by Charliz

4. Thème 3 : Child is slowly taken by Charliz

5. Défi Créature n°3 : Il est là. by Charliz

6. Défi Créatures n°3 HC : Désillusion. by Charliz

7. Thème 4 : Du partage du corps. by Charliz

Thème 1 : High Hopes by Charliz
Author's Notes:

Alors oui, j'ai encore utilisé le titre d'une chanson de Pink Floyd pour mon chapitre... Je suis incorrigible. Mais franchement, avouez qu'il y a pire ! :3 

Et oui, je me suis peut être un peu emballée avec mes 5000 mots... Navrée !

Je vous rappelle ci dessous les contraintes de la première épreuve :

 

Thème 1 : Le Tournoi des Trois sorciers a pour but de créer des ponts entre les jeunes générations sorcières de pays différents. Vous devrez écrire un texte dont le thème principal est le choc des cultures, entre votre (ou vos ) personnage principal et une communauté étrangère. Cette rencontre peut avoir lieu, par exemple lors d’un événement international (sportif, politique, culturel), d’un voyage, voire à travers une correspondance... C’est comme vous voulez !

Contraintes :

-          [ Contrainte Heron ] Votre héros devra être confronté à quelque chose qui pourrait être de la Magie ( libre à vous d'en faire vraiment de la magie, de la science, ou de conserver le doute).

-          « Ni oui, ni non, ni blanc, ni noir » ! Les mots Oui, non, blanc, noir sont interdits.

-          Votre texte comprendra au moins un dialogue de deux cents mots (j’en ai fait deux de deux cents mots ! o/ )

-          Contrainte de mots : 800 mots minimum. (ça va, je suis large ! 8) )

Bonne lecture !

 

 

« Attendez ! »

Néférourê se précipita sur l’échelle qui menait au pont. Trop tard. L’homme referma la trappe de la cale en la fauchant au passage. Sa tête explosant sous l’impact, la fillette lâcha les barreaux humides et glissants et chuta d’un mètre. Le craquement sinistre de son épaule, écrasée par son poids, lui retira la possibilité d’exprimer toute plainte. Sa perruque vola, les perles de son gorgerin roulèrent sur le sol et comblèrent les interstices entre les planches du parquet gondolé.  

Sa toilette immaculée se tâcha dans l’eau stagnante d’une flaque.

Un sanglot se bloqua dans sa gorge jusqu’à l’en déchirer. Le cri transperça les mondes dans un ultime espoir que Mérytrê, Ahmed, ou même sa mère entendent son désespoir.

Le deuxième sanglot ne manqua pas de morceler son être.

A l’heure actuelle, l’Académie d’Héracleion brulait. L’ennemi avait percé leurs défenses, massacré, pillé.

Ils avaient pillé sa sœur.

Le troisième sanglot s’étouffa dans l’agonie. Celle qui brillait dans les yeux de sa petite sœur lorsque son âme s’était retirée de son corps. Cette vision qui ne la quitterait plus jamais.

De sa main encore valide, Néférourê essuya ses larmes, tremblant de tout son être, s’étalant du khôl sur les joues le menton.

A l’heure actuelle, l’Académie d’Héracleion brulait, Mérytrê avec elle. Jamais son corps ne recevrait les soins prodigués par les prêtres. Jamais son âme ne renaitrait dans l’autre vie.

>>o<<

Appuyée sur la balustrade du pont, Hélène ne se retourna pas lorsqu’il appela par son nom. Ses yeux restaient fixés sur l’Arche qui, au loin, tranchaient devant les couleurs chatoyantes du coucher de soleil. L’écume caressait sa peau mais ne la dégoutait plus : enfin, ils atteignaient leur but.

Elle aurait reconnu sa voix entre mille mais de toute manière, il était la seule à l’appeler ainsi. Les autres voyageurs ne l’appelaient pas… Elle était une souillure sur ce bateau, la cause de toutes leurs mésaventures. Plusieurs fois ils avaient tenté de la jeter par-dessus bord mais le Capitaine avait toujours été là pour la protéger du vis humain.

Ulysse. Son ami. Son frère. Celui qui, victime d’une guerre à laquelle il n’avait pris part que pour la retrouver, s’était perdu en retour des années durant. Tant de ses hommes par sa faute mais jamais il ne s’était détaché de son indéfectible loyauté envers elle.

Un autre soir, Hélène se serait effondrée face à ses pensées, terrassée par la culpabilité. Elle se serait isolée sur son hamac dans la cale et n’aurait plus jamais bougé. Ou alors elle l’aurait supplié de mettre fin à ses souffrances et à celles de tous leurs compagnons de route. Mais ce soir, le paradis se trouvaient sous leurs yeux. Ils n’avaient qu’à lever l’ancre et…

« Ça semble surréaliste de la découvrir enfin, n’est-ce pas ? »

L’homme s’était appuyé à ses côtés mais elle ne tourna pas un seul instant le regard vers lui. Elle ne clignait même plus des paupières… Comme si ce simple acte aurait suffi à faire disparaitre l’Arche. Comme si elle pouvait la retenir ainsi à proximité. Pouvait-elle s’échapper ?

« Pourquoi ne tentons-nous pas notre chance ce soir ? souffla-t-elle d’une voix rauque.

-          Dois-je te rappeler les mésaventures qui nous sont arrivées à chaque fois que nous nous sommes précipités, Hélène ? »

Elle devina l’éternel et léger sourire moqueur qui devait étendre les lèvres d’Ulysse à cet instant et ne put retenir l’afflux de sang dans son visage.

« Nous ne sommes pas… 

-          Impatients ? Impétueux ? Fougueux ? » Il éclata d’un rire alors que la jeune femme le bousculait amicalement. Rire qu’elle n’avait pas entendu depuis des siècles lui sembla-t-elle. « Les sirènes ont eu raison de moi. Cette fois-ci, nous ferons les choses convenablement. Nous avons tous besoin de repos. A l’aube, nous franchirons l’Arche. »

Son cœur s’emballa à l’idée de toucher enfin au but. Toute sa vie, celle qu’on lui avait volé se trouvait dans les flots rougeoyants sous le soleil couchant. Qu’importe l’instant où ils décideraient de gouter à la bonté des Dieux de ses ancêtres : dans quelques heures, elle retrouverait les paysages de son enfance.

« Elle est impressionnante… murmura Ulysse en grattant distraitement le bois de la rambarde. Crois-tu que ce sera douloureux ?

-          Les prêtres ne se sont jamais attardés sur les détails… Mais je ne crois pas que réaliser un vœu nécessite de souffrir. Les Dieux ont créé la souffrance pour nous éloigner des bordures du chemin, pas pour…

-          Si je me fie à ton analyse, nous ferions mieux de rebrousser chemin.

-          Qu’importe ce qu’il adviendra, Ulysse. Je franchirais l’Arche avec ou sans toi, même si je dois me jeter à l’eau pour l’atteindre. »

Le ton de sa voix avait été dur, glacial. Elle le regretta aussitôt… Dans sa vie, personne n’avait autant veillé à son bonheur qu’Ulysse et elle savait que sa détermination égalait au moins autant la sienne.

>>o<<

Néférourê ne sut pas combien de temps elle resta prostrée dans l’obscurité sinistre et humide de la cale. Peut-être les jours avaient-ils défilés, peut-être venaient-ils uniquement de quitter le port d’Héracleion… L’obscurité constante l’empêchait de trouver un quelconque repère.

Sa seule réalité était le froid qui s’insinuait sous sa peau et la douleur lancinante de son épaule.

Qu’importe, elle était vide. Comme si son enveloppe avait été emmenée par ses ravisseurs mais que son esprit, lui, était resté en Egypte.

Etait-elle encore en Egypte ? Où l’emmenait-on ?

Peu à peu, sa conscience revint mais son corps fatigué et blessé l’empêchait de se mouvoir. D’un œil éteint, elle parcourut les parois humide de cet univers qui n’était pas le sien. Hormis l’échelle qui donnait sur la trappe, il ne semblait y avoir aucun échappatoire possible. Le bateau tanguait encore, preuve qu’ils n’avaient cessé de parcourir la mer depuis qu’elle était enfermée ici, sans eau, sans lumière.

Dans un gémissement, la fillette se redressa. Son épaule l’élança douloureusement et elle se sentit incapable de bouger la main.

Comment allait-elle pouvoir se sortir de cet enfer ?

Comme pour répondre à ses prières, la trappe s’ouvrit, la lueur de la lune se rependant dans la cale humide.

La peur lui saisit l’estomac et, ignorant la douleur sourde de son bras, Néférourê se terra dans un recoin. Trop souvent sa mère l’avait mise en garde contre l’ennemi. Ces hommes qui vivaient de l’autre côté de la Mer. Ces hommes qui enviaient la beauté de leur architecture, la richesse de leurs connaissances, la puissance de leur flotte. Ces hommes qui avaient réduit en cendre son foyer, son école, sa sœur.

Ces hommes qui n’hésitaient pas à tout détruire sur leur passage. Qui s’acharnaient comme ils l’avaient fait sur sa sœur.

Sa toute petite sœur…

De gros pieds apparurent sur l’échelle. Un homme qui ne devait pas être plus vieux qu’Ahmed, son précepteur, apparu une gamelle et une choppe dans une main. Il ne prit pas la peine de refermer la trappe, comme s’il doutait qu’elle tente de s’enfuir, et lui sourit gentiment.

Néférourê ramena un peu plus les genoux sur sa poitrine.

L’homme enchaina quelques mots et, du plus profond des enseignements qu’elle avait reçu en langues étrangères, elle crut comprendre qu’il lui disait qu’elle ne devait pas avoir peur. Elle n’avait qu’une envie, lui jeter son verre au visage pour l’aveugler et en profiter pour s’enfuir. Mais lorsqu’il lui tendit ce dernier, elle ne put s’empêcher de le vider.

Le liquide âpre et au gout moins prononcé que ce qu’elle buvait à Héracleion coula dans sa gorge comme une bénédiction. Dans sa peine et son désespoir, elle n’avait pas pris conscience de sa soif.

L’homme s’agenouilla devant elle, à distance raisonnable, et lui tendit la gamelle débordant des fruits de chez elle. Sans doute volés comme elle l’avait été.

Son ressentiment ne s’envola pas, mais elle prit le temps d’avaler ces quelques provisions, se disant qu’elle s’enfuirait plus facilement en tenant sur ses deux jambes.

>>o<<

Même au bout de longues heures d’adoration, Hélène ne se lassait pas de la beauté de l’Arche. Toutes son enfance on lui avait conté les prodigieuses histoires de aventures de Geb et de Nout, de leur amour éternel et maudit, lui la Terre et elle le Ciel. Les prêtres avaient loué la divine création de l’Arche au jour de la séparation des amants. Œuvre d’amour et unique moyen de retrouvailles entre les deux divinités.

Hélène suivi les courbes majestueuses qui éclataient dans la lumière du soleil couchant. Si durant leur longue quête, elle avait imaginé plus de mille fois sa beauté, elle ne s’était pas attendue à pareille invention. Elle n’avait jamais rencontré de tel style. L’Arche n’avait rien de la majestuosité des pyramides ou des épurés temples grecques. Ou plutôt, elle était tout cela à la fois. Aérienne, dressée au-dessus des flots sacrés et s’élevant jusqu’au firmament… Elle en avait des frissons.

Cette Arche résoudrait tous leurs vœux. Elle ferait d’eux des Dieux. La jeune fille espérait retrouver son ancienne Académie et sa sœur, et Ulysse…

Elle se détourna de la prodigieuse architecture et vrilla ses grands yeux sombres dans ceux beaucoup plus clairs de son ami. Depuis combien de temps l’observait-il ainsi ? Hélène se sentit rougir en prenant à nouveau conscience que le regard qu’il lui portait avait changé au court des années. Ce n’était plus celui d’un frère envers une sœur ou d’un père pour sa fille. Pourtant, Ulysse et elle n’avait aucun avenir ensemble. Lui souhaitait retrouver enfin Pénélope, cette femme qu’il avait adoré toute sa vie, et elle n’avait pour seule ambition que de rejoindre le monde du dessous, combattre Âmmout et enfin, pouvoir gouter au repos éternel au côté de sa famille.

Ulysse lui sourit et elle se permit de lui répondre. A l’aube, leur chemin se séparerait après tant d’années…

« Penses-tu que les Dieux nous accepterons sans offrandes ?

-          Il le faut, nous n’avons rien à leur offrir, souffla-t-il. Ou peut-être…

-          Je refuse d’assister à cela ! s’exclama-t-elle en saisissant derrière son sourire l’anecdote et la moquerie. Vous les grecs n’êtes que des brutes païennes.

-          Voyez vous donc. Il me semble que tu t’es plutôt bien acclimaté à notre culture.

-          Je n’ai pas… C’était ma seule chance de survie. Mais égorger un homme pour plaire aux Dieux… Egorger une petite fille pour un mariage, Ulysse ! Quelle divinité sanguinaire accepterait pareil vice ? Quel bien l’Homme peut-il en tirer ?

-          J’espère en tout cas qu’Aphrodite a le cœur plus accroché et qu’elle ne s’est pas évanouit comme tu l’as fait devant quelques gouttes de sang. Tu sais très bien que ton mariage avec Ménélas a sauvé ton peuple. Sans celui-ci, l’Egypte ne serait plus. Tu t’es offerte pour le bien et le sacrifice de l’enfant a permis d’attirer le regard des Dieux sur vous. Sans lui, ton mariage aurait été vain.

-          Je ne me suis pas offerte, j’ai été raflée.

-          Puis ta mère a consenti à donner ta main à Ménélas.

-          Elle n’a pas eu le choix. Personne ne lui a laissé le choix. Tu ne lui as pas laissé le choix, Ulysse. »

Sa voix avait cassé. Hélène ne regretta pas un seul instant et son ami resta muet.

Leur relation était faite ainsi : beaucoup d’affection et tout autant de ressentiments.

« C’est ainsi que marche le monde. Les Dieux réclament parfois des offrandes humaines et qu’importe tes réticences : celles-ci ont toujours mieux marché qu’offrir des grappes de raisins. »

La jeune fille ferma les yeux avec un sourire, le souvenir de la saveur du fruit tapissant ses papilles, celui du jus coulant sur sa langue. Depuis combien de temps n’avait-elle pas gouter à ce plaisir ?

Elle songea à toutes les fois où son sang royal lui avait permis d’assister aux rites religieux dans son enfance. Elle s’éveillait à l’aurore, se fondait dans le temple de Rê où les prêtres se réunissaient pour accueillir le jour, le renouveau du monde et la puissance de la divinité. Elle pouvait encore sentir les effluves de l’encens. Ces fragrances qui imprégnaient ses vêtements et ses cheveux et qui la plongeait dans une profonde quiétude toute la journée durant.

Lorsqu’elle s’était retrouvée contrainte de vivre auprès de Ménélas à Sparte, elle avait cru ne jamais se faire à cette culture si différente de la sienne. Pour sa survie, elle s’était tue, avait encaissé, et surtout avait détesté. Ces hommes avaient volé les croyances de ses ancêtres pour en faire un ramassis de propagande. Leurs Dieux n’étaient que de pâles copies des Divinités qu’elles n’avaient cessé d’adorer toute sa vie, leurs valeurs n’étaient faites que pour pousser à la violence et à la guerre.

Leurs Dieux n’étaient pas. Elle avait accepté ce nom qu’on lui avait donné, cette soi-disant histoire de paternité divine. Elle s’était tue lorsqu’on lui avait imposé un époux violent, une vie morose loin de toute la liberté dont elle jouissait en tant que femme. On l’avait même privé de ses artifices qu’elle avait appris à manier dès l’enfance… Ses yeux étaient nus, ses cheveux avaient poussé, ses poils aussi.

On lui avait imposé la maternité.

A cette simple pensée, la nausée la saisit. Elle avait enfanté deux fois.

Avait cru mourir deux fois.

Les marmots devaient aujourd’hui entrer dans l’adolescence. Sa fille avait surement hérité de sa beauté comme elle-même l’avait reçue de sa mère. Si Ménélas était encore en vie et que sa soif du pouvoir ne s’était pas apaisée, sans doute était elle déjà mariée à un roi qui avait trois fois son âge. Peut être même quatre.

Et son fils… Nicostrate devait déjà manier l’épée et jouer avec l’horreur. Il devait avoir rejoint les rangs de la légion qui semait la mort.

Hélène ferma les yeux, ravala sa rage. Rage de ce qu’on avait fait d’elle. Du malheur qui ne cessait de la poursuivre.

Tout ça pour sa beauté. Néférourê. La Beauté du Dieu Rê. La Beauté du soleil.

Cette beauté qui avait tout détruit : Héracleion, Troie, l’armée dont Ulysse était si fier…

Pour survivre, avoir une chance de retrouver sa famille, elle s’était tue. Ce peuple et son fonctionnement la dégoutait du plus profond de son être. Mais à travers toutes ces années passées loin de sa patrie, Ulysse avait été le seul à respecter cette différence. Il avait été le seul à la défendre, à respecter ses croyances.

« Tu sais ce qui me manque le plus, Ulysse ?

-          L’innocence ? »

Son sourire pointa malgré elle. Il disait vrai, mais ce n’était pas là qu’elle souhaitait en venir.

« Je pensais à la bière.

-          La bière ?

-          Hum… Cet alcool à base de Malt. C’était la première céréales à murir et à être moissonnée. Une fois, mon père avait demandé à nos serviteurs de nous en présenter une poignée. Nous en avons appris la fabrication et ce qui me manque, Ulysse, c’est cette odeur… Mérytrê la détestait mais moi… J’aurais pu me baigner dedans. Je l’aurais sans doute fait en devenant Reine. J’aurais fait construire une immense piscine gravée de l’histoire de ma famille, avec un Sphinx sur lequel m’allonger en sortant. J’aurais diffusé cette odeur toute la journée Ulysse. Ça aurait été… Merveilleux.

-          Dans mes souvenirs, la boisson que vous buviez n’était pas aussi bonne que le vin d’Ithaque !

-          La bière n’a rien à voir avec le vin que vous fabriquez. Le vôtre n’a aucun gout ! Il n’a pour seule et unique fonction que de vous abrutir d’alcool et de vous faire oublier l’immense néant de votre existence. La bière est… Il y a cette amertume qui te colle au palais toute la journée. Et puis, c’est tellement... A l’Académie, nous avions une cave creusée profondément dans la roche uniquement pour maintenir les barriques au frais. Quoi de mieux qu’une bière fraiche sous les rayons du soleil ? »

Hélène soupira. Son pays lui manquait tant. Le silence s’installa et elle s’étonna que son ami en ait perdu sa langue.

Ne s’étonna pas si longtemps.

« Tu sais ce qui te rafraichirait ?

-          Dis-moi…

-          Une tête dans la mer sacrée. Elle doit être aussi fraiche que le soleil est brulant. Par contre, je ne te garantis pas qu’elle ne soit pas habitée…

>>o<<

Prostrée dans son lit, Néférourê sanglotait, le visage enfoui dans la toge beige qu’on lui avait offerte à son arrivée.

Pleurer ainsi, elle ne se le serait jamais permis à Héracleion. Les chemises de lin étaient si couteuses et pures… Une tâche de khôl pouvait ruiner un travail de plusieurs années en une seule larme. Mais ce jour-là, elle ne portait pas de khôl. Mais cette après-midi-là, elle ne portait pas de fard, ou de fragrances fleuries. Sur son crâne, de longues mèches ébènes commençaient à repousser.

Les murs de sa chambre étaient nus, loin de ceux couverts de hiéroglyphes du palais où elle vivait à proximité de l’Académie. Elle avait passé des nuits entières à décrypter les histoires de ses ancêtres et des Dieux à la lueur d’une bougie, une odeur d’encens et de graisse l’enveloppant dans une paix éternelle. Qui lui avait semblé être éternelle.

Tout avait volé en éclat en une poignée de secondes. On l’avait tiré de la cale du bateau pour la jeter dans cette chambre qui empestait l’inconnu. Néférourê était bouffée par l’ennui et la peine. Elle avait cessé de compter les jours, cessé de manger jusqu’à ce qu’un garde la force à avaler quelques fruits, cessé de rêver. Seuls des cauchemars habillaient ses nuits. Des cauchemars et le regard sans vie de sa sœur. Des cauchemars et les flammes qui ravageaient la cité de son enfance.

La porte grinça en s’ouvrant et par réflexe, elle se terra un peu plus contre le montant de bois de sa couche. Jusqu’à reconnaitre le rythme léger des pas de son ami.

L’homme, qui ne devait pas encore avoir atteint les vingt-six crues, se tenait au côté de la table où étaient posés quelques baies et autres fruits que Néférourê détestait. Elle n’y avait pas touché et elle ne comptait pas le faire, mais le voir lui, Ulysse, fit bondir son cœur. Il cogna douloureusement contre ses côtes et s’y écrasa comme s’il n’avait pas battu depuis des mois.

Depuis son arrivée de l’autre côté de l’horizon, il n’était venu que peu de fois, mais il était le seul à se comporter avec gentillesse et bonté en ces lieux. Néférourê l’avait comparé à de multiples reprises Ahmed, son instructeur. Pourtant, il n’avait pas les traits de son peuple. Ulysse avait les cheveux d’un châtain décoloré par le soleil, la musculature des soldats et le regard vif des sages. Il l’impressionnait, souvent, mais son sourire était aussi doux que le pelage d’un agneau.

« As-tu gouté ces figues ? » lui demanda-t-il. « Ne sont-elles pas succulentes ? »

Néférourê objecta d’un signe du menton. Elle n’en avait pas mangé et ne le ferait pas, sauf si on lui faisait avaler par la force. La faim grognait dans son ventre et elle voyait ses bras et ses jambes perdre toute couleur et santé, mais en secret, elle espérait que la famine la rendrait laide et que, lassée de ses simagrées, les grecques la renvoient auprès des siens.

Pour l’instant, sa stratégie n’avait pas fait ses preuves.

« Il est important de te nourrir. Un long chemin t’attend. »

L’espoir naquit dans le creux de ses côtes, douloureux.

« On me renvoie chez moi ? »  demanda-t-elle dans un grec qui aurait fait hurler ses anciens professeurs.

Les lèvres d’Ulysse se pincèrent. L’espoir explosa en mille éclats qui se plantèrent dans son cœur.

Sans briser le silence, il s’agenouilla devant elle, plaquant ses mains moites sur ses bras.

« Tu vas être conduite à Sparte dès demain.

-          Ma mère va-t-elle venir me chercher à Sparte ? Est-ce une ville côtière ?

-          Ce n’est pas une ville côtière. Sparte se trouve dans les terres. C’est sec, le soleil y est brulant, mais tu y seras heureuse, je pense. Une nouvelle vie t’attend. Nous t’avons donné un nouveau nom. Tu seras reine, mais pas en Egypte.

-          Ma mère ne…

-          La situation a changé chez toi. »

L’angoisse tomba sur ses épaules telle une écharpe de plomb. Sa sœur avait succombé à l’envahisseur mais…

« Je faisais partie des émissaires chargé de négocier ta rançon. Ton pays se trouve dans une situation politique et économique bancale. Notre attaque et ton enlèvement ont fragilisé la dynastie de tes ancêtres. Ton oncle est décédé il y a quelques levés de soleil. Ta mère avait donné naissance à un fils.

-          Un fils…

-          Tu n’es plus l’héritière. Ta mère est aujourd’hui régente mais toi, tu ne seras jamais reine. Ton petit frère sera Pharaon.

-          Je… C’est impossible… J’ai été… Le siège de mon oncle m’était promis. Je suis…

-          Hatchepsout a refusé le paiement de ta rançon. Tu ne rentreras pas en Egypte. »

Le désespoir flotta autour d’elle, menaçant. Les paroles d’Ulysse l’atteignaient sans la toucher. Elle ne parvenait pas à en saisir le sens, encore moins les conséquences.

« Pour apaiser les tensions entre nos deux peuples, j’ai proposé un mariage. Ton mariage. »

Son souffle se bloqua dans sa gorge. C’était impossible, en l’absence de frère direct pour perpétuer le sang divin des Pharaons, on lui avait promis d’avoir le choix en matière d’époux. Et puis de toute manière, il restait encore plusieurs crues à Néférourê avant qu’elle ne soit dans l’obligation d’accueillir un homme dans son lit. Elle n’était encore qu’une enfant.

La réalité la frappa en pleine poitrine. Elle n’était plus une enfant depuis plusieurs semaines. Dans un réflexe guidé par le dégout, elle croisa les jambes et les serra très fort. L’exclave qui avait changé ses draps avait-elle rapporté à ses ravisseurs les preuves écarlates qu’elle y avait abandonné ?

« Tu épouseras Ménélas, Roi de Sparte, à ton arrivée là-bas.

-          Je ne peux pas…

-          Tu n’auras pas le choix.

-          Je n’y crois pas. Ma mère… Ma mère n’aurait jamais permis… »

En Egypte, les femmes, surtout celles de sang divin, avaient le choix de leur destinée. Elles étaient respectées pour leur douceur et leur réflexion bien plus développée que celle rude et limitée des hommes. Les différentes dynasties égyptiennes avaient été guidées par des femmes de l’ombre. Les plus grands Dieux étaient des Déesses.

Ménélas était aussi puissant et riche que Sparte. Souvent, les scribes lui avaient compté ses prouesses guerrières et sa férocité effrayante. Il avait quatre fois son âge et était déjà père de plusieurs batards. Sa mère, plus puissante qu’avaient pu l’être ses deux maris, ne pouvait l’obliger à prendre pour époux un tel homme.

« Ta beauté a traversé les océans. » souffla Ulysse en baissant les yeux. « Tous les contes te disent fille d’Aphrodite et de Zeus. Te posséder est devenu une obsession pour les grecs.

-          Ma mère n’aurait jamais consenti à ce mariage. Ma mère ne m’aurait jamais privée de ma liberté.

-          Ta mère n’a pas eu le choix. L’avenir de votre peuple reposait sur ton mariage et j’ai fait en sorte qu’elle accepte. »

Le silence suivit ses paroles. Néférourê n’arrivait pas à le croire et pourtant, des larmes brulantes de trahison perçaient derrières ses paupières.

« Il y a cette femme qui m’attend depuis des années. Son père n’a cessé de me refuser sa main mais cette mission diplomatique… Agamemnon m’a promis la femme que je désirais si je réussissais à négocier ton mariage avec son frère. »

Son visage s’inonda de larmes à nouveau. Cet homme qu’elle considérait comme son unique ami l’avait trahi de la pire manière qui soit. D’un coup sec des épaules, elle se dégagea de ses grandes mains et lui envoya un regard qu’elle espérait plus sombre que les abysses.

« J’ai conscience que mon bonheur n’existe que par ton malheur. » souffla-t-il en plantant ses grands yeux clairs dans les siens, loin d’être impressionné. « Mais je ne peux renoncer à Pénélope. La dette que je te dois est éternelle. Je serais à tes côtés aussi longtemps que mon cœur battra. Je te protégerais aussi longtemps que je pourrais tenir mon épée. Je te jure mon éternelle dévotion. En paiement de toute la peine que tu connaitras pour mon égoïsme. »

>>o<<

« Entends-tu ? »

Comme frappée par la foudre, Hélène s’était redressée, se tendant à l’extrême au-dessus des eaux pour saisir le doux chant s’élevant de l’Arche.

Chant ou murmure.

La langue lui était inconnue mais elle ne l’effraya pas. Ce n’était pas la première fois qu’Hélène était projetée dans l’inconnu et dans un monde qu’elle ne connaissait pas. Et puis… Des voix aussi douces ne pouvaient être…

La pression des mains de son ami sur ses épaules la ramena aussi sec sur le pont de la trière.

« Que fais-tu enfin ! »

Ulysse l’éloigna encore de quelques pas de la balustrade et pour elle, ce fut comme un déchirement.

« Attends ! N’entends-tu pas ?

-          Entendre quoi ?

-          L’Arche ! Elle nous appelle, Ulysse ! Nous devrions…

-          L’Arche nous appelle, bien sûr ! Il est sans doute temps que tu retrouves ta…

-          Ecoute ! »

Malgré lui, la curiosité fut plus forte et l’homme tendit l’oreille. Hélène se concentra sur la prodigieuse construction qui s’élevait au-dessus des flots, prête à en traduire autant qu’elle pourrait comprendre mais sa volonté ne rencontra que le silence.

Ses sourcils se froncèrent.

« Je suis pourtant certaine de…

-          Je n’entends rien, Hélène.

-          Mais… C’est impossible. Je crois que… »

Ulysse referma ses larges mains sur son visage, la forçant à le regarder dans les yeux et l’empêchant de se dissiper.

« Qu’as-tu entendu ? »

Son timbre avait abandonné la moquerie derrière laquelle il cachait ses doutes et ses peurs. Quelques années plus tôt, il aurait abandonné Hélène à son sort pour profiter de sa nuit mais ils avaient trop vécu, trop perdu. Les hommes sous sa responsabilité méritaient qu’il s’inquiète.

« Des voix, souffla la jeune fille avec un sourire. Elles provenaient de l’Arche. Elles étaient si belles… Elles m’appelaient, Ulysse. C’est le moment, j’en suis certaine. Nous devons lever l’ancre. »

Le visage de l’homme se ferma aussi sec. A peine eut-elle prononcé ces mots qu’elle comprit : les sirènes.

L’effroi la saisit toute entière au souvenir de cette rencontre qui avait couté la vie à tant de leurs compagnons. Elle manqua même de s’écrouler sur le pont alors que son ami se détournait d’elle.

« Dolios ! » hurla-t-il pour alerter son bras droit. « Les sirènes ! Il nous faut de la cire… Vite ! Clythonée, va réveiller les hommes ! »

Très vite, la jeune fille se perdit dans la panique et l’appréhension. Comment des sirènes pouvaient-elles se trouver en ces lieux ? Les avaient-elles suivis ? Pourquoi était-elle la seule à…

Le chant reprit, doucereux, apaisant. Hélène se retourna et empoigna à nouveau la rambarde.

Nout avait étendu son corps étoilé au-dessus des eaux. Au loin, l’Arche se découpait dans l’obscurité de la nuit, sa surface immaculée baignée par la lumière de la Lune.

Cette Arche qu’ils avaient traqué des années durant. Pour laquelle ils avaient tout donné.

Cette Arche qui réaliserait son vœux le plus cher.

Elle l’appelait, elle. Hélène. Néférourê. Qu’importe… Elle n’était qu’une jeune femme aux ambitions pures. Elle ne demandait pas grand-chose… Retrouver tout ce qu’elle avait perdu, tout ce qui l’avait perdue.

La brise caressa sa nuque et le chant s’intensifia. L’Arche scintillait dans l’obscurité, comme par flash. Sa prodigieuse énergie faisait frémir les flots, gonflaient les voiles de la trière. Hélène pouvait en ressentir toute la puissance et plutôt que la peur, elle ne ressentait que du bonheur. Les voix l’habitaient, la portaient. Une voix se détacha… Enfantine, cristalline, reconnaissable entre mille.

« Mérytrê… »

Sa petite sœur. Sa douce et délicate petite sœur…

Un sourire naquit sur ses lèvres et alors elle sut.

Hélène souleva sa tunique du bout des doigts et enjamba la rambarde.

>>o<<

« Hélène ! »

Un profond sentiment d’horreur traversa son être et, comme mu par une énergie étrangère, Ulysse se précipita à la suite de son amie pour la rattraper.

Se cogna contre un champ de force invisible.

Projeté en arrière, une douleur lancinante lui saisit le crâne. Pas assez pour lui faire oublier la dangereuse situation dans laquelle se trouvait Hélène. Il se traina jusqu’à la balustrade… ne put aller plus loin.

Une muraille invisible semblait s’être dressée entre la trière et l’Arche tant convoitée.

Entre lui et Hélène.

Incapable de réagir, de crier, de frapper, de pleurer, il l’observa évoluer sur les flots, si légère que ses pieds foulaient la surface réfléchissante comme un sol solide. Ses longs cheveux d’ébène flottaient dans son dos et sa tunique salie par des années de vagabondage marin semblait immaculée.

Sans une hésitation, sans un pas de travers, Hélène s’avançait de l’Arche.

Et d’un danger imminent.

Ses pensées s’enchainaient et, inépuisable, son esprit recherchait une solution, un moyen de lui venir en aide, de la sauver…

« Hélène ! » hurla-t-il à nouveau.

Son cri fut étouffé par la nuit, impuissant.

Le désespoir le saisit. L’impuissance était sur le point de l’emporter. Il frappa la frontière invisible de toutes ses forces, tenta de garder un contact visuel avec la jeune fille autant que possible…

Elle marqua comme un arrêt. La pierre de l’Arche se trouvait à seulement quelques centimètres d’elle. Elle n’avait qu’à tendre la main ou faire un pas pour la toucher mais, immobile, elle sembla enfin se rendre compte de sa situation bancale.

Les mains d’Ulysse se refermèrent sur le bois, prêt à affronter toute vision d’horreur : un monstre marin surgissant des eaux pour l’entrainer vers les fonds ou peut être…

Il n’eut pas le temps d’envisager d’autres dénouements. Il n’eut pas à détourner les yeux à l’instant fatidique.

Comme par magie, Hélène avait disparu.

 

 

End Notes:

Alors, qu'en avez-vous pensé ?

Sans vouloir vous faire peur, le dernier ayant mis un pied ici sans laisser de commentaire, c’était un dinosaure. Et on sait tous très bien comment ça a fini.  

 

M’enfin, je dis ça comme ça, hein ! 

On se retrouve la semaine prochaine pour le thème n°2 ! o/

A bientôt !

 

Thème 2 : Les enseignements d'un monstre. by Charliz
Author's Notes:

Hey coucou ! 

Alors déjà, un grand merci pour toutes vos lectures et tous vos commentaires malgré la longueur de mon premier chapitre, ça m'a fait très chaud au coeur ! Surtout que c'est mon premier texte original ! :mg:

Merci à Eve pour la correction !

Mais surtout, message particulier à la personne qui m'a mis en coup de coeur : dénonce-toi que je te voue un culte !! 

Bien, je tiens donc à avertir toute personne qui commence par ce chapitre par flemme de lire le premier (je vous en veux pas, j'aurais fait la même ! Haha !), j'ai fait le choix pour AVC d'une histoire suivie et non d'un recueil de nouvelles. Du coup, soit il faut se forcer - un peu - à lire les 5000 mots qui précèdent, soit vous allez pas tout comprendre... Navrée ! 

Je tiens quand même avertir que j'ai VRAIMENT galéré avec les contraintes et failli abandonner un milier de fois au moins. Du coup, ça donne un texte trop travaillé à mon gout (je préfère vraiment le spontané), mais j'espère quand même qu'il saura réjouir vos pupilles (oups ! Un mot en lien avec le champ lexical de la vue... Qu'allons-nous faire ??). 

Bonne lecture :)


Les contraintes : 

 

. Votre nouvelle devra avoir comme titre l'un des projets ci-dessus, et s'en inspirer : Le marquis invisible, Le portrait fatal, Une infâme adorée, Les enseignements d'un monstre, Le monde sous-marin, Une ville dans une ville, Le déserteur, La licorne.

. Vous devrez insérer dans votre texte une citation d'un auteur contemporain de Baudelaire  :arrow: Merci de bien noter la référence (oeuvre, auteur, etc.) en note de fin ou dans votre note d'auteur.

. Votre texte comprendra au moins une référence à un oiseau.

. Votre texte devra contenir CINQ mots par sens, soit 5 mots pour l'odorat, 5 mots pour l'ouïe etc. Cinq sens, cinq mots donc 25 mots. Merci de mettre en évidence les 25 mots choisis (gras, soulignés) !

. Contrainte de mots :800 mots minimum

 

 

Tout n’était que bruit. Elle se boucha les oreilles, voulu hurler mais n’y parvint pas.

Ou bien peut-être que son hurlement se perdit dans l’orage qui grondait dans ce monde.

Ses rétines semblaient se déchirer devant pareille visions. Les dunes du désert et la valse des vagues avaient disparu sous une roche étrange, sous des édifices si haut que l’Arche en devenait ridicule. Des odeurs lui donnaient la nausée. Même des années de navigation au milieu d’hommes n’avaient dégagé pareilles effluves. Un brouillard poussiéreux inondait sa bouche, se déposant telle une pâte sur ses papilles.

Son prénom fut prononcé dans son dos et, à nouveau, elle prit la fuite.

>>o<<

La voix perça le brouillard de ses rêves et, émergeant de l’état presque comateux dans lequel elle se trouvait, Hélène s’étira de tout son long. Une femme lui parlait avec l’intonation que sa mère prenait dans ses souvenirs, mais le langage lui était inconnu. Elle dormait sur un nuage, son corps reposant sur une surface plus molletonnée que tout ce qu’elle avait un jour connu. Où se trouvait-elle ?

Encore plongée dans la nébuleuse ambiance de la nuit, elle se souvint d’Ulysse, de leur longue attente sur la mer sacrée, de ce besoin pressant de sauter par-dessus le pont du navire.

Elle avait franchi l’Arche.

D’un seul coup, Hélène se redressa, ses cinq sens en alerte.

Elle avait franchi l’Arche. L’Arche des Dieux. L’Arche qui, d’après les enseignements de son enfance, avait le pouvoir de la rendre divine.

A ses côtés, un cyclope femelle lui caressait la joue, un air inquiet sur le visage.

Non, ce n’était pas un cyclope. Elle avait deux yeux, comme elle, et tous les traits qui appartenaient à la race des humains. Pourtant y avait-il homme de cette taille dans le monde ? Les aèdes lui avaient conté des histoires fabuleuses sur d’immenses héros grecs, mais était-il possible qu’ils se soient inspirés d’un peuple réel ?

La géante continuait de parler. Elle prononçait ces mots qui ne ressemblaient à aucun autre. Ce n’était ni du grec, ni de l’égyptien, juste une série de syllabes incohérentes.

Alors quelque chose se brisa dans son esprit. Une puissante vague déferla en elle, la rendant maladive, et tout repris sa place. Elle n’était pas Hélène, elle était Flavie. Les sons prirent sens, ses connaissances reprenaient leur place et elle en serait tombée si elle n’avait pas déjà été assise.

« Ma puce, il est l’heure… Tu es malade ? »

Flavie. Flavie Millet. Une petite fille de cinq ans, qui aimait ses parents de tout son cœur et ne pensait qu’à jouer aux billes. Une petite fille française, de France. De Paris.

Hélène secoua la tête. C’était ridicule. La France, Paris… Tout cela n’existait pas.

Puis ses yeux s’ouvrirent, se plongeant dans le regard bleu d’une fillette tout juste assez vieille pour tenir une tige de papyrus. Juste à l’instant où la certitude rejetait tout déni. Elle passa ses doigts dans les boucles blondes, comprit.

C’était elle. Elle qui se reflétait dans le miroir le plus pur qui lui ait été donné de voir.

Elle était Hélène. Elle était Flavie. Hélène en Flavie. Hélène à la place de Flavie.

Une femme coincée dans un corps d’enfant.

Hélène cria une première fois.

>>o<<

Ses pieds nus s’écorchaient sur le sol rugueux de ce monde. Elle slalomait entre de grandes personnes – des monstres mythiques sans doute – et pleurait autant qu’elle désespérait.

Tout n’était qu’inconnu, frayeurs, danger. Y avait-il une porte, un passage secret lui permettant de rejoindre Ulysse et ses compagnons de voyage ?

L’Arche était censée la rendre divine, rendre l’immensité d’impossibles possibles. Elle aurait dû se réveiller auprès de Mérytrê, d’Ahmed, de sa mère… Où étaient les plaines verdoyantes du royaume des morts ? Où étaient Osiris, Isis, Rê ?

Rê. Hélène leva les yeux vers le ciel et ne put apercevoir le soleil derrière l’épaisse couche de nuage et les imposantes constructions. Elle avait perdu son histoire, son corps, son monde, et le Dieu dont on lui avait donné le nom.

Une porte ouverte sur sa droite ne retint pas son attention au premier abord, puis Hélène se figea. Elle ferma les yeux, inspira à pleins poumons. Ses pas la guidèrent d’elle-même vers l’édifice de taille plus humaine, perdu au milieu des monstres de construction.

L’encens envahissait l’espace, apaisant les battements de son cœur. Des colonnes semblables à celles des temples grecs s’élevaient loin au-dessus de sa tête, écrasantes de majestuosité et de familiarité. Des peintures et des statues la jugeaient de toute leur hauteur. Hélène s’affaissa contre l’un des murs de pierre, sous le tableau aux couleurs sombres au centre duquel une colombe resplendissait. Elle se coupa de tout lien avec le monde. Seul importait cette odeur, ce calice de souvenirs d’une enfance perdue depuis longtemps.

L’enfance. Elle avait retrouvé son enfance grâce à l’Arche, mais dans quel monde l’avait-on envoyé ?

« Où suis-je ? » cria-t-elle d’une voix cristalline et désespérée.

Hélène ravala ses larmes. Venait-elle de parler égyptien, grec ou… pouvait-elle encore prononcer le moindre mot dans sa langue maternelle ? Elle se concentra… rencontra un mur.

Elle avait cette impression de trahison, ce sentiment d’incompréhension. Une amertume comme celle qui coulait dans sa gorge lorsqu’elle buvait une bière trop fermentée.

Les pensées tournaient dans sa tête, douloureuses à s’en arracher les cheveux. Questions sans réponses. C’était comme si elle marchait sur une corde tendue à des centaines de mètre au-dessus d’un torrent. Le moindre vent, la moindre secousse aussi minime soit elle pouvait la faire perdre pied, douter de son existence.  

« Tu viens pour le catéchisme ? »

Le sursaut qui secoua son corps manqua d’arrêter son cœur. Hélène se redressa d’un coup, paniqua plus encore.

Un deuxième géant se trouvait devant elle. Son crane était dépourvu du moindre de ses cheveux et lui donnait cet air qu’avait les hommes pauvres, ceux dont les maigres revenus ne permettaient pas l’achat des perruques luxuriantes de la haute sphère égyptienne. Il avait parlé dans ce langage qui n’appartenait qu’au corps dans lequel son âme s’était perdue. Pourtant, de lui s’échappait une aura doucereuse et apaisante, semblable à l’ambiance du lieu qui envahissait tous ses sens.

Et il portait une robe éclatante de blancheur. La tunique que les prêtres seuls pouvaient revêtir.

Un monstre dans un habit divin.

Dans quel monde était-elle tombée ?

« Tu vas bien ? »

Non, elle n’allait pas bien.

A cette unique pensée, sa tête se secoua comme si elle tentait de se défaire d’un nuage de moustiques du Nil. Si Hélène ne comprit pas la spontanéité de ce geste, elle saisit le sens. En tout cas, elle lut sur le visage du géant un semblant de compréhension qui ne laissait que peu de doute.

Par Chesmet, avait-elle tout à apprendre de ce monde ?

« Pourquoi es-tu entrée ici ? »

Le géant ne semblait pas inquiet, mais patient comme le sage et bienveillant comme le père.

« Je… Le parfum. Quel Dieu vénérez-vous dans ce temple ? 

-          Le seul Dieu qui soit. Le connais-tu ? »

Le seul Dieu ? Ce peuple était-il limité en termes de connaissances scientifiques ?

« Il n’y a pas qu’un seul Dieu.

-          Et comment le sais-tu ?

-          Parce que s’il n’y avait qu’un seul Dieu, je ne serais pas ici. »

Le géant fronça ses gros sourcils velu et pencha la tête sur le côté. Savait-il qu’il vouait un culte inutile ? Si elle passait son chemin sans lui apprendre la vérité, il se ferait dévorer à coup sûr par Ammout à sa mort, la dévoreuse des âmes impures.

« Et que fais-tu ici ? »

Pouvait-elle répondre à cette question ? Que lui ferait subir ce peuple pour qu’elle quitte le corps de l’enfant ?

Mieux valait garder cette information secrète.

Elle haussa des épaules.

Le visage du géant se barra d’un sourire éclatant alors qu’il se baissait à son niveau.

« Je pense que tu as été appelée à entrer ici. Je peux t’expliquer tout ça, mais nous devons tout d’abord retrouver tes parents.

-          Je n’ai plus de parents.

-          Un oncle, une nourrice ? Un tuteur légal ?

-          Non.

-          Comment es-tu arrivée ici ?

-          Je, euh… »

Le géant se redressa, l’air sceptique.

« Puisque c'est ainsi que va le monde, eh bien! nous le prendrons comme il est, soupira-t-il. As-tu au moins un prénom ?

-          Hélène.

-          Bien, suis-moi. Nous allons appeler des personnes capables de retrouver d’où tu viens. Après je te parlerais de Dieu. »

Ces personnes seraient-elle capable de lui expliquer où elle était ?

Hélène ravala son angoisse, pria pour trouver une explication et surtout, une solution.

 

End Notes:

 

Bon, un petit point sur les contraintes : 

 

Citation : Alfred de Musset, Les deux maîtresses (1837)

Mention de l’oiseau : la colombe du tableau

Les 5 mots des 5 sens :

. La vue : rétines, yeux, regard, apercevoir, yeux

. L’ouïe : bruit, oreilles, voix, intonation, sons

. L’olfaction : odeur, effluves, inspira, odeur, parfum

. Le toucher : caressait, tenir, doigts, écorcher, rugueux

. Le gout : bouche, pâte, papilles, amertume, fermentée


Bon, j'espère que cette suite vous aura plu et surtout qu'elle ne sera pas classée en HC par nos organisatrices un peu folles ! :mg:

Un grand merci pour votre lecture, et on se retrouve en commentaires ! 

A bientôt ! :)

 

 

Défi Créature : Sous l'Arche, mon amour, retrouvons-nous. by Charliz
Author's Notes:

Allez, on est plus trop dans la continuité des deux premiers chapitres, mais cette lettre d'amour explique quand même ce qui a bouleversé la vie d'Hélène (un peu du moins :mg: ) 

Bonne lecture ! 


Contraintes
♥ Que ce soit une ode au beurre de cacahuètes, l'expression torturée d'une romance haineuse et passionnelle ou la reconnaissance d'une amitié lumineuse, vous devrez écrire une lettre d'amour
♥ Contrainte Bandelettes : Votre texte devra contenir un paragraphe dans lequel la première lettre de chaque phrase forme le nom complet de l'objet / le destinataire de la lettre (NDLR : du coup, l'ode au "Beurre de cacahuète" c'est peut-être un peu casse-gueule, enfin c'est vous qui voyez). 

 

L’immensité de ton corps se dessine sous mes astres et, mon amour, je t’envoie ma flamme.

Geb, l’homme terre, le divin roi. Tu portes nos enfants et les protège de mes humeurs noires. Tu habilles le monde de milles couleurs qui ne cessent de ravir mes sens. Tu es vivant, mon époux, et de cette faune et flore dont tu as enfanté, tu m’habilles des plus belles merveilles. Le vent emporte milles odeurs et feuillages jusqu’à mon céleste corps, tu fais naitre les oiseaux dans l’unique but qu’ils viennent chatouiller mon être de leurs plumes. A travers les âges, nous avons appris. Nul besoin de paroles, de cris, de lettres. Lorsque je pleure, c’est tout ton être qui tremble. Tu fais chavirer des villes et des montagnes dans l’unique but d’apaiser ma peine. Tu me donnes chacune de tes pensées, chacune de tes décisions et pourtant… Pourtant si je brule sous les rayons d'Atoum, n’est-ce pas toi le plus décharné ?

Nos enfants si égoïstes, si destructeur. Lorsque je vois la douleur qu’ils t’infligent et que ma colère éclate en orage, mon amour, mon doux amour, apaise mon cœur d’un éclair. Protège-les de mes humeurs sous les hautes frondaisons des arbres, sèche leurs larmes et avec moi soit ferme. Tu es si fort face à ton destin malheureux, et moi, pauvre déesse céleste, je suis d’une aide si faible.

Je les observe chaque jour piller tes ressources, piétiner ce monde que tu as créé au prix de maintes efforts. Mon impuissance m’écrase et me déchire. Parfois, je t’aperçois entre deux monstres de métal qu’ils étendent sur ta surface, décimant forets, verdure et espèces. Combien de fois ont-ils pillé ta divine surface pour violer ton essence et la transformer en une fumée noire à l’odeur âcre ? Combien de fois ont-ils exploser tes montagnes majestueuses à coup de dynamite, dans une stupide et inutile quête de temps et de puissance ? N’ont-ils rien appris ?

Mon amour, mon frère, mon âme, je t’observe de toute ma hauteur et je souffre. Nous, le temps, nous avons fini par en faire notre tribut. Trois cent soixante jours de distance inhumaine, cinq jours de bonheur. Ne sommes pas les plus puissants dans la force de nos retrouvailles ? Combien d’ouragans, de sécheresses, de vagues glaciales nos quelques heures d’amour ont-elles entrainées ?

Ils ont cru défier notre affection en nous rendant opposé, mais ne sommes-nous pas au-dessus des pauvres mœurs de l’Air et de l’Océan ?

Nous sommes nés ensemble, mon jumeau. Nous sommes nés pour nous aimer, pour nous unir. Shou et Tefnout nous engendrés par ambition, mais nous avons créé la vie et la mort par un pur et simple amour. Nous étions souverains et dans leur jalousie, ils t’ont fait Terre pour que je sois Ciel. Ont-ils touché leur but du bout des doigts, juste avant que je ne leur ravisse leur maigre victoire ?

Dans une déflagration, grâce à un unique pacte, j’ai créé l’Arche. Un marché superflu pour notre père l’Air, cinq jours de plus pour le temps. Une année ne faisait que trois cent soixante jours, j’en ai imposé cinq de plus pour nous. Arche divine, unique entité capable d’un miracle. Cadeau de Shou lorsqu’il sépara ses enfants : nous. Il m’offrit cette liberté d’engendrer une entité lorsque, dans ma fureur, j’eusse déchainé ma rage, lorsque les flots détruisirent ses œuvres, lorsque tu t’associas à moi pour faire naitre des vagues plus hautes que des montagnes. Il a voulu nous détruire, mais n’a pu atteindre notre unité, notre complicité. Oh, mon amour… Existe-t-il plus grande merveille que cette Arche ? Cette Arche qui nous prend tant pour combler nos deux cœurs déchirés.

Mon marché était simple. Cinq jours pour nous, une éternité de plus pour le temps. Les Hommes y ont vu la clé de tous leurs vœux. Nous avons gagné cinq jours mais pour eux…  Si les obstacles les menant jusqu’à elle ne parviennent pas à leur prendre la vie, il la perde en passant dans son ombre. Leur âme distribuée à travers les époques et les individus répare des erreurs divines. Notre pacte rétablit l’équilibre de l’univers et nous, nous gagnons quelques instants d’ivresse passionnelle.

Combien ont succombé aux rumeurs ? N’ont-ils pas largement payé la dette de nos cinq jours de réunion ?

Sous l’Arche, mon amour, chaque année, retrouvons-nous. Gaillards de bonheur. Eternelles étreintes. Brèves heures pour nous, les époux. Cinq jour de chaos dans le monde, s’ils connaissaient la cause de tous leurs malheurs… 

Malheurs pour eux, éternité pour Geb et Nout les amants, les jumeaux, les maudits.

Arche de calcaire plus haute et plus majestueuse que Kheops. Je frôlerais la pierre et deviendrais femme, et enfin, mon tendre, lorsque le monde t’aura octroyé quelques congés et que tu deviendras homme, nous pourrons nous unir à nouveau.

Geb, mon amour, je te survole de mon être. Je souffre pour toi et je pleure.

Sois fort, mon bien-aimé. Nos heures viendront et alors, je panserais tes plaies et essuierai de mes cheveux tes larmes.

Sois fort, aussi fort que la passion, l’affection qui nous uni. Aussi fort que notre destin est tragique.

Ta très désirée Nout, éternellement tienne.

 

End Notes:

Bon alors pour l'explication, pour ceux qui ont la flemme d'aller se renseigner sur la mythologie egyptienne : 

On a tout en haut de la pyramide Rê-Atoum (ils ont pas réussi à se mettre d'accord sur un seul nom... commentsecompliquerlavie.com !) qui est le Dieu Soleil, le créateur. Il a éternuer Shou, le Dieu de l'Air, et Tefnout, la Déesse de l'humidité (heureusement qu'on fait pas des gamins de la même manière... Vive les préservatifs !). Ses deux enfants ont eu deux autres enfants, des jumeaux : Geb, la Terre et Nout, le ciel.

Bon à partir de là, les versions diffèrent (en même temps, c'est assez vieux cette histoire...), mais Geb et Nout qui sont nés très amoureux et trèèèèès enlacés (ils essayent de rester polis mais voilà...) ont été séparés pour devenir le Ciel et la Terre, et puis Nout aurait négocié cinq jour avec son très cher Papa-Tonton pour pouvoir retrouver son Jumeau-Epoux et ils en auraient profité pour faire Osiris, Horus, Isis, Seth, Nephtys, qui se seraient tous unis et assassinés pour créer toute la clique de Divinités Egyptiennes consanguines. 

Voilà, c'est plus clair? En fait, la Genèse de l'Ancien Testament, c'est un peu de la fanfiction de l'histoire egyptienne, non ? 

Et puis l'Arche, c'est un peu une invention de ma part... Fallait bien que j'ajoute un peu de Charliz quelque part quand même. 

Bon ok, j'arrête mes bêtises ! J'espère quand même que vous avez aimé ! :mg:

A plus dans le bus ! 

Thème 3 : Child is slowly taken by Charliz
Author's Notes:

Salut la compagnie ! 

Un grand merci pour tout vos retours <3

J'ai commencé à écrire ce chapitre lors du Bal d'AVC, sur le thème de Zombie des Cranberries (d'où le titre, quelle surprise !). J'espère qu'il vous plaira :)

 

Pour rappel : 

Néférourê est une princesse égyptienne, fille d'Thoutmôsis II et d'Hatchepsout. Ravie dans son école d'Héracléion par la flotte grecque, elle épouse de force Ménélas sous le nom d'Hélène de Sparte. 

Amie d'Ulysse, elle s'enfuit avec lui sur son navire en quête de l'Arche, une construction qui, selon les traditions, offre la divinité. Elle souhaite retrouver sa soeur, abandonnée à Héracléion lors du rapt. Hélène parvient à son but et franchit l'Arche... 

... pour se réveiller dans le corps d'une petite fille, Flavie, plus de 3000 ans plus tard, à Paris. 

Ses pieds ne touchaient plus le sol. Le prêtre avait laissé les géants en vêtements bleus l’arracher à son antre de réalité pour la projeter à nouveau dans un monde fait de monstres et d’angoisse.

De monstres oui. Ceux qui grognaient et qui puaient. Ils l’avaient forcé à entrer dans leurs entrailles creuses, métalliques, froide. Le voyage n’avait été que cris, violence, malaises. Elle s’était recroquevillée entre deux assises, incapable de se débattre, d’hurler. De penser.

Sa vision était devenue floue et son esprit s’était déconnecté de son corps quelques instants, comme si toutes les questions qui s’enfonçaient comme des poignards dans sa conscience étaient mortelles. Comme si plus rien d’autre ne pourrait la sauver de ce monde irréel.

« Flavie ! »

Hélène se figea, tenta de rester forte. Elle pleurait mais ce n’était pas sa faute… Son esprit d’adulte combattait, acharné, les émotions et les pensées qui surgissent dans sa tête. Le soulagement de retrouver l’immense construction dans laquelle elle s’était éveillée le matin même, et cette femme, ce géant…

Son cœur s’affolait alors que l’enfant dont elle avait volé l’existence jubilait de regagner sa place. Alors que des bras la serraient, l’étouffaient.

L’envie de se déchirer le visage à coup d’ongles lui traversa l’esprit et les quelques cristaux d’encens que le prêtre lui avait donné et qu’elle avait consciencieusement caché dans sa poche roulaient entre ses doigts.

« Flavie, pourquoi t’es-tu enfuie ainsi ? Je me suis fait du sang d’encre ! »

S’enfuir. C’est ce qu’elle devait faire.

S’enfuir. Trouver la porte qui la ramènerait à l’Arche, à Ulysse…

S’enfuir.

Le décor lui transperçait les yeux. La géante parlait trop vite, trop fort. Ses immenses mains glissaient sur sa toute petite tête et dans sa tête…

Hélène tentait de rester forte, mais ses jambes tremblaient et ses mains étaient moites. Des étoiles apparaissaient devant ses yeux et sa gorge gonflait. Et plus ses larmes jaillissaient, plus on l’étouffait.

L’air était suffocant. De multiples odeurs inconnues s’accrochaient à ses végétations, trop fortes, trop artificielles. Et l’encens glissait entre ses doigts.

Tout était trop. Trop. Trop.

Et dans sa tête… Dans sa tête.

Des mains la saisirent pour la poser sur un large fauteuil de cotons moelleux. Un objet rectangulaire et sombre s’illumina et alors elle vit. Elle vit ce monde, cette réalité déchirante et dévorante. Injuste et esclavagiste.

Dans l’objet rectangulaire et sombre, des hommes et des femmes un peu étranges étaient enfermés.

Cette fois-ci, Hélène pleura pour de vrai. Ses sanglots lui brulèrent la gorge et lui déchirèrent la poitrine. L’encens glissait entre ses doigts et elle, elle perdait pied.

Dans sa tête. Tout était dans sa tête.

Rien n’était réel.

Dans sa tête. Tout était dans sa tête.

Comme un rêve.

Elle saisit son visage qui ne lui appartenait pas dans ses petites mains qui ne lui appartenaient pas et si elle avait eu des ongles, ils auraient pénétré sa peau pour lui donner la mort sous la pression.

Dans l’objet rectangulaire, les petits hommes et femmes étranges dansaient encore, prisonniers.

Prisonniers comme elle, si haut dans les airs.

De la fenêtre de la construction de pierre et de métal, la vue lui donnait la nausée.

Et dans sa tête, dans sa tête…

Tout était dans sa tête.

Comme un rêve.

Alors Hélène décida de rester forte et se releva. Ses petites mains se verrouillèrent autour de la barrière glacée qui se dressait devant la fenêtre, entre elle et le vide. Ses petites jambes l’enjambèrent, d’abord l’une, puis l’autre, et alors…

Le vent sifflait dans ses oreilles et ses cheveux fouettaient son visage. L’air était glacé et caressait ses orteils nus avec la douceur d’une nuée de moustiques. Sa respiration se coupa, sa bouche s’entrouvrit, et ses yeux s’écarquillèrent. Devant elle, le ciel s’étirait, bleu et blanc. Et lumineux aussi. Sa main se faufila dans sa poche et l’encens glissa entre ses doigts. Elle en renifla un cristal, sourit.

Et dans sa tête, dans sa tête… Dans sa tête il n’y avait plus rien. Avec l’aide de Rê, Nout avait anesthésié ses pensées avant qu’elle ne heurte Geb. Choir dans des escaliers faisait un mal de chie,. Mais est ce qu’elle aurait le temps d’avoir mal ? Sa chute était si longue qu’elle avait l’impression de tomber dans le Tartare.

Et dans sa tête, dans sa tête…

Dans sa tê-

>>o<<

Le bleu avait cessé de tournoyer pour devenir vide. Un vide infini et douillet, comme un nuage.

Ou un tapis de lotus en fleur, comme au début du printemps. Et en fond, le bruit des vagues du Nil en crue.

Et au loin, une voix d’enfant. Au loin…

Le prénom de Méritrê se dessina sur ses lèvres mais la parole n’existait plus. Elle n’existait plus parce qu’elle n’était plus. Enfin.

Le soulagement gagna son être telle une lueur, vive. Juste en elle. Une lumière transperçant ses jambes, ses bras, et son visage, lui-

La douleur frappa et son souffle se coupa sous le choc.

C’était comme si on lui arrachait couche après couche l’épiderme pour pouvoir faire bouillir ses os. C’était comme si l’univers avait accepté de lui faire gouter le délicieux univers tant désiré de ses ancêtres pour le simple plaisir de la détruire en profondeur. C’était comme si le tapis de lotus devenait feu, et l’air soufre.

C’était comme si… Comme si elle n’était plus et elle était tout. Comme si elle existait suffisamment pour subir mais pas assez pour s’enfuir.

C’était l’enfer, oui. L’enfer.

Torture physique et psychique, atroce. Et injuste. Immortelle.

« Non, pas immortelle ma princesse. »

La voix était profonde. Douce. Amère. Triste.

Hélène redevint Néférourê et ouvrit les yeux.

Hatchepsout l’observait de son regard de mère, son crane rasé recouvert de la couronne des pharaons. Elle posa la main sur sa joue et la douleur s’envola, ne laissant qu’une vague empreinte sur ses muscles endolori.

« Maman… »

Elle avait réussi à articuler deux syllabes, l’épuisement pesant sur sa mâchoire et ses paupières.

Mais la fatigue n’était elle pas trop humaine pour être ressentie dans la mort ?

End Notes:

J'espère que ça vous a plu malgré l'empressement avec lequel j'ai finalisé ces quelques phrases... 

A bientôt :)

Défi Créature n°3 : Il est là. by Charliz
Author's Notes:

Parce qu'Hérodote rime avec efficacité, je conclus ce Défi 3 en moins de 4h30 après son annonce (et en plus j'ai fait 3h de covoit) o/

Bon je l'avoue, je l'ai conclu le coeur dans les chaussettes... Ici, on abandonne Néférourê/Hélène pour ma copine Julie, parce que tout ça c'est pour elle, et avec ma médiocre humanité, je ne peux rien faire de plus pour l'aider. Et puis on verra si j'ai le courage de lui envoyer le lien, voilà. 

Julie, je ne profite pas assez des moments de bonheur pour te dire que je t'aime et que tu fais partie des pilliers de ma vie. Et puis notre amitié, elle est bien au dessus de la distance géographique et de nos journées trop remplies. J'espère que tu sauras trouver l'espoir entre les lignes <3


Pour les contraintes : 

Contraintes
♥ Pour cette épreuve-ci vous devrez écrire 4 drabbles, ou double-drabbles, au choix ! 

♥ Vous avez le droit à une marge d'erreur de 10 % sur le nombre de mots de chaque drabble ( donc entre 90 et 110 mots par 
drabbles et entre 180 et 220 par double drabbles ) d'après ce compteur de mots pour être équitable envers tout le monde
♥ Vous posterez tous vos drabbles en un seul chapitre

♥ Contrainte Patchwork : même si les drabbles n'ont pas de rapport entre eux, le dernier mot d'un drabble devra être le premier mot du drabble suivant.

♥ Contrainte Divinité : La liste ci-dessous rassemble quelques unes des trèèès nombreuses divinités vaudoues ( j'ai essayé de sélectionner principalement les versions africaines et non leurs évolutions des colonies mais les informations à disposition ne sont pas toujours très précises, souvent le vaudou haïtien, qui est plus connu, prend le pas sur le vaudou africain, désolée si je me suis un peu embrouillée :oops: ) : pour chaque drabble vous choisirez une divinité de cette liste et devrez écrire un drabble sur ce dont il est le dieu / la déesse. Par exemple, si vous aviez pu choisir le Baron Samedi ou Maman Brigitte, dieux de la Mort et du Sexe (c'est très résumé) vous pouviez écrire un drabble qui parle de la Mort ou un drabble qui parle de Sexe, vous n'avez pas à écrire sur la divinité elle-même. 

♥ Les adhérents ont jusqu'au 14/08/2018 pour poster leur participations, pour les non-adhérents et les participations héron jusqu'au 13/08/2018

Liste des Lwas
-Erzulie Freda, Déesse de l'Amour ( également associée - sous différents aspects - aux Prostituées, à la Jalousie, à la Guerrière qui défend les femmes et les enfants, - lorsqu'elle est avec Damballa ( voir ci-dessous ) - aux Innondations et aux Orgasmes - :mrgreen: - )
-Gu, Dieu de la Guerre, du Feu, du Fer, de la Destruction et des Forgerons
-Ogun Zobla, esprit de l'Intelligence Pure et de la Réussite
-Sakpata, esprit de la Maladie, de la Guérison et de la Terre 
-Damballa, Dieu de la Connaissance, de la Fertilité et de la Sagesse. 
-Hevioso, esprit de l'Orage et de la Foudre
-Legba, esprit de la Réflexion, des Croisements de la Frontière entre monde réel et monde des esprits, du Language
-Mami Wata, Déesse de l'Eau, de la Mer nourricière et de l'Océan destructeur
-, divinité du Futur

Vous avez donc une trentaine de thèmes parmis lesquels choisir pour écrire vos drabbles, mise en évidence en couleur :hug: 

 

Hévioso, Esprit de l’Orage

Il avait fait un temps caniculaire tout l’été.

Caniculaire. En Normandie, oui.

Caniculaire et orageux. Juste aujourd’hui. Et serrée sous un étroit parapluie noir avec sa sœur, elle dégoulinait de pluie malgré tout.

Serrée sous l’étroit parapluie noire de sa sœur, Julie enterrait son père.

Elle tourna un regard vers Marie, remercia le monde d’avoir abattu sa fureur en ce jour précis. Parce que sa sœur s’effondrait et elle, elle devait rester forte.

Le visage mouillé par la pluie, ses larmes demeuraient invisibles.

Un sanglot de sa mère déchira l’air et Julie se tendit pour ne pas tourner la tête.

Rester forte.

Forte. Forte. Forte.

 

Sakpata, Esprit de la Terre.

Forte et Droite.

Rester forte et droite pour ne pas observer le cercueil descendre sous terre.

Sans la Terre il n’y aurait pas de vie, puisque sur Terre, il y a de l’eau. Mais sans eau il n’y aurait pas de pluie et sans vie il n’y aurait pas de cris.

Les cris du désespoir, ceux qui déchirent tant la gorge et le cœur. Julie aurait aimé crier pour ressentir de la douleur, mais son corps était déjà en miette.

Si elle déchirait les miettes, deviendrait-elle poussière ? Rejoindrait-elle son père ?

Non. Rester forte et droite.

Droite. Droite. Droite.

 

Erzulie Freda, Déesse de l’amour.

Droite. Droite et Froide.

Parce qu’autour d’elle, son monde s’est écroulé. Pierre après pierre pendant une année avant d’être soufflé par un dernier ouragan.

Le plus dur, c’est de cacher les blessures. Parce que cacher, c’est nier, et nier, c’est faire disparaitre.

Oui. Forte, droite et froide. Surtout froide.

Et souriante, un peu, pour le masque. Parce que la pluie ne tombe plus suffisamment pour dissimuler les larmes.

Et puis une main se glisse dans la sienne et le sourire devient sincère. La douleur est là, mais pas que. Il y a aussi sa mère, sa sœur, sa famille. Il y a lui, aussi.

Tu n’es pas seule, Julie.

 

Legba, Esprit de la Frontière entre monde réel et monde des esprits.

Julie, la vie n’est pas facile et je crois que ces dernières années, elle a tout fait pour que tu le comprennes.

Malheureusement, la douleur ne s’arrêtera pas aujourd’hui. Certains jours tu iras bien, et puis le lendemain, tu auras envie de lâcher prise. Et tu le feras, souvent. Mais ça, c’est pas grave, tu le peux, tu le dois.

Tu es forte, oui. Sans doute la fille la plus forte que je connaisse. Mais lorsque le monde voudra te mettre à terre, ne le garde pas pour toi, je t’en prie…

Et lorsqu’il te manquera, Julie, ferme les yeux. Entends-tu ton cœur battre ?

Il est là.

 

End Notes:

Et nous aussi on est tous là pour toi <3 

 

 

Un petit commentaire ? :) 

A bientôt ! 

Défi Créatures n°3 HC : Désillusion. by Charliz
Author's Notes:

Vu que ma participation au Défi 3 ne concerne pas Néférourê et mon histoire suivie, j'ajoute un bonus en HC. 

 

Bonne lecture !

 

Ogun Zobla, esprit de la réussite.

« Non, ma princesse.

-          Non ?

-          Non, je ne suis pas ta mère »

Néférourê plongea son regard dans celui de la reine qui la surplombait, retrouvant avec espoir la même lueur de son enfance. Elle mentait, il ne pouvait pas en être autrement.

Repoussant loin de sa conscience le doute et l’horrible souffrance qui engourdissait ses membres, elle sourit, tendant la main vers sa mère.

L’ivresse d’être parvenue à son but après tant d’années de quête lui saisit le cœur. Contre vents et marées, elle avait réussi. Elle avait atteint le jardin des Dieux, l’immortalité, l’apaisement…

Qu’allait-elle faire à présent ?

Gu, dieu de la destruction.

Présent déchirant. Néférourê ferma à nouveau les yeux, le feu dévorant ses entrailles et les barrières de son esprit lui permettant de rester en vie.

Sa vie avait pris fin, enfin, mais elle ne parvenait pas à s’en réjouir. Une impression aussi lourde qu’une pierre de granit semblait être tombée sur elle, pesant de son poids sur son cœur et son âme. Ecrasante d’évidence. Destructrice.

« Qui êtes-vous ? » souffla-t-elle entre ses larmes.

Ses prunelles accrochèrent celles identiques et sombres de sa mère. Identiques, sombres et rieuses.

« Je suis la mère de tous les peuples, la raison de tous tes malheurs. »

Damballa, dieu de la connaissance.

« Malheurs… Mère… »

Néférourê plissa ses paupières et puis son souffle coupa. Ou fut soufflé par l’effroi.

« Nout. »

Démasquée, la déesse n’en perdit pas son sourire. Son pouce frôla la tempe de la jeune femme et l’orage qui grondait dans son crane s’apaisa miraculeusement.

« Pourquoi as-tu sauté ?

-          Pour retrouver ma place.

-          Es-tu à ta place ?

-          Oui. »

Non. Non. Non.

La réalité rappela son mensonge pour s’imposer.

« Non… »

Nout hocha simplement de la tête.

« Tu n’es pas maitre de la mort mon enfant. Même pas moi. Personne ne l’est. »

Legba, esprit des croisements.

« Es-tu venue m’accueillir pour le jugement ?

-          Tu n’es pas morte. Pas encore. Il te faudra tout d’abord payer ta dette.

-          Je n’ai jamais contracté de dette.

-          Tu as franchi l’Arche. Tu as signé un pacte. »

Une profonde angoisse transperça ses entrailles, la curiosité la maintenant calme.

« Tu as franchi l’Arche et ton âme s’est croisée à celle des malheureux.

-          Comment ?

-          Ma chère, je ne suis pas ici pour répondre à des questions stupides. »

L’angoisse se teinta de colère.

« Ton âme s’est croisée à celle de malheureux. Sauve-leur la vie et tu gagneras ton prix. »

 

End Notes:

Merci d'être passé par ici ! A bientôt ! 

Thème 4 : Du partage du corps. by Charliz
Author's Notes:

Hey Coucou ! 

On reprend avec Néférourê/Hélène et pour le coup, immense saut dans le temps. J'ai essayé de faire pas trop long... Il manque donc beaucoup de scènes, de détails, d'anecdotes... Mais j'imagine que c'est tout de même compréhensible, même sans avoir lu les premiers chapitres. 

Bon, je vous mets quand même un petit rappel : 

Néférourê est une princesse égyptienne, fille d'Thoutmôsis II et d'Hatchepsout. Ravie dans son école d'Héracléion par la flotte grecque, elle épouse de force Ménélas sous le nom d'Hélène de Sparte. 

Amie d'Ulysse, elle s'enfuit avec lui sur son navire en quête de l'Arche, une construction qui, selon les traditions, offre la divinité. Elle souhaite retrouver sa soeur, abandonnée à Héracléion lors du rapt. Hélène parvient à son but et franchit l'Arche... 

... pour se réveiller dans le corps d'une petite fille, Flavie, plus de 3000 ans plus tard, à Paris. 

Suite à un suicide un peu paniqué, elle se réveille dans l'au-delà aux côtés de Nout, Déesse du ciel, sous l'apparence de sa mère, qui lui apprends que pour retrouver l'Académie d'Héracléion, il lui faudra changer de corps chaque jour et améliorer la vie des ses hôtes. 


Contraintes : 

[Contrainte Original] Devront être mentionnés : Une chanson, une langue morte, un(e) artiste, une science, une époque, un vêtement, une ville. Tout comme pour la fanfic, l’un de ces sept éléments devra avoir une importance capitale, les autres peuvent être tout à fait anecdotiques. 
♥ Un personnage devra briller par son absence . Les autres personnages pourront l'évoquer, parler de lui, penser à lui, mais lui même ne pourra pas être physiquement présent dans votre histoire. Les flash-backs narratifs ne sont autorisés que s'il n'apparaît pas non plus; il ne pourra exister qu'à travers les paroles / actes / pensées de vos personnages. 
♥ Par conséquent, le texte ne pourra pas être écrit à la première ou la seconde personne, uniquement à la troisième. 
♥ Dans votre dernière phrase OU votre première phrase le mot « fin » devra apparaître. 

♥ Contrainte de mots :1000 mots minimum

Hélène s’éveilla à l’aurore, lorsque le soleil vint caresser le bout de ses orteils.

Les larmes coulèrent avant qu’elle n’ait pris conscience de son énième réveil. Avant qu’elle n’ait pris conscience de l’énième torture que les dieux lui imposaient à nouveau.

Torture éternelle avec comme seule arme la solitude. Celle d’être seule, toujours un peu plus.

Les matins s’enchainaient comme une litanie sans fin. Chaque jour, elle découvrait un nouveau monde, une nouveau corps, une nouvelle identité.

Chaque jour, elle devait trouver le moyen d’améliorer la vie de cet étranger dont elle volait l’existence.

Chaque jour, elle devait s’oublier. Eteindre sa volonté, sa singularité. Devenir quelqu’un d’autre, différent à chaque fois.

Et porter son fardeau, seule.

Terriblement seule.

Avec la détestable impression que le monde se foutait clairement de sa gueule.

Mais avait-elle réellement le choix ? Au fil des années – elle avait perdu le compte depuis longtemps, elle avait tenté tout ce qui était en son pouvoir pour mettre fin à son supplice. Le suicide ne résolvait rien, elle se réveillait à nouveau dans un nouveau corps avec la désagréable impression d’avoir aggravé son cas. Elle s’était même un jour enfermée dans une cave, passant la journée dans l’obscurité à attendre la nuit, à refouler la panique de l’individu dont elle avait volé l’existence contre sa volonté.

Rien ne pouvait rompre la malédiction. Chaque jour, un nouveau corps, un nouveau défi.

Et Hélène avait rapidement appris à mettre en place une stratégie pour survivre et réussir sa mission. Ça commençait toujours par quelques gorgées d’alcool fort.

Avant même de découvrir son environnement, elle se concentra sur les sensations de son corps. Des seins lourds retombaient sur le matelas et une mèche de cheveux tombait sur son visage, mi-longue. Femme. A en juger par son ventre mou, sans doute en embonpoint mais elle n’en ressentait aucune gêne dans ses mouvements. Hélène soupira d’aise. Elle détestait se retrouver dans le corps d’un enfant, ou d’un homme ou encore d’une de ces femmes que l’époque voulait rachitique.

Elle ouvrit les yeux et parcourut du regard les murs crème tapissés de tableaux et de photos. Elle reconnut un Picasso, et au vu de l’amoncellement de papiers qui se trouvaient entassés sur un bureau dans un coin de la pièce ainsi que la décoration épurée, elle estima se trouver sur Terre au début du 21ème siècle. Pas de corset, petite victoire ! Et puis, à partir des années 2020, la plupart des sociétés avaient mis fins à l’utilisation de ce matériel si polluant au profit du numérique. Elle avait encore beaucoup de mal avec le numérique, surtout les ordinateurs du premier siècle de la modernisation, encore si obsolète. La présence de feuilles et de crayon la rassurait.

Certes, mais ce n’était pas suffisant. Il lui fallait bien plus d’informations.

Ramenant ses cheveux blonds en arrière, elle se redressa sur le matelas recouvert de draps blanc. Elle n’était vêtue que d’un string de dentelles bleu nuit et d’un tee-shirt blanc et large, un peu informe.

Bon sang, que les femmes pouvaient être dévergondées à cette époque !

Elle jeta un regard de l’autre côté du lit. Un homme dormait, dos à elle. Il lui laisserait le temps de chasser un peu plus d’informations avant d’affronter les premières conversations. Elle l’espéra absent, ce qui limiterait les contacts.

En silence, Hélène se glissa hors de la chambre en silence, se retrouvant directement dans un salon à la décoration de nouveau très obsolète mais dont chaque meuble était recouvert de documents dépassants de dossiers fermés ou ouvert. Il régnait un désordre monstre et des moutons de poussière recouvraient le sol. Elle grimaça.

Comment allait-elle trouver un remontant efficace dans ce dépotoir ?  

Elle fouilla la cuisine, farfouillant les placards en priant pour que le ou la propriétaire ne soit pas un ou une alcoolique repentie. Enfin, une bouteille de vodka scintilla sous l’évier. Elle la déboucha à la va-vite pour engloutir quelques gorgées. Sa gorge se déchira instantanément et avec soulagement, Hélène retrouva au moins un élément connu.

Ce qu’il y avait de bien, avec l’alcool, c’est qu’elle le retrouvait dans toutes les société, dans toutes les époques. C’était devenu son rituel, son moment rien de paix avant de se jeter dans l’enfer… Aucune addiction puisqu’elle n’avait pas de corps. Elle n’en ressentait aucun besoin physiologique, c’était un plaisir avant tout. Un plaisir fantasmé.

Portant à nouveau le goulot à ses lèvres, elle se mit à parcourir le salon à la recherche d’informations supplémentaires. La fille dont elle venait de prendre l’apparence devait s’appeler ‘’Lola’’, c’était un prénom qui revenait la plupart du temps sur les documents éparpillés mais aucun n’indiquait un nom. Ils étaient le 19 août 2018, et aucun acte terroriste et aucune catastrophe ne vint alerter sa conscience, c’était déjà un bon point. Aucune mission de sauvetage ne viendrait perturber sa journée.

Elle détestait ça, les attentats, les dangers imminents… Elle voulait à chaque fois sauver le plus de monde possible mais demeurait aussi impuissante que de son vivant.

Elle se trouvait au Canada, à Montréal. Elle avait déjà eu l’occasion de visiter cette ville à cette époque, en 2014 ou 2015… Une pointe d’excitation naquit dans son estomac à l’idée de retrouver cette ville et les lieux de ses souvenirs, à nouveau.

Lola était en plein doctorat de médecine, si elle en croyait les quelques notes et de nombreux mots d’origine latines. Elle avait vingt-huit ans et semblait très sociable. Hélène s’approcha des photos qui tapissaient le mur, reconnaissant sur chacune d’elle le visage ovale, les yeux rieurs et les cheveux fins, blonds et au carré de la jeune femme qu’elle serait ce jour. Une photo, plus grosse et mise en valeur que les autres, attira son regard. Lola enlaçait un homme aux joues creuses, aux yeux cernés et aux cheveux poivre et sel. Ses sourcils se froncèrent… Elle avait déjà vu cet homme quelque part. Ce qui était impossible.

En tout cas, ça ne lui était jamais arrivée.

Aurait-elle prise sa place à un moment de sa vie ? Hélène réfléchit un instant, puis remua compulsivement de la tête. Non, elle se souvenait d’absolument toutes les apparences qu’elle avait un jour eu.

Enfin, c’est ce qu’elle croyait.

Avait-elle pu l’oublier ?

Elle fixa à nouveau les traits de l’homme, collant presque son nez sur le verre pour tenter de saisir un détail parlant à sa mémoire.

Rien… Ce devait-être un simple biais de sa part. Tous les visages finissaient par se ressembler un jour…

Hélène continua son exploration après une nouvelle gorgée brulante.

Et puis son regard accrocha un bouquin exposé comme un bijou sur la bibliothèque, et ses lèvres s’étirèrent en un sourire.

Du partage du corps, par Thomas Gagnon.

Du partage du corps. C’était bien un sujet qui la concernait, ça.

Amusée, elle le souleva de son piédestal. « Best-seller 2018 », pas mal… Elle le retourna pour en lire le résumé.

Se sentit frissonner, gagnée par la panique.

« Découvrez l’histoire de Thomas, témoin d’une expérience mystique. »

Accompagné, à nouveau, d’une photo. Et cette fois, plus aucun doute n’était possible.

Elle avait été Thomas. A Montréal. Le 19 août 2014.

A l’image de la date inscrite sur la 4ème de couverture.

A l’instant où son esprit faisait le lien, Hélène sursauta en sentant des mains se glisser autour de sa taille, un souffle frôler sa nuque.

« Tu souhaites te plonger à nouveau dans mon livre, mon amour ? »

>>o<<

La musique s’éleva en même temps que les sanglots.

Hélène ferma les yeux, inspirant à pleins poumons les effluves d’encens… C’était le seul point positif de cette journée. L’encens, et l’Adagio n°23 de Mozart.

Point positif. Se rendre à la célébration de la mort.

Elle secoua la tête en sentant la jeune femme pleurant à ses côtés resserrer sa prise autour de son torse, mouiller un peu plus sa chemise sombre. Serrant les dents, elle tapota son épaule et observa amis et famille défiler devant le cercueil et cette photo. Celle de cet homme aux joues creuses, au yeux cernés, et aux cheveux poivre-sel enlacé par une jeune femme. La même qui se tenait assise au premier rang, le visage froid.  

Tout sonnait faux. Tout était faux.

Elle n’était pas cet homme dont elle avait pris la place. Elle n’était pas de ce monde, de cette croyance. Elle haïssait cette croyance.

Tout sonnait faux. La colère qui battait dans son âme n’était pas la même qui circulait dans ses veines. La sienne était emplie d’injustice, terriblement insignifiante au regard des forces qui la maintenaient à cette place ridicule : celle qui n’était plus personne. L’autre colère brulait d’ennui. Comme à chaque fois, l’être à qui elle volait la journée continuait à exister, d’une certaine manière. Elle n’avait aucune idée de ce qu’il devenait au lendemain, mais pour ce qui était du présent, elle passait son temps à se battre contre des émotions, des habitudes, des souvenirs et des relations qui n’étaient pas les siennes et sur lesquels elle n’avait aucun droit.

Vingt-quatre heures. C’est le temps dont elle disposait pour le sauver du malheur.

Vingt-quatre heures, c’était souvent court. Comme ce jour-même où, quinze heure passée, elle n’avait absolument aucune idée de ce que Nout attendait d’elle.

Et elle se retrouvait ainsi, assise auprès d’une famille éplorée, faussant la tristesse et la compassion.

Il y avait de quoi vouloir se foutre en l’air.

« En même temps, je ne comptais pas m’y rendre, à cet enterrement ! C’est un peu de ta faute. »

Un malaise la saisit tout d’un coup et, se concentrant pour masquer son trouble, Hélène ferma les yeux. Cette voix dans sa tête… C’était le même timbre que celle du corps qu’elle occupait. Mais elle n’avait pas l’impression que…

« C’est bon, j’arrête de me cacher.

- De te cacher ?

- Ouais, c’est plutôt marrant comme rêve, mais maintenant ça m’ennuie. Comment je fais pour me réveiller ?

- Mais tu es qui, toi ?!

- Pas grand-chose à côté de Néférourê, fille d’Hatchepsout ! Et encore moins à côté d’Hélène de Troie. Je ne pensais pas avoir autant d’imagination…

- Tu as fouillé dans mes souvenirs ! Tu es bien gonflé !

- Pour info, tu squattes mon corps, et j’ai l’obligeance de te laisser faire, alors…

- Tu es…

- Ton hôte, à ce que j’ai compris. Est-ce que je peux me réveiller, maintenant ? On ne peut pas… Je ne sais pas moi, sauter d’une falaise ? Ou sous un bus ?

- Si tu souhaites mourir, oui.

- On ne peut pas mourir dans un rêve. Sauf si je suis à des strates plus élevées que le rêve de base. Sinon je tombe dans les limbes. »

Silence.

« Enfin je crois. Il faudrait que je regarde Inception encore une fois… »

Silence.

« Je ne rêve pas, c’est ça ? »

Silence.

« Reste calme, s’il te plait.

- Reste calme. Reste calme. Oui, bien sûr. De toute manière, c’est forcément un rêve, tout ça. C’est impossible.

- Tu l’as dit toi-même, tu n’aurais jamais pu imaginer tout ça.

- Mais l’inconscient…

- Ton inconscient n’est pas tout puissant.

- Ouais alors… Ok, je dois sortir. »

Et à cet instant, Hélène eut la soudaine impression qu’elle-même rêvait. Ce qui n’était pas possible, puisqu’elle n’avait pas rêvé depuis des siècles. Elle se sentit aspirée et sa vision se troubla quelques instants pour se préciser comme derrière un voile. Son environnement extérieur était passé au second plan, étouffé par les battements de son cœur qui s’affolait, de sa respiration saccadée et de ses pensées de plus en plus incohérentes, paniquées.

Non, pas les siennes à elle, les siennes à la lui.

En plus de rester conscient, ce qu’elle n’avait jamais pu expérimenter depuis l’Arche, ce Thomas pouvait reprendre possession de son corps. Il repoussa la jeune femme sanglotant contre lui, se leva d’un pas vif mais flageolant, et fila jusqu’à l’extérieur de l’édifice. Le soleil tapait fort contre sa peau, mais l’air était frais. Hélène eut l’impression de renaitre, comme si elle avait étouffé pendant des années et qu’elle pouvait enfin renaitre. Et puis elle se sentit pleurer.

Sauf que ce n’était pas ses larmes, c’était…

Thomas avait posé ses mains sur la pierre de la façade et son visage s’humidifiait peu à peu.

« Pourquoi est ce que tu…

- A ton avis ? Tu es quoi toi, un démon ? Je suis possédé, c’est ça ? Ou je deviens complètement fou ?!

- Ce n’est pas vraiment ça, je… »

Elle pouvait ressentir toutes ses émotions. La panique, la tristesse, l’injustice. Elle se sentait intruse, à cet instant plus qu’elle ne l’avait jamais ressenti.

« Tu vas rester dans ma tête toute ma vie ?

- Non, non… Demain matin, je serais partie. C’est comme ça que ça se passe.

- Demain matin… Comme un rêve.

- Pas tout à fait. Tout ce que tu vis aujourd’hui est réel.

- Ca je le sais ! Je le sais, putain ! »

Le ressentiment explosa et, Thomas se laissa glisser contre la façade, essuyant d’un geste rageur ses larmes.

« Tu devrais peut-être rentrer…

- Pour quoi faire ?

- Dans votre culture, c’est votre rite. C’est important.

- Important… Ce qui est important, ce n’est pas ça. Il a disparu. Il n’existe plus.

- La mort n’est pas une fin.

- Ouais, j’ai pu voir ce que tu pensais de tout ça, euh… Hélène ? Néfouré ?

- Néférourê. Mais tu peux m’appeler Hélène… Je crois que j’ai été plus longtemps Hélène que Néférourê.

- Hélène… Ta religion, elle est dépassée. Excuse-moi hein, mais si les historiens ont découvert la civilisation merveilleuse qui était la tienne, il est clair que vous étiez de vraies brêles en matière de religion ! Il n’y a aucune cohérence !

- Et c’est cohérent, ça ? Un homme mort sur la croix il y a plus de deux milles ans pour tous vous sauver… Comment peut-on sauver en mourant ?

- Je ne crois pas à ces conneries non plus. Je ne voulais même pas venir, tu te rappelles ?

- Alors pourquoi pleures-tu ? »

Thomas se frotta le visage à nouveau.

« Cet homme, c’est mon mentor. C’est… Je n’ai jamais connu mon père, et lui, il s’est toujours comporté comme mon père. Je me tournais toujours vers lui quand… Mais la vie après la mort, c’est des conneries. Tout ça, c’est pour nous, les vivants, pas pour lui. Je suis certain qu’il aurait détesté ça ! »

Il inspira longuement, profondément.

« J’espère que tu as tort… » souffla-t-elle en pensée. 

>>o<<

« Je…

- Je sais que tu t’inquiètes. Lola, tu as tant bossé sur ta thèse… tu éblouiras tout le monde à ta soutenance, cet après-midi…

- Mais…

- Sauf si tu te prends une cuite, bien sûr… L’alcool ne donne pas de courage. »

Il lui retira la bouteille des mains, la posant sur une pile de documents posés sur une console, embrassant son cou avec douceur, une main la maintenant résolument contre lui.

« Moi, par contre, je peux te donner un peu de courage… »  

Hélène se sentit partir, ferma les yeux.

C’était quelque chose qu’elle avait appris à faire, s’oublier. Parfois, elle ne pouvait pas tout éviter, alors elle éteignait sa conscience, laissait passer l’instant.

Ce matin-là, c’était cependant extrêmement différent.

Thomas… Elle ne l’avait jamais oublié. Elle se souvenait de leurs longues conversations, de leur journée passée ensemble. Elle se souvenait de ses émotions qui s’étaient affolées pour la première fois, elle se souvenait avoir ressenti son propre trouble à lui. Elle se souvenait de ce corps dont elle avait parfois perdu le contrôle.

Elle se souvenait de ce corps qui avait été le sien, et c’était comme projeter de se faire l’amour à elle-même.

Hélène le repoussa d’un seul coup.

« Quoi ? »

Elle détourna les yeux pour ne pas croiser son regard, pour ne pas…

Il s’empara de son menton pour redresser son visage d’un seul coup et, la respiration coupée, elle pouvait sentir la caresse de son souffle sur ses joues.

Plus encore, elle pouvait saisir toute la douloureuse compréhension qui s’installait au fond de ses yeux, plus sombre

« Hélène. »

Bon sang.

C’était quoi ce bordel, à la fin ?!

End Notes:

J'espère que ça vous a plu ! 

C'était en tout cas un plaisir de participer à AVC, surtout avec les copains d'Hérodote :mg: J'espère continuer d'écrire sur Néférourê/Hélène parce que, finalement, j'ai énormément de choses à en dire... Mais ça, on verra plus tard !

Merci pour vos lectures, merci pour vos nombreux conseils et vos adorables commentaires <3 Et puis merci pour les votes et les quelques coups de coeur que j'ai reçu, c'était vraiment très chouette ! 

A bientôt :) 

Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=1712