Jeux d'esprits by ARD_Guillaume
Summary:

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Crédits : Image de Pépittes d'amour - Montage par mes soins

 

Alors qu’ils décident de passer un week-end pour fêter le début des vacances, un groupe de cinq amis se retrouve confronter à des phénomènes pour le moins inexpliqués. Très rapidement, ils réalisent qu’une force surnaturelle est à l’œuvre et cherche à les éliminer. Ils vont devoir mettre en commun leurs différentes personnalités pour venir à bout de ce mystère et tenter d’en sortir sain et sauf.

 

Participation HC au concours de R_Even "La Cabane dans les bois"


Categories: Concours, Horreur, Science-Fiction, Thriller psychologique Characters: Aucun
Avertissement: Gore, Violence physique, Violence psychologique
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 6 Completed: Oui Word count: 13313 Read: 13441 Published: 03/03/2018 Updated: 28/04/2018
Story Notes:

Salutations à tous !

Bon, avec plusieurs mois de retard, j'ai enfin pu trouver le temps pour développer une idée que j'avais en tête depuis à peu près un an, lorsque R_Even avait lancé son concours. Le concept m'avait beaucoup inspiré, et j'avais commencé à travailler sur les personnages et l'intrigue, avec lesquells j'avais beaucoup aimé jouer. L'IRL a fait que j'ai dû reporter l'écriture aux callendes grecques, et il s'avère que ça tombe maintenant !

J'ai essayé de respecter au mieux les contraintes originales du concours, même en étant HC. Ce qui m'intéressait le plus, c'était cette idée de pouvoir jouer avec les 5 clichés des films d'horreur. J'ai tenté quelques trucs avec, j'espère que ça fonctionnera. Globalement, on peut considérer cette histoire comme un thriller psychologique à tendance horrifique.

Soyez bien attentifs à la lecture ;)

On remercie grandement notre chère Dictatrice-en-cheffe Norya pour ses corrections et sa bêta fort encouragantes !

 

L'intrigue, les personnages et l'univers sont de ma création et sont une oeuvre de fiction. Toute ressemblance avec des faits ou des personnes réels serait fortuite.

1. Chapitre 1 - Lambert by ARD_Guillaume

2. Chapitre 2 - Annick by ARD_Guillaume

3. Chapitre 3 - Victor by ARD_Guillaume

4. Chapitre 4 - Ufuoma by ARD_Guillaume

5. Chapitre 5 - Layla by ARD_Guillaume

6. Épilogue - Réalité by ARD_Guillaume

Chapitre 1 - Lambert by ARD_Guillaume
Author's Notes:

Et on débute donc cette histoire avec une introduction plutôt classique dans le genre. Bonne lecture !

Chapitre 1 – Lambert

 

 

 

Ce furent les rayons de soleil caressant son visage qui extirpèrent Lambert de la somnolence dans laquelle il avait plongé à cause de la chaleur étouffante de cette fin du mois de juillet. Entrouvrant les paupières, il vit les arbres défiler rapidement devant la fenêtre de sa voiture, zébrant ainsi le paysage de longs pics derrière lesquels le soleil continuait sa course paisible de fin d’après-midi. Se sentant tout ankylosé, le jeune homme changea de position et étira ses longues jambes, tout en émettant un léger grognement.

« Ah ! La Belle au Bois Dormant se réveille enfin ! s’exclama la chauffeuse en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur.

— Pas trop tôt, renchérit la jeune femme assise à la place passager. Un peu plus et le prochain contrôle de police nous arrêtait pour transporter un cadavre sur la banquette. J’étais à deux doigts de sacrifier le fond de ma gourde pour te réveiller.

— Je suis heureux que tu t’en sois abstenue aussi longtemps, ironisa Lambert. Je ne suis pas sûr que les parents d’Ufoama aurait bien aimé retrouver leur banquette arrière noyée.

— Boarf, le temps qu’on rentre à la fin du week-end, ça aurait déjà séché avec ce soleil, balaya la chauffeuse.

— Et puis de toute façon, ça n’aurait pas été la première bouteille renversée sur cette banquette, ni même le premier… liquide, laissa entendre la passagère.

— Merci pour ses détails croustillants, Annick, rétorqua Lambert qui se colla contre la portière pour éviter d’être en contact avec la moindre zone suspecte.

— Relax ! railla la jeune femme, ce qui eut pour effet de faire onduler ses longs cheveux cuivrés. Tu sais bien que je me fous de toi. Si on ne peut plus troller, à quoi bon. »

            Lambert se permit un léger rire nerveux avant de se repositionner convenablement, mais n’en retint pas moins la blague douteuse de son amie. C’était Annick qui avait tout organisé. Malgré sa tendance à paraître toujours ailleurs et avoir des réflexions hors propos, elle avait eu la présence d’esprit pour organiser ce petit week-end entre amis. Se languissant de leurs jours sur les bancs de la fac, elle avait contacté Lambert et Ufuoma pour leur proposer de passer un week-end dans une cabane perdue dans la Forêt de la Double, histoire de renouer des liens qu’ils avaient délaissés ces derniers temps. À l’en croire, elle avait aussi pris contact avec Layla, qui depuis leur groupe, était partie sur Paris.

Le jeune homme était excité par le week-end qui s’annonçait : passer deux jours avec ses trois meilleures amies lui permettrait de se vider un peu la tête, alors qu’il entamait sa dernière année de thèse. Et puis revoir Layla après plus de cinq ans donnait à l’ensemble une saveur particulière. Leur groupe avait toujours été soudé, depuis le lycée, mais Lambert avait toujours eu le béguin pour Layla sans avoir jamais pu trouver le courage de le lui dire. Lorsque la jeune femme était partie pour la capitale, il était resté cloîtré chez lui une semaine entière à se morfondre dans son chagrin. Personne d’autre ne le savait, mais il suspectait Annick d’avoir des doutes. Malgré les apparences, elle avait toujours été la plus perspicace du groupe.

« Je crois qu’on y arrive, murmura Ufuoma en ralentissant à l’approche d’un chemin croisant la départementale.

— Euh… Oui, c’est bien là, confirma Annick en vérifiant sur leur itinéraire. Dans son mail, le proprio me disait qu’il y avait un portail en fer forgé… Oui, regarde, ça doit être ça. »

            Lambert suivit la direction pointée par son amie et découvrit effectivement un vieux portail en fer forgé, sur lequel du lierre avait poussé à travers les barreaux. La jeune rousse descendit de la voiture et fit pivoter les deux grilles, puis Ufuoma s’engagea sur le chemin, les brindilles séchées crissant sous les pneus. Ils suivirent le sentier pendant une dizaine de minutes avant d’arriver sur une clairière débouchant sur un étang. L’eau était d’un calme plat. Ufuoma continua de suivre la piste, qui semblait contourner l’étendue d’eau, jusqu’à ce que les trois amis découvrent au détour d’un arbre une cabane située au milieu.

« Annick ! se plaignit Ufuoma, dont le ton trahissait l’impatience. Il fallait que tu choisisses une location perdue au milieu de l’eau ! Tu ne pouvais pas prendre un truc normal ?

— Hé ! C’est pas ma faute. Ils avaient dit que c’était facile d’accès !

— Facile d’accès comment ? Ma voiture n’est pas amphibie !

— Peut-être qu’il faut utiliser cette barque, » proposa alors Lambert en pointant quelque chose de l’autre côté du parebrise.

            Effectivement, échoué sur le rivage, on pouvait voir une barque suffisamment grande pour cinq personnes. Une paire de rames étaient négligemment posées sur le bord, la pagaie plantée dans le sable. Ufuoma approcha lentement sa voiture à proximité de l’embarcation puis coupa le contact. Les trois jeunes adultes sortirent et vinrent alors inspecter la barque. Lambert n’était jamais monté sur un bateau d’une aussi petite taille, mais elle lui paraissait à première vue normale.

« Vous avez déjà manœuvré quelque chose comme ça ? demanda Ufuoma.

— Euh… Non, avouèrent les deux autres.

— Bon, vu qu’il n’y en a qu’une, on va attendre Layla, ça évitera de faire des allers-retours inutiles. En attendant, on va embarquer nos affaires. »

            Comme toujours, elle prenait la direction des opérations, mais Lambert sut au léger froissement de son nez épaté qu’elle n’approuvait pas le choix d’Annick. Ils s’activèrent en silence, même si Annick vint sur le rivage et lança quelques cailloux dans l’étang sans raison apparente. Lambert venait de déposer son sac de couchage dans la barque lorsqu’il entendit le son d’un moteur se rapprocher rapidement. Il se retourna vers le chemin, et quelques secondes plus tard une moto apparut, avec deux personnes dessus. Le deux-roues alla à la rencontre du groupe d’ami et s’arrêta près de la voiture dans un bruit puissant d’embrayage.

            La personne qui se tenait à l’arrière fut la première à descendre, tandis que le pilote coupait le contact et plaçait la béquille. Lorsque le passager retira son casque, Lambert eut le souffle coupé de surprise : c’était Layla, reconnaissable entre mille avec ses cheveux blond vénitien qui détonnait avec le teinte mate de son visage. C’était une teinture, mais Lambert aurait pensé que depuis le temps, son ancienne amie aurait abandonné sa phase rebelle et serait revenue au châtain, sa couleur naturelle. À moins que ce n’était pas une phase. Lorsqu’elle eut fini de démêler ses cheveux, Layla remarqua ses anciens amis et son visage s’illumina d’un sourire éclatant alors qu’elle leur faisait des signes vigoureux pour les saluer. Quelque chose attira l’attention de Lambert : alors que son amie portait encore sa tenue de motarde, elle semblait y être à l’étroit et peu à l’aise dans ses mouvements.

            Cependant, il fut rapidement tiré hors de ses réflexions lorsqu’il découvrit le pilote, qui avait retiré son casque également. C’était un homme d’à peu près son âge qu’il n’avait vu à présent qu’en photo sur FaceBook : Victor Valiente. Sa présence étonna Lambert, Annick leur ayant dit que Layla allait venir accompagnée mais jamais le jeune homme n’aurait suspecté que le mystérieux inconnu serait l’ex de son amie. Pourquoi les deux avaient-ils gardé contact alors que leur séparation remontait à deux ans désormais ? D’autant plus que rien n’avait indiqué que Layla avait conservé ses liens avec Victor. Bon, après la réflexion, Lambert se rappela que son amie avait pratiquement déserté les réseaux sociaux après sa séparation, n’intervenant plus que de temps en temps. Suivant timidement Ufuoma qui allait à leur rencontre, il essaya de réfléchir à ce qu’il avait à dire à Layla.

« Layla ! Ça fait une paye ! s’exclama Ufuoma. Comment ça va depuis le temps ! Il faut que tu me racontes cette histoire d’escapade nocturne dans les Bois de Vincennes !

— Je suis trop contente de vous revoir tous les trois ! les accueillit Layla en enlaçant Annick. Vous m’avez tellement manqué !

— Et donc c’est toi Victor ?

— Yeah, chérie, répondit l’intéressé. Layla m’a proposé de la rejoindre pour vous rencontrer, je n’ai pas pu dire non à l’appel. »

            Alors qu’Ufuoma s’apprêtait à lui faire la bise, Victor tenta de l’embrasser mais la jeune femme réussit à esquiver astucieusement, lançant un regard gêné à Layla qui saluait Lambert. Celui-ci l’enlaça également pour lui faire la bise, mais l’étreinte que lui rendit son amie failli lui couper la respiration, comme s’il avait été pris dans un étau. L’instant d’après, elle déchargea le top case qui ne contenait qu’un sac de sport, alors que Victor retirait sa combinaison sous laquelle il ne portait qu’un T-shirt et un short de bain, puis il troqua ses bottes pour une paire de tongs. Il en profita pour remettre son attirail en place, non sans lâcher un soupir de satisfaction.

« Allez, viens Bébert ! invita-t-il en se dirigeant vers la barque. On va en profiter un max toi et moi !

— Euh d’accord… mais, on ne devrait pas…

— T’inquiète, chuis sûr qu’elles vont pouvoir se débrouiller toutes seules. Alors dis-moi, ajouta-t-il en plaçant son bras sur les épaules de Lambert une fois qu’ils furent éloignés, laquelle tu prends ?

— Pardon ? s’étouffa Lambert.

— Laquelle tu comptes te faire ce week-end ? J’ai des capotes pour deux si t’as oublié d’en prendre. Si ça ne te dérange pas, j’aimerais bien me faire la noire, elle a un de ses culs que j’en ai déjà la trique.

— Euh… Je ne… Je n’ai pas…

— Ah, fais pas ton timide avec moi ! Je sais que t’en as pincé pour Layla à l’époque, mais crois-moi, elle a bien changé maintenant.

— Euh… Je te l’ai dit, bafouilla Lambert qui virait au rouge, je n’ai… Enfin, je…

— C’est tes potes, j’ai compris, glissa Victor avec un clin d’œil. Mais si tu ne comptes pas tirer, c’est bien dommage en pareille compagnie. Puis si t’es pas intéressé, je pourrais bien me faire la rouquine, aussi. »

            Lambert ne savait plus où se mettre. Il ne savait pas s’il était honteux ou s’il terrifié. Il avait déjà croisé des personnes comme Victor, mais jamais il n’avait interagi d’aussi près avec eux. Ils le mettaient mal à l’aise, et tout ce qu’il avait envie de faire en général, c’était simplement de s’enfoncer dans le sol et de disparaître à jamais. Il rigolait aux blagues par automatisme, faisant semblant de comprendre certaines allusions, mais à chaque fois il était terrifié à l’idée que quelqu’un comprenne qu’il était encore vierge.

N’ayant jamais eu le courage de demander et personne ne l’ayant jamais fait pour lui, il n’avait jamais eu l’occasion. Personne ne le savait : sa famille pensait qu’il ne voulait simplement pas partager ses expériences avec eux, ses amis pensaient qu’il avait déjà eu l’occasion de le faire avant qu’il ne les rencontre au cours de ses études supérieures. Il soupçonnait Annick d’être au courant, mais elle n’avait jamais directement abordé la question, et Lambert n’avait lui-même pas envie de s’y attarder.

            Victor monta dans la barque sans même la mettre à l’eau ni attendre les autres. Lambert resta dehors, trop gêné à l’idée de se montrer grossier envers ses amies. Ufuoma et Annick arrivèrent juste derrière lui avec leurs dernières affaires et elles prirent place à l’avant de la barque, faisant face à Victor qui s’était installé les jambes écartées, les bras affalés sur le rebord. Nerveux, Lambert vérifiait pour la centième fois qu’il avait bien tout ce dont il avait besoin, lorsqu’il entendit Layla arriver à son tour.

« C’est le seul moyen d’y aller ?

— À moins que tu veuilles t’y rendre à la nage, je ne vois pas d’autres solution, poupée, railla Victor. Quoi que ça ne me dérangerait pas de te voir faire trempette.

— Bon, je suppose qu’il en revient à moi de nous conduire là-bas, soupira Layla en balançant son sac par-dessus Lambert.

— Oh non, ne t’inquiète pas Layla, je vais m’en occuper ! » intervint-il en se redressant brusquement, mais il fut interrompu net dans son action.

            Layla se tenait juste derrière lui, portant une robe d’été s’arrêtant à mi-cuisse. Elle était impressionnante. Imposante. Alors que l’amie qu’il avait gardé en mémoire était plutôt svelte, la jeune femme qui se tenait devant lui était une véritable montagne de muscles. Ses jambes autrefois élancées étaient devenues deux puissants troncs dont chaque muscle était parfaitement visible et jouaient sous la peau à chaque fois que Layla effectuait un pas. Sa poitrine galbe avait presque entièrement disparu au profit de deux immenses pectoraux que les striations rendaient presque menaçants. Ses larges et rondes épaules se prolongeaient en des bras puissants presque aussi larges qu’une des jambes de Lambert. Layla lui faisait face, mais le jeune homme n’avait aucun mal à deviner les muscles dorsaux qui donnaient à son amie une silhouette de triangle inversé, ou de losange si on tenait compte des imposants trapézoïdaux qui remontaient jusqu’à son cou. Seul son visage était resté inchangé, et avait gardé le merveilleux sourire qu’elle arborait devant la réaction de Lambert.

« Et bien alors, on a perdu la voix ? s’amusa-t-elle d’un ton espiègle.

— J’t’avais dit que c’était une chiffe-molle, railla Victor depuis sa place.

— La ferme Vic, trancha-t-elle. Allez, Lambert, monte à bord que je puisse mettre la barque à l’eau, ajouta-t-elle d’une voix douce. Ça me permettra de me rattraper de ma cinquième place au Championnat de France.

— Champ… Championnat de France ? bégaya Lambert en prenant place aux côtés de Victor, qui affichait un sourire graveleux.

— Tu ne savais pas ? Depuis que je suis montée sur Paris, je me suis mise à l’aviron, expliqua-t-elle tout en soulevant la barque et provoquant une explosion de ses muscles deltoïdes. J’ai fini cinquième au Championnat senior dans la catégorie bateau court, précisa-t-elle en sautant fluidement à bord à son tour une fois la barque flottant à la surface de l’eau. Ma partenaire s’est fait une tendinite, du coup j’ai dû ramer toute seule. »

            Sans ajouter un mot de plus, elle s’installa au centre de l’embarcation, faisant dos aux deux garçons, attrapa les rames et commença à diriger l’esquif vers la cabane. Lambert eut tout loisir de voir les reliefs marqués du dos de Layla s’animer à chaque traction. Il était complètement hypnotisé, il n’avait jamais vu de ses propres yeux une telle exubérance et une telle définition. Même la plupart des athlètes qu’il avait vus à la télévision n’achevaient pas un tel travail digne des planches anatomiques. Il ne fallut que quelques coups de rames pour atteindre l’embarcadère de la cabane. Essayant d’attraper un des anneaux, il réalisa que la cabane était en réalité construite sur pilotis. Avec l’aide de Victor, il réussit à amarrer la barque, tandis qu’Annick et Ufuoma en faisaient de même de leur côté et que Layla maintenant l’embarcation le plus stable possible.

            Une fois l’esquif immobilisé, chacun attrapa ses affaires et monta sur le porche de la maison. Annick fut la première à atteindre la porte, qu’elle ouvrit avec les clés que les propriétaires lui avaient données. Lambert la suivit sur ses talons et découvrit une pièce unique plongée dans l’obscurité. Contre toute attente, on aurait pu croire que quelqu’un venait tout juste de faire le ménage, et il flottait encore dans l’atmosphère cette odeur caractéristique des meubles neufs.

« On peut dire qu’elle a meilleure gueule à l’intérieur qu’à l’extérieur, observa Victor.

— Annick, tu ne m’avais pas dit que nous étions les premiers locataires de la saison ? demanda Ufuoma, suspicieuse.

— Si, mais ça n’empêche pas que la maison soit propre, fit-elle remarquer comme une évidence.

— Bon, assez bavardé, intervint Layla, à l’arrière du groupe. Je n’ai pas envie de passer tout le week-end sur le porche. Qu’on dépose nos affaires et qu’on profite de ce week-end ! »

 

End Notes:

La suite arrivera d'ici quelques jours :D

A très vite donc et n'hésitez pas à laisser des commentaires ou à établir vos théories sur cette maison ^^

Chapitre 2 - Annick by ARD_Guillaume
Author's Notes:

Salutations à toutes et à tous ! Et on continue avec ce second chapitre, qui permet de poser un peu plus les personnages. Faites attention, on y trouve déjà des indices ;)

Bonne lecture !

Chapitre 2 – Annick

 

 

 

Comme convenu, tout était en ordre. Annick n’avait parlé aux propriétaires que par mails interposés, mais ils lui avaient assuré que la maison serait rangée et propre. Le scepticisme d’Ufuoma n’était que le reflet de sa manie à vouloir tout contrôler en permanence. D’ailleurs, les regards équivoques qu’elle lançait à Victor en était une autre expression. D’accord, Annick avait oublié de prévenir ses deux amis que Layla avait prévu de venir avec son ex pour ne pas le laisser en plan, mais ce n’était pas une raison pour lui en vouloir. C’était déjà bien qu’ils aient pu tous se réunir avec leurs emplois du temps surchargés. Surtout qu’ils avaient tous besoin de prendre un moment pour souffler et se ressourcer, faire le point et repartir du bon pied. Au fond d’elle-même, Annick savait qu’il y avait quelque chose d’autre aussi dans sa volonté à organiser cette réunion, mais elle en ignorait encore la signification.

Victor prit les devants et jeta négligemment ses affaires au pied du canapé, avant de s’y jeter sans réserve, posant ses pieds sur la table basse en verre face à lui. Son bras tâtonna à la recherche de la télécommande qu’il finit par trouver et alluma la télévision, puis zappa sur les différentes chaînes jusqu’à tomber sur un quelconque programme de télé-réalité. Une main dans son short, il resta ainsi sans rien faire tandis que Layla et Ufuoma montaient à l’étage. Lambert était toujours tétanisé par la transformation physique de leur amie, et Annick décida de ne pas le brusquer. Il avait été amoureux de Layla depuis le premier jour qu’il l’avait vue sur les bancs de la fac, le choc devait être brutal. Le pas léger, elle décida de se rendre vers la cuisine. Toute équipée comme promis, et le frigo déjà rempli. C’était mieux qu’à l’hôtel !

« Il n’y a que trois chambres, annonça Ufuoma en la rejoignant. Il va falloir partager.

— Pas la peine, rassura Layla en entrant à son tour. Je peux prendre le canapé, et Victor a amené un matelas gonflable.

— Mais du coup, vous dormirez dans la même pièce, fit remarquer Ufuoma.

— Ce n’est pas comme si c’était notre première fois.

— Mais vous n’avez pas rompu ? s’enquit Lambert qui était sorti de sa catatonie.

— Oui bien sûr, mais ça n’empêche pas qu’on puisse passer une nuit…

— Non, mais c’est bon, je vais prendre le canapé ! Tu n’as pas à y dormir, ce ne serait pas galant de ma part.

— Je t’assure, Lambert, ça ne me dérange absolument pas. Je sais que tu as toujours eu des difficultés à dormir.

— Non, non, c’est bon ! Je dormirai sur le canapé ! » insista-t-il.

            Annick détourna le regard pour cacher le sourire qui se formait sur son visage. Visiblement, Lambert était toujours subjugué par Layla, peut-être même plus que d’habitude.

« Boarf, de toute façon je ne compte pas utiliser mon matelas bien souvent, intervint alors Victor, adossé à la porte. Tu n’as pas de soucis à te faire, puceau.

— Victor ! »

            Layla s’était tournée brusquement vers son ex, le regard flamboyant, tandis que les joues de Lambert avait viré au rouge écarlate. Bon, ce n’était un secret pour personne, mais peut-être que ce n’était pas une façon d’en faire mention. Sentant que la situation pouvait s’aggraver à tout moment, Annick décida d’intervenir.

« Et si on faisait une partie de cartes en attendant l’apéro ?

— T’as apporté un paquet ? s’étonna Ufuoma.

— Ben oui, pourquoi pas ?

— Mais on n’y joue jamais ! À chaque foistu dis que tu n’aimes pas y jouer ! Si j’avais su, j’aurais pris plusieurs jeux que j’ai chez moi.

— Pourquoi le fait de ne pas aimer m’oblige à ne pas apporter un jeu ? »

            Ufuoma laissa échapper un soupir d’exaspération en levant les yeux au plafond avant de sortir de la cuisine, suivie par les autres, tandis qu’Annick sortait le paquet qu’elle avait apporté de son sac. La table du salon avait exactement cinq chaises. Layla et Victor s’installèrent d’un côté, respectivement face à Lambert et Ufuoma. Celle-ci ne sembla pas apprécier sa position devant les regards gourmands de son vis-à-vis.

« On joue à quoi ? demanda Lambert.

— C’est des cartes à jouer ? s’informa Victor. Si ça ne tenait qu’à moi, je verrais bien un strip poker, mais il manque peut-être un peu d’alcool pour ça.

— Je pensais qu’on pouvait commencer par une Dame de Pique, proposa Annick. Tout le monde sait y jouer, vu que c’est sur l’ordinateur.

— On peut parfois se poser la question, maugréa Ufuoma.

— C’est quoi les règles ? s’enquit Layla. Tu sais que je ne suis pas trop branchée informatique, Annick, et je n’ai jamais entendu parler de ce jeu.

— On va nous distribuer des cartes, intervint Lambert avant que quiconque ait pu ouvrir la bouche. Le but, c’est de s’en débarrasser en marquant un nombre minimal de point. La Dame de Pique vaut treize points, les cœurs un point chacun. Ce qui va déterminer qui gagne le pli sera cependant la valeur des cartes comme à la Bataille. On doit toujours jouer la couleur que le premier joueur pause, sauf si on n’en a pas, et tant que personne n’a coupé avec un cœur, on ne peut pas entamer un pli avec ; et c’est le 2 de Trèfle qui ouvre la manche.  La partie se termine lorsqu’un joueur atteint les cent points, et celui qui en a le moins gagne…

— Oui, en parlant de ça, intervint Victor, je propose de corser un peu le jeu. Compter les points, c’est bon pour les mauviettes. Pourquoi ne pas faire quelque chose de plus marrant ?

— Et quelle est donc cette idée si géniale ? s’exaspéra Ufuoma.

— Le vainqueur d’une manche donne un gage au perdant, révéla Victor. Et j’ai déjà quelques idées qui vont mettre un peu d’ambiance. »

            Ufuoma soupira de nouveau, mais ne sembla pas faire part d’une quelconque opposition à l’idée. Annick et Layla hochèrent la tête, tandis que Lambert préféra se terrer dans son silence. Il n’avait jamais vraiment aimé les gages, mais il semblait résolu à faire plaisir à Layla. Annick mélangea le paquet et entama la distribution des cartes, avant de finalement s’asseoir. Suivant la règle, elle décida de donner son Roi et son As de Pique, et son Roi de Carreau à Lambert ; tandis que Layla lui donna son As, sa Dame de Carreau et son 9 de Pique. Tout le monde tria ses cartes et s’apprêta à débuter.

« N’oubliez pas, intervint alors Annick. Nous sommes ici pour épurer notre esprit de toutes les mauvaises choses qui hantent notre vie. Tâchons de passer un bon moment et d’enterrer nos démons intérieurs une fois pour toutes. »

            Tout le monde la regarda l’air incrédule, même Victor ne pensa pas à afficher son habituel sourire sardonique. Mais d’un commun accord, ils agréèrent d’un hochement de tête et se préparèrent à lancer la manche. Ce fut Layla qui joua le 2 de Trèfle, forçant Annick à se débarrasser de sa Dame. Lambert enchaîna avec un Valet, tandis que Victor se contenta d’un 5 et Ufuoma surenchérit avec le Roi. Elle ouvrit le bal en posant directement le 3 de Pique. Layla coupa à Cœur, tandis qu’Annick joua le 2. Lambert en revanche posa directement la Dame.

« Dis, t’as expliqué les règles, mais es-tu bien sûr de les avoir comprises ? » plaisanta Victor en posant son Valet.

            Lambert ne répondit pas, comme s’il était concentré sur le prochain mouvement. Ufuoma réfléchit quelques instants, son regard alternant entre sa main et Lambert, comme si elle essayait de percer sa stratégie, avant de finalement se décider pour le 5. Lambert ramassa le pli et joua directement l’As de Cœur, et chacun y déposa une carte à forte valeur, à l’exception d’Ufuoma qui se contenta d’un 3. La partie continua ainsi, dans un silence entrecoupé uniquement par les ralliements de Victor à chaque fois que Lambert gagnait un pli pour enchaîner à Cœur. Il posa sa dernière carte, le 2 de Cœur. Victor, qui n’avait plus de Cœur depuis longtemps, coupa à Carreau, mais Ufuoma sortit alors un 8.

« Non ! s’exclama Lambert sous l’effet de la frustration.

— Tu pouvais tenter de déménager la cloche de bois avec ces amateurs, répliqua Ufuoma en récupérant le pli, mais ta tactique a été assez évidente dès le départ.

— La quoi de bois ? s’enquit Layla.

— C’est une stratégie qui consiste à récupérer tous les Cœurs et la Dame de Pique, développa Ufuoma. Normalement, ces cartes te donnent des points et te font donc perdre ; mais si tu les récupères toutes, tu infliges vingt-six points à chacun des autres joueurs.

— Je crois que nous avons un perdant, se gaussa Victor.

— Oui, et comme vous n’avez récupéré aucune carte à points, Annick, Layla et toi êtes à égalité de points.

— C’est donc à moi de décider le gage de ce cher Lambert, poursuivit-il en passant ses bras autour des épaules de son voisin.

— Et pourquoi tu déciderais seul ? intervint Annick.

— Parce que j’ai déjà une idée. Du coup, Lambert, tu vas nous faire un petit show…

— Quel genre de show ? s’inquiéta celui-ci d’une petite voix.

— Tu vas faire un bras de fer avec Layla.

— Qu’est-ce que j’ai à y gagner ? objecta-t-elle.

— Me dis pas que t’as pas envie de frimer un peu. Allez, et si le gringalet gagne, ça lui donnera sans doute assez la trique pour te demander de coucher avec lui.

— Bon OK, finit-elle par accepter en se mettant en position. Mais pas de vidéo ! »

            Lambert avait viré pivoine, complètement immobile devant le bras dressé face à lui de Layla. Ufuoma était sur le point d’intervenir, mais Annick l’en dissuada d’un signe de tête. C’était une façon pour Lambert de surmonter la paralysie qui le tétanisait depuis qu’il avait revu Layla. Et puis Victor avait raison, ça pourrait s’annoncer amusant. Au bout d’un moment, Lambert se décida et empoignant la main de Layla. Victor donna le départ, et aussitôt Lambert poussa de toutes ses forces, les veines de son cou saillantes. En réponse, Layla se contenta simplement de résister, son biceps, ses épaules et son pectoral à peine contractés.

« Allez, Lambert ! Essaye au moins de le bouger un peu ! » chambra Victor.

            Cependant, Layla, soit parce qu’elle commençait à s’ennuyer soit parce qu’elle voulait abréger l’humiliation, fléchit légèrement ses muscles et claqua la main de Lambert sur la table en un clin d’œil. Le perdant eut un léger cri de douleur, se tenant le bras, ce qui eut pour effet d’accentuer l’hilarité de Victor alors qu’Ufuoma lui lançait des regards noirs.

« Ça va Lambert ? se renseigna Layla. Pardon si je t’ai fait mal.

— Non, ça va, merci.

— Hé bé, je vois que tu n’as rien perdu ! s’extasia Victor. Tu sais quoi ? Je crois que tu me fais encore bander.

— Et si on revenait à la partie ? » s’agaça Ufuoma.

            Ce fut Ufuoma qui s’occupa de distribuer les cartes. Cette fois-ci, Annick donna son As de Pique, son Roi de Carreau et sa Dame de Trèfle à Layla, qui lui transmit la Dame de Pique, l’As et la Dame de Cœur. La partie s’engagea. De toute évidence, Lambert avait abandonné sa stratégie. Ce fut Layla qui écopa de la Dame de Pique, ainsi que de deux plis coupés à Cœur par Victor et Annick. Ufuoma remporta la manche, mais refusa de donner un gage. Victor, étant arrivé second, sauta sur l’occasion et défia son ex petite-amie de tenir une minute en faisant la planche avec Annick et Ufuoma sur le dos. Cette dernière refusa de prendre part au jeu, mais les deux autres jeunes femmes acceptèrent.

Layla se positionna sur ses coudes, le buste, l’abdomen et ses jambes à seulement dix centimètres du sol, tandis qu’Annick prit position sur le dos musculeux de son amie. Elle ne put s’empêcher de remarquer à quel point celui-ci était dur et circonvolué. Après ce qui parut bien plus d’une minute, Victor concéda sa défaite et Annick quitta sa position. Sans même montrer le moindre signe de fatigue, Layla se releva en s’accroupissant puis sautant en l’air, et regagnasa place, le regard triomphant.

« Ça se sont des vraies tablettes de chocolat, ajouta-t-elle en tapotant son ventre avec emphase. Va falloir trouver autre chose si tu veux les mettre à l’épreuve. »

            Ils se remirent en place et débutèrent la troisième manche, qu’Annick remporta au détriment d’Ufuoma. Victor semblait être déjà prêt à proposer un nouveau gage, mais Annick ne le laisserait pas faire. Il était plus ou moins évident ce qu’il avait à l’esprit. Aussi, jugea-t-elle de challenger son amie sur un terrain qu’elle maîtrisait bien.

« Ufuoma, quelle est la capitale du Kazakhstan ?

— Astana, répondit-elle sans hésitation.

— Attends ! intervint Victor. Comment on fait pour savoir si elle a juste ? Qu’est-ce que j’en sais moi de quelle est la capitale du Kazatan !

— Crois-bien que si tu es incapable de connaître la réponse, Ufuoma la connaît, répliqua Lambert d’un ton étonnamment acide.

— La capitale du Ghana ?

— Accra ! »

            Annick et Ufuoma continuèrent ce petit jeu pendant une dizaine d’autres capitales mondiales, agrémentées parfois par des questions inversées posées par Lambert – deviner le pays à partir de la capitale. À chaque fois, Ufuoma répondit juste et sans hésitation. Au bout d’une cinquantaine de questions supplémentaires qui portèrent sur divers aspects de culture générale, Victor sembla perdre patience.

« Bon, ça va ! Ça va ! J’ai compris ! C’est une tronche ? Et alors ? Ça ne la rend pas moins baisable, du moment qu’elle ne joue pas Wikipédia au pieu ! »

            Le regard venimeux d’Ufuoma ne valut pas celui choqué de Lambert, si celui outré d’Annick. Layla avait déjà ouvert la bouche pour s’offusquer, mais un bruit semblable à un grattement provint d’au-dessus de leurs têtes. D’un même mouvement, ils détournèrent tous le regard vers le plafond. On aurait dit qu’un petit animal, comme un chien, était en train de gambader dans la pièce au-dessus.

« C’est dans ma chambre, observa alors Annick.

— Les propriétaires t’ont-ils prévenue qu’il y avait un animal ici ? s’enquit Ufuoma.

— Non.

— On ferait peut-être mieux d’y aller, suggéra Layla. Si c’est un animal sauvage qui s’est retrouvé coincé ici, il faudrait le libérer avant qu’il ne devienne dangereux.

— Et comment il serait arrivé jusqu’ici ? fit remarquer Victor.

— Ça ne change pas, il faut qu’on aille voir, » assura Lambert d’une voix ferme.

            Le groupe d’amis se leva comme un seul homme et se dirigea vers les escaliers, Annick en tête. Gravissant les marches le plus calmement du monde pour ne pas effrayer la créature à l’origine du bruit qui persistait, elle finit par atteindre le palier. Prête à réagir, elle poussa délicatement la porte de sa chambre. Elle y découvrit ses affaires complètement mises sens dessus-dessous, les draps et les rideaux déchiquetés, les meubles et le parquet lacérés. Au centre de la pièce se tenait un chacal. Pendant un instant, la jeune femme ne parut même pas surprise de la présence de l’animal, elle ressentait au contraire une étrange sensation dans ses entrailles. Comme si on essayait de la prévenir de quelque chose.

Soudain, tout se fit clair à ses yeux. Mais avant qu’elle ne puisse partager sa pensée avec les autres, le chacal bondit et atterrit sur sa poitrine, la renversant en arrière. Prise par surprise, elle ne réalisa même pas que l’animal avait déjà entrepris de lui labourer la gorge et une partie de son épaule, faisant jaillir un flot continue de sang. Annick n’entendit même pas ses amis s’horrifier à la vue du spectacle sanglant. Elle ne voyait que son épiphanie et comprit ce qu’elle venait de perdre. Puis tout devint blanc.

 

End Notes:

Et on lance donc les hostilité au passage ^^

J'espère que ça vous a plu, n'hésitez pas à laisser un commentaire ou à poser vos questions. La suite arrivera bientôt :D

A très vite !

Chapitre 3 - Victor by ARD_Guillaume
Author's Notes:

Coucou tout le monde ! Me revoilà avec un nouveau chapitre, qui devrait commencer à vous donner une idée sur la structure globale. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Chapitre 3 – Victor

 

 

 

            Le jet de sang qui éclaboussa Victor fut la première chose dont il eut conscience, avant même d’en comprendre l’origine. Lorsqu’il vit la tête d’Annick à moitié arrachée tandis que l’animal plongeait son museau dans la plaie béante, sa première réaction fut de fuir. Sans même se préoccuper des trois autres, il pivota et se sauva en dévalant l’escalier. Il entendit des pas le suivre, mais il n’y prêta guère attention. Sans vraiment réfléchir, il s’enferma dans la cuisine et s’affala sur la porte le cœur battant. Son cerveau fit alors remonter les images horribles dont il venait d’être le témoin, et, pris d’une nausée, il alla vider le contenu de son estomac dans l’évier. La crise finit par se calmer, et Victor réalisa alors que tout son corps était parcouru de spasmes incontrôlables, qu’il avait lui-même des difficultés à émettre le moindre son, ou même la moindre pensée. Tout ce qui habitait son esprit à présent, c’était le cadavre d’Annick.

            D’accord, elle était mignonne dans son genre et il aurait bien voulu se la faire ; mais il avait le sentiment que quelque chose au fond de lui venait de se briser à jamais. Comme si une partie de son être lui avait été arrachée de force et qu’elle ne reviendrait plus. Il avait ressenti la même chose lorsque Layla l’avait plaqué, mais en beaucoup moins violent. Pourquoi avait-il l’impression d’être écorché de toute part pour une fille qu’il venait à peine de rencontrer ? Bien sûr, Layla lui avait parlé de ses amis à l’époque où ils étaient tous les deux ensemble, mais sans vraiment entrer dans les détails. Les phalanges de ses doigts étaient blanches à force d’agripper l’évier, dont l’odeur nauséabonde commençait à percer son voile.

            Il tenta d’évacuer ses rémanences gastriques en faisant couler l’eau, lorsque les trois autres entrèrent en trombe dans la pièce. Sursautant, il ne put s’empêcher un cri d’horreur et provoqua la même réaction chez les autres. Reprenant lentement contenance, il essaya de dissimuler le lavabo avec son corps svelte. Lambert semblait complètement désorienté, tandis que Layla était amorphe. Seule Ufuoma semblait être revenue de l’horreur, mais elle était visiblement encore sous le choc. Elle aida son amie à s’assoir sur une chaise. Sans même se soucier de la présence de Victor, ni des vomissures qui terminaient de se vidanger dans les canalisations, elle remplit un verre d’eau qu’elle offrit à Layla et l’invita à boire.

« Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? demanda Lambert d’une voix blanche.

— Comment ça, qu’est-ce qu’on fait ?! s’emporta Victor. On se casse d’ici au plus vite ! Je tiens suffisamment à mon cul pour ne pas rester une seconde de plus ici.

— On ne peut pas partir comme ça, intervint Ufuoma. Il faut prévenir quelqu’un, leur dire ce qui est arrivé ici.

— Les secours ne seront d’aucune utilité ! Je te rappelle que ton amie s’est pratiquement fait décapiter par un putain d’animal sauvage !

— On ne peut pas partir sans rien faire ! » insista-t-elle.

            Devant la violence et la détermination dans la voix d’Ufuoma, Victor eut l’impression de se prendre une gifle de son père, et se recroquevilla sur place. Bon d’accord, il n’avait peut-être pas pris des pincettes, mais il ne voyait pas comment évacuer ça autrement. Il devait l’évacuer ou il deviendrait fou. Dans une tentative d’apaiser la tension, il sortit son téléphone.

« Bon d’accord, je vais essayer de joindre les pompiers et leur expliquer la situation. Vous savez où on est ?

— C’est pas toi qui as conduit ta moto ? releva Lambert.

— J’ai mis les coordonnées qu’on m’a envoyées dans le GPS, et j’ai suivi les indications. J’ai pas cherché à savoir si je me rendais à Rome !

— Dis-leur qu’on est sur l’un des étangs, sur la D41, entre les Jartrissoux et Petit Bouchillou, à deux kilomètres d’Échourgnac. »

            Victor essaya de garder les informations en tête et composa le 18. Il attendit, mais la tonalité se coupa instantanément. Étonné, il regarda l’écran de son smartphone et vit que la connexion ne s’était pas établie. Pestant contre les problèmes techniques qui survenaient toujours quand on en avait le moins besoin, il retenta à deux reprises, mais obtint le même résultat à chaque.

« C’est bizarre, ça ne veut pas établir l’appel.

— T’as du réseau ? demanda Ufuoma.

— Euh… Non, réalisa-t-il en constant qu’il n’avait même pas une seule barre.

— Moi non plus, informa Lambert en regardant son propre téléphone.

— Bon, on est donc bien dans le trou du cul du monde, se plaignit Victor.

— Attendez. On est censé avoir une connexion Wi-Fi. J’ai demandé à Annick de s’en assurer auprès des proprios, je suis censée recevoir un mail important dans le week-end. Ils ont dit que le mot de passe était le nom du réseau.

— Ah effectivement, j’ai une borne Wi-Fi, Yourcure… Merde, ça ne veut pas se connecter. Tu es sûre que c’est le bon mot de passe ?

— Oui… Ce n’est pas le problème, observa Ufuoma après quelques instants. On est bien connecté au réseau, c’est juste qu’il n’y a aucune bande passante.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Que le Wi-Fi est aussi mort.

— Et merde ! »

            Sous l’emprise de la rage, Victor donna un violent coup de pied contre une chaise, qu’il envoya se fracasser contre une des armoires de la cuisine, faisant tressaillir Layla. Ils étaient bloqués au milieu de nulle part sans la moindre possibilité de contacter l’extérieur. Les options restantes n’étaient pas vraiment en leur faveur, aussi décida-t-il de revenir au plan principal qu’il avait eu.

« Bon, on se casse d’ici de toute façon ! On prend ce foutu rafiot, on prend ta bagnole, on se tire d’ici le plus loin possible et on s’arrête dans le premier bled du coin pour appeler de l’aide.

— Je ne vois pas d’autre solution, convint Lambert.

— Bon d’accord. Mais je conduis ma bagnole !

— Si ça te fait plaisir, je monterai même sur le toit et danserai la macarena à poil !

— Layla, tu peux bouger ? »

            L’athlète émit une sorte de borborygme qui semblait être positif et laissa Ufuoma la soulever et s’appuya sur l’épaule de son amie. Les quatre survivants sortirent prudemment de leur abri, l’oreille aux aguets. Ce fut à cet instant que Victor réalisa qu’on n’entendait plus les bruits de l’animal à l’étage. Pendant une fraction de seconde, il se demanda ce que ça avait bien pu être, il n’avait pas vraiment prêté attention. Une sorte de chien sauvage avec de grandes oreilles. Une créature de cauchemar. Sans se précipiter, le groupe se dirigea vers la porte sans s’attarder à prendre leurs affaires restées en plan dans le salon. Ce fut Victor qui ouvrit la porte, et le spectacle qui se trouvait au-delà surpassait l’horreur.

            Le soleil rasant illuminait l’étang et les bois alentours d’une chaude couleur orangée. De fait, la surface du lac le rendait opaque. Pendant une fraction de seconde, Victor se demanda d’où provenaient les troncs d’arbres qui jonchaient l’étendue d’un calme plat, mais lorsque les autres le rejoignirent avec fracas, les troncs s’animèrent, agitant l’eau de violents tourbillons d’écume. Victor comprit alors son erreur : ce n’était pas des troncs, l’étang était infesté par des dizaines de crocodiles dont les mâchoires paraissaient assez grandes pour avaler un des étudiants en une seule bouchée.

« Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?! s’alarma-t-il. Vous ne m’aviez jamais dit qu’on allait être entouré par des monstres affamés !

— Je… Je ne sais pas, avoua Ufuoma qui semblait submergée par la tournure des évènements. Il faut qu’on traverse, sinon on ne sortira jamais d’ici !

— Hors de question de que j’y aille à la nage !

— Essayons d’utiliser la barque, suggéra Lambert. Si on se débrouille bien, on peut y être en quelques coup de rames seulement, avant qu’ils nous attaquent.

— Je te préviens, Puceau : au premier qui pose son museau sur cette foutue barque, je te balance par-dessus bord !

— Personne ne balance qui que ce soit par-dessus bord, essaya de raisonner Ufuoma. Essayons déjà de préparer la barge. »

            Le groupe de quatre se dirigea là où ils avaient accosté ce qui paraissait être des jours auparavant. Victor commençait à perdre pied. Il ne savait pas quel était ce tour de magie, mais il avait une phobie des crocodiles. Ces créatures qui se tapissaient sous la surface, invisibles, et épiaient le moindre de vos mouvements avant de surgir par surprise et vous entraîner par le fond. Des lâches qui favorisaient l’embuscade à une attaque frontale. Il avait beau vouloir croquer son cul de Noire, il se foutait bien de ce qu’Ufuoma pouvait lui dire. Si une seule de ces atrocités s’approchaient de trop près de lui, ce pisseux irait les rejoindre.

            Victor eut d’autres soucis que les crocodiles lorsqu’ils arrivèrent à la barque. Les parois de celle-ci s’étaient mises à fumer, comme si elles étaient en feu. Pourtant, pas la moindre trace de flammes nulle part, et puis depuis quand un lac pouvait-il prendre feu ? Alors qu’il s’apprêtait à enjamber le ponton, Ufuoma l’interrompit en plaçant un bras devant lui. Avant qu’il ait pu réagir, elle lui pointa le fond de l’embarcation : de l’eau s’y était infiltrée. Pas suffisamment encore pour la faire chavirer, mais ce détail était préoccupant. Cependant, le niveau ne semblait pas monter à vue d’œil, donc cela ne devait pas être dramatique. Sans attendre d’avantage, Victor monta à bord en forçant l’étreinte d’Ufuoma.

« Mais qu’est-ce que tu fais ? s’affola-t-elle.

— Tu l’as dit toi-même, faut se tirer d’ici ! Et la seule façon, c’est de traverser ce foutu étang de cauchemar avec cette barque.

— Mais tu ne vois pas qu’elle est endommagée ?! Reviens vite !

— Arrête de raconter des conneries, tu veux ? Montez pour qu’on puisse se tirer fissa.

— Pauvre imbécile ! Tu es donc aussi con que tu le parais ? D’où vient cette fumée à ton avis ? D’où vient l’eau dans la barque ?

— Qu’est-ce que j’en sais, j’m’en fous ! Allez, venez !

— Le lac est saturé d’acide ! Remonte avant d’être blessé !

— Qu’est-ce que c’est encore que ces… Aïe ! »

            Sans prévenir, une vive douleur aux pieds le fit sursauter. On aurait dit comme une sorte de brûlure vive, sauf que celle-ci semblait lui ronger la peau. Dans la surprise, il chancela en arrière et perdit l’équilibre. Une vague d’effroi s’empara de lui tandis qu’il tombait en arrière. Enseveli par la confusion et le désespoir, il projeta ses bras en avant en essayant d’agripper ceux tendus de Lambert qui avait été le plus prompt à réagir. Comme au ralenti, Victor vit et sentit leurs doigts s’effleurer sans pouvoir se saisir. Par réflexe, il avait reculé une de ses jambes en arrière pour prendre appui, mais celle-ci buta contre la paroi de la barque qui tangua dangereusement. Emporté par son élan, Victor se sentit partir en arrière, tandis que son champ de vision bascula de la maison au ciel qui se tentait de bleu nuit.

Les premières étoiles étaient apparues, tandis qu’il sentait l’air siffler dans ses oreilles, dans ses cheveux, sur ses flancs. La chute lui parut interminable, mais il finit par frapper la surface de l’étang. Victor perçut l’eau s’enfoncer sous son poids, s’immiscer dans ses vêtements avant de finalement l’engloutir totalement. Il avait dû garder sa bouche ouverte, car il sentit le liquide s’infiltrer dans sa gorge et ses bronches. Il eut l’impression qu’on les marquait au fer rouge, que quelque chose les dissolvait vives. Un liquide plus épais remonta dans sa bouche l’empêcha de respirer, et comprit qu’il se noyait dans son propre sang. Alors que l’acide lui rongeait de l’intérieur, sa peau fut également attaquée et chaque parcelle exposée, puis celles protégées par les vêtements, le brûlèrent comme si on lui grattait la peau jusqu’à la chair.

Par réflexe, il avait fermé les yeux, mais le supplice qu’il endurait les lui fit rouvrir. Pendant une fraction de seconde, il aperçut le ciel nocturne de l’autre côté de la surface, agitée par les remous de son entrée, tandis que les eaux autour de lui étaient sombres et menaçantes ; mais ses globes se corrodèrent à leur tour. Victor laisser échapper un hurlement de douleur, ou plutôt un mélange de bulle d’air et de sang, tandis que sa vision se flouta avant de disparaître. Lorsqu’il reprit finalement conscience de son environnement, Victor essaya de nager vers la surface. Il perça la pellicule d’eau dans d’immenses éclaboussures et tenta de prendre une grande inspiration, mais aucun air ne parvenait à ses poumons. Aucune goulée d’air ne circulait dans sa trachée.

Les cris de Lambert et d’Ufuoma lui parurent très loin, et il essaya de les rejoindre, mais il sentit une violente morsure lui arracher une de ses jambes. Dans la panique, il agita ses bras de façon chaotique, s’aspergeant le visage d’éclaboussures acides. Son bras gauche fut sectionné à un moment donné, et cette fois-ci Victor sentit le sang l’asperger. L’instant d’après, une puissante étreinte lui saisit l’abdomen et il se sentit emporté par le fond. Il ne sut comment, mais il sentit comme une ombre lui couvrir le visage. L’instant d’après, il sentit un violent étau s’abattre sur sa tête. Victor sombra dans l’inconscience juste avant que son crâne ne soit broyé et pulvérisé.

 

End Notes:

Hinhinhin ^^

Le rating prend un peu plus son sens maintenant, n'est-ce pas ? J'espère que ça vous a plus, n'hésitez pas à laisser un commentaire, à poser vos questions, ou à partager vos théories les plus folles !

Je vous donne rendez-vous à bientôt pour la suite !

Chapitre 4 - Ufuoma by ARD_Guillaume
Author's Notes:

Coucou ! Pardon pour le retard, mais j'ai eu des journées bien remplies et pas trop le temps de passer ici. Je vous propose le 4ème chapitre ! Mine de rien, on commence à se rapprocher de la fin.

Chapitre 4 – Ufuoma

 

 

 

La vision d’horreur qui s’offrit à eux déconnecta Ufuoma de toute réalité. Un bouillon d’écume et de sang agitait l’étang à l’endroit où Victor avait disparu sous la surface, tandis que les remous provoqués par le déchaînement des créatures aquatiques faisaient tanguer la barque, aspergeant le ponton. Des volutes de fumée s’élevaient là où les gouttes avaient éclaboussé le porche. Le poids de Layla se fit soudainement plus pesant, et ce n’est qu’avec l’aide de Lambert qu’Ufuoma réussit à la raccompagner à l’intérieur, tandis que des crocodiles commençaient à s’intéresser à eux. La rameuse s’effondra sur le canapé, en sanglots, tandis que les deux autres restèrent immobiles sans rien faire.

Ufuoma essayait d’assimiler les derniers évènements, mais elle en était incapable, et elle sut au visage de Lambert qu’il ressentait la même chose. Lorsqu’elle avait vu Annick se faire dévorer vivante, ce n’était pas l’atrocité du spectacle qui l’avait le plus marquée. Tout au fond d’elle-même, elle avait senti quelque chose se briser, quelque chose qu’elle avait depuis toujours considéré comme un pilier inébranlable. Et non seulement ce pilier s’était fissuré, fracturé puis effondré, mais c’était comme si quelqu’un l’avait enroulé avec une chaîne et l’avait ensuite arraché avec toute la violence de l’univers. On aurait pu ouvrir la poitrine d’Ufuoma et lui en extraire son propre cœur qu’elle n’aurait rien senti de différent.

La même chose s’était produite avec Victor, alors qu’elle le connaissait à peine. Pire, au fond d’elle-même, elle le haïssait pour son comportement dévergondé, ses remarques grivoises, sa façon de la reluquer constamment sans la moindre vergogne. Ufuoma avait beau retourner le problème dans tous les sens, elle ne comprenait pas ce que Layla avait pu lui trouver, comment elle avait pu tomber amoureuse et sortir avec lui pendant plus de trois ans. C’était tout simplement inconcevable. Mais au-delà de ça, Ufuoma ne comprenait pas pourquoi elle se sentait écorchée par la mort de Victor. Bien sûr, pour rien au monde elle n’avait voulu sa mort, et toute personne normalement constituée était foudroyée lorsqu’elle était témoin d’un tel évènement. Mais Ufuoma avait malheureusement déjà vu des personnes mourir, parfois de façon brutale, parfois plus proches qu’elle ne l’était de Victor, et elle était très loin d’avoir enduré quelque chose d’aussi violent.

Revenant peu à peu à elle, Ufuoma prit conscience de la situation. Ils étaient piégés dans cette maison, sans moyen de s’en échapper. D’une façon ou d’une autre, ils avaient provoqué quelque chose de maléfique qui s’acharnait à les éliminer un par un. Elle était certaine qu’il n’y avait eu aucun crocodile dans l’étang lorsqu’ils étaient arrivés. Les créatures se seraient jetées sur eux lorsqu’ils avaient chargé la barque. De la même façon, il n’y avait aucune raison pour que le chacal ait pu s’enfermer dans la chambre d’Annick. Ufuoma était certaine que celle-ci était vide lorsqu’elle y avait déposé les affaires de son amie. La question était donc de savoir si cette cabane avait des pièges cachés que quelqu’un activait régulièrement ; ou bien si cela masquait quelque chose d’autre.

Layla était toujours en sanglots sur le canapé, incapable de se contrôler. En revanche, Lambert avait arrêté de faire les cent pas et était immobile devant la porte de la cuisine, se tenant la tête dans les mains. S’ils voulaient sortir, ils devaient agir vite, aussi Ufuoma prit les devant. Inspirant tout l’air dont elle était capable, elle essaya d’attirer l’attention de ses amis en claquant des mains.

« Il faut trouver une façon de sortir d’ici !

— Et comment ? s’exclama Lambert qui perdait patience. On ne peut pas traverser l’étang sans se faire dévorer vivant !

— La cabane a deux étages, fit remarquer Ufuoma. Si on arrive à grimper sur le toit, on devrait pouvoir réussir à attraper une des branches d’arbres et s’en servir pour se balancer jusqu’à la berge. Il nous faut juste des draps et quelque chose pour les accrocher.

— Comment savoir si cette maison va nous laisser faire ? se lamenta son ami. Qu’est-ce qui nous dit qu’il n’y a pas d’autres créatures à l’étage ?

— On va d’abord commencer à fouiller la maison pièce par pièce, préconisa-t-elle, et s’assurer qu’il n’y a pas d’autres surprises du genre, d’accord ?

— Vic… Victor avait une clé en croix dans ses affaires, révéla alors Layla entre deux sanglots. Et un pied de biche… Peut-être qu’on peut s’en servir.

— OK. Ça pourrait faire l’affaire. Lambert, va dans la cuisine et tente de récupérer un couteau ou tout ce qui pourrait nous être utile pour se défendre. »

            Celui-ci hocha la tête et disparut dans la pièce. Layla s’était levée, chancelante, pour se diriger là où se trouvaient toujours les affaires de Victor. Elle s’agenouilla, ouvrit le sac et commença à fouiller, mais elle s’interrompit au bout de quelques secondes, éclatant de nouveau en sanglots. Ufuoma se précipita au secours de son amie et l’enlaça avec douceur, tentant de l’apaiser en lui chuchotant des mots de réconfort. De son autre main, elle tira du sac le pied de biche et la clé en croix. Lambert revint quelques secondes plus tard, armé d’un couteau de cuisine, un hachoir et d’un pic à glace. Des armes rudimentaires, mais ils n’avaient pas d’autres options s’ils voulaient sortir vivants.

« OK. Bon, je pense qu’il est sage de dire que le rez-de-chaussée est probablement sécurisé. La cuisine est la seule autre pièce, et nous l’avons utilisée à plusieurs reprises sans soucis. Idem avec le salon où nous nous trouvons actuellement.

— Il y a une salle de bain, rappela Layla. On… On ne l’a pas vérifiée, celle-là. »

            Ufuoma concéda la remarque d’un léger murmure. Ils devaient se montrer méticuleux, alors autant ne rien laisser au hasard. Chacun armé d’une arme, ils s’avancèrent vers la seule porte fermée de l’étage. Lambert menait le groupe, son pic à glace brandi vers l’avant. Ufuoma ne put s’empêcher de sentir une sorte de calme se répandre en elle, comme si la simple présence de son ami la rassurait. Lambert n’avait jamais eu d’yeux que pour Layla, mais depuis que celle-ci était montée vers Paris, il s’était beaucoup plus ouvert à Ufuoma. Elle avait eu le coup de foudre dès qu’elle l’avait croisé, trois semaines après le début du semestre. Dans sa timidité maladive mais sa désinvolture permanente, elle y avait trouvé une sorte d’inspiration qui faisait battre son cœur un peu plus chaque jour. Elle n’avait jamais trouvé le bon moment pour le lui avouer, mais Ufuoma se jura que quand ils s’en sortiraient, elle l’embrasserait sans préavis.

            Le groupe n’était plus qu’à deux pas de la porte. D’un commun accord silencieux, Lambert effectua un bond le plus silencieusement qu’il pût et alla se placer à l’opposé de la poignée. Ufuoma se tint prête, le pied de biche armé, prêt à asséner un coup à tout ce qui sortirait de derrière ce panneau de bois. Elle sentait la sueur couler le long de son dos, sa respiration s’accélérer progressivement. Ufuoma espérait sincèrement que leur aventure ne s’arrêterait pas ici, que quelque chose d’insurmontable ne surgirait et ne les massacrerait pas dans la moindre hésitation. Elle voulait s’en sortir. Lambert posa la main sur la poignée et l’ouvrit brusquement. La lumière de la salle de bain s’alluma automatiquement, mais cela ne fit que révéler le vide qui l’habitait. Pas le moindre signe de monstre.

            Se permettant de laisser échapper un soupir de soulagement, Ufuoma se détourna lentement vers les escaliers. Désormais, ils avanceraient en terra incognita. Cette fois-ci, ce fut elle qui prit les devants en montant sur la première marche. Un léger craquement se fit entendre, mais rien de plus effrayant ne vint se joindre à la partie. Elle savait que le chacal pouvait être là à tout moment. À dire vrai, c’était là sa plus grande crainte : que la créature les empêche de poursuivre jusqu’à l’étage supérieur. Lorsque son champ de vision passa au-dessus du palier, Ufuoma marqua un temps d’arrêt pour s’assurer que la voie était libre. Aucun signe du chacal, pas même le moindre grattement sur le sol. Pris d’un élan de témérité, elle décida de tapoter le pied de biche contre la rambarde.

« Qu’est-ce que tu fais ? s’affola Layla d’une voix sifflante.

— J’essaye de voir s’il est toujours là.

— Il doit être en train de dormir, ne le réveille pas ! »

            Ne voulant pas tenter le diable, Ufuoma stoppa sa distraction et reprit la montée des marches, les sens aux aguets. Lorsqu’elle posa le pied sur le palier, elle contourna la balustrade en direction de l’autre escalier, tout en essayant de garder en vue toutes les portes. Lorsque Layla et Lambert l’eurent rejointe, elle se retourna et surveilla la nouvelle volée de marches. Elle tenta un coup d’œil mais ne vit rien. Son attention revint alors à l’étage où ils se trouvaient. Tout semblait étrangement calme, presque trop calme.

« Dites, c’est bizarre, murmura alors Lambert.

— Quoi ?

— Il n’y a aucune trace d’Annick devant la porte de sa chambre. »

            Soudain munie d’un mauvais pressentiment, Ufuoma se détourna du coin obscur qu’elle fouillait pour rejoindre ses amis le plus rapidement possible. De son bras libre, Lambert désignait la porte devant laquelle Annick s’était fait attaquer. Non seulement celle-ci était fermée, mais Lambert avait raison : il n’y avait pas la moindre trace de leur amie. Son cadavre, qui se trouvait à travers l’encadrement, avait tout simplement disparu. Mais le plus étrange, c’était qu’il ne subsistait aucune trace de sang ni de chair du massacre, aucun signe qu’elle avait été traînée quelque part. Les murs et le parquet étaient comme neufs. Ufuoma s’agenouilla et fit glisser sa main sur le sol : il était sec. Aucun produit de nettoyage n’avait été appliqué, et le bois n’était pas engorgé par le sang d’Annick. C’était comme s’il ne s’était jamais rien passé. Quel était donc ce prodige ?

« Elle est passée où, Annick ? demanda Layla d’une petite voix.

— Je l’ignore, » avoua Ufuoma.

            Se relevant, elle décida d’ouvrir la porte de la chambre. Celle-ci était tout aussi impeccable que le couloir. Annick ne s’y trouvait pas, mais surtout, tous les dégâts du carnage provoqué par le chacal avaient disparu, tout était de nouveau dans le même état que lorsqu’elle était venue déposer les affaires de son amie. Le sac était d’ailleurs toujours là où elle l’avait posé, au pied du lit. La fenêtre était fermée. Le pressentiment d’Ufuoma ne fit que se renforcer davantage. Elle ouvrit les autres portes de l’étage, ne faisant que révéler des pièces tout aussi vides et nickel que le reste. Ça en devenait inquiétant de voir une propreté presque clinique dans une cabane au milieu des bois, inhabitée depuis des mois. Presque surnaturel.

            Avec un léger pincement au cœur, Ufuoma regarda de nouveau le palier de l’étage supérieur. Si le chacal était toujours dans la maison, il ne pouvait se trouver que là-haut. Il n’avait pu sortir sans qu’ils le remarquent. Cependant, est-ce que tout ceci était bien réel ? Quelle force fantastique animait cette demeure ? Si elle avait le pouvoir de faire disparaître toute trace d’un bain de sang, que pouvait-elle bien faire d’autre ? Cette fois-ci, Layla prit la tête du groupe et monta les premières marches, son couteau prêt à fendre l’air. Pendant un instant, Ufuoma fut distraite par les jambes de son amie : à chaque pas, la jupe de sa robe s’animait de léger balancement, révélant les incroyables mollets de ses jambes. Un rapide coup d’œil en coin lui permit de réaliser que Lambert était tout aussi obnubilé par le spectacle.

            Une nouvelle fois, l’ascension se fit sans anicroche. Layla atteignit rapidement le dernier étage, et posa ses pieds sur le palier, le regard alerte. Toute la cabane se mit alors à trembler, comme si elle était traversée par un violent séisme. Sauf que ça n’avait pas de sens, ils étaient en plein dans le Midi, il n’y avait jamais de tremblements de terre par ici. Essayant de prendre appui sur la rambarde, Ufuoma et Lambert faillirent perdre plusieurs fois l’équilibre. Soudain, sans prévenir, l’escalier se déroba sous leurs pieds. Prise d’un accès de panique, Ufuoma sentit son cœur bondir dans sa poitrine tandis que ses entrailles remontaient comme si elles voulaient sortir par sa gorge. Elle tournoya les bras en l’air, cherchant désespérément une prise pour se retenir, et finit par sentir une poigne solide lui attraper le poignet. Elle regarda ses jambes se balancer dans un vide sans fond, et fut aussitôt prise de vertige. Il lui fallut toute la force de sa volonté pour regarder en l’air.

            Layla s’était allongée à plat ventre sur le palier et avait rattrapé de justesse Lambert et Ufuoma, un dans chaque main. Son visage était tendu par la concentration, les veines palpitant le long de son cou, mais le plus incroyable était de voir les muscles de ses épaules et de ses bras littéralement exploser. Ses épaules étaient striées comme si sa peau était devenue transparente et laissait voir ses deltoïdes, tandis que ses bras s’étaient gonflés dans des proportions inhumaines, en donnant l’impression de pouvoir briser n’importe quel bracelet.

« Ufuoma, tu vas bien ? s’inquiéta Lambert.

— Je… Je crois, bafouilla-t-elle. Je… j’ai le vertige.

— Essaye de ne pas regarder en bas. Layla, tu peux nous remonter ?

— Plus facile à dire qu’à faire, grogna-t-elle entre ses dents. Essayez de ne pas trop vous balancer, je ne vais pas tenir longtemps. »

            Ufuoma sentit la poigne de son amie se raffermir davantage, au point de lui broyer ses propres phalanges. Ne voulant pas perdre prise, elle s’agrippa de ses bras à celui de son amie et essaya de rester le plus calme possible. Au bout d’un moment, elle sentit son propre corps s’élever de quelques centimètres, alors que Layla geignait de plus belle. Les muscles de ses bras prirent des proportions encore plus gigantesques. Peut-être était-ce l’adrénaline ou une simple illusion suite à la panique qui l’envahissait, mais elle aurait pu jurer que Layla aurait pu rendre ridicule n’importe quel bodybuilder. Une vive secousse entraîna alors Ufuoma vers le bas, arrachant un hurlement de frayeur à celle-ci, et de douleur à Layla. Alors qu’elle regardait vers le bas, Ufuoma réalisa alors qu’un immense tentacule s’était enroulé sournoisement autour d’une de ses jambes. Elle était incapable de voir la créature à qui il appartenait, mais celle-ci la drainait irrémédiablement vers le fond. Ufuoma se mit alors à paniquer et à s’agiter dans tous les sens, essayant de se débarrasser de l’appendice.

« Bon sang, Ufuoma, tiens-toi tranquille ou je vais lâcher ! »

            Elle était trop affolée pour avoir la moindre réaction consciente. Les céphalopodes étaient la pire de ses phobies, sans le moindre doute, encore pire que le vertige. Sans relâcher ses efforts, Ufuoma se contorsionna le plus vivement dont elle était capable, mais le tentacule tenait bon et l’attirait irrésistiblement vers le bas. Elle sentait la poigne de Layla s’affaiblir, ses mains glisser. Une nouvelle secousse énergique et Ufuoma se sentit partir. D’un seul coup, elle était libérée de toute entrave, seule la gravité agissait. Le vent siffla dans ses oreilles, faisant tournoyer ses cheveux crépus. Elle était trop surprise pour émettre le moindre son. Loin au-dessus d’elle, les silhouettes de Lambert et Layla rapetissaient à vue d’œil, jusqu’à devenir de minuscules points au bout d’un immense tunnel sombre. Finalement, elle ne s’en sortirait pas , jamais elle ne pourrait avouer ses sentiments à Lambert. Et l’obscurité se fit totale.

 

End Notes:

Il n'en reste donc plus que deux ! J'espère que ce chapitre, un peu moins sanglant, vous aura plu. La suite arrivera prochainement, j'espère ne pas trop faire traîner cette fois-ci ^^

Chapitre 5 - Layla by ARD_Guillaume
Author's Notes:

Et voici donc le dernier chapitre ! Je vous laisse donc découvrir comme cette histoire se termine pour nos personnages ;)

Chapitre 5 – Layla

 

 

 

            Ufuoma se fit engloutir dans les ténèbres, sans le moindre son. Il n’y eut même pas le bruit d’un choc indiquant qu’elle aurait atteint le fond. Juste le silence. Une nouvelle fois, Layla sentit son âme se morceler, elle sentit réellement un bout de son être se faire dilapider. Cette fois-ci, le traumatisme fut si brutal qu’elle faillit lâcher Lambert qui hurlait tout en gigotant au bout de son bras. Reprenant ses esprits, elle essaya de le remonter à la seule force des bras. Lorsque son ami put atteindre lui-même les rebords, elle se releva et l’aida à escalader en l’attrapant par la ceinture de son jean. Il s’était visiblement luxé l’épaule au cours de l’épisode, l’os ressortant légèrement.

Suivant les nombreux exemples qu’elle avait suivis avec le kiné, Layla lui remit en place d’un coup sec, provoquant un hurlement de douleur. Puis ils s’effondrèrent sur le palier, terrassés par la fatigue et la chute d’adrénaline. Tous deux étaient essoufflés, exténués, et ils restèrent là, immobiles, allongés sur le sol, Lambert face contre terre, Layla observant le plafond. D’abord Annick, puis Victor et maintenant Ufuoma… Qui serait le prochain ? Car il ne pouvait y avoir qu’un prochain, ils étaient condamnés. Quelqu’un ou quelque chose en avait décidé ainsi.

            Suivant l’exemple de Lambert, Layla se redressa sur son séant puis sur ses deux jambes. En silence, ils se dirigèrent vers l’unique porte de l’étage. S’ils voulaient poursuivre le plan, ils devaient atteindre le toit, et il n’y avait visiblement aucun comble ni grenier dans cette cabane. Ils devraient donc passer par l’une des fenêtres. Mais avant tout, ils devaient trouver de quoi faire le cordage qui leur permettrait d’atteindre les arbres de l’autre côté de la rive. Ufuoma avait suggéré d’utiliser des draps, et Layla espérait que la dernière chambre en possédait. Elle ouvrit la porte et une étrange sensation s’empara d’elle. Elle fut soulagée de constater que la pièce était vide, mais terrifiée de voir par la fenêtre que la nuit était tombée. Se précipitant vers la lucarne, elle constata que l’étang était plongé dans l’obscurité la plus totale. Il n’y avait aucune Lune, et les étoiles ne procuraient pas le moindre éclat, comme si le ciel était couvert. Il faisait si sombre que Layla ne voyait même pas la végétation de l’autre côté du rivage.

« Nous voilà bien en veine, se lamenta-t-elle. Comment on va faire maintenant si on ne voit pas où on s’accroche ?

— Au moins, on devrait avoir suffisamment de draps et de couvertures pour faire une longe suffisante pour atteindre l’autre côté, fit remarquer Lambert qui se trouvait près du lit.

— Ça ne sert à rien d’essayer ce soir. On risque de perdre la corde ou, pire, de tomber dans l’étang parce qu’elle n’aura pas été suffisamment sécurisée.

— Euh… d’accord. Comment…

— Tu prends le lit, je prends le canapé, trancha Layla. Avec ton épaule…

— Mais tu es blessée toi aussi ! » s’exclama Lambert.

            Suivant du regard le bras pointé vers son abdomen, Layla découvrit que sa robe était souillée de sang frais. Sa première réaction fut la surprise, car elle n’avait rien ressenti jusqu’à présent. Intriguée, elle remonta sa jupe pour évaluer les dégâts. Elle entendit plus qu’elle ne vit la réaction de Lambert lorsqu’elle révéla ses abdominaux et obliques proéminents, même s’ils étaient actuellement couverts de sang. Utilisant le tissu de sa robe pour essayer de nettoyer la zone blessée, Layla ne repéra aucune entaille, pourtant le sang continuait d’affluer inexplicablement.

« Tu es sûre que ça va ? s’inquiéta Lambert.

— Je ne vois aucune blessure, pas même une égratignure… Je ne sais pas ce qui se passe.

— T’es sûre que… que ça ne vient pas… d’ailleurs ? »

            Portant le regard sur lui, elle découvrit que Lambert avait de nouveau viré rouge. Il lui fallut toute la force de sa volonté au nom de leur amitié pour ne pas lâcher un soupir de lassitude. Certes, elle savait que Lambert avait toujours eu le béguin pour elle, et elle était en quelque sorte flattée qu’il en pinçât toujours pour elle malgré sa transformation physique. Cependant, cette façon de la dévorer du regard commençait à devenir gênante, presque embarrassante. Elle n’était pas une bête de foire et pouvait disposer de son corps comme elle l’entendait. Il était temps que Lambert se décoince un peu et apprenne à vivre dans le monde réel. Qu’il arrête de la voir comme un trophée qu’il convoitait mais comme l’amie qu’elle était. Une personne.

            Revenant à sa « blessure », Layla décida d’arracher un pan de la jupe de sa robe. Cela ne semblait pas trop grave, et malgré la quantité qu’elle avait perdue, cela ne semblait pas l’affecter davantage. Elle ignorait quel était le tour de magie derrière ce phénomène, mais si c’était une blessure comme les autres, un point de pression devrait faire l’affaire en attendant de rejoindre les secours. Aussi, elle utilisa la frange de tissu pour se faire un bandage serré. Celui-ci se macula rapidement, mais le saignement parut ralentir, voire s’arrêter complètement au bout de quelques instants.

« Voilà, c’est fait ! s’extasia-t-elle. Maintenant tu prends le lit et moi le canapé ! »

            Elle crut percevoir une pointe de déception dans la moue de Lambert lorsqu’il s’affala sur le matelas, mais n’y prêta pas plus attention. Layla trouva des draps et des couvertures supplémentaires dans l’une des armoires, qu’elle jeta sur le canapé. S’apprêtant à s’allonger à son tour, elle fut prise d’un pressentiment et se releva à peine assise. Elle fit glisser l’une des armoires de la chambres jusqu’à la porte, empêchant ainsi quiconque de forcer l’entrée. À moins d’être munie d’une force extraordinaire. L’esprit tranquille, elle prépara son nid douillet et s'avachit sur le canapé, avant de s’emmitoufler dans les couvertures.

Elle resta de longues minutes éveillée, fixant le plafond, essayant d’assimiler les évènements de la soirée, mais elle en était incapable. Tout ce qui revenait sans cesse, c’était cette déchirure au plus profond d’elle-même. Peu à peu, la fatigue prit du terrain, et ses paupières se firent de plus en plus lourdes, sa respira s’apaisa. Layla se sentit sombrer dans les bras de Morphée, mais à peine cette sensation l’eut-elle parcourue qu’elle se réveilla en sursaut.

            Il faisait grand jour à l’extérieur, comme si elle avait dormi pendant des heures. Néanmoins, ce qui l’avait tirée de son sommeil n’étaient pas les rayons du soleil qui traversaient les rideaux. Un léger grattement se faisait entendre de l’autre côté de la porte. Au départ, elle crut que c’était le chacal qui était revenu, mais au bout d’un moment, elle réalisa que c’était un son différent de celui produit par des griffes contre le bois. On aurait plus dit un frottement, accompagné de plusieurs sifflements.

« Lambert ! appela-t-elle. Lambert ! Réveille-toi !

— Hum… quoi…

— Debout ! pesta-t-elle alors qu’elle était déjà sur ses pieds.

— Encore dix minutes, m’man, bailla Lambert.

— Bouge-toi ! »

            D’exaspération, elle rejoignit  le lit et défit les draps d’un grand geste, réveillant en sursaut son ami. Celui-ci la regarda les yeux ronds, pris par surprise. Elle put pratiquement voir son cerveau sortir de son rêve puis réaliser le lieu et la situation dans lesquels ils se trouvaient, avant que les souvenirs de la veille ne reviennent à lui. Pendant un instant, Layla crut qu’il allait craquer, mais il tint bon et se leva avec des gestes lents et calculés.

« Tu entends ce bruit ? s’enquit-elle une fois qu’il fut debout.

— Euh… Oui… On dirait que quelque chose se frotte contre la porte.

— Aide-moi. Je vais pousser l’armoire puis ouvrir la porte, tandis que toi tu te prépares à frapper tout ce qui pourrait vouloir entrer.

— T’es sûre que c’est une bonne idée ? objecta Lambert. Ne vaudrait-il pas mieux juste s’enfuir et laisser la porte fermée ?

— On ne sait pas ce qui se trouve derrière. Peut-être que ça attend juste qu’on essaye de monter sur le toit pour nous frapper par derrière.

— Hum… OK, d’accord. »

            Lambert se mit en position tandis que Layla fit de nouveau glisser la lourde armoire pour dégager la porte. Une fois en place, elle prit une grande inspiration et actionna la poignée de la porte, révélant le spectacle horrifique de l’autre côté : le sol du couloir était intégralement recouvert par des serpents de toutes formes et de toute taille. Prise de panique, elle poussa un hurlement et rabattit la porte d’un coup, si puissant qu’elle en fut arrachée de ses gonds. Les serpents à proximité ne semblèrent pas apprécier et claquèrent leurs mâchoires avec fureur. Certains s’insinuèrent même dans la chambre, leurs longs corps ondulant sur le sol comme munis d’une force motrice surnaturelle.

« C’est moi, ou l’escalier est revenu ? s’étonna Lambert.

— On n’a pas le temps de théoriser ! coupa Layla, le souffle court. Il faut sortir d’ici !

— Ce ne sont que des serpents…

— Ce qui est une raison bien suffisante. Attrape le premier drap qui te vient ! »

            Attrapant toutes les couvertures qu’elle pût , Layla tenta d’ouvrir la fenêtre, mais devant sa volonté à ne pas coopérer, décida de briser le carreau d’un coup de coude. Protégée par les couvertures, elle nettoya le cadre des débris de verre puis se tourna vers Lambert qui n’avait toujours pas fini. Les serpents avaient pour leur part envahi la moitié de la pièce, et une sueur froide coula entre les muscles dorsaux de Layla.

« C’est bon ! pressa-t-elle. T’en as assez ! Viens ! »

            Alors que Lambert la rejoignit, elle passa à travers l’ouverture, s’accrochant fermement au peu de prises qu’elle avait à sa disposition. Tendant le cou au maximum, elle comprit qu’elle ne pourrait pas porter son fardeau et escalader en même temps. Sans dire un mot, elle donna ses couvertures à Lambert, qui les accepta sans protester, puis commença l’ascension vers le toit, sortant lentement son corps massif. Elle réussit à agripper le rebord de la charpente, et se hissa à la force des muscles du haut du corps comme elle avait l’habitude de le faire avec la barre de traction. Cependant, lorsqu’elle passa sa tête par-dessus le rebord, la mâchoire immense d’un serpent s’offrit à elle. Grande ouverte, complètement déformée comme si elle s’apprêtait à l’avaler toute entière. Paralysée par la terreur, Layla lâcha prise dans un cri.

            Elle vit défiler le mur puis la fenêtre devant elle, mais sa chute fut brusquement interrompue. Elle entendit un violent craquement et leva nerveusement la tête en direction du bruit. Lambert l’avait rattrapée de justesse, mais en utilisant son bras déjà fragilisé de la veille, il s’était complètement déboité l’épaule. Une nouvelle fois, Layla fut assaillie par différentes émotions : le soulagement de ne pas être morte, mais aussi la résignation qu’il était désormais impossible pour eux d’atteindre le toit. Il faudrait passer par l’étang. Un rapide coup d’œil lui apprit que les crocodiles ne nageaient pas à la surface, mais qui savait où ils se camouflaient ? Essayant d’assurer sa position en prenant appui sur la fenêtre du premier étage, Layla relâcha lentement la pression sur le bras blessé de Lambert.

« Écoute, fais passer les draps et les couvertures par la fenêtre, on va essayer de traverser le lac. Ils devraient nous protéger de l’acide.

— Et les crocodiles ?

— Si on utilise la barque, je peux nous faire regagner la rive avant qu’ils ne nous attaquent. »

            Pas franchement convaincu, Lambert s’exécuta de toute façon et balança leurs protections, qui tombèrent sur le toit du porche. Puis, suivant les instructions de Layla, il lui tendit son bras valide puis descendit, prenant appui sur ses épaules. Très lentement, Lambert glissa le long du dos de Layla, qui l’assurait toujours. Toujours sans précipitation, elle le fit choir jusqu’à ce qu’il atteigne à son tour le porche. Puis, Laya se laissa tomber à son tour, ses jambes puissantes amortissant le choc de l’atterrissage. Ils suivirent un manège similaire pour rejoindre le ponton, Layla faisant balancer Lambert du bout du bras pour qu’il ne finisse pas dans le lac, tandis qu’elle le rejoignait en faisant une traction inverse.

            Toujours sans échanger le moindre mot, ils embarquèrent à bord du canot. Étrangement, aucun crocodile ne vint à leur rencontre alors que Layla actionna les rames après que Lambert eut lâché les amarres. À chaque coup, Layla sentait la résistance de l’eau contre les pagaies, la forçant à tendre et contracter ses muscles plus que la normale. On aurait dit que l’étang était composé d’un liquide plus dense que de l’eau normale. Leur progression était risiblement lente, comme si malgré tous les efforts qu’elle y mettait, Layla peinait à les faire fendre la surface miroitante du lac. En plus de cela, si les crocodiles semblaient avoir déserté pour le moment, l’étang semblait toujours aussi acide, et la barque commençait sérieusement à sombrer.

Emmitouflés dans les draps et les couvertures qu’ils avaient apportés avec eux, Lambert et Layla étaient protégés. Cependant, lorsque le niveau atteignit pratiquement les rebords de la chaloupe, Layla commença à sentir de légères brûlures sur ses jambes et ses pieds. Et ils n’avançaient pratiquement plus, bien qu’elle y mît plus de force que jamais, faisant ressortir davantage encore les veines sur ses bras et ses pectoraux.

« Je crois qu’il va falloir qu’on abandonne cette épave, décréta-t-elle.

— Tu… Tu es sûre ?

— On n’avance plus, mais on est suffisamment proche pour rejoindre la rive à la nage. Ou même en marchant, ajouta-t-elle après avoir regardé par-dessus bord, je vois le fond. Je vais te porter, on ira plus vite comme ça.

— Mais… Et toi ? L’acide ? rappela Lambert.

— Avec les couvertures, ça devrait aller, » rassura-t-elle en lui adressant un sourire confiant.

            Hâtant les préparatifs avant qu’ils ne chavirent, Layla s’enroula dans les couvertures restantes du mieux qu’elle pût, puis porta Lambert sur ses épaules. Après une dernière hésitation, elle se jeta à l’eau, dans une grande éclaboussure. Le contact froid la surprit au départ, tandis qu’elle avait pied jusqu’au niveau de son torse. Puis très rapidement, elle sentit sa peau s’enflammer là où l’acide réussissait à s’infiltrer. Serrant les dents, elle se mit en marche le plus rapidement qu’il lui était permis. Malheureusement, la distance à parcourir paraissait une nouvelle fois infranchissable, interminable. Mais elle ne perdit pas espoir, malgré les gémissements de Lambert, malgré le martyre qu’elle subissait, elle avança un pas après l’autre.

            Alors que la rive finissait enfin par se rapprocher, et que le niveau lui arrivait à la taille, la douleur devint si insoutenable que Layla sentit une de ses jambes défaillir. De justesse, elle parvint à rattraper Lambert avant qu’il ne tombe de ses épaules. Prenant son souffle, essayant de circonscrire sa souffrance, elle réunit ses forces pour se relever. Sauf que rien ne se produisit, elle resta dans la même position. Déroutée, elle retenta de nouveau, mais cette fois-ci sa deuxième jambe faillit également. Layla était sur ses deux genoux et était incapable de se relever, ni même d’avancer tout court. Au bout de quelques instants, elle comprit avec horreur qu’elle ne s’était pas effondrée. Ses jambes avaient été rongées et s’étaient arrachées. C’était comme avoir des millions de petites bêtes qui grignotaient chaque parcelle de peau exposée.

            Lorsque Layla réalisa qu’elle avait la même sensation partout sur son corps immergé, elle accepta son sort. C’en était fini pour elle. Alors qu’elle s’enfonçait inexorablement, que ses cuisses commençaient à se dissoudre à leur tour, Layla concentra ses derniers efforts et souleva Lambert par-dessus sa tête. Tentant de garder l’équilibre, bras tendus, elle raffermit sa prise, fléchit puis lança Lambert aussi loin qu’elle put. Son ami atterrit sain et sauf sur le rivage, roulant dans la poussière. Avant qu’il n’ait pu réaliser quoi que ce soit, Layla s’était totalement effondrée, son corps complètement rongé par l’acide. Elle n’avait plus la moindre sensation lorsque les ténèbres l’enveloppèrent à son tour.

 

End Notes:

Tadaa !

Mais attendez ! Je ne peux pas finir comme ça, n'est-ce pas ? Il manque pleeeiin de réponses ! Ca tombe bien, parce que l'épilogue arrive juste après ! A très vite donc ;)

Épilogue - Réalité by ARD_Guillaume
Author's Notes:

Dès de le départ, j'ai parlé de ce texte comme d'un thriller psychologique à tendance horrifique jouant sur les différents clichés imposés. Si l'horreur et les clichés ont été abordés, j'ai gardé le côté thriller psychologique pour la fin. Bonne lecture !

Épilogue – Réalité

 

 

 

            Les parents attendaient courageusement dans la salle d’attente, dévorés par l’anxiété. Ils avaient pu suivre toute l’opération à travers le miroir sans tain qui donnait sur la chambre. C’était leur enfant unique, n’ayant jamais pu en concevoir un deuxième malgré toutes leurs tentatives, aussi avaient-ils placé tous leurs espoirs en cette lueur. La mère était lovée dans les bras du père, qui tentait de la rassurer en lui caressant lentement le dos. Le mal avait pu être identifié quelques années auparavant, mais il n’existait alors aucun remède. Ce n’est qu’en parcourant le monde qu’ils avaient trouvé cette clinique privée en Suisse, prête à tenter un traitement expérimental. On leur avait expliqué toute la procédure et les conséquences possibles, mais tous deux étaient prêts à tout pour sauver la vie de leur enfant.

            On donna à boire à leur progéniture alors qu’elle se réveillait tranquillement. Le docteur lui posa quelques questions et, apparemment satisfait, donna des indications précises aux aides-soignants présents. Puis il se leva, salua son sujet d’étude et quitta la pièce. Les deux parents se tournèrent d’un même mouvement vers la porte, désireux d’obtenir les réponses qu’ils attendaient tant. Lorsque le docteur entra dans la salle, il leur accorda un regard rassurant bien que légèrement ennuyé. Ils n’eurent pas besoin de lui poser la moindre question, leurs regards parlaient pour eux. Après tout, quel parent ne viendrait pas prendre connaissance des développements concernant la santé de son enfant ?

« L’opération a été un succès, révéla-t-il après une courte hésitation. Votre enfant a été guérie.

— C’est merveilleux ! s’exclama la mère en sautant au cou de son époux.

— Quelque chose ne s’est pas passé comme prévu ? s’inquiéta pourtant celui-ci.

— Comme nous vous l’avons expliqué à maintes reprises, l’hypnose à  vertu curative n’est pas un remède homologué. Et si certains résultats sont probants et prometteurs, d’autres en revanche ne s’expliquent pas totalement. Il y a toujours une part d’imprévisibilité.

— Que lui est-il arrivé ? s’enquit la mère, dont l’excitation était retombée.

— Le traitement a fait son office, répéta le docteur.

— Qu’est-il arrivé à Annick ?! s’alarma la mère. Qu’est-il arrivé à mon bébé ?

— Je crains malheureusement qu’Annick soit morte, finit par avouer le docteur.

— Que voulez-vous dire ? interrogea le père, qui ne comprenait pas.

— Nous ne contrôlons pas tout ce qui se passe durant le processus. Comme je le disais, le traitement a parfaitement fonctionné : toutes les personnalités surnuméraires ont disparu. Cependant, pour une raison qui nous est inconnue, il semblerait que ce soit Lambert qui ait survécu au détriment d’Annick.

— Lam… Lambert ? bafouilla la mère. Vous voulez dire… ?

— Est-ce réversible ? questionna le père.

— Non, répondit patiemment le docteur, comme nous vous l’avons spécifiquement indiqué, c’est un processus irrévocable. Il n’y a pas de retour en arrière possible. Vous avez tous les trois approuvé et signé la déclaration. »

            La mère se détourna du docteur pour observer sa fille, sa petite fille, mordre à pleine dent une pomme de terre. Elle paraissait tellement identique à ce qu’elle était avant, rien n’avait changé. Sauf ce petit tic. Ce regard persistant qui se voulait discret vers le décolleté des infirmières, ou bien de leurs jambes découvertes, cette façon de rougir dès qu’elles lui souriaient ou témoignaient de l’attention. Elle avait appris à reconnaître chacun des tics de chacune des personnalités. Et même si l’enveloppe restait la même, si la longue chevelure cuivrée restait inchangée ; la mère sut au fond d’elle-même que sa fille était disparue pour jamais. Et le chagrin la submergea.

 

End Notes:

Tadadaaaa !!!

C'est mon premier twist final de la sorte, j'espère qu'il est réussi ^^ D'habitude, j'aime bien finir avec des fins ouvertes, mais là je voulais une conclusion définitive pour bien marquer le coup. J'avais ce final en tête depuis le départ, mais comme toujours c'est le chemin pour y arriver qui est le plus intéressant en tant qu'auteur :D

J'espère que cette histoire vous a plu ! Je remercie grandement Norya pour ses corrections, ainsi que tous ceux qui ont laissé des commentaires au cours de la publication. Merci à tous ceux qui sont arrivés après et ont suivi jusqu'au bout.

 

Ces derniers mois ont été plutôt riches et intenses en terme d'écriture et de publication : 5 histoire en pratiquement 6 mois. L'IRL étant ce qu'elle est, je vais donc un peu souffler et prendre du repos pour m'y concentrer (ainsi que sur des projets qui me tiennent à coeur). Je vous dis donc à bientôt pour de nouvelles histoires, même si ce bientôt risque de s'étendre un peu ;)

Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=1588