Épreuve 2 : La Voleuse de Temps by Layi
Summary:

Épreuve 2 au concours Le Seigneur des Plumes - Le Retour du Héron


Categories: Conte, Fable, Mythologie, Atelier, concours Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Le Seigneur des Plumes, le Retour du Héron
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 1049 Read: 621 Published: 15/02/2018 Updated: 19/02/2018

1. Épreuve 2 by Layi

Épreuve 2 by Layi

— Pourquoi est-ce que c’est si long ? soupira Zoé.

Sa grand-mère esquissa un petit sourire. Cela faisait une grosse heure qu’elles étaient montées sur la colline. Elles avaient pu assister au coucher du soleil, l’observer disparaitre à l’horizon tandis qu’il traçait des lignes rouges, oranges, jaunes, dans le ciel de plus en plus sombre. À présent, elles espéraient contempler les étoiles filantes. Elle avait promis à sa petite-fille qu’elle pourrait en apercevoir très bientôt, mais comme tous les enfants de son âge qui attendent quelque chose de bien particulier, elle trépignait d’impatience et les secondes se transformaient en minutes, les minutes en heures.

— As-tu déjà remarqué comme le temps passe vite parfois ?

La petite acquiesça silencieusement. Eliza savait qu’elle avait capté l’attention de sa petite-fille, qui adorait ses histoires contées au coin du feu.

— C’est à cause de la Voleuse de Temps, dévoila Eliza, énigmatique.

— C’est qui ? interrogea Zoé aussitôt.

Alors, elle commença son récit de sa voix douce, portée le bruit du vent dans les feuilles d’arbre.

 

 « Notre histoire commence il y a fort, fort longtemps, dans un pays lointain tout de blanche neige recouvert. Là bas, au milieu de la calme et silencieuse forêt, se trouve la maison du Père Noël. Tous les ans, lui et les lutins travaillent sans relâche afin d’être prêts pour la nuit du 24 décembre.

Malheureusement, cette année-là les lutins furent frappés d’une terrible épidémie, les rendant faibles et maladroits. Malgré leurs efforts importants, le retard s’accumulait et le doute n’était plus permis : tous les enfants ne pourraient pas avoir de cadeaux. 

Accablé par ce terrible constat, le Père Noël réunit tous ses lutins en une grande réunion dans le but de trouver une solution. Au bout du compte, après de longues heures de discussion, il fut décidé que le plus courageux de tous, Frisco, se rendrait auprès du Maître du Temps afin de lui faire part du problème et lui demander de l’aide.

La route fut longue pour le petit lutin qui n’avait jamais quitté son pays natal. Et le Maitre du Temps n’est pas des plus évidents à trouver. Il traversa les océans, les montagnes et les déserts, rencontra tous les peuples de la Terre, avant finalement de frapper aux Portes du Temps.

Il fut reçu par un nain revêche à la longue barbe blanche et pointue, qui trainait tant et si bien au sol qu’il trébuchait sans cesse dessus.

— Je voudrais parler au Maitre du Temps, demanda Frisco d’une voix de crécelle.

— Et que lui veux-tu ? gronda un échos dans les couloirs.

Alors tout en s’enfonçant dans les dédales du temple, le lutin entama son récit, raconta les enfants qui n’auraient pas de cadeaux, les malheureux au coin du sapin, et la souffrance du Père Noël à ne pouvoir assumer la tâche qui lui était attribuée. Finalement, Frisco arriva dans une grande salle où des milliers de sabliers étaient exposés sur des étagères en bois. Chacun égrainait le temps.

— Et que veux-tu que j’y fasse ? tempêta le Temps. Je ne puis déroger aux règles, les secondes sont secondes, les minutes des minutes, les heures des heures. Il en est ainsi et il en sera à jamais. Je ne peux désordonner ces grains de sable à ma guise. Si tu en trouves, nous verrons ce que je peux faire !

Un courant d’air puissant emporta le lutin, lui faisant perdre son bonnet qu’il rattrapa du bout des doigts avant que la porte ne lui soit claquée au nez. Alors Frisco soupira, impuissant face à l’ardeur du Maitre du Temps. Que pouvait-il faire ? Il n’allait tout de même pas rentrer auprès du Père Noël lui annoncer son échec ?

Alors qu’il reprenait sa route, abattu, le jeune lutin entendit comme un léger sifflement à sa droite. Il s’arrêta et observa l’orée de la forêt, curieux. Alors qu’il allait repartir, pensant avoir rêvé, une jeune fille aux cheveux dorés sortit de sa cachette.

— Qui es-tu ? s’inquiéta aussitôt Frisco.

Mais elle resta muette. Elle lui tendit une lourde bourse en cuir, que le lutin attrapa prudemment. Il la soupesa, l’examina attentivement, méfiant. La jeune fille l’invita du geste à l’ouvrir et lui dévoila son contenu : une multitude de grains de sable, bien loin de leur sablier d’origine.

— Où as-tu trouvé ça ? s’enquit-il promptement.

— Les enfants ont besoin de leurs cadeaux ! répondit la jeune fille, énigmatique. Alors va, retourne voir le Maitre du Temps et demande-lui d’ajouter ce sac au sablier du Père Noël. Cela devrait être suffisant. N’oublie pas, cependant, qu’il faudra les rendre !

Elle s’éclipsa sur ces paroles étranges. Le lutin ne se fit pas prier pour faire demi-tour. Il regagna le Temple terrible dont il avait été chassé et tendit la bourse pleine au nain revêche. Contre toute attente, celui-ci ne posa aucune question, se contentant d’en verser le contenu dans le récipient approprié.

Tous les enfants purent être livrés, cette année-là.

Aussi, quelques jours après les fêtes de fin d’année, alors que le Père-Noël et ses petites mains pensaient profiter d’un repos bien mérité et ne reprendrent le travail que quelques mois plus tard ; l'inconnue rencontrée par Frisco vint frapper leur huis.

— Je souhaite récupérer mon Temps, annonça-t-elle. Il faut le rendre, maintenant !

Alors, il fut convenu que le farfadet si courageux retournerait aux Portes du Temps réclamer les grains de sable dus. Il fut décidé que seule une partie serait restituée un peu chaque année, afin de ne pas mettre en retard à nouveau le Père Noël et ses lutins. Lorsque Frisco ressortit du Temple et qu’il tendit la bourse à la jeune fille, il ne put s’empêcher à nouveau de demander :

— Qui es-tu, toi qui nous as tant aidés ?

— Je suis la Voleuse de Temps, révéla-t-elle alors. »

 

— Ainsi s’achève notre histoire. Tu sais aujourd’hui pourquoi parfois le temps te semble long, comme ce soir. C’est la Voleuse, qui vient te rendre les secondes qu’elle t’avait empruntée afin de les offrir à quelqu’un qui en avait plus besoin que toi à cet instant-là.

Zoé esquissa un sourire et releva la tête vers le haut. À présent, la nuit était totalement tombée. Une trace de poudre blanche transperça le ciel et la petite s’agita.

— Ho, grand-mère, raconte-moi les étoiles filantes, s’il te plait !

 

 

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