La curiosité est un vilain défaut by Josephine
Summary:

L'homme est un être faible, surtout devant un livre fermé... Qu'il n'aurait pas dû ouvrir.


Categories: Policier, Thriller, Espionnage, Société, Textes engagés Characters: Aucun
Avertissement: Scènes érotiques
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 3 Completed: Oui Word count: 1852 Read: 5819 Published: 07/11/2017 Updated: 24/08/2018

1. Chapitre 1 : le mot défendu by Josephine

2. Chapitre 2 : L'aventure interdite by Josephine

3. Chapitre 3 : Angéline by Josephine

Chapitre 1 : le mot défendu by Josephine
Tout a commencé avec un cahier abandonné sur le rebord d’un banc, dans un parc familial où j’avais mes petites habitudes de promenade matinale. C’était un cahier rouge à spirales, de format A4, à petits carreaux, tout à fait ordinaire, impersonnel, comme on en voit par dizaines au rayon fournitures des grandes surfaces. Ce détail n’est pas important pour la suite de l’histoire, sauf pour moi.

Comme chaque matin, je me suis assis. Pourquoi changer une habitude, même si aujourd’hui, ma routine rassurante se trouvait quelque peu perturbée par la découverte de cet intrus sur MON banc ?

En temps normal, j’aurais passé, comme tous les jours, quelques minutes à m’imprégner de l’odeur des arbres, de l’herbe fraîche baignée par la rosée du matin. J’aurais observé nonchalamment les quelques joggeurs passer devant moi, en laissant traîner mes yeux un peu plus insistants sur les formes des jolies joggeuses. Juste comme ça, pour le plaisir des yeux.

Mais décidément ce matin, rien n’était comme d’habitude. Ce cahier, aussi banal d’aspect fut-il, semblait me provoquer. La couverture luisait sous les rayons du soleil d’un rouge vif provocateur. C’était sûr, ce cahier m’appelait.

C’est stupide, allons ! C’est juste un cahier d’écolier. Que pouvais-je bien découvrir d’autre que des formules mathématiques d’un élève de l’école voisine, ou peut-être les notes d’un projet marketing d’un cadre supérieur.

Qu’auriez-vous fait à ma place ? La curiosité humaine ne résiste jamais bien longtemps face à l’appât d’un secret à découvrir. J’ai balayé des yeux les alentours, déjà reconnu coupable par la seule intention de toucher ce cahier.

L’objet du délit entre mes mains, j’ai passé ma main sur la couverture lisse, dans l’espoir qu’elle me révélerait le contenu et satisfasse ma curiosité sans commettre l’outrage ultime de l’ouvrir.

Peine perdue. Le vent lui-même vint s’immiscer dans l’histoire qui démarrait entre ce cahier et moi, faisant souffler une petite brise qui s’engouffra sous la couverture et la souleva de quelques millimètres. C’était suffisant pour que j’entrevoie la couleur d’une encre bleue sur la première ligne et que je saisisse au vol les premières lettres manuscrites.

Ang…, le journal d’…

La couverture était retombée sur la page. Cette fois, c’en était trop ! Laissant libre cours à mon petit démon intérieur, j’ouvris en grand le cahier. Le titre apparut alors en toutes lettres.

"Angéline, le journal d’une pute."

Pendant près de deux minutes, mes yeux ne décolèrent pas du dernier mot. Il ne pouvait être ce que je lisais. Peut-être était-ce une anagramme, ou un pseudonyme ? Ou encore une farce ! Peut-être était-ce un code secret ! Oui, sans doute : Interpol, le FBI, la DGSE ou je ne sais quelle section d’espionnage, devaient sûrement être à la recherche de ce cahier. Peut-être.

Ou non. Le mot était simple. Rien de plus simple même, familier, vulgaire et mondialement connu. Pourquoi étais-je tant choqué de le voir étalé, parfaitement aligné sur la ligne directrice du cahier. Moi-même j’usais et abusais de ce mot en permanence, avec toutes ses variantes, surtout lors des soirées arrosées à vouloir faire le malin avec les potes.

Les courbes voluptueuses des lettres, la calligraphie harmonieuse, ne laissaient aucun doute quant à l’identité – et le métier sans doute - de son auteure. Quant à moi, j’entrais dans l’intimité d’une prostituée, au sens figuré, entendons bien, mais bien décidé à connaître la suite de ce journal, refusant d’écouter mon petit ange rabat-joie qui me sermonnait au coin de l’oreille.

Au détours d’un arbre, j’entendis des bruits de pas. Je levai la tête, deux femmes approchaient de moi. L’une d’elles poussait un landau. Comme pris en faute, je camouflais le fruit défendu sous mon manteau. Si ces femmes n’étaient pas si occupées à discuter chiffons et couches culottes, elles auraient certainement pu remarquer mon visage cramoisi et mon regard qui se détournait à leur passage. Peut-être auraient-elles pu penser qu’elles me plaisaient et que je rougissais de timidité !

Je les laissai s’éloigner, préférant mettre un terme à ma promenade. Ces quelques secondes de lecture avaient fait perdre tout le charme innocent de cet endroit, que je me refusais de souiller davantage.
End Notes:
Entre curiosité et moralité, qui aura le dernier mot ?
Chapitre 2 : L'aventure interdite by Josephine
Ma conscience me dictait de me débarrasser de ce journal intime.

Intime... Ce mot sonnait à mes oreilles telle une insulte, alors que chaque jour qui passait, je violais son moi intérieur sans l’ombre d’un remords.

Elle consignait tout dans ce journal qui ne me quittai plus, décrivant le moindre détail avec une exactitude presque enfantine : des hommes laids, des gras, des vieux, qui la faisaient vomir dès lors qu'ils passaient la porte ; des timides, des puceaux, qui l'auraient presque attendrie si toutefois elle avait été capable de sentiments ; des hommes mariés qui n'avaient rien à faire avec une "fille comme elle" ou "qui ne savaient pas pourquoi ils étaient là". C'est ce qu'ils lui disaient en tout cas, même si, en fin de compte, c'était souvent ses plus fidèles clients !

Il n’y avait pas de colère dans ses mots, pas de rancœur, pas d’espoir non plus. Elle me livrait tout d'elle, sans retenue, sans pudeur aucune, de la même façon qu'elle se livrait à ses amants qui s'embrasaient de son corps, pour une heure, pour une nuit, jamais davantage.

Au fur et à mesure des pages noircies d'érotisme, de dépravation, je lui volai son corps que j'imaginais si parfait. Chaque nuit, je prenais la place de ces hommes qui la visitaient. Chaque nuit, je m'enivrais de son parfum, de ses lèvres humides, de ses seins lourds.

Comme eux, j'en voulais plus, encore, allant toujours plus loin pour la soumettre à des fantasmes bestiaux, comme eux la soumettaient. Comme eux, je jouissais de ses larmes et de sa douleur. Comme eux, je l'abandonnai aux premières lueurs du jour, sans lui jeter le moindre regard, sans un mot.

Le matin je me réveillais en sueur, les draps souillés, comme au lendemain d'une gueule de bois. Je refermais le cahier resté ouvert sur mon lit, avec la sensation de malaise indéfinissable. Et comme tous les matins depuis une semaine, je réitérai cette promesse de jeter ce cahier aux ordures et de l'oublier.

L'oublier. Comment ? Pourquoi ? Je ne savais pas encore si je devais me classer dans la catégorie du dépravé sexuel ou de celle du "pauvre-mec-qui-s'emmerde-dans-la-vie", ou encore dans la catégorie "je-suis-amoureux-d'une-prostituée", mais le diable s'offrait à moi. Il portait un nom d'un ange.

Un ange noir, sombre, vil, ténébreux : Angéline.

Je devais la retrouver.
End Notes:
Il aurait dû tenir sa promesse et jeter ce cahier. Le diable n'est pas toujours là où on le pense.

A très bientôt pour le troisième et dernier chapitre.
Chapitre 3 : Angéline by Josephine
Author's Notes:
Angéline : un ange, une malédiction ? Qui est-elle, si ce n'est que le fruit d'un fantasme ?
J'arpentais la ville à pieds ou en voiture, des jours et des nuits entières. Je crois qu'aucune ruelle, aucun bar, aucune boîte de nuit, aucun bordel, n'échappa à ma quête insensée.

Le carnet qui faisait l'objet de mon obsession, donnait bien des indices sur les "activités" de la belle, mais aucun sur le moyen de la retrouver.

Plus les jours passaient, plus la raison m'incitait à abandonner, à jeter ce fichu carnet une bonne fois pour toutes, comme j'aurais dû le faire il y a plusieurs mois. Avant que ma vie ne dérape. Avant que mon boss ne commence à se plaindre de mes résultats laborieux. Avant que ma copine, persuadée que j'avais une liaison avec une autre, ne menace de faire sa valise.

Je n'avais qu'un prénom, Angéline. Etait-ce sa véritable identité ? D'ailleurs, est-ce que tout ce qui était couché sur ce cahier n'était pas là juste le délire d'une femme au foyer qui se mourait d'ennui ? Ou simplement étais-je tombé dans un piège idiot et que tout cela n'était qu'une farce ?

Angéline. Ce nom résonnait dans ma tête. Rien n'y faisait. Je continuais encore et encore, chaque jour, chaque nuit, à scruter les moindres recoins de cette fichue ville qui ne m'a jamais semblé aussi immense.

Alors que j'avais passé encore une journée entière dans ma voiture, à suivre les allées et venues des filles dans l'un des centaines d'hôtels de passe, épuisé, je me résolus à abandonner mon poste de surveillance quelques heures.

L'hiver raccourcissait les journées. Je descendis de la voiture pour marcher un peu. La nuit tombait doucement. Je quittai le boulevard pour retrouver l'air pur d'un parc (me semblait-il). Avec une bouteille de Scotch dans le ventre, mon sens de l'orientation n'était plus très précis.

Epuisé, je finis par m'écrouler sur le premier banc que je trouvai. Je m'endormis d'un bloc, laissant le carnet glisser le long de mes doigts.

Je m'éveillai le lendemain matin alors que le soleil était déjà à son zénith. En tentant de me lever, je reconnus immédiatement les signes très distinctifs de la gueule de bois carabinée.

Les promeneurs me regardaient d'un air qui en disait long sur ce que devait être mon niveau d'hygiène. Je ne leur en voulais pas. J'imaginais bien à quoi je devais ressembler en cet instant : à un ivrogne pitoyable.

Un ivrogne pitoyable qui, tout à coup, se mit à hurler.

Frénétiquement, tel un chien enragé, je me mis à fouiller les ronces, cherchant et cherchant encore, le coeur battant. Mes mains tremblaient, mon esprit se refusait à penser de façon cohérente.

Au bout de plusieurs minutes de recherche vaine, le verdict tomba. Le carnet avait disparu.

Angéline avait disparu.

Comme vidé de toute substance vitale, je rentrai chez moi. C'était sans doute le signe que j'attendais. Le temps était venu pour moi de refermer ce livre à tout jamais.

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Lorsqu'aux premières lueurs du matin, un jeune interne en médecine aperçut cet homme sur ce banc, son premier réflexe fut, en bon médecin, de s’assurer qu’il ne fut pas en détresse médicale. Sans le réveiller, il vérifia sa respiration et son rythme cardiaque. Rassuré, il sourit. Ce pauvre type allait se payer une sacrée migraine à son réveil !

Son regard fut alors attiré par une sorte de livre qui était tombé derrière le banc. Hésitant quelques instants, il se dit que ce document le renseignerait peut-être sur l’identité de l’inconnu. Alors il ouvrit le carnet.

A la fin de la première page, il abandonna cet anonyme sans plus de remords, emportant le carnet avec lui…
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