Les reines rivales by sakura284
Sélection FlamboyanteSummary:

Au VIème siècle après J.C., les épouses des rois Chilpéric et Sigebert se vouaient une haine féroce. Entre conquête et vengeance, leur conflit ouvrit la voie à une nouvelle ère pour le royaume des Francs.

Texte écrit à l'occasion du concours "Marions-les".


Categories: Concours, Moyen Âge (476 - 1492), Thriller psychologique, Conte, Fable, Mythologie Characters: Aucun
Avertissement: Contrainte (chantage, viol...), Violence physique
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Marions-les
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 2181 Read: 1497 Published: 03/09/2017 Updated: 04/09/2017

1. Les reines rivales by sakura284

Les reines rivales by sakura284
Author's Notes:
Le Clovis du départ n’est pas celui qui est indiqué dans les livres d’histoire de France !!!

Merci à l’auteur de la page https://savoirsdhistoire.wordpress.com qui m’a été d’un grand secours.

Et merci à chiharu2909 et à ExtraaTerrestre pour leur avis et leur correction.
C’est en l’an 561, au royaume des Francs,
Que se tint l’évènement
Qui débuta la fin
Du règne des Mérovingiens.
À la suite du décès tragique de Clotaire,
Le premier de son ère
Mais le dernier des fils de Clovis,
Ses héritiers régissent
Les terres léguées par leur défunt père.
C’était sans compter les instincts primaires
Des dignes descendants
Du grand Roi des Francs !
Aussi nous présentons tantôt
Les quatre frères rivaux.
Le royaume de Reims allait à Sigebert,
Celui de Paris et d’Aquitaine à Caribert,
De Bourgogne et d’Orléans, Gontran prenait possession
Alors que revenait à Chilpéric le royaume de Soissons.
C’est au milieu de ces guerres de territoires
Que de Frédégonde et Brunehaut naquit l’histoire.
De ces deux femmes qui à la fois partageaient,
Les attributs de Reine, de beauté et de cruauté,
Se distinguaient également par leur soif de pouvoir et de sang.
Servante, la première était née de paysans ;
La seconde était Princesse de son état.
Les hostilités, c’est Frédégonde qui les lança.
Ambitieuse sous son air ordinaire,
C’est de la place de sa reine Audovère,
De sa souveraineté,
Qu’elle voulait s’emparer.
L’opportunité d’accomplir son dessein
Se présenta sous la forme d’un couffin.
Alors que le roi brillait par son absence,
Son épouse vint à donner naissance.
Lorsque la souveraine manqua d’une marraine,
Frédégonde saisit sa chance, sereine.
« Pourquoi tant d’inquiétude à propos du baptême ?
De réaliser cette tâche, une mère serait à même. »
Après réflexion, la reine céda à l’argument
Et consentit à effectuer la cérémonie prestement.
Comme le mariage d’un père avec la marraine de son enfant était interdit par le droit canon,
Cette femme simple s’exposait à des sanctions.
Ainsi fut conclue la fourberie de l’ingénue
Qui s’empressa d’informer Chilpéric de la bévue.
« Mais avec qui couchera-t-il cette nuit ? » lui ajouta-t-elle de vive voix.
« Eh bien ! Si je ne puis coucher avec elle, je coucherai avec toi.» (1)
Envoyant Audovère au couvent aussitôt,
Il épousa Frédégonde tantôt.
Puis elle décida, pour faire bonne mesure,
De lui ôter la vie plus tard pour être sûre.
Mais les tourments de la jalousie persistèrent,
Car son roi prit, pour se satisfaire,
La décision de se remarier avec une princesse.
Mais au lieu de la beauté, il se contenta de la richesse.
Sigebert s’étant marié à Brunehaut la wisigothe,
Chilpéric se contenta de sa soeur et de sa dot.
Loin d’être rassurée par son mariage,
Galswinthe demanda des avantages.
En plus de l’obtention de terres fécondes,
Elle exigea l’exclusion de Frédégonde.
Le roi obtempéra. Elle obtint sa justice.
Cependant, une fois remplit son office,
La pauvre femme fut retrouvée poignardée et étranglée.
Non étrangère à l’infortune de celle qui l’avait évincée,
La belle Frédégonde retrouva sa place sur le trône.
Ainsi débuta la confrontation des deux reines.
En effet, Brunehaut, apprenant la mort de sa soeur,
Jura vengeance à son infâme belle-soeur.
Peu auparavant, les royaumes d’Aquitaine et de Paris,
Après le décès de Caribert, furent répartis.
Aussi, les trois frères se disputèrent le pouvoir
Et, sous ce contexte, éclata une guerre de territoire.
Brunehaut y joua de concert, l’opportunité s’y prêtant,
Espérant conquérir l’ensemble du royaume des Francs.
Pour convaincre son aimé de lancer les hostilités,
Elle émit le souhait de venger sa soeur regrettée.
La machination persista.
La faide royale débuta.
Par définition ancien système de vengeance,
Elle permettait à deux familles de se battre en cas d’offense.
Puis la manoeuvre tourna en guerre
Qui opposa les royaumes des deux frères.
Au bout de cinq ans de conflit,
Les terres de Chilpéric furent envahies.
Sachant que ce dernier se réfugiait à Tournai
Que Sigebert avait réussi à assiéger,
Chilpéric fut contraint de se rendre et de céder des territoires.
Mais à peine Sigebert savourait sa victoire
Que des coups de glaives empoisonnés lui ôtèrent la vie.
À Vitry-en-Artois, on assassina le roi d’Austrasie.
Les sbires de Frédégonde avaient encore frappé,
Au grand dam de sa rivale éplorée.
Se sentant en danger, Brunehaut prit les devants.
Pour faire échapper son enfant de cinq ans,
Elle imagina un plan sans pareil.
Dissimulant Childebert dans une corbeille,
On le fit glisser par la fenêtre à l’aide d’une corde
Puis le conduisit jusqu’à Metz dans la discorde.
Avec l’aide du général des troupes de son défunt mari,
L’enfant y fut alors proclamé roi d’Austrasie.
Il est important d’ajouter qu’il avait hérité de son oncle Gontran
De la Bourgogne et d’Orléans.
Venu prendre possession du Poitou pendant ce temps,
Le fils de Chilpéric, Mérovée, fit une escale à Rouen.
Dans sa formidable épopée, il rencontra sa tante,
Destinée à l’exil séance tenante.
Et l’impensable se produisit.
Au coeur du conflit,
Mérovée succomba au charme de Brunehaut
Se mariant avec elle aussitôt.
Son coup de foudre, sa déraison,
Fit de lui un traître à sa maison.
Dans le but de lui faire payer son impair,
Mérovée fut tonsuré et ordonné prêtre par son père.
Mais le châtiment ne s’acheva pas là car Frédégonde,
Son odieuse marâtre, s’acquitta d’une tâche plus profonde :
Attraper et torturer Mérovée et ses compagnons.
Pour éviter le supplice, le suicide devint son unique solution.
Ainsi, dans sa conquête de pouvoir autoritaire,
Cette dernière vint à bout d’un premier fils d’Audovère.
Bientôt, les enfants de Frédégonde moururent,
Emportés par la dysenterie qui perdure.
Sous le choc, elle se consola en espérant que Clovis,
Dernier garçon vivant d’Audovère, périsse.
Comme la belle savait y faire pour satisfaire ses caprices !
Marionnette entre les mains de sa douce,
Chilpéric se laissa convaincre d’envoyer son fils dans la région,
Celle affligée par la contagion, sans aucune raison.
Cependant, au grand mécontentement de sa belle-mère au désir inassouvi,
Clovis ne mourut point et, pour l’heure, ce dernier s’en réjouit
Car dans son malheur, du royaume tout entier,
Il était devenu le seul et l’unique héritier.
C’était sans compter les projets d’une certaine reine qui,
Parvenant à persuader son mari,
En prétextant que de sa main ses deux demi-frères avaient été assassinés,
Elle se hâta de le faire arrêter.
Dans la suite de sa ruse machiavélique,
Elle prévit de supprimer le fils de Chilpéric.
Tous crurent que Clovis s’était tué
Alors qu’en réalité, il fut poignardé.
Poursuivant sa croisade contre Audovère et sa famille,
Frédégonde s’intéressa ensuite à sa fille.
Lui réservant un sort moins funeste mais néanmoins cruel,
La souveraine lui envoya quelques-uns de ses fidèles.
Ils se chargèrent de la violer sans ménagement,
Contraignant ainsi la jeune fille au couvent.
De fait, elle perdit son titre, ses biens et son honneur,
Faisant de sa mère le dernier obstacle aux desseins de Frédégonde et à son bonheur.
Aussi, Audovère fut retrouvée égorgée.
Deux ans après, son altesse, rassasiée,
Donna naissance à un fils qui,
Par malheur, fut emporté par la dysenterie.
Mais les larmes qui brûlent
Sont aussi celles qui consolent.(2)
Aussi, folle de rage, la Sorcière du Nord extériorisa sa douleur.
Payant le prix de sa fureur,
Plusieurs femmes de Paris furent rouées de coups ou brûlées vives.
Mais elles ne furent pas les seules victimes de ses colères éruptives :
Se targuant d’avoir découvert un remède contre la maladie,
Le préfet Mummolus ne fut pas au bout de ses soucis.
En châtiment de son impertinence,
Elle le fit frapper avec abondance.
Et pour finir en beauté,
On fit planter des aiguilles entre les ongles de ses mains et de ses pieds.
Deux ans plus tard, la dame au coeur de pierre,
Fit assassiner le père de son nouveau-né Clotaire.
Après le décès de Chilpéric à la chasse,
Frédégonde s’attaqua pendant la messe
À l’archevêque qui avait marié Brunehaut et Mérovée.
Dans sa folie meurtrière et son désir de gouverner,
Elle se tourna ensuite vers ses propres enfants.
Rigonde, sa fille alors âgée de vingt ans,
Était promise au futur roi wisigoth d’Espagne.
N’y tenant plus, Frédégonde piégea sa fille indigne.
Cette dernière, persuadée par sa mère,
Passa la tête dans un coffre où elle devait trouver les trésors de son père.
Frédégonde referma le coffre sur son cou délicat,
Espérant l’étouffer en provoquant des dégâts.
Le traquenard vint à échouer
Mais elle parvint à ses fins sans tarder.
Sans transition décente
S’opposèrent alors deux royaumes, deux régentes :
À Frédégonde la Neustrie, siège des masculinistes,
À Brunehaut l’Austrasie, siège des féministes.
Après un règne glorieux,
Auréolé de charités par la construction d’édifices religieux,
D’hôpitaux et par la rénovation d’anciennes routes romaines,
La bonté de Brunehaut se ternit
Avec la perte de son fils Childebert à la bataille de Droisy.
Sa gentillesse se transforma peu à peu en cruauté.
L’ambition et la folie remplacèrent la bonté.
C’est probablement à Frédégonde et à leur rivalité
Que l’on doit à Brunehaut sa soudaine perversité.
Pour empêcher une autre femme de prendre sa place,
Elle poussa ses fils dans la débauche et l’intempérance,
S’assurant ainsi de conserver son emprise sur le trône.
Dénonçant les travers de la souveraine,
Saint Colomban fut persécuté avec sévérité.
L’image de la dame en fut entachée pour la postérité.
C’est à Laffaux, petite ville de l’Aisne,
Qu’eut lieu la dernière rencontre des deux reines.
Après un règne pérenne et bouillonnant,
Frédégonde s’éteignit tranquillement.
Il en fut tout autre avec Brunehaut seize ans plus tard.
Clotaire II fit preuve d’une monstruosité sans limites à son égard.
Il complota avec des masculinistes d’Austrasie
Bien décidé à la détrôner en usant de vilenie.
L’arrêtant à Orbe, près du lac de Neufchâtel,
Il fit égorger ses quatre petits-enfants devant elle
Puis, devant un tribunal militaire,
On la jugea coupable de meurtres et d’adultères.
Aussi claires que soient rapportées ces vérités,
On ne peut que douter de sa culpabilité.
Pourtant laissée aux bons soins acharnés de ses bourreaux,
La sexagénaire fut promenée dans tout le camp à dos de chameau,
Abandonnée aux injures des soldats de Clotaire
Puis vint enfin la dernière torture salutaire.
Traînée à travers les bois par un cheval furieux -
Un bras, une jambe et les cheveux de la dame fixés à sa queue -
Elle expira de la plus horrible façon.
Son corps ballotté comme un baluchon,
Sa tête heurta le sol avec fracas
Lui broyant le crâne à cet instant-là.
Ainsi s’acheva la vie de Brunehaut dans l’horreur
Et afin de lui refuser les derniers honneurs,
Sa dépouille méconnaissable, broyée,
Fut calcinée.
Son décès mit fin à la faide royale de quarante-trois ans
Et Clotaire II hérita de l’ensemble du royaume des Francs.
Ce que l’on peut déduire de cet antagonisme trivial et vain,
C’est qu’en toute chose il faut considérer la fin.(3)




Les trois références aux genres (dans l’ordre d’apparition):
1. Moyen-Age

Hugo A., France Historique Et Monumentale.
Histoire Générale De France Depuis Les Temps Les Plus Reculés Jusqu’ A Nos Jours. Tome 4: Monarchie Française.
« - Mais avec qui couchera-t-il cette nuit ?
- Eh bien ! Si je ne puis coucher avec elle, je coucherai avec toi.»

2. Thriller psychologique
SHINING, Stephen King.
Les larmes qui brûlent sont aussi celles qui consolent.

3. Fable
Lafontaine - Renard (le) et le Bouc (III, 5)
En toute chose il faut considérer la fin.
End Notes:
J'espère que l'histoire [glauque] de Frédégonde et Brunehaut vous aura plu autant qu'à moi. J'adore l'Histoire... *rire sadique*

J'espère aussi avoir réussi mon challenge !

Merci d'avoir lu !
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