Destinée by Lyane de Rivesen
Summary:

Participation à l'atelier d'écriture Atelier#1-le futur


Categories: Tragique, drame, Projets/Activités HPF Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Aucun
Challenges:
Series: #1 - le Futur
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 1771 Read: 1978 Published: 07/11/2009 Updated: 07/11/2009

1. Destinée by Lyane de Rivesen

Destinée by Lyane de Rivesen
Author's Notes:
Sujet n°2 :

Dans le livre, elle avait lu son futur. Tout était-il d'ores et déjà décidé?
Pas si elle avait son mot à dire!...


Inspirez-vous de ces quelques phrases pour écrire votre histoire. Vous pouvez soit en faire les premières lignes de votre nouvelle, soit simplement en conserver l'esprit.

Contraintes:
- Votre texte fera plus de 800 mots.
- Vous y incluerez la description d'un paysage maritime.
Destinée

Je revenais à pied de mon travail, comme souvent lors des beaux jours. Le ciel était encore si bleu et la brise si douce que j’eus envie de flâner un peu. Je m’aventurai un peu à l’écart du centre-ville, dans des ruelles sinueuses envahies de glycine coulant le long des murs. Les rares magasins se fermaient. La plupart des gens venaient de rentrer chez eux et j’étais quasiment seule. Je pris une grande inspiration et le calme m’envahit. Il était bon de pouvoir se vider l’esprit de temps à autre. Marchant sans penser à rien de précis, je passai devant la devanture d’une librairie. La boutique semblait minuscule et poussiéreuse, une de ces petites échoppes tenues par un vrai passionné. Les couvertures colorées des livres en vitrine m’attirèrent. J’ai toujours aimé les livres. J’ai dû passer plus de temps en leur compagnie que je n’en passais auprès de mes amis. Peut-être était-ce pour cela que j’entrai ?

J’avais un peu peur d’être importune en venant à l’heure de la fermeture mais le vendeur me sourit juste. Il rangeait des volumes sur les étagères, me laissant visiter à mon aise. J’étais fascinée. Les livres ici étaient anciens. Leurs couvertures de cuir passé et bruni par le temps embaumaient l’air où flottait une légère odeur d’encens. Mon regard se posa sur une reliure claire et étonnement belle. De très fins motifs végétaux ornaient la tranche de ce livre sans qu’on ne distingue de titre. Je m’en emparai pour le feuilleter, curieuse.

Je haussai un sourcil : Le destin de Léonie. Mon prénom n’était pas banal et le voir repris dans le titre d’un vieux roman m’intriguait. Je commençai à le parcourir. Une petite toux dans mon dos me rappela à l’ordre. Le vendeur, un homme âgé, s’excusa. Il devait fermer. Je n’hésitai qu’un instant avant de lui demander le prix de l’ouvrage. Lorsqu’il me le confia, je fus étrangement rassurée d’avoir la somme dans mon portefeuille. Je pus acheter mon livre. Je rentrai rapidement chez moi après cela, pressée de commencer ma lecture.

Je fus pourtant patiente. J’attendis sagement d’avoir fini mon repas et rangé mon appartement pour m’installer dans un fauteuil et dévorer les premières pages. Au début, je m’amusai de voir les très nombreuses similitudes entre la vie de mon homonyme de papier et la mienne. Nos enfances se ressemblaient beaucoup, tant pour la famille que pour certaines anecdotes. Puis, peu à peu, un sentiment de malaise m’envahit. C’était plus que des similitudes. Je vérifiai la date d’impression. Elle était antérieure à ma naissance ! Et pourtant, ce que je lisais était le récit exact de ma vie. N’était-ce qu’une troublante coïncidence ? Un hasard ? Nos vies divergeraient-elles dans quelques pages ?

Quelque peu nauséeuse, je repris ma lecture, voulant en avoir le cœur net. Et plus j’avançais, plus je me sentais mal. Certains détails étaient totalement anachroniques pour l’époque où le livre avait été écrit et édité. Lorsque j’en arrivai à mon passage tout récent dans la librairie, c’en fut trop pour moi. Je fermai l’ouvrage, complètement paniquée. C’était impossible, tout simplement impossible ! Je sentis des larmes chaudes couler sur mes joues. J’avais peur. Je restai une grande partie de la nuit le regard posé sur la couverture de cuir, incapable de fermer l’œil.

Je dus pourtant m’endormir malgré moi. Je m’éveillai courbaturée d’être restée trop longtemps dans une position inconfortable. Je pris quelques instants pour m’étirer douloureusement avant que les évènements de la veille me reviennent en mémoire. A la lumière du jour, je réussis à me convaincre que je m’étais imaginé des choses. Peut-être n’avais-je que dormi et rêvé tout cela ? Je rangeai le roman, me persuadant que je le ressortirais un jour pour le finir. Et je repris ma vie comme si de rien n’était.

A la fin de l’été, j’avais presque réussi à oublier cette histoire. Ce n’est qu’un soir, en rentrant chez moi, que mes pas me ramenèrent dans la ruelle où j’avais trouvé le livre. Me souvenant vaguement de l’affaire, je cherchai la boutique. Je ne trouvai aucune librairie. A vrai dire, à l’emplacement de l’échoppe, on ne trouvait qu’une entrée d’immeuble décrépite. Je restai de longues minutes figée sur place, stupéfaite. Un doute s’empara de moi et je me hâtai vers mon appartement. Je cherchai fébrilement sur les étagères de ma bibliothèque une reliure en cuir et n’en trouvai aucune. Le soulagement m’envahit. Pas de librairie. Pas de livre. Pas de destinée écrite avant même ma naissance. Un simple cauchemar.

Le sourire aux lèvres, je pris un roman déjà lu maintes fois et m’installai dans mon salon. C’est là que je le vis. Il était simplement posé sur ma table basse, bien en évidence. Tremblante, le cœur battant beaucoup trop vite, je le saisis avec crainte. Ainsi, malgré tous mes souhaits, je n’avais pas rêvé. Je feuilletai les pages jusqu’à arriver au dernier passage que j’avais lu. Il n’avait pas changé. Un goût de sang envahit ma bouche. Je m’étais mordu la lèvre inférieure sans m’en rendre compte. J’hésitai le temps de quelques inspirations et je me résignai à reprendre ma lecture. Une curiosité morbide me poussait à continuer au-delà de mon présent pour découvrir mon avenir.

Plusieurs heures plus tard, un sentiment étrange m’animait. Dans le livre, j’avais lu mon futur. Tout était-il d'ores et déjà décidé? Pas si j’avais mon mot à dire ! La précision des détails ne me laissait guère de doute sur la véracité de ce récit prophétique et je n’aimais pas ce que j’allais devenir. Ce n’était pas ce que je voulais faire de ma vie. Une grande détermination s’empara de moi. Je devais changer mon avenir. Je refusai de devenir cette femme blasée, prise par la vie et qui avait oublié tous ses idéaux et principes moraux.

Quelques mois plus tard, je marchai sur une plage, au bord de l’océan. J’avais effectué tant de changements de mon existence que je devais faire le point. J’étais partie quelques jours, comme ça, presque sur un coup de tête. Je ne l’avais jamais fait auparavant, planifiant tout à l’avance. Seulement, je ne supportais plus l’idée de voir mon avenir déterminé de quelque manière que ce soit.

Je m’assis sur le sable, le corps en arrière en m’appuyant sur mes mains. Je découvris la fraîcheur humide et désagréable du sable et haussai les épaules. Je finirai bien par sécher. L’automne venait de commencer et le vent qui charriait les embruns vers moi me fit frissonner. Je ne voulais pourtant pas encore partir car j’étais venue pour réfléchir. Je contemplai les vagues et laissai le bruit du ressac bercer mon esprit. Avais-je réussi à modifier suffisamment ma vie pour infléchir le destin et m’éloigner de cette femme que je ne voulais pas devenir ? Ne risquais-je pas de me trahir moi-même si je changeai plus de mes anciennes habitudes ?

Je me redressai brusquement et saisis mon sac, pour en tirer l’ouvrage maudit. J’avais hésité tous ces mois, oscillant entre l’envie de le brûler pour m’en débarrasser et celui de le lire, encore et encore, jusqu’à le connaître par cœur. J’avais pourtant résisté à ces désirs contradictoires. Mais maintenant, je savais enfin ce que je devais faire.

Je me relevai et me dirigeai vers le front de mer. Je regardai un moment les oiseaux former des ballets harmonieux dans le ciel, plongeant parfois dans l’océan pour en tirer un poisson. Des nuages sombres barraient l’horizon et leur couleur contrastait de façon surprenante avec la pureté du ciel au dessus de moi. La lumière était magnifique. Il n’y avait personne à perte de vue et j’étais totalement seule. Je souris. Je pris un peu d’élan, courut quelques pas et jetai le livre dans l’eau, aussi loin que je le pus. Et je partis sans me retourner.

Je ne repensais plus à tout cela avant de très nombreuses années. Un jour, pourtant, cela me revint comme une gifle en plein visage. Je me disputais avec une amie sur mes choix de vie et nous échangeâmes des mots très durs l’une envers l’autre.
« De toute façon, rends-toi à l’évidence ! Nous n’avons plus rien en commun. Je ne sais pas ce qui t’est arrivé et je regrette de ne rien avoir vu avant. On dirait que tu as essayé de devenir autre chose que ce que tu es. Secoue-toi, bon sang ! Tu n’es plus toi-même. Je ne reconnais plus l’amie que j’avais. Tu as perdu tous tes principes. »

Je me figeai à ces mots. Ils éveillaient un écho en moi, un vieux souvenir angoissant. Je me sentis mal et je m’assis sur une chaise. Je dus pâlir car mon amie se calma instantanément pour s’approcher de moi.
« Léonie ? appela-t-elle, inquiète.
-…
-Léonie !
-…
-Parle-moi ? supplia-t-elle.
-Je n’ai rien à te dire, répondis-je, la voix atone, sans même lever les yeux vers elle.
-…
-Va-t-en, ordonnai-je. »

Elle resta de longues minutes à me regarder en silence. Puis elle partit, fermant la porte sans un bruit. Alors seulement je laissai les larmes chaudes couler sur mes joues. Je pensai avoir tout fait. Je pensai que ma vie ne serait pas celle qui m’avait tant écœurée. Et, insidieusement, je m’étais laissé glisser dans le même schéma. Ma gorge se serra.
Destinée.
Tout était peut-être écrit, finalement.
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