Les chaussettes de l'archiduchesse by Vegeta
Summary:

Il arrive que l'écriture sous contrainte(s) soit plus propice à la création que celle libérée de toute règle. Les plumes s'affolent alors, comme les doigts sur le clavier.

Ainsi naquit ce recueil, à l'occasion de Plumes en Folie.

illustration
Photographie personnelle. Un grand merci à Labige pour son cadeau et donc son involontaire collaboration :)
Logo de la Team Henry réalisé par Bibi2



Défi 1 : Et bien dansez, maintenant !
Défi 2 : Sauvez Willy !
Défi 3 : Tomber des nues
Défi 4 : A l'étape, épate-la !
Défi 5 : La nuit alphabétique
Défi 8 : Poètes en fête
Défi 9 : Vers l'infini et l'au-delà !
Défi 10 : L'amour à travers les âges
Défi 11 : Scènes préhistoriques
Défi Bonus : La dernière réunion

 


Categories: Projets HPF Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Plumes en Folie !
Chapters: 11 Completed: Non Word count: 10925 Read: 46615 Published: 18/02/2016 Updated: 22/05/2016

1. Défi 1 - La furinada by Vegeta

2. Défi 2.1 - À table ! by Vegeta

3. Défi 2.2 - Mysophobie by Vegeta

4. Défi 3 - Les fumeurs by Vegeta

5. Défi 4 - Agapes stressantes by Vegeta

6. Défi 8 - Chaussette ! by Vegeta

7. Défi 9 - La Course de sa vie by Vegeta

8. Défi 10 - Maîtresse, et donc favorite by Vegeta

9. Défi Bonus – Au premier étage de la librairie by Vegeta

10. Défi 11 - Vengeance de favorite by Vegeta

11. Défi 5 - Nicolas by Vegeta

Défi 1 - La furinada by Vegeta
Author's Notes:
Les personnages que vous allez rencontrer dans quelques mots ont déjà fait l'objet d'une nouvelle, écrite il y a un certain temps mais jamais publiée.
Après PeF, peut-être :-)


Nom de l'épreuve : Et bien dansez, maintenant !

Résumé de l'épreuve : Peu importe où, quand, comment, et avec qui votre histoire se déroule. Vos personnages (ou votre personnage, il peut être seul), dansent, c'est tout. Ils peuvent être un, deux, trois, quatre… Peu importe. Votre récit doit simplement s'ancrer pendant une danse.
Lâchez-vous ! Vous pouvez emmener vos personnages dans un cours de danse classique, en plein milieu d'une boite de nuit... Ils peuvent également se retrouver les rois de la piste pour l'ouverture de leur bal de mariage ou encore improviser un slow avec des passants dans la rue.

Contraintes : Votre texte devra comporter 500 mots minimum. Vous décrirez les émotions d'un de vos personnages à un moment de l'histoire. Vous ferez également une description de l'environnement dans lequel il se trouve.

Délai de réponse : Vous avez jusqu’au 18 février 23h59 pour poster votre texte.

Bonne lecture !
La furinada

Un soleil de plomb tapait sur Traoumé. La place du village s’emplissait depuis des heures de proches et d’amis, et même d’inconnus. Il y avait là des représentants de plus de tribus que Gisèle n’en connaissait, malgré ses quarante ans. Depuis le petit matin, elle accueillait avec un sourire sincère tous ceux venus témoigner leurs regrets à sa fratrie.

Isidore Bonga avait rendu son dernier soupir avant-hier, après soixante-deux années sur terre. Gisèle et Guy, son époux, avaient appris la nouvelle par une voisine en rentrant d’une promenade en amoureux. Gisèle s’était signée, muette de stupeur. Rien ne laissait présager le départ de son père, si respecté à Traoumé et dans les villages voisins. La tribu des Nzema était parmi les plus anciennes de la région et Isidore était connu de tous, partageant son temps entre l’éducation des jeunes garçons de la tribu - parcourant parfois jusqu’à trente kilomètres dans une journée pour passer quelques heures avec un jeune du clan - et les soins de ses semblables. Isidore avait un don avec les plantes, il savait toujours quelle feuille mâchonner pour faire pousser les dents d’un bébé ou quelle racine il fallait râper sur le repas du jour pour assurer un sommeil serein à la famille épuisée par les vagissements dudit bébé. Tout récemment, il avait sauvé une femme dont les douleurs de l’enfantement avaient été si intenses qu’elle avait failli s’abandonner à rejoindre l’autre rive du fleuve de la vie.

Chaque famille du clan était redevable à Isidore. Mais le vieil homme s’en fichait. Il souhaitait simplement voir ses semblables prospérer, à Traoumé et dans toute la région. Sa simplicité était appréciée de tous, et on ne lui connaissait aucun ennemi.

Fille aînée du défunt, Gisèle était à l’entrée du village, accueillant les visiteurs. Elle se réjouissait de constater la présence de tout ce monde pour voir son père traverser le fleuve, la fête serait belle. Sa jeune soeur Valérie était avec les pleureuses, elles entouraient le coeur de la fête : son père, assis bien droit dans un fauteuil recouvert d’une tenture de coton rouge. Gisèle, Valérie et leurs deux frères l’avaient préparé la veille. Dès qu’ils avaient su que le trépas était arrivé, les choses étaient allées bon train. Gisèle avait décrété d’emblée que les funérailles auraient lieu le surlendemain et qu’elles seraient financées par Guy et elle-même. Il arrivait parfois que le départ d’un membre du clan vers l’autre monde soit repoussé de plusieurs jours, voire semaines, faute de finances suffisantes pour la furinada, cette fastueuse fête qui accompagnait ce dernier voyage. Mais Guy était l’un des plus grands exploitants de mines de diamant du Ghana. Depuis des années, son entreprise générait à elle seule un cinquième des recettes commerciales du pays. Alors financer les funérailles de son beau-père n’était vraiment pas un problème. Et il aurait été mal vu par le clan que l’enterrement soit différé alors qu’une telle fortune existait dans la descendance du défunt. Les Nzema répugnaient à laisser leurs morts attendre trop longtemps leur entrée dans l’au-delà. Plus elle était proche de la mort, meilleures étaient les chances de résurrection dans l’autre monde. Mais il ne fallait pas pour autant négliger la furinada, car de la somptuosité de la fête dépendaient également les chances de résurrection. Chaque cérémonie de funérailles était donc un compromis entre le délai entre la mort et la fête et le financement de la furinada.

Quand le flux de visiteurs se tarit enfin, Gisèle se sentit autorisée à rejoindre ses proches. Tristan et Eudes, ses frères, étaient aux côtés de Guy, et de Paul, le mari de Valérie, à droite du trône improvisé d’Isidore. A gauche, les belles-soeurs de Gisèle l’attendaient. Au centre, Valérie et une dizaine de pleureuses se lamentaient. A genoux sur un arc de cercle dont le centre était Isidore, elles tendaient alternativement leurs bras vers le mort, dans une danse lascive et gracieuse, telles des roseaux ployés par le vent. Derrière cette première rangée constituée des proches d’Isidore, s’amassaient les amis et connaissances venus accompagner le défunt dans son voyage final.

Gisèle adressa un petit signe de tête au chef du village, lui signifiant de commencer la cérémonie. Le chef Divister s’avança, faisant cesser les lamentations des pleureuses qui se relevèrent et reculèrent parmi la foule, sauf Valérie qui rejoignit les trois femmes sur la gauche de la place. Divister entonna un chant mortuaire et Gisèle sourit. Elle n’aurait pu rêver meilleur maître de cérémonie pour accompagner son père dans l’au-delà. La foule reprit le chant en canon. Chaque phrase vantait les qualités d’Isidore, ses accomplissements, tout au long de sa vie. Les pleureuses avaient été remplacées par un groupe de femmes du village qui vinrent entourer Isidore, dansant au rythme du chant, soutenues par les tambours qui battaient la mesure tout autour de la place. Les couleurs chaudes et mouvantes des robes des danseuses et de Divister vouaient la tristesse affichée des pleureuses aux gémonies et amenaient la joie dans le coeur du public. Isidore était parti, il avait quitté son enveloppe charnelle pour mieux renaître dans l’autre monde. Il fallait célébrer ce départ avant autant de joie qu’il devait en éprouver à rejoindre les sages de leur peuple, les puissants qui guidaient les simples mortels depuis l’autre rive du grand fleuve de la vie.

Après quelques minutes, la joie était dans tous les coeurs, y compris celui de Gisèle. Divister entonna un nouveau chant, luths et balafons se joignirent au choeur. La fête commençait véritablement à présent. Dans le public, chacun se laissait entraîner par la vivacité de la musique. Les sourires étaient sur les visages, les couples se formaient, se défaisaient et se reformaient à chaque mesure, sans se préoccuper des liens entre leurs membres. Les robes bariolées tournoyaient sur la place de terre battue, la poussière du sol s’élevait, dérangée par les pas de danse, noyant les pieds des centaines de visiteurs improvisés dans un brouillard rouge. Gisèle dansait aussi, elle était belle dans sa robe chamarrée. Elle passait de bras en bras, pleurant, riant. De l’étreinte fraternelle d’Eudes, elle passa aux bras tendres de son époux, qu’elle quitta pour quelques pas avec un chef de village voisin dont elle ignorait le nom. Les cordes des luths vibraient, tout comme les coeurs à l’unisson. Depuis son trône de coton rouge, l’enveloppe charnelle d’Isidore observait l’assemblée de ses yeux désormais aveugles. Mais chacun savait que le regard d’Isidore ne viendrait plus du trône à présent. Divister, armé d’un maillet, frappa un gong qui résonna soudainement dans l’assemblée. A cet instant, comme pour croiser le regard du défunt, toute la place leva les yeux vers le ciel d’azur.

Quelle scène étrange que cette foule en liesse soudainement interrompue dans son mouvement qui regardait le ciel. Un second coup de gong, et chacun reprit le cours de sa danse. La petite aux tresses plus longues que sa robe, sur la pointe des pieds au premier coup de gong, reposa les talons au sol et passa sous le bras de son cavalier avec un sourire. La mama qui étreignait son fils le remit à une autre femme de la foule. Valérie et son époux, qui avaient cessé leur baiser pour regarder le ciel, s’embrassèrent à nouveau. Divister chantait toujours, de sa puissante voix de baryton. Il évoquait à présent les pouvoirs conférés au défunt par sa dernière traversée. La toute-puissance de son esprit sur l’organisation culturelle de la communauté, sur la voie suivie par sa famille. A intervalles irréguliers, au gré de ses partenaires de danse, il revenait vers le gong, faisant se lever tous les visages vers le ciel quelques instants. Puis la fête reprenait son cours, chacun fêtait la mort au milieu d’un tourbillon de vie.

Des heures durant, les témoins du voyage d’Isidore battirent le sol de leurs pas rythmés par le bonheur. Isidore était parti, il avait quitté son enveloppe charnelle pour mieux renaître dans l’autre monde. Et cet événement méritait qu’on le célèbre avec toute la démesure possible. Gisèle et sa fratrie avaient missionné toutes les femmes du village depuis deux jours pour cuisiner les saveurs les plus goûteuses, les plus douces, les plus piquantes. Tout autour de la place ovale, d’immenses plats déposés à même le sol regorgeaient de toute cette nourriture, et les danseurs allaient se servir à leur guise. Des jarres emplies d’huile d’olive, de vin de palme ou de jus de fruits pressés le matin même, étaient aussi à disposition des convives.

Quand la nuit enfin tomba, un petit groupe de jeunes garçons enflamma des torches disposées un peu partout sur la place, illuminant le centre du village d’une lumière orangée et chaleureuse. Les visages étaient fatigués, mais les coeurs toujours en joie et les pieds entraînés par la musique dansaient toujours.

Soudain, tous les tambours s’arrêtèrent de concert. Gisèle, qui s’était retrouvée à l’autre bout de la place à force de changer de partenaire tous les trois pas, vit les convives s’écarter de son chemin et lui faire une haie d’honneur jusqu’à son père. Elle s’arrêta de danser, prit quelques secondes pour regarder la foule, sourit à tous et commença à remonter la place. Les tambours avaient repris, bas. Ils rythmaient son avancée émue jusqu’au trône de coton rouge. Arrivée face à son père, elle leva les bras au ciel au son d’un unique balafon. Elle se pencha ensuite sur lui, semblant l’étreindre une toute dernière fois. Mais ce n’était que pour mieux soulever le corps mort. Le luth rejoignit le balafon et Gisèle plaqua le défunt contre elle tout en se redressant. Faisant un tour sur elle-même, elle reprit sa danse éternelle, son père dans les bras. Tandis qu’elle ouvrait la rimortafé, la danse du mort, ses frères et sa soeur avaient rejoint l’avant de la foule. Suivant la tradition séculaire, après quelques tourbillons, elle tendit le corps mort à son cadet Tristan. Celui-ci virevolta aussitôt, continuant la rimortafé alors que Gisèle entonnait le chant qui accompagnait cette danse. Cette fois, plus question des qualités de son père, ni des pouvoirs de l’au-delà sur les simples mortels, elle chantait la résurrection, la renaissance, la puissance de la vie après la mort. Tristan passa le corps rigide à Eudes et sa voix rejoignit celle de Gisèle. Eudes valsa doucement avec le mort, l’entraînant un peu plus loin dans la foule pour rejoindre Valérie, presque au centre de la place bondée. Celle-ci ouvrit les bras à son approche, accueillant le cadavre de son père avec révérence tandis qu’Eudes reprenait également le chant post-mortem. Valérie dansait lentement, gracieuse parmi la foule immobilisée par le chant céleste. Elle finit par remettre le corps à Divister, qui l’attendait, et joignit sa voix pure à celle de ses aînés.

Alors la foule entama une farandole effrénée. Tandis que Divister allongeait le défunt sur l’autel prévu à cet effet, massant les chairs pour les assouplir et étendre Isidore sur le linceul de soie blanche, les quatre frères et soeurs terminaient leur chant. Bien vite, ils furent relayés par les luths et les balafons, les tambours et le chant de la foule. Chacun chantait et dansait la résurrection prochaine d’Isidore, saluant son arrivée sur l’autre rive. Divister, seul à ne pas danser et imperturbable, rabattit les pans du linceul sur le corps. Isidore était parti, il avait quitté son enveloppe charnelle pour mieux renaître dans l’autre monde. En communion avec le défunt et leurs ancêtres, les Nzema dansaient toujours.

Car la mort n’était qu’un voyage vers la vie éternelle.
Défi 2.1 - À table ! by Vegeta
Author's Notes:
Nom de l’épreuve : Sauvez Willy !

Résumé de l'épreuve : Vous devrez raconter la rencontre entre un humain et une autre créature où l'un doit sauver la vie de l'autre (libre à vous de choisir le personnage en détresse). La créature peut être un animal "normal" ou alors une créature totalement imaginaire ou même venir d'une autre planète ! Le sauvetage peut éventuellement échouer, et les deux personnages (humain et créature) peuvent se rencontrer pour la première fois comme se connaître depuis des lustres.

Contraintes : Votre histoire devra comporter deux chapitres, chacun abordant le point de vue d'un des deux personnages. Les deux chapitres devront être écrits à la première personne. Pensez à ne pas trop "humaniser" votre créature. Votre histoire doit tenir en 3000 mots maximum (500 mots minimum). Le premier mot du premier chapitre devra être le même que le dernier mot du deuxième chapitre. Ah, et bien sûr, le personnage en détresse se nommera Willy !

Délai de réponse : Vous avez jusqu’au 28 février 23h59 pour poster vos deux chapitres.
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Ceci est donc le premier chapitre répondant à cette seconde épreuve ! Bonne lecture !
À table !

Tout à fait juteuse, cette mouche ! Juste là, prête à se prendre dans mes filets ! Mes poils s’étaient hérissés en captant la rare vibration des ailes d’une proie. Cet endroit n’était pas un bon terrain de chasse ! C’était décidé, j’avalais la mouche et je déménageais !
Sauf si…
J’ai entendu un cri aigu, comme un oiseau, et un trou noir fort venteux m’a arraché de ma toile et emmené dans un endroit sans lumière. Remarquez, je préfère. D’autant qu’après le choc contre je-ne-sais-trop-quoi, mes poils m’ont signalé que ma proie m’avait suivi. Elle ne pourrait pas s’échapper…
End Notes:
Un petit drabble de 100 mots au compteur Word pour commencer ce défi n°2 !
Défi 2.2 - Mysophobie by Vegeta
Author's Notes:
Et sans plus attendre, voilà le second chapitre de la seconde épreuve !
Bonne lecture !
Mysophobie

Profitant des timides rayons de soleil du mois de février, j’étais appuyée sur la rambarde de la terrasse, fumant nonchalamment ma cigarette. Un peu de silence, quel bonheur. Cela n’allait pas durer, je ne le savais que trop bien. Depuis cinq ans, les moments de calme étaient aussi rares que précieux. D’ailleurs, j’entendais ma petite tempête personnelle accourir.

- Maman ! Ça fait deux jours !

Je soupirai. Toujours cette manie de vouloir que la maison soit parfaitement propre. Mon petit Simon avait peur de la saleté. Je ne comprenais pas comment c’était possible. Ni Fred ni moi n’avions pu lui transmettre cette peur irrationnelle. J’ignorai même qu’on pouvait avoir cette crainte. Peur des araignées, du noir, d’être enfermé, oui, pourquoi pas. Ce n’était pas très raisonnable, mais c’était compréhensible. Mais peur du sale !

- Allez, maman, on y va ! insista mon petit bout en trépignant à mes côtés.

Je laissai mes incompréhensions se consumer avec les derniers centimètres de ma cigarette. Puisque ménage il souhaitait, ménage il faudrait faire.

- Tu m’as sorti l’aspirateur ? demandai-je à Simon, tout en sortant plusieurs chiffons et le produit à vitres.
- Oui, répondit-il en me montrant le salon d’un coup de menton volontaire et en prenant les chiffons de mes mains.
Il les posa sur la table et en choisit un vert en chantonnant.
- Swiffer attrape poussière, moi, je préfère le vert, c'est le système Swiffer !

Pourquoi, parmi toutes les chansons qu’on prenait la peine de lui faire écouter, avait-il choisi cette publicité insupportable qu’il chantonnait en permanence ? Je soupirai un bon coup tandis qu’il se mettait à frotter les vitres du salon avec entrain. Au moins, le ménage n’était pas une corvée pour lui et son aide me permettait d’aller plus vite. Je branchai l’aspirateur et le lançai. La gaieté évidente de Simon acheva d’effacer ma lassitude grandissante face à cette phobie et je finis par me mettre à danser tout en passant le balai de l’aspirateur dans les moindres recoins. Soudain, je vis une ombre noire pleine de pattes dans un angle de la porte-fenêtre. Tiens, une araignée avait eu le temps de se poser là depuis avant-hier ? Mon petit garçon enthousiaste la vit également et approcha dangereusement le pulvérisateur de l’animal.

- Simon ! Attends !

Déconcentré, son bras retomba, le produit à la main, et il se retourna vers moi. Ouf ! La petite bête l’avait échappé belle ! Je m’agenouillai à ses côtés, le tuyau d’aspirateur toujours en marche entre nous.

- Regarde cette araignée, Simon. Tu vois comme elle est vilaine ? Et pourtant, c’est grâce à elle que la maison est toujours propre.

Simon fronça les sourcils. Au fond, je le comprenais, difficile de croire que cette petite bestiole pleine de pattes garantissait la propreté de notre grande maison.

- Elle mange toutes les petites bêtes qui entrent dans la maison. Alors il faut la laisser tranquille, d’accord ? On peut l’appeler Willy si tu veux ?

J’espérai que donner un nom à ce machin avec un peu trop de pattes à mon goût quand même inciterait mon petit garçon à tolérer l’animal si immonde et accepter peu à peu que tout ne soit pas parfaitement propre.

- Mais elle est sale, maman. Il faut la nettoyer !
- Pas avec le produit pour les vitres, ça va la tuer.
- Oh !

Mon petit Simon eut un air surpris. Puis je vis apparaître cette petite moue sur son visage, signe d’une intense réflexion dans la caboche de cinq ans. Attendrie, je me laissai surprendre quand il attrapa le tuyau d’aspirateur des mains et visa l’araignée.

- Simon, non ! criai-je.

Trop tard. La bestiole avait disparu dans l’estomac sans fond de mon Tornado 3000. Et mon petit garçon venait d’éclater en sanglots, sûrement effrayé par mon cri, un peu aigu, je dois l’avouer. Je l’attirai vers moi et le serrai dans mes bras.

- Maman est désolée d’avoir crié, Simon.

Mais ce n’était absolument pas la raison des pleurs de mon fils. Au milieu des sanglots, je finis par comprendre qu’il voulait simplement enlever la poussière sur l’araignée grâce à l’aspirateur. Et il était désespéré que celui-ci l’ait avalée. Je réprimai un rire en entendant ça. Il n’y avait qu’un enfant pour imaginer une telle solution sans penser au fait que l’araignée serait aspirée avec ladite poussière. Mais mon petit bout d’homme sanglotait toujours, ce n’était pas le moment de rire de ses raisonnements d’enfant.

- Elle est tuée quand même maintenant, demanda-t-il en larmes.
- Peut-être pas, mon lapin. Elle est juste dans le sac de l’aspirateur, elle retrouvera peut-être le chemin de la sortie toute seule.

Un sourire lumineux récompensa mon piètre mensonge.

- C’est vrai ? Elle reviendra ?

Mon petit garçon essuya ses larmes.

- On va lui faire un petit nid alors, pour qu’elle me dispute pas en revenant. J’ai pas fait exprès de la mettre dans l’aspirateur, il faut lui dire maman.

Qu’est-ce qu’on n’était pas obligés de faire en devenant parents, j’vous jure ! Jamais je n’aurais imaginé que pour consoler mon enfant, j’en vienne à faire un nid à une bestiole si dégueu dans ma maison si propre ! Mais si ça pouvait lui faire plaisir et le guérir de sa phobie, j’étais prête à tout !
End Notes:
Ai-je réussi à vous coller la pub Swiffer dans la tête ? Car tout est parti de là, cette pub révolutionnaire s'est incrustée dans mon esprit et impossible de l'en déloger, alors il a fallu l'écrire :)
Le Tornado 3000 est une référence au skecth de Constance dans "On n'demande qu'à en rire". Pour le plaisir des yeux, un simple clic ici ;)

J'espère que vous avez apprécié cette lecture !
Défi 3 - Les fumeurs by Vegeta
Author's Notes:
Nom de l'épreuve : Tomber des nues

Résumé de l'épreuve : Pour une raison X ou Y, vos personnages se retrouvent coincés dans un endroit précis (ensemble dans une même salle de classe à partager une colle, bloqués dans un ascenseur, se retrouvant nez à nez avec un ennemi lors d'un duel à l'épée, au milieu d'une tranchée, en tête à tête au restaurant, dans un train en panne, bref, vous pouvez reprendre un de ces exemples ou bien en inventer un de votre choix !).
De cette rencontre totalement programmée ou fortuite devra découler un dialogue de la longueur de votre choix, mais dans lequel un de vos personnage devra impérativement faire une déclaration à un autre. Je vous vois venir mais n'ayez crainte, par déclaration, nous n'entendons pas spécialement déclaration d'amour. Au contraire ! Si votre personnage peut bien évidement se lancer à l'eau avec l'amour de sa vie, toute déclaration autre est permise ! Il faut simplement que le personnage qui reçoit la déclaration se prenne la vérité en face, quoi !

Contraintes : Sous forme de nouvelle de 500 mots au minimum et 1200 mots au maximum, votre texte devra comporter au choix deux des mots suivants : moustache, crayon, funambule, artichaut.

Délai de réponse : Vous avez jusqu’au 7 mars 23h59 pour poster votre texte.
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1 154 mots au compteur Word pour cette nouvelle
Les fumeurs

Vendredi, 18h30.

Magali sortit de l’immeuble en souriant. Elle y était. Ne restait plus qu’une chose, annoncer ça à son responsable. Ca ne lui plairait pas, c’était certain. Enfin… Elle espérait qu’il serait heureux pour elle, mais elle savait qu’il ne pourrait s’empêcher d’être un peu mécontent, peut-être déçu. En tout cas, pas complètement enthousiaste. La jeune femme rabattit sur son ventre les pans de sa gabardine que le vent faisait battre sur ses hanches. Tant pis. Le vin était tiré, il faudrait le boire. Et il aurait quand même quelques mois pour s’y préparer.


***


Lundi, 9h37 et quatorze secondes.

Magali trépignait. Évidemment, le jour où elle avait quelque chose d’important à dire à son chef, le trafic du RER B était ralenti et il était en retard sur son horaire habituel. Alors qu’elle-même s’était réveillée à six heures tapantes et était arrivée à Fleebus une heure plus tard, survoltée. Cela faisait donc deux heures, trente-huit minutes et sept secondes qu’elle tentait de travailler tout en humant l’air, espérant sentir l’odeur caractéristique du parfum de celui qu’elle attendait. Deux heures, trente-huit minutes et quarante-deux secondes maintenant.

***


Lundi, 9h49 et vingt-huit secondes.

Magali se redressa d’un coup. Les portes de l’ascenseur venaient de s’ouvrir et un pas qu’elle connaissait bien se rapprochait. Comme une confirmation, une odeur boisée parvint à ses narines à l’affût. Il était là. Il entra dans le bureau en les saluant, elle, Sophie et Yannick. Chacun lui sourit avec sincérité en retour. Derrière son sérieux inaltérable, Henri était un manager en or, très apprécié par ses subordonnés.

- Ah ! Enfin ! Magali se languissait de toi, Henri !

Magali sourit en entendant ça. C’était la première phrase que prononçait Sophie chaque fois qu’Henri arrivait après Magali. La jeune femme attendait toujours Henri pour aller prendre son café du matin et fumer une cigarette avec lui. D’ailleurs, s’il était en congés, elle ne prenait pas de pause dans la matinée. Mais aujourd’hui, Sophie ignorait à quel point Henri avait été attendu. Sa position de manager lui donnait le droit d’avoir la primeur de la nouvelle que Magali voulait lui annoncer. Yannick sourit dans sa moustache. Bien qu’elle se soit fait violence pour ne pas se trahir auprès de ses collègues, il avait bien perçu son excitation inhabituelle, contrairement à Sophie.

- On y va ? demanda Magali en reposant le crayon qu’elle mâchonnait depuis une bonne heure et en prenant son manteau.
- Puisqu’il le faut, répondit Henri avec un air fataliste qui fit rire les deux autres.

Ils rejoignirent la machine à café en échangeant quelques banalités. Prirent leurs boissons respectives, puis sortirent par une porte à l’arrière du bâtiment, pour rejoindre le coin fumeurs improvisé. Ce n’était pas vraiment autorisé de passer par cette porte, mais bon. Ce n’était pas formellement interdit non plus, et après tout, de nombreux fumeurs le faisaient. Quand ils furent en vue de l’espace dédié aux fumeurs, Magali sourit. Il n’y avait personne. Parfait. Ils sortirent, Magali la première. Elle tint la porte ouverte pour permettre à Henri de passer puis la lâcha. La porte magnétique se referma avec un claquement sec qui fit se retourner Henri.

- Merde, grogna-t-il. Enfermés dehors.
- Désolée, elle m’a échappée, mentit Magali. Quelqu’un va bien arriver.
- Oui, répondit Henri sans plus prêter attention à la porte, occupé qu’il était à allumer sa cigarette tout en tenant son gobelet de café fumant.

Il aspira quelques bouffées en silence, puis regarda la jeune femme avec étonnement.

- Tu ne fumes pas ?
- Il faut que je te dise un truc, marmonna Magali, soudain un peu tendue.

Elle pouvait voir les rouages tourner dans la tête de son responsable tandis qu’il lui décochait à présent un regard curieux. Avant même qu’il prononce un mot, elle comprit ce qu’il avait en tête.

- Non. Rien à voir, assura-t-elle. T’as raison, je vais fumer.

Henri soupira.

- Donc tu n’es pas enceinte, conclut-il.
- Non. C’est plus…

Elle alluma sa cigarette tout en cherchant le mot qui convenait.

- Définitif.
- Qu’est-ce qui est plus définitif qu’un enfant ? soupira Henri, faussement désespéré. Puis il revint au moment présent. Alors ? Si tu n’es pas enceinte, qu’est-ce que tu crains tant de m’annoncer ?

Magali marmonna quelques mots inintelligibles. Henri grimaça en se rapprochant d’elle.

- J’ai rien compris. Hé, Mag’, tu me connais, tu sais que tu peux tout me dire, ajouta-t-il pour la rassurer.

- Je quitte Fleebus.

Henri ouvrit de grands yeux et chancela presque sous le choc. Celle-là, il ne l’avait pas vu venir.

- Quoi ?
- J’ai signé mon nouveau contrat vendredi. Je commence le quinze septembre.

Hébété, Henri tirait sur sa cigarette sans en avoir conscience. Le quinze septembre. Ce n’était pas pour tout de suite, certes, mais c’était signé. Elle partait. Sa collaboratrice depuis plus de huit ans. Il l’avait vue arriver, tout juste sortie de l’école. Pas même sortie de l’école, en fait, elle avait commencé avec son stage de fin d’études au service procédés, il s’en souvenait. Un peu plus tard, elle était entrée dans son équipe en tant que chargée d’études thermiques. Les gens restaient trois ans en général avant d’évoluer, mais elle avait trouvé son compte dans cette petite équipe et elle était restée. Jusqu’à aujourd’hui.

- Tu vas où ?
- Britling. Ils conçoivent des trains nouvelle génération, moins polluants, moins gourmands, plus fiables. Ils m’ont proposé un poste au pôle énergie. Un très bon poste. Référente carburants.

Henri approuva en silence. Un très bon poste, oui. Mais huit ans. Huit ans qu’ils se battaient comme des chiffonniers pour tout et n’importe quoi. Jamais d’accord sur rien, et surtout pas sur leur vision de la vie, ils étaient probablement les collègues qui étaient le plus souvent en désaccord. Ils s’adoraient pourtant, mais elle n’avait pas sa langue dans sa poche et si elle n’était pas d’accord avec la vision d’Henri, elle n’hésitait pas à lui faire savoir. L’inverse était vrai également. Si Henri était plus flegmatique, il était toutefois aussi plus incisif et ses commentaires colorés auraient pu être très mal pris par n’importe qui d’autre que cette petite brune audacieuse.
Mais ils savaient tous deux que ces disputes constantes étaient au fond l’expression d’une profonde affection. Magali était sa petite protégée et il n’avait jamais laissé quelqu’un d’autre dire d’elle ce que lui-même se permettait. Et il savait qu’il était un peu son mentor, elle ne tarissait pas d’éloges à son égard, en et en-dehors de sa présence.

- Dis quelque chose, supplia Magali qui attendait la réaction de son aîné avec anxiété.

Henri réalisa qu’il était resté silencieux bien trop longtemps. Il ne savait pas depuis combien de temps il la regardait fixement sans la voir. Il pencha la tête de côté et lui fit un petit sourire content, contrit, il ne savait pas trop.

- Qui c’est qui va m’engueuler, maintenant ?
End Notes:
Concrètement, le dialogue est très court, je vous le concède :) Mais il n'y avait pas de limite de longueur, et après tout, la relation de Magali et Henri se passent de mots...
Une petite vacherie pour réconforter Henri ? :)
Défi 4 - Agapes stressantes by Vegeta
Author's Notes:
Nom de l'épreuve : A l'étape, épate-la !

Résumé de l'épreuve : Écrire un texte de 300 mots +/- 20% dont chaque mot commence par la lettre qui finit le précédent.

Contraintes : Chaque mot du texte commence par la lettre finissant le précédent. Vous devrez insérer un palindrome dans votre texte, que vous signalerez par une mise en forme différente (gras/italique/souligné).

Délai de réponse : Vous avez jusqu’au 15 mars 23h59 pour poster votre texte.
Agapes stressantes

Cuisiner reste évidemment technique. Écailler, rissoler, râper, refroidir, rôtir, rectifier, réduire, et tout. Tu utilises ses saucisses saccagées.
- Sincèrement, t'as souvent tailladé entièrement tes saucisses ? Sauvageonne !
Elle épluche et tranche efficacement, traitant tes sermons sans sympathie.
- Emmerdeur raté ! Elles étaient trop potelées, simplement ! Tom m'a agacé énormément, toi imbécillises superbement, tout traînasse en nullifiant.
Tu unifies ses saucisses sacrifiées sans surenchérir, regardes soudain nerveusement tes salsifis soigneusement triés.
Si ingurgiter raisonnablement tes soupers semblait téméraire, essentiellement, Tom mangeait tout très scrupuleusement.

Tina arrive.
- Et tes sabots ? sussure Elina. Aaah, hurle-t-elle excédée.
- Eh, houspilles-tu urgemment. Tu uses, sérieusement. Teste entre élégance et taquinerie, expliques-tu.
- Une enfant terrible ! enrage-t-elle. Élégante et taquine ? Et tu utilises souvent tes suggestions ?
Silencieusement, Tina abandonne, enfilant tes sabots subrepticement.

~~~


- Tom, mange, exige-t-elle. Et Tina aussi ! insiste-t-elle, examinant toutes ses soucoupes.
- Saucisses, s'égosillent Tina, adorable enfant terrible, et Tom, mignon nabot.
- Tes salsifis, Sigmund. Donne exemple ! explose-t-elle en notant tes sélections silencieuses.
- Soit tu ulcères, soit tu utilises simplement tes soucoupes ! siffle, exaspéré, en nerfs, Sigmund.
- Désolée, exprime-t-elle.
- Entame, exiges-tu. Une effroyable énervée, exprimes-tu, ultimement taquin.
- Navrée, expie-t-elle, embarrassée.
- Et tellement tempétueuse...
End Notes:
Ouf, fini ! Incroyable ! :-)
Défi 8 - Chaussette ! by Vegeta
Author's Notes:
Nom de l'épreuve : Poètes en fête

Résumé de l'épreuve : Prenez un objet du quotidien (vous pouvez prendre le mot objet au sens large) et écrivez un poème dessus.

Contraintes : Votre poème devra faire au moins 6 vers, rimés. La métrique est libre. Délai de réponse : Vous avez jusqu’au 11 avril 23h59 pour poster votre poème.
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Sérieusement, quelqu'un doutait-il de l'objet du quotidien que je choisirais ? :)
Chaussette !

On te donne mille noms : chaussette ou socquette,
Tu peux aussi te nommer bas, chausse, collant, mi-bas,
Mais tu es toujours la même, essentielle à chaque gambette
Et ton absence nous met souvent dans un grand embarras.

Que ton rôle soit d’orner ce pied que l’on aime si mal
En décorant souvent la chair du mollet, tibia et péroné,
Mais surtout orteils, métatarses, calcanéum et astragale
Et tous les tendons et la peau de ce qu’on appelle pied

Ou de ton doux cocon réchauffer ces petits petons
En les recouvrant de laine, de dentelle ou de coton
Afin que les orteils ne se recroquevillent plus,
Même sous l’assaut du froid le plus soutenu

Tu es toujours là, habituellement avec ta jumelle appariée,
Et tu apportes chaleur et couleurs aux petits et aux grands pieds.
On te porte parfois sans raison, même s’il fait très beau,
Car rien n’est plus doux que ton contact contre la peau.

Mais il arrive malheureusement que ta jumelle t’abandonne,
Qu’au fond d’un tambour de lave-linge, elle s’emprisonne,
Alors te voilà réléguée au rang des chaussettes célibataires,
Celles qu’on ne portera plus faute de pouvoir réunir la paire.

Tu retrouves parfois une seconde vie, des années plus tard,
Quand ta jumelle est enfin retrouvée au fond d’un placard,
Mais jamais on ne te jette, car on garde l’espoir,
D’un jour, à nos panards, soudain pouvoir te revoir.

Les anticonformistes ne feront d’ailleurs pas tant de façons,
Et, qu’importe ! avec une autre célibataire te porteront.
Mais les plus grands de tes adorateurs sont ceux qui prennent garde
A ne pas te laisser seule, qui toujours au fond du tambour regardent !

Car quand tu es improbable, que tu portes une cape ou des pompons,
Tu es le symbole de l’excentricité, de la réussite et de la rébellion,
Et tes porteurs sont tous fiers de t’exhiber au bas de leur pantalon,
Car ils démontrent ainsi qu’ils ne sont, eux, pas de simples moutons.

Chaussette, socquette, bas, chausse, collant, mi-bas,
A rayures, à poils, à paillettes, marrantes ou simplement unies,
Ton existence donne des couleurs et de la saveur à ma vie
Et il est certain que sans toi je ne vivrais pas !
End Notes:
Pour le plaisir :

Jamais je ne suis loin de mon autre jumelle,
On m'associe souvent au parfum vomitif
D'une partie du corps qui n'est pas vraiment belle,
Localisée fort loin de l'organe olfactif !

Copyright Naheulbeuk ;)

J'espère que ce petit poème vous aura plu !
Défi 9 - La Course de sa vie by Vegeta
Author's Notes:
Nom de l'épreuve : Vers l'infini et l'au-delà !

Résumé de l'épreuve : Votre mission, si vous l'acceptez, sera de narrer la découverte d'un nouveau monde par les yeux d'un des explorateurs. Il peut aussi bien s'agir d'une contrée inexplorée sur Terre que d'une nouvelle planète ou même d'un satellite naturel (tel que la Lune). Votre personnage peut être le chef de l'expédition ou un des nombreux colons qui le suivent, il peut s'agir d'un personnage historique ou non. La découverte peut se faire aussi bien in vivo (votre personnage se rend réellement sur place) que via une sonde robotisée (et dans ce cas, vous écrirez du point de vue des techniciens contrôlant la sonde).

Contraintes : Peu importe l'approche que vous choisirez, la terre explorée ne doit jamais avoir été foulée avant votre histoire. Dans votre histoire, vous devrez inclure la description d'un paysage et/ou celle d'une espèce végétale, d'une espèce animale ou d'une civilisation inconnue aux yeux de l'explorateur. Les voyages temporels ne sont pas autorisés : votre explorateur et sa découverte doivent être contemporains. Vous devez insérer au choix la phrase "J'ai comme un mauvais pressentiment" ou les mots "dense, aventure et échec". Vous devez faire tenir tout ça en 2000 mots maximum (minimum 500 mots).

Délai de réponse : Vous avez jusqu’au 20 avril 23h59 pour mener à bien votre mission.
La Course de sa vie

On était bien tranquilles avec les copains dans le Globe : il faisait bon, on nageait joyeusement dans nos tubes séminifères, certains s’étaient un peu assoupis et d’autres étaient surexcités. Bref, c’était la belle vie. Rémi ne nous avait pas trop sollicités ces derniers temps, on était plutôt nombreux du coup. Et puis il y a eu SX13P27T4. Un ancien, il était là depuis au moins quatre jours. Il s’est arrêté brusquement, il nous a tous regardés - enfin, tous, façon de parler, il n’a pas regardé chacun de nous dans les yeux, on était vraiment trop nombreux, plusieurs centaines de millions, vous voyez - et puis il a fait une tête bizarre. J’étais pas trop loin de lui, alors je lui ai demandé ce qu’il avait tout d’un coup.

- J’ai comme un mauvais pressentiment, SY284M13U.

Je vous vois venir, bande de moqueurs. Ouais, je m’appelle SY284M13U. Vous vous croyiez originaux avec vos Djénnifer et vos Charles-Édouard ? Manqué ! On a des prénoms bien plus originaux que vous, les humains. Un jour, peut-être, je changerai de nom pour un de votre civilisation. Si je gagne la Course… Enfin, ne nous égarons pas.
SX13P27T4 avait donc un mauvais pressentiment. Il n’avait pas besoin de me dire ce qu’il craignait, il était peut-être là depuis bien plus longtemps que moi, mais dès notre arrivée dans le Globe, on savait ce dont on devait avoir peur. Si le Globe commençait à frémir, c’était la fin des haricots. Et on n’avait pas le choix, on était incapables de résister, ça nous attirait comme un aimant. J’observai donc les alentours, occultant mentalement les mouvements des mes millions de concitoyens pour percevoir le moindre mouvement du Globe.

Rien. SX13P27T4 devait commencer à yoyoter. En même temps, vu son âge, il était grave décati, vous voyez. Si il devait y avoir une course dans l’heure, sûr que ce ne serait pas lui le vainqueur. Et si c’était seulement demain, il ne serait peut-être même plus là pour prendre le départ.
Mais quand même, il avait raison d’avoir un mauvais pressentiment. Depuis mon arrivée, il n’y avait pas eu de course, et d’après les autres, Rémi en organise une tous les jours. Parfois même plusieurs dans la journée. Pour l’instant, ce ne sont que des courses d’entraînement, pas la Course, la vraie, mais c’est bien le problème. Il n’y a jamais de gagnant aux entraînements. L’arrivée est la même pour tous, dans le Carré Blanc. Il paraît que c’est terrible. Enfin, ça, c’est ce que les autres disent, mais en réalité, personne ne le sait, car personne n’est revenu d’une course d’entraînement. Peut-être que c’est tellement bien qu’ils ont préféré rester là-bas.
Mais tout de même, le Carré Blanc, ça m’inspire pas. Moi, je rêve de rondeurs. Ma course parfaite, c’est celle qui arrive à la Grande Sphère, quoi, pas celle qui arrive au Carré Blanc. Enfin… Je fantasme peut-être un peu trop, on est des centaines de millions, et je sais bien qu’on préfèrerait tous découvrir la Grande Sphère plutôt que de finir aplatis sur le Carré Blanc.

Du coup, comme SX13P27T4 semblait le seul à être inquiet, je suis retourné à ma baignade. Un tout petit plus sur mes gardes, peut-être.
C’est sûrement ce qui m’a permis de percevoir les infimes mouvements du Globe trois heures plus tard. De sentir une discrète odeur inconnue. J’ai tendu tous mes sens vers cette odeur, à l’affût.
La révélation m’est arrivée après quelques dizaines de minutes. C’était la Course. Autour de moi, tout le monde s’agitait. Ils avaient compris, eux aussi. Ça se bousculait dans le Globe, chacun voulait être le premier à rejoindre l’Épididyme !
Tu m’étonnes… Un bon départ assure forcément une belle Course et peut-être une victoire. Du coin de l’oeil, j’ai vu SX13P27T4 s’exciter. D’un coup, il avait retrouvé la vigueur de ses premières heures ! Quand je vous disais qu’on ne peut pas résister aux frémissements du Globe…

Et la première vague de coureurs s’élança. Suivie par la seconde vague moins d’une seconde plus tard. La troisième et la quatrième partirent dans la foulée. J’étais dans la seconde vague, surexcité. J’avais tellement hâte de découvrir le monde de la Grande Sphère ! Il fallait que je reste concentré jusqu’au bout !
D’un seul mouvement, nous remontâmes le conduit tortueux. Ça jouait des coudes dans les rangs. Forcément, il n’y aurait qu’un seul gagnant, on le savait ! À côté de moi, il y avait ce petit présomptueux de SY666Y999. Comme si son nom lui garantissait une victoire, franchement ! Je lui filai un coup de queue bien senti et il se recroquevilla. Bien fait !
Je continuai de nager à toute vitesse vers la Grande Sphère. Si j’avais bien écouté les leçons d’un ancien parti trop tôt, je venais de passer les vésicules. Oui, c’était ça, on arrivait à la bifurcation. En bas, avait dit le vieux. De toute façon, on n’avait pas bien le choix, on était tous entraînés vers le bas par le courant.
Quelques centimètres plus loin, le décor changea. Je n’étais jamais venu jusqu’ici. Des alvéoles partout sur les parois du conduit, pas de doute, on était dans le corps spongieux ! Plus que quelques centimètres avant le nouveau monde, le monde de la Grande Sphère ! Oui, je voyais la sortie ! Plusieurs millions de mes condisciples la passèrent avant moi, mais je ne perdais pas espoir ! Je voulais tellement la rejoindre, la découvrir, la connaître et la séduire, ce serait moi le vainqueur de la Course !

Je venais de passer la sortie, j’étais à présent dans un nouveau monde. Un peu inhospitalier, il faut avouer. L’atmosphère était acide et le courant allait contre nous. La vitesse du peloton baissa nettement, résultat du combat des concurrents contre les éléments. Vraisemblablement, on était les premiers à venir ici. Il n’y avait pas un chat. Et ces traces rouges sur les parois prouvaient que Rémi avait forcé la porte d’entrée pour nous laisser passer.
Je secouai la tête. Quel drame ! J’étais en pleine Course, je ne pouvais pas m’arrêter pour admirer le paysage ! Il y avait cette ouverture béante qui n’attendait que moi, je devais y aller. Des centaines de mes condisciples échouaient à passer la fissure lisse et rose. Comment réussissaient-ils à rater une ouverture aussi large, je ne me l’expliquais pas, mais ça faisait toujours des concurrents en moins ! Après l’ouverture, le canal s’élargissait et s’acidifiait encore. Là aussi, je perdis nombre de mes compatriotes.
Mais je n’en avais cure, un problème bien plus grave se présentait à moi. Le canal se divisait. Merde, merde, merde ! Gauche ou droite ? Un souvenir de mes conversations avec le vieux me revint. « Fais confiance à ton instinct d’explorateur, sens ce nouveau monde et laisse-toi guider par ton odorat ! ». Se laisser guider par son odorat. Facile à dire, c’est plus lui qui doit supporter les odeurs de SY56IL314 ! Heureusement, on était de moins en moins à être encore dans la Course ! Un petit million, je dirais. Sans cesser de nager, je fermai les yeux et humai le monde de la Grande Sphère. L’odeur ténue que j’avais sentie plus tôt revint, puissante. À gauche ! Une bonne moitié de mes collègues avait soit perdu tout odorat, soit oublié de se servir de ce sens, car ils furent bien six cent mille à se précipiter à droite. Tant pis pour eux, tant mieux pour moi.
À présent, mon environnement changeait. Le canal se rétrécissait à nouveau, le paysage était rosé, finement nervuré et des pousses grandes comme des baobabs se dressaient par centaines. Il allait falloir zigzaguer. En voyant des milliers de mes rivaux se cogner contre les creux et les bosses du canal, s’emmêler dans les arbres, je me réjouis d’avoir travaillé mon agilité dans le Globe.
Encore quelques centimètres, et nous n’étions plus que deux à trois cents au coude-à-coude. J’en vis deux qui se chamaillaient devant moi, ça n’allait pas les aider. Hop, pas manqué, je leur grillai la priorité une minute plus tard !
Et voilà que le boyau opérait un virage à cent-quatre-vingt degrés. Cent compétiteurs de moins, pour ne pas avoir su négocier une épingle ! Mais la vision qui s’offrit à ceux qui avaient réussi à passer la courbe valait tous les spectacles.

La Grande Sphère était là. C’était la première fois que je la voyais mais je savais que c’était elle. Elle était superbe. Ronde comme la pleine lune, elle était au moins trente fois plus grosse que moi ! Mais elle était si belle !
Elle irradiait d’une lumière enivrante, j’en voyais d’ailleurs quelques-uns qui titubaient. Si près de l’arrivée, c’était dommage pour eux.
La Grande Sphère flottait doucement, semblant nous attendre. Que dis-je ?! M’attendre, moi !
Sa surface ressemblait à une dentelle très fine, à la fois magnifiquement ouvragée et sans aucune logique. Les aspérités qui perturbaient sa rondeur parfaite semblaient n’être là que pour sublimer l’ensemble.
Je me sentis flotter vers elle, attiré comme par un aimant. L’aimant de l’amour. Car je le savais à présent, j’étais amoureux de cette autochtone. On ne venait pas du même monde, j’étais même encore un parfait étranger pour elle, un envahisseur, mais je savais déjà que je ne pourrais jamais en aimer une autre. C’était Elle, c’était Ma Grande Sphère.
Alors que la grosse centaine de mes concurrents restants semblaient retenus par une barrière immatérielle, je continuai seul la Course. Dansant autour de la Grande Sphère, je la taquinai, je la caressai, je la séduisis. Et je plongeai en elle.

J’ai gagné la Course du nouveau monde, je ne fais plus qu’un avec la Grande Sphère. Et déjà, notre fusion devient source de vie.
End Notes:
Voilà, voilà, faut pas me laisser bosser toute seule toute la journée, mon cerveau a des idées bizarres après :ange:
J'espère que ça vous a plu, pour ma part, je suis essoufflée comme si j'étais SY284M13U, mais faut dire que c'est peut-être plus la course contre-la-montre avec la dead-line que celle de mon héros :)
Défi 10 - Maîtresse, et donc favorite by Vegeta
Author's Notes:
Nom de l'épreuve : L'amour à travers les âges

Résumé de l'épreuve : Écrire une déclaration d'amour à un personnage historique, sous forme d’une lettre.

Contraintes : Minimum 500 mots, épistolaire, vous devrez insérer le mot élucubration(s).

Délai de réponse : Vous avez jusqu’au 26 avril 23h59 pour poster votre déclaration.

Maîtresse, et donc favorite

Le 2 mars 1672, cour du roi de France et de Navarre

Mon tendre Louis,

Tant de tristesse te traverse ces derniers jours. Ta Petite Madame, ta fille légitime bien-aimée, s’en est allée hier sans crier gare. J’ai beaucoup de peine pour toi et pour la reine. Et pour toi et moi également, car il y a moins d’une semaine, c’était notre petite Louise-Françoise qui nous quittait. Elle aurait fêté ses trois années hier. Deux filles qui te quittent coup sur coup, ne vois-tu pas ces mauvais présages pour la Hollande ? Je sais que tu es décidé à mener cette guerre, mais tu ne peux ignorer les signes du Divin. Renonce à cette folie, je t’en conjure. Je crains pour ta vie, pour notre belle histoire, pour notre amour.

Dans notre désespoir face à ces décès et à ta détermination qui ne faiblit pas, la reine et moi avons tout de même ton soutien au fond de nos ventres. Notre quatrième enfant verra bientôt le jour, mon amour. Le médecin a dit qu’il serait là à la mi-juin. Comme ton sixième enfant légitime. Seras-tu présent pour ces naissances ou seras-tu sur les plaines du Nord à guerroyer ? Je souhaite tant ta présence en ce jour béni de la venue au monde du fruit de notre amour. Pour cet enfant et les suivants, car j’espère t’offrir encore de nombreuses fois le bonheur d’être le père d’enfants en pleine santé.

Car j’ai toute ma tête, moi, contrairement à la reine qui semble vivre une grossesse psychologiquement délicate. Elle multiplie les élucubrations ces dernières semaines. Soit disant qu’une de ses dames de compagnie lui aurait dit que son fils serait l’héritier du trône. Elle craint pour la vie du Grand Dauphin, à présent. J’ai tenté de lui dire qu’en s’inquiétant pour son aîné, elle risque de perdre son benjamin, mais elle ne veut rien comprendre. Ou rien entendre, je ne sais. Elle a regardé mon ventre avec dédain et a murmuré « bâtard », je l’ai entendue. Depuis qu’elle a compris que j’étais devenue ta favorite, elle ne cesse les vilenies à mon égard. J’aurais dû la souffleter pour cette injure, mais elle est grosse. Et elle est déchirée par le chagrin.

Mais mon tendre Louis, ne t’en fais pas pour nos querelles, je pourrais supporter tant et plus. Je pourrais cacher à tous nos enfants, pour le bonheur de t’aimer. Je pourrais moquer tes courtisans des jours durant, pour le plaisir de ton sourire à mes bons mots. Je pourrais me tenir en retrait de la cour, pour quelques heures de ta présence en mon lit, où tu m’honorerais comme la reine que je ne suis pas et me ferais les enfants vigoureux qu’elle ne fait pas. Je pourrais me laisser insulter par la reine ou par la duchesse de La Vallière et de Vaujours, pour ta préférence. Je pourrais taire mon ardeur à ton égard, pour garder la tienne. Je pourrais vivre cachée de tous, être la favorite secrète, et cela toute ma vie, pour tes caresses et tes embrassades. Trop tard pour cela, mais j’aurais pu. Je pourrais, et c’est inconvenant de l’écrire, hurler l’embrasement de mes reins sous tes assauts fougueux, pour le plaisir de ta jouissance. Je pourrais laisser mourir mon époux en Guyenne, lui qui m’aime tant qu’il a refusé tous les privilèges que lui offraient tes faveurs pour moi. Je pourrais tant par amour pour toi.

Et je pourrais surtout taire tous ces mots, pour que jamais tu ne saches que je te suis acquise.


Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart
Marquise de Montespan
End Notes:
Bon, pas moyen d'aligner la date et la signature à droite, je sais pas pourquoi, ça veut pas...

Bon, pour votre culture (et parce que j'ai appris plein de trucs en étudiant notre chère marquise, donc je vous en fais profiter), la marquise de Montespan a donc été la favorite du roi Louis XIV de 1667 à 1680 et des poussières. A l'époque où elle écrit cette lettre, elle n'est pas encore la favorite en titre, mais celle-ci, la duchesse de La Vallière, n'a pas donné d'enfant au roi depuis cinq ans.
La marquise de Montespan donna huit enfants au Roi-Soleil, celui dont elle est enceinte au moment de l'écriture de la lettre étant le quatrième. La reine, Marie-Thérèse d'Autriche (qui n'était pas autrichienne mais espagnole), donna six enfants au Roi-Soleil, quatre qui moururent avant leurs trois ans (celui qu'elle porte au moment de la lettre n'atteignit pas six mois), une qui partit à cinq ans (la Petite Madame dont parle la marquise dans sa lettre) et le Grand Dauphin (qui ne fut jamais roi).
La guerre de Hollande est déclarée deux mois après la lettre et au moment des naissances conjointes des enfants de la reine et de la marquise, le roi est plutôt en bonne position dans son combat. Mais juste après, ça merde et au final, le résultat est pas hyper satisfaisant pour lui.
Voilàààà, c'était l'instant "Dynastie des Bourbons" et c'est quand j'écris ce genre de textes que j'ai enfin envie de m'intéresser à l'Histoire :D
Défi Bonus – Au premier étage de la librairie by Vegeta
Author's Notes:
Nom de l'épreuve : La dernière réunion

Résumé de l'épreuve : Andy, Chloé, Henry et Louis se retrouvent pour célébrer le succès de Plumes en Folie. Imaginez le déroulement de cette réunion.

Contraintes : Veuillez à respecter la personnalité des personnages et leurs tics de langage. L'histoire se déroulera chez l'un des deux organisateurs qui n'est pas votre chef d'équipe. Limite : un minimum de 1000 mots est requis.

Délai de réponse : Vous avez jusqu’au 3 mai 23h59 pour y répondre.
Au premier étage de la librairie

Henry consulta sa montre à gousset. Il ne lui restait que quelques minutes pour trouver la boutique de Mademoiselle Darcy s’il souhaitait arriver à l’heure. Et il avait horreur d’être en retard. Il releva la tête et parcourut la rue du regard. Une boutique de livres-salon de thé, ça ne devait pas être si difficile à trouver. Et il ne pouvait demander son chemin. A force de fréquenter les jeunes dames qui constituaient son équipe hardie, il avait fini par comprendre que ses manières étaient quelque peu désuètes pour l’époque dans laquelle il avait atterri. Il fit un tour sur lui-même pour contrôler qu’il ne l’avait pas passé sans la voir… Et faillit renverser Louis Mercier qui s’apprêtait à lui taper sur l’épaule.

- Ah, mon cher Louis, bien le bonsoir ! Je suis bien aise de vous voir, je crains fort d’avoir perdu mon chemin.
- Je m’en doutais, cher Comte. Vous y étiez presque, regardez, c’est juste ici, répondit Louis en indiquant une devanture défraîchie.

Voyant l’enseigne représentant une théière, le comte ne put s’empêcher de pester contre lui-même. En effet, il y était presque.

- Allons-y, alors. L’exactitude est la politesse des rois, vous dirait un de vos anciens rois de France.

Louis emboîta le pas au comte qui avançait, décidé, vers la boutique. Il ouvrit la porte d’un geste impérial, faisant résonner la petite clochette de cuivre qui pendait à l’intérieur. Le rire cristallin qui retentissait à l’étage se tût et un bruit de cavalcade se fit entendre dans les escaliers.

- Louis, Henry ! Vous avez trouvé ! s’exclama Chloé.

Sans plus de cérémonie, elle serra Louis dans ses bras et plaqua deux bises sur ses joues. Le comte se raidit, conscient qu’il n’y couperait pas. Ce n’était pas des manières que de baiser le visage des hommes à tout-va ainsi, les moeurs s’étaient fort dégradées en France. Chloé relâcha le jeune organisateur et allait enlacer de même le comte quand elle s’arrêta brusquement.

- J’oubliais, dit-elle avec un sourire pétillant. Les bonnes manières, n’est-ce pas, cher Henry ?

Elle lui tendit la main, paume vers le sol. Le comte lui accorda un sourire satisfait et s’inclina pour baiser la main tendue.

- Heureux de vous revoir, Mademoiselle Darcy, salua-t-il.
- Oh, Henry, ne soyez pas si pompeux, appelez-moi Chloé ! Venez tous les deux, Andy est déjà là.

Elle leur indiqua l’escalier qui menait au premier, son appartement.
A l’étage, Andy était occupé à observer un morceau de sucre en train de s’imbiber de thé brûlant. Il leva la main à leur entrée.

- Un instant je vous prie, Chloé ma jolie. Nous voilà en présence, je vous le dis, d’un véritable morceau de science.

Les trois autres s’arrêtèrent. Chloé et Louis se jetèrent un coup d’oeil amusé, tandis que le comte s’outrageait en silence de l’impolitesse du jeune homme. Le carré de sucre finit de fondre et Andy releva la tête.

- Comte Henry, mon cher ami ! Avez-vous fait bon voyage, depuis votre pays plein de nuages ? demanda-t-il en lui serrant la main.
- Excellent, Andy, excellent. J’apprécie que vous vous en souciez.

Andy salua ensuite Louis et Chloé invita les deux nouveaux arrivants à s’asseoir.

- Ainsi nous voilà déjà à l’aboutissement, le temps est passé si rapidement ! Mais que de merveilles écrites par ces claviers effrénés, c’était un réel ravissement de les chapeauter !
- Je suis en tout point d’accord avec vous, Andy, j’ai été époustouflé par les jeunes dames que j’ai guidées depuis janvier.

Louis sourit silencieusement, il était enchanté de voir que cette expérience avait plu à tous. Enfin, Chloé ne s’était pas encore exprimée.

- Je suis un peu déçue par tous ces désistements, moi. Mais c’est vrai que certains défis étaient particulièrement corsés, je ne sais pas si j’aurais pu écrire sur tous, même avec mon imagination.
- Qui doit de plus être magnifiée par l’ensemble de vos lectures, Mademoiselle Darcy.
- Chloé, Henry, Chloé. Vous allez y arriver, le taquina-t-elle. Mais oui, c’est vrai que je lis énormément. En tout cas, c’est quand même super qu’ils aient tous participé, même pour un seul défi ! J’espère que ça fera naître des vocations pour écrire des histoires !
- Je vous vois déjà si fière, de lire un roman écrit par l’une de vos équipières.
- Je le vendrais à des milliers d’exemplaires ! s’enthousiasma la jeune femme.

Louis leva sa tasse brûlante.

- Trinquons ! A Korongo et ses admirateurs ?
- A Korongo et ses admirateurs ! répétèrent en choeur Chloé, Andy et Henry.

Les tasses s’entrechoquèrent doucement et les quatre comparses se sourirent. Puis Andy, qui semblait ne pouvoir se retenir, ajouta.

- Que c’est beau d’avoir vu tant d’ardeur !

Chloé sourit devant ce tic de langage qu’elle trouvait au demeurant assez charmant. Elle se prit à rêvasser, peut-être était-ce lui son prince charmant débutant, ce poète un peu savant fou. Elle secoua la tête en soupirant. De toute façon, c’était sûrement la dernière fois qu’elle le voyait, à quoi ça servait de se faire des idées maintenant ?

- Vous êtes bien pensive, ma chère, murmura le comte à ses côtés. Serait-ce la fin de cette aventure qui fait passer ses ombres sur votre visage ?
La jeune femme jeta un coup d’oeil aux deux autres, plongés dans un débat apparemment passionnant qui faisait intervenir de l’encre de seiche, des sachets de thé et une clepsydre. Elle souleva un sourcil sans comprendre, puis se tourna vers le comte.

- Les petits vont me manquer, c’est vrai. Mais vous trois aussi, vous savez.

Le comte s’empourpra délicatement.

- Enfin, mademoiselle Darcy, on ne dit pas ces choses-là. Vous devez garder les sentiments que vous nous portez au fond de votre coeur. Et d’ailleurs, qui vous croirait si vous disiez que vous avez rencontré un comte né au XVIe siècle et que vous éprouvez une affection toute amicale pour lui ? Personne, vous le savez bien, vous seriez brûlée pour sorcellerie.
- Ah, cher comte, discuter avec vous, c’est comme lire un livre d’Histoire ! C’est terminé la chasse aux sorcières, depuis bien longtemps, rit Chloé.
- Pas à mon époque, mademoiselle Darcy, pas à mon époque…

Un pli soucieux barra le front du comte et Chloé se mordit la lèvre, désolée d’avoir rappelé de mauvais souvenirs à son ami.

- Comment allez-vous rentrer d’ailleurs ?

Louis, qui avait entendu la question, interrompit sa conversation avec Andy.

- Korongo a fourni une de ses plumes qui devrait permettre à Henry de retourner à son époque sans problème. Je peux vous faire confiance pour ne parler de tout cela à personne, Comte ?
- Bien évidemment, cher Louis, comme je le disais à Mademoiselle Darcy, la chasse aux sorcières est à son apogée chez moi, il serait bien hasardeux de ma part, et dangereux, d’échanger sur mes rencontres printanières avec qui que ce soit à mon retour.

Louis hocha la tête en signe d’assentiment.

- Korongo a-t-il dit quand Henry devait nous quitter, Louis ?
- Pas avant la fin de Plumes en Folie, dans quelques jours, je pense. Ca vous convient ?
- Tout à fait, mon cher.
- C’est donc la dernière fois que nous sommes réunis, conclut Chloé. Nous devons trinquer à notre rencontre, alors !

A nouveau, les tasses se levèrent.

- A notre rencontre !
End Notes:
Alors, d'après vous, Chloé et Andy vont-ils partager une idylle qui deviendra LA rencontre de Chloé ? Henry va-t-il finir brûlé pour sorcellerie à cause d'un mot qui lui aurait échappé ? Et que va devenir notre maître du jeu, ce cher Louis ?
Défi 11 - Vengeance de favorite by Vegeta
Author's Notes:
Nom de l'épreuve : Scènes préhistoriques.

Résumé de l'épreuve : Vous allez devoir écrire une scène de pièce de théâtre qui impliquera un personnage historique la veille d'un des grands événements de sa vie. Par exemple, Napoléon la veille de Waterloo, Henry V avant Azincourt, Marie-Antoinette avant la Guillotine, Louis XIV avant son mariage, etc. Votre personnage devra dialoguer avec quelqu'un d'autre, réel ou non (vous pouvez inventer l'autre personnage). Cela peut même être avec un arbre, un lapin, du moment que l'arbre (ou le lapin) répond.

Contraintes : Le dialogue est obligatoire. Comme dans toute pièce de théâtre, pensez aux didascalies. Présentez la scène, l'état des personnages, etc. Minimum 500 mots.

Délai de réponse : Vous avez jusqu’au 6 mai 23h59 pour poster votre texte.
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Nous sommes donc à la veille de l'assassinat du roi Henri IV par François Ravaillac.
Vengeance de favorite

ACTEURS

FRANÇOIS Ravaillac
Catherine HENRIETTE de Balzac d’Entragues, marquise de Verneuil

La scène a lieu chez le duc d’Épernon, absent. Nous sommes le 13 mai 1610.


ACTE UNIQUE, SCENE UNIQUE


FRANÇOIS, HENRIETTE.


Elle entre.


HENRIETTE, pressée - Le duc n’est point là ?

FRANÇOIS, sur le ton de l’évidence - Il est au couronnement.

HENRIETTE, furieuse - Le couronnement, évidemment.

FRANÇOIS - Vous n’aimez vraiment pas la reine, n’est-ce pas, Madame ?

HENRIETTE - Si je l’aime ? Je la hais du plus profond de mon être, cette Florentine ! Marie de Médicis, voilà un bien joli nom pour une pareille voleuse !

FRANÇOIS - Mais que vous a-t-elle volé ?

HENRIETTE - Rien de moins que notre bon roi Henri IV, Monsieur Ravaillac. Le roi qui m’avait promis deux fois de m’épouser, et qui a finalement préféré la grosse banquière.

FRANÇOIS, surpris - Vous épouser ?

HENRIETTE - Mais oui ! Il y a déjà onze ans de cela ! Son premier mariage n’avait même pas encore été annulé ! Mais non, il a choisi la royauté, et l’argent surtout. Il n’a eu que faire de sa favorite qui venait de perdre leur enfant… Peste soit de l’argent, des banquiers et de la reine couronnée !

FRANÇOIS, incertain - Mais si vous êtes sa favorite, pourquoi vouloir le tuer ?

HENRIETTE, jetant des regards de tous côtés - Chut ! Ne dites pas cela !

FRANÇOIS - Dites-moi pourquoi ou je ne le fais pas.

HENRIETTE, impérieuse - Vous le ferez ou c’est vous que je fais assassiner.

FRANÇOIS, inflexible - Dites-moi pourquoi.

HENRIETTE - Elle m’a tout pris. Mon mariage, mon mari, ma couronne, mes héritiers au trône. Même les faveurs du roi ! Oui, je ne suis même plus la favorite du roi. Depuis quelques mois, il y a cette Charlotte et si je suis acceptée à la Cour, je sais bien que ce n’est que parce que j’ai porté deux enfants légitimés du roi.

FRANÇOIS - Ainsi vous voulez lui prendre le roi en retour.

HENRIETTE - C’est cela même. Elle est couronnée aujourd’hui, demain elle sera veuve. Faussement triste, Pauvre petite Henriette qui ne se souviendra pas de son papa… Furieuse, Et ils ont osé lui donner mon prénom !

FRANÇOIS - Comment devrai-je procéder ?

HENRIETTE - Demain, le roi va se rendre à l’Arsenal, pour rendre visite à Sully. Elle sort un feuillet de son corsage. Voilà son itinéraire. Elle indique un point du parcours. Ici, il y a une auberge, « Au coeur couronné transpercé d’une flèche ». Vous vous tiendrez à proximité, avec le couteau. Le duc sera avec lui dans le carrosse, il l’aura incité à lever les rideaux auparavant. Vous n’aurez qu’à atteindre la voiture et à frapper.

FRANÇOIS - Il n’y aura pas de gardes ? De valets ?

HENRIETTE - Moins qu’à Pâques où vous n’avez pu l’approcher. L’Arsenal est tout proche, le roi ne se fera pas escorter par la Garde. Quelques officiers comme le duc, et quelques fantassins tout au plus.

FRANÇOIS - Comment être certain que le convoi ralentira à cet endroit ?

HENRIETTE - C’est tout arrangé. Il y a un peu plus loin sur le trajet une autre auberge, dont le tenancier a accepté contre quelque ristourne de faire livrer vin et foin à la même heure, vers seize heures. Malheureusement, l’arrière-cour ne peut recevoir deux voitures en même temps, l’une d’elles devra stationner dans la rue en attendant que la première soit déchargée. Mais la rue est étroite à cet endroit. Cela nous assurera un ralentissement pour plusieurs dizaines de minutes.

FRANÇOIS - Et après ? Comment vais-je m’en sortir ?

HENRIETTE - Le duc sera là. Il fera le nécessaire pour que vous ne soyez pas lynché sur place. Ensuite…

FRANÇOIS, pressant - Ensuite ?

HENRIETTE, faussement assurée - Ensuite, il vous fera disparaître avant votre emprisonnement et vous n’aurez plus qu’à rentrer à Angoulême.

FRANÇOIS, rassuré - C’est tout ? C’est simple de tuer un roi.

HENRIETTE - Je compte sur vous pour ne pas rater votre coup, vous n’aurez pas de seconde chance.

FRANÇOIS - Et pour vous ?

HENRIETTE - Comment, pour moi ?

FRANÇOIS - Et bien… Qu’allez-vous faire après ?

HENRIETTE - Mon fils et ma fille, les enfants du roi, sont encore petits. Je rentrerai à Verneuil pour les élever loin de la Cour. Ils n’ont pas besoin de fréquenter ceux qui leur ont volé leur père.

FRANÇOIS - Personne ne s’en étonnera ?

HENRIETTE - Je n’ai aucune raison de rester. Même si j’étais encore la favorite du roi, lui mort, la grosse banquière reine régente, je ne serai plus la bienvenue à la Cour. Mes enfants, peut-être, mais ils ne les sépareront pas de moi.

FRANÇOIS - Bien. Ma récompense ?

HENRIETTE - Cinq mille écus, comme convenu. Vous les trouverez sur la route d’Angoulême, à Chastres. Demandez le tavernier à la première auberge sur la grand-route. Vous vous présenterez sous le nom de l’abbé Roissac, de la part du consul de Basse Saintonge. Il saura ce qu’il a à faire. Retenez bien. L’abbé Roissac, de la part du consul de Basse Saintonge.

FRANÇOIS - Parfait. Tout est dit, alors ?

HENRIETTE - Tout est dit. Adieu, Monsieur Ravaillac.

Il sort.


HENRIETTE, restée seule - Quel benêt. Croire qu’il pourra commettre un régicide et s’en sortir aussi aisément. Il faudra que je rappelle au duc l’importance de sa condamnation, que ses dires ne puissent jamais inquiéter nos réputations.
End Notes:
Et voilà, c'était donc le dernier défi de PeF !

Comme vous le savez, ou pas si vous êtes quiche en histoire comme moi, François Ravaillac a été condamné à mort pour avoir tué Henri IV et exécuté le 27 mai 1610, 13 jours après le meurtre. Son acte a été jugé l'oeuvre d'un fou isolé, cette histoire de complot est donc fausse (même si il y a effectivement eu des soupçons sur Henriette et le duc d'Épernon).
Par contre, tout le reste est vrai, l'historique entre Henriette et le roi, les infos sur Marie de Médicis, le contexte de l'assassinat, ... Le lieu du meurtre est réel également, c'était effectivement devant une auberge nommée « Au coeur couronné transpercé d’une flèche ».

J'espère que ça vous a plu, moi je me suis bien amusée à inventer un complot derrière cet événement historique, j'ai presque envie de détourner d'autres événements de l'Histoire de France après ça :)

A bientôt !
Défi 5 - Nicolas by Vegeta
Author's Notes:
Nom de l'épreuve : La nuit alphabétique.

Résumé de l'épreuve : L'histoire doit se dérouler de nuit. Par choix ou par mégarde, votre personnage (ou vos personnages, bien sûr) se retrouve en dehors de chez lui pour la nuit. Il peut choisir de rester dehors, de s’abriter dans une grotte, de squatter une noce où il n’est pas invité, etc., mais l’histoire doit durer uniquement une seule nuit jusqu’au maximum le premier rayon de soleil qui arrive.

Contraintes : La première lettre de chaque phrase suit l'ordre alphabétique. Il doit donc y avoir 26 phrases et uniquement 26 phrases.
Vous n'êtes pas obligés de commencer votre première phrase par la lettre A. Vous pouvez choisir la lettre que vous voulez. Mais vous devez ensuite respecter l'ordre alphabétique.

Délai de réponse : Vous avez jusqu’au 21 mars 23h59 pour poster votre texte

J'avais dit que je répondrais aux défis que je n'ai pu réaliser pendant Plumes en Folie. Voilà donc le défi 5 !
Nicolas

Cette soirée s’était plutôt bien passée, se dit Romane en quittant la fête aux alentours de trois heures du matin. Dire qu’elle avait failli ne pas y aller une fois de plus. Elle était toujours un peu réticente à l’idée de passer du temps avec des inconnus, même pour, en l’occurrence, fêter l’anniversaire de son meilleur ami. Faire du social, ce n’était vraiment pas son truc. Gêne, bafouillages et rougissements étaient son lot quotidien quand il s’agissait de communication interpersonnelle. Heureusement, son fond de teint était son meilleur allié et masquait efficacement toutes les traces physiques de son malaise.

Il suffisait de se faire violence, parfois, pensa la jeune femme en déroulant le fil de la soirée d’anniversaire. Jamais elle ne se serait crue capable de prendre sur elle et d’aller vers de vielles connaissances ou de discuter avec des gens qu’elle ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam - dont ce garçon qu’elle reverrait sûrement - sans a priori, et surtout sans finir dans un coin à vider sa coupe de champagne pour garder une contenance. K.O. la timidité, se réjouit-elle, les séances de psychothérapie portaient vraisemblablement leurs fruits, à sa plus grande surprise. La thérapeute allait être fière d’elle quand elle lui raconterait cette soirée lors de leur prochaine séance, c’était certain ! Même l’idée de revoir le beau brun ne lui faisait pas peur, constata-t-elle en adressant un sourire tendre au trottoir sur lequel elle marchait, ses sandales trop hautes à la main.

Nicolas, il s’appelait. Où avait-elle fourré la serviette en papier sur laquelle il avait griffonné son numéro, se demanda-t-elle soudain, fouillant dans les tréfonds de sa mémoire obscurcie. Pourtant, elle n’avait pas tant bu, trois verres - à peine, elle n’avait même pas fini le dernier -, mais elle se sentait un peu hagarde, hors du temps, à déambuler ainsi dans la ville de nuit, un sourire idiot aux lèvres à l’idée de revoir un garçon barbu au regard brillant. Quelle incurable romantique elle faisait, se morigéna-t-elle en souriant de plus belle. Rêvasser ainsi lui faisait du bien, cependant, elle s’était rarement sentie aussi sereine depuis… aussi loin qu’elle se souvenait, en fait.

S’intéressant enfin à son environnement, elle constata qu’elle avait raté le croisement où elle aurait dû bifurquer pour rejoindre son appartement. Tant pis, elle prendrait la rue suivante, ça lui rallongerait un peu le chemin, mais elle s’en fichait : pieds nus sur le bitume, elle avait l’impression qu’elle aurait pu passer la nuit à se promener ainsi, perdue dans ses songes.

Une goutte lui tomba sur le bout du nez, annonçant une averse rafraîchissante dans la chaleur d’août. Vraiment, se désola-t-elle en s’entendant penser, elle était si déphasée pour se réjouir d’une averse en plein été ? Wittisheim et les autres villages alentours avaient été bien assez arrosés tout au long du printemps, il n’y avait nul besoin d’en rajouter. Xérès et décibels avaient dû atteindre son cerveau plus durement qu’elle ne l’imaginait, ou était-ce Nicolas ? Y avait-il un risque qu’elle soit complètement mordue de ce garçon qui semblait en plus s’intéresser à elle ? Zapper la rencontre et continuer sa vie un peu trop solitaire lui paraissait inimaginable à présent…

Avisant le portillon de son immeuble, elle sortit ses clés et pénétra dans la résidence silencieuse à pas feutrés, s’efforçant de ne pas troubler le calme ambiant. Bâillant soudain, comme si la fatigue l’avait attendue entre les murs de son appartement, elle se démaquilla rapidement et se glissa entre les draps frais, une seule question tournant en boucle dans sa tête : Nicolas serait-il libre demain pour le dîner ?
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