Femme du Monde by ET_
Summary:

 

Lauren - AQuartzyLife. 


Plumes en Folie 2016


Categories: Romance, Historique Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Plumes en Folie !
Chapters: 2 Completed: Non Word count: 3617 Read: 5029 Published: 17/02/2016 Updated: 17/09/2017

1. Défi 1 – La fille d’Hi’iaka by ET_

2. Défi 2 – Soleil brûlant by ET_

Défi 1 – La fille d’Hi’iaka by ET_
Author's Notes:
Voici ma participation pour le défi 1 : "Et bien dansez, maintenant !", j'espère que ce texte vous plaira ! Et merci infiniment à anhya pour sa relecture ♥
3 février 1898, ‘Ainahau, Waikiki
Résidence de la Princesse Ka’iulani



Moana était comme l’océan. Elle était la brise fraîche et pure qui balayait la chaleur dévorante du pacifique. Alors que tout sur cette île n’était que sueur et moiteur, Moana était légère comme un pétale d’Hibiscus Clayi, si douce et si forte à la fois. Elle était comme les vagues de l’océan qui frappaient les rochers et léchaient le sable ; elle était comme les troncs des palmiers, souple et piquante en même temps.

J’étais venu à Hawaii pour sa faune, ses plantes verdoyantes et si curieuses. Pourtant, j’y avais découvert bien plus que cela, mes pages de croquis s’étaient remplies de dessins animés et vifs, elles s’étaient remplies d’esquisses colorées et dansantes. Mon grand-oncle m’avait invité à passer l’hiver avec lui, sur cette nouvelle terre qu’il exploitait sans honte ni retenue. Sa plantation de cannes à sucre était l’une des plus étendues et fructueuses de Kahului, l’une des îles de l’archipel hawaiien. Chercheur au département des sciences végétales de Cambridge, c’était une occasion inespérée d’étoffer ma thèse.

Hawaii, renaissance des Magnoliophytes et Lycopodiopsides par Jonathan Swanson, ça sonnait merveilleusement bien.

Mais des fleurs qui poussaient à Hawaii, Moana était de loin la plus fascinante. Elle était belle, douce, et sans aucun doute la danseuse la plus remarquable d’Hawaii. Les tambours Ipu ne résonnaient que pour elle, parce que chacun avait l’espoir de la voir ne serait-ce qu’esquisser un mouvement. Certains disaient qu’elle était la descendante d’Hi’iaka et Lohiau, l’esprit du Hula qui avait touché par sa compassion et son courage ce prince à la voix chantante. D’autres aimaient à dire que l’esprit Hi’iaka avait déposé un coquillage dans la paume de sa main à sa naissance et que dès lors, l’ondulation des vagues parcourait son corps à chaque mélodie, chaque raisonnement des tambours.

Et j’avais fini par y croire moi aussi.

Quand elle dansait, les lèvres entrouvertes et la poitrine se gonflant lentement, je ne pouvais détourner mes yeux d’elle. Personne ne le pouvait.

Après un trop long trajet, la chaleur et le soleil avaient fini par me faire haïr ma venue à Hawaii. Rien ne trouvait grâce à mes yeux. Ni les longues balades sur les plages, ni les longues heures que je passais à étudier de nouvelles espèces. J’avais un profond mépris pour les autochtones, mépris dû à l’incompréhension absolue de leurs mœurs.

Ce dédain que j’avais nourri pour ce pays pendant plusieurs semaines s’évanouit lorsque je la rencontrai. Avec Moana, le soleil n’était plus étouffant mais doux sur ma peau, leur langue n’était plus incompréhensible mais curieuse et mélodieuse. Moana m’avait montré que la nudité n’était pas signe d’indécence, que la pudeur ne se comptait pas en nombre de vêtements qui recouvraient notre corps, elle m’avait appris à ne pas juger mais questionner.


Ke ha`a lä Puna i ka makani
Ha`a ka ulu hala i Kea`au
Ha`a Hâ`ena me Hôpoe
Ha`a ka wahine
`Ami i kai o Nanahuki la
Hula le`a wale
I kai o Nanahuki



Encore ce soir-là, à la lumière des torches, devant toute l’assemblée qui célébrait les fiançailles de la Princesse Ka’iulani et du Prince Kawānanakoa, Moana s’illustrait par ses mouvements gracieux. Ses lourdes boucles noires tombaient sur sa poitrine recouverte d’une large chemise blanche. A chaque mouvement, des mèches s’emmêlaient dans le collier de fleur qu’elle portait autour du cou.

Sa longue jupe remonta légèrement sur son mollet, laissant entrevoir son genou fin et j’eu, un instant, envie de marcher vers elle et de soulever le tissu encore plus haut. Chaque mouvement la rendait plus irréelle encore.

Elle fuyait du regard tous ceux qui l’entouraient, les hommes aux pensées lubriques, les femmes qui la jalousaient et les siens qui l’admiraient sans pudeur. Moana posa ses yeux sur moi et j’imaginai l’esquisse d’un sourire sur ses lèvres.

« Ke ha`a lä Puna. »

Les voix des danseuses s’élevèrent à l’unisson, couvrant le chant des musiciens qui, au bord de la scène, assis dans le sable, semblaient dans un monde bien à eux. Excepté la haute d’Hawaii dont les fessiers étaient fermement ancrés sur des chaises confortables, tous les invités se tenaient debout, autour du carré dessiné dans le sable qui faisait office de scène. Tout autour, des torches étaient plantées, illuminant le jardin d’‘Ainahau comme en plein jour.

Dans ses yeux verts et dorés, dansait à la lueur des flemmes une malice rien qu’à elle. Moana ressentait la musique, le rythme qui faisait frissonner la terre. Ses pieds s’enfonçaient dans le sable à chaque mouvement, les orteils s’enfonçant sous les grains chauds et doux. Un mouvement de la nuque et ses cheveux glissèrent sur ses épaules pour retomber lourdement dans son dos. Un frisson remonta jusqu’à sa nuque et elle ferma les yeux.

« Ke ha`a lä Puna. »

Un sourire étira ses lèvres et je sus qu’elle ressentait la musique, les paroles si significatives, une ode à la nature, à la vie. Plus rien n’existait autour d’elle, seulement les pas de danse, les mouvements lents, rapides. Un pied qui se pointe, un bras qui se lève, ses hanches qui roulent, elle se laissait porter par les tambours Ipu, par la voix des chanteurs qui tremblait à travers la nuit.


`O Puna kai kuwa i ka hala
Pa`êpa`ê ka leo o ke kai
Ke ulu la i nâ pua lehua
Nânâ i ka`i o Hôpoe e
Ka wahine ami (oni) i kai
O Nanahuki
Hula le`a wale
I kai o Nanahuki



Elle s’était arrêtée. La musique continua cependant mais les musiciens ne jouaient plus avec leurs cœurs. Leur attention et leur adoration avaient suivi Moana qui avait quitté la scène et s’avançait doucement vers les tribunes. Les tambours sonnaient creux et leurs voix ne résonnaient plus dans la terre mais flottaient sans aucune conviction dans l’air.

Moana ignora les hommes, les Américains qui se délectaient du spectacle, les Hawaiiens qui admiraient chacun de ses mouvements. Elle ignora le prince Kawānanakoa, lui qui emprisonnait chaque jour un peu plus Ka’iulani dans une cage dorée.

Moana s‘inclina. Elle ôta lentement son collier de fleur et le porta autour du cou de la Princesse. Moana aimait Ka’iulani. Elle était sa souveraine, cette femme forte qui avait protégé son peuple. La Princesse se baissa, arrêtant son visage à quelques centimètres de celui de Moana. Elle esquissa un sourire sincère et d’un geste de la main, repoussa les boucles brunes qui tombaient sur le visage de la danseuse.

Les tambours Ipu se remirent alors à battre un rythme lent et la voix du peuple d’Hawaii s’éleva dans la nuit brûlante de ce mois de février. Moana se leva et, avec une dernière révérence, recula sans lâcher Ka’iulani du regard.

Pour sa Princesse et pour l’avenir, Hawaii se mit à chanter.


***



La princesse Ka’iulani faisait pousser dans son jardin des roses d’Angleterre, de celles qu’on trouvait dans les serres de Cambridge. Il était pourtant impensable qu’elles puissent s’épanouir dans un tel climat mais, comme l’avait fait la princesse en venant vivre en Angleterre, les fleurs s’étaient adaptées.

Du bout des doigts, j’effleurai un pétale qui était tombé au sol, sa couleur rose pâle s’effaçait dans le noir de la nuit.

« Aloha e Monsieur Swanson, » fit une voix dans mon dos.

Surpris, je me retournai. Moana me faisait face, ses longs cheveux secoués par la brise et l’or dans ses yeux pétillant à la lumière de la lune. Elle était si belle qu’un instant, j’en oubliai de respirer.

« Aloha Moana, dis-je en sortant de ma poche mon carnet à croquis. J’ai quelque chose pour toi.

- Koki’o ‘ula, murmura-t-elle en caressant la minuscule fleur posée dans ma paume.

- C’est une Hibiscus Clayi, elles ne poussent que sur Kea`au. »

La main de Moana semblait si minuscule dans la mienne que j’esquissai un sourire malgré moi. Ses yeux émerveillés refusaient de quitter les pétales rouges qui s’ouvraient gracieusement autour des pistils dorés.

« Tu m’avais dit que tu me les montrerais, chuchota Moana, comme si son souffle allait faire s’envoler la fleur.

- Je te l’avais promis, oui.

- Je pensais que tu ferais un… ki’i ?

- Un croquis ? J’en ai fait aussi, mais je voulais t’en ramener une. »

Elle me gratifia d’un de ses sourires sincères, un de ceux que j’aurais aimé être le seul à voir. Faisant rouler la tige entre mes doigts, je coinçai la fleur dans ses cheveux, au niveau de son oreille gauche. Ma main s’attarda à cet endroit, et je me rapprochai légèrement. Les joues de Moana s’empourprèrent et elle baissa la tête, gênée.

« Tu étais magnifique ce soir, lui avouai-je alors, laissant glisser mes doigts jusqu’à sa joue.

- La danse était belle ? demanda Moana timidement.

- Oui, ta danse aussi était magnifique.

- C’est parce que je danse avec mon cœur. »

Enfin, elle leva les yeux vers moi, une lueur de fierté au fond des pupilles.

« C’est l’histoire que nous avons racontée qui est belle. »

Un silence confortable s’installa entre nous et inconsciemment, nos corps se rapprochèrent.

« Tu veux apprendre ? »

J’acquiesçai sans un mot et me laissai faire. Elle recula d’un pas et posa ses mains sur mes avant-bras. D’un geste lent, sensuel, elle les fit glisser jusqu’à mes poignets et caressa ma peau. D’un coup, elle me tira vers elle, m’obligeant à avancer un pied. Moana bougea sur sa droite, me faisant tourner sur moi-même d’un quart de tour. D’un sourire satisfait, elle me lâcha et me demanda de recommencer.

Je me sentais ridicule.

« C’est Ka’apuni, expliqua Moana, cela veut dire le tour de l’île. Tu vois, avec ton pied, tu tournes autour d’Hawaii et tu entoures la terre et le sable.

- Cela prend moins de temps que je ne le pensais, plaisantai-je avant de me rendre compte qu’il aurait mieux fallut que je tienne ma langue.

- Ce n’est pas drôle Jonathan, me réprimanda-t-elle. Tu dois danser en racontant quelque chose. Sinon, les mouvements n’ont aucun sens ! »

Elle fronça les sourcils et je ne pus m’empêcher de sourire face à son air réprobateur.

« Pourquoi tu souris ? questionna Moana. Tu te moques de moi ?

- Non, bien sûr que non. Je me disais simplement que tu ferais un bon Kumu Hula.

- Même avec un bon professeur, tu n’apprendrais pas le vrai sens du Hula, me charria-t-elle en s’approchant, un air de défi dans les yeux. Tu ne veux rien comprendre. »

Elle était près, trop près de moi. Son odeur était enivrante, son corps irradiait de soleil malgré l’obscurité de la nuit. Son haleine caressait mon visage et à chaque respiration, j’avais envie de me pencher et d’embrasser ses lèvres roses et pleines.

Je m’avançai plus encore, jusqu’à ce que sa poitrine s’écrase contre mon torse. Un frisson remonta le long de mon dos et mes mains se posèrent sur son visage.

« Aloha au iâ `oe, » murmurai-je à son oreille.


Ce soir-là, ce fut elle qui m’embrassa.


.
End Notes:
Traduction de la chanson Ke ha`a lä Puna :


Puna danse dans la brise
les bosquets de cocotiers de Kea`au se joignent à la danse
Hä`ena and Höpoe ondulent
La femme se balance au-dessus de la mer de Nanahuki
Une danse de joie au-dessus de la mer de Nanahuki

La mer à Puna résonne à travers les palmiers
La voix de la mer grandit
Rependre les fleurs Lehua
Contemplez les festivités d’Höpoe
La femme qui se balance au-dessus de la mer de Nanahuki
Une danse de joie au-dessus de la mer de Nanahuki


*Kumu Hula = source de savoir (professeur de danse)

*Aloha au iâ `oe. = Je t’aime.
Défi 2 – Soleil brûlant by ET_
Author's Notes:
J'arrive plus d'un an après le concours mais j'étais persuadée d'avoir posté ce texte (écrit il y a fort longtemps pour le défi 2 du concours) !


Il fallait écrire une histoire en deux parties avec le point de vue d'un animal et d'un humain sur le sauvetage de l'un par l'autre.




Bonne lecture à toutes et à tous ♥
Oui’i - Willy

Savane brûlante, le soleil mord. Il fait toujours chaud et l’eau du lac ne remonte pas dans la terre ici. Il n’y a pas d’herbe, il n’y a pas d’arbre, il n’y a pas d’ombre. Pas de fraîcheur. Il y a juste des cailloux, des petits, des gros. Parfois, des très petits se coincent dans mes sabots. Ça fait mal, je tape pour les faire partir. Ça ne marche pas.

La faim est partout. L’humaine m’emmène un peu plus loin, peut-être qu’il y a de l’herbe. Quelque chose de vert. Elle a un petit humain accroché au dos, caché dans plein de couleurs. Il faut se dépêcher, l’eau est loin et il faut y retourner avant que le feu du ciel tombe derrière les grands pics au loin.

Savane brûlante, on ne sait jamais ce qui se cache dans les herbes sèches et jaunâtres. Du vert. Mes genoux tremblent quand je me penche. C’est sec. C’est peu. Mais ça fait du bien.

Je lève la tête, l’humaine n’est plus là.

Il y a pourtant quelque chose plus loin. Derrière le rocher ou derrière la butte. Mon pelage est de la couleur du sable, peut-être que ça ne me verra pas.

J’ai peur.

Il est là, tapi dans l’ombre. Il pense être silencieux mais à chaque mouvement, la terre grince sous son poids. Pousser un cri ? Se taire et disparaître ? Première option, j’espère que l’humaine va entendre.

Impossible de bouger. Il est là.





Maji
1671, ouest du lac Rudolf (Tukana)


Kamau était lourd dans mon dos. Le pagne tirait sur mes épaules qui me lançaient à chaque mouvement. Il dormait, sa respiration calme caressait ma peau, ça me rassurait. Ses petites mains s’accrochaient à mes colliers et sa tête dodelinait à chacun de mes pas.

Il fallait s’occuper des bêtes, surveiller les enfants, rentrer tôt pour s’occuper de la nourriture. Je n’étais qu’une parmi d’autres, une mère pour un nouvel enfant. J’étais la troisième femme mais je lui avais donné un fils. Mon mari, chef des Tukana m’aimait vraiment. Il nous aimait toutes, qu’on ait seize ou vingt-huit ans, qu’on ait enfanté ou non.

Nous avions toutes un rôle dans le village.

Le mien était de surveiller le troupeau, maigre cette année à cause de la sécheresse. J’amenais les vaches unes à unes près du lac lorsque les hommes s’en allaient à la chasse. Il était difficile de marcher sous le soleil brûlant. Le lac disparaissait lentement, chaque jour un peu plus l’eau s’en allait. Les herbes vertes étaient devenues jaunes depuis longtemps et il fallait marcher de longues distances pour nourrir les bêtes.

Un meuglement plus loin et, alerte, je me redressai. Kamau gémit dans son sommeil, secoué par le mouvement brusque. Je me dépêchai, forçant l’allure. Mes jambes brûlaient sous l’effort et ma respiration se fit dure, saccadée.

Ma sandale se coinça dans un caillou et la lanière céda. Sous la douleur et le choc, je tombai en avant, mes mains saignant sur le sol pour me retenir. La douleur était partout. Elle était dans mon pied, dans mes jambes fatiguées, dans mes épaules tirées et mes mains ensanglantées. Elle était sur ma peau mordue par le soleil et dans mes poumons compressés par l’air brûlant.

D’un geste du poignet, j’essuyai la sueur qui, de mon front, venait piquer mes yeux. Kamau se mit à pleurer, si fort que mes oreilles bourdonnèrent un instant. Dénouant le pagne, je le pris dans mes bras et le coinça contre ma poitrine.

Un autre meuglement.

Je m’élançai vers le bruit sans plus attendre.

« Oui’i ! »

L’animal meugla une fois encore et je sus que j’étais tout près. Je dévalai la bute avec précipitation, faisant attention cette fois-ci à ne pas trébucher. Kamau avait fini par se taire, bercé par les mouvements de ma course et je tentai tant bien que mal de le garder en sécurité entre mes bras frêles et sans force.

Ce fut là, au détour d’un immense rocher, que je le vis.

L’homme blanc.

Nous avions entendu des histoires à leur sujet. Des frères venant du sud qui en avaient eux-mêmes rencontrés. Mais jamais un homme blanc ne s’était aventuré jusqu’au Tukana. Mon mari disait souvent que seuls les guerriers qui avaient trahi les leurs s’approchaient autant de nos terres. Il nous racontait que c’était des hommes mauvais, égoïstes, qui au lieu d’accepter leur destin, fuyaient leur tribu et leurs familles.

« Oui’i ! » criai-je encore pour attirer l’attention de la bête.

L’homme qui tenait une arme étrange dans ses mains sursauta et se tourna pour me faire face, la pointant dans ma direction. Je sentis ses yeux s’attarder sur ma poitrine nue, mes jambes tremblantes. Sans retenue, il me fixa, enveloppant mon corps d’une caresse brûlante. Puis, après ce qui me sembla durer une éternité, l’homme aperçut Kamau dans mes bras et abaissa son arme.

Fière, ne voulant montrer mon angoisse, je relevai le menton et soutins son regard.

Un homme mauvais.

Pourtant, il n’en avait pas l’air.

Je m’approchai doucement de l’animal qui n’avait osé bouger. Oui’i se laissa attraper par les cornes sans émettre le moindre signe de protestation.

« Cet animal appartient à mon mari, affirmai-je assez fort pour que l’homme entende. Vous ne pouvez pas le tuer, il m’appartient. »

Il fronça les sourcils et fit un pas en avant. Instinctivement, je reculai. Il laissa alors tomber son arme sur le sol et leva les mains devant lui, comme lorsqu’on tentait de calmer un animal. Etais-je cela pour lui ? Un animal, sauvage ?

L’homme se mit alors à parler. Je ne compris pas un mot de ce qu’il dit. Pourtant, en écoutant sa voix si douce, si grave, je fus certaine qu’il était impossible qu’il me menaça.

« Je vais partir maintenant, » annonçai-je en reculant encore, mon bras tremblant sous le poids de mon enfant.

L’homme esquissa un mouvement brusque qui me fit sursauter. Il s’approcha un peu plus et cette fois je ne bougeai pas, le laissant réduire la distance entre nous.

« Will, murmura l’homme en posant la main sur sa poitrine. Will. »

Cette fois il l’avait répété plus fort. Voyant que je ne répondais pas, il recommença. Puis il pointa sa main vers moi et je compris enfin ce qu’il voulait.

« Mon nom est Maji, répondis-je. Maji.
- Maji. »

J’hochai la tête, en signe d’approbation. L’homme, Will, se tourna alors vers l’animal et refit le même geste.

« Oui’i, son nom est Oui’i, » expliquai-je alors, ne pouvant empêcher un sourire de naître sur mes lèvres.

L’homme me regarda et laissa échapper un rire franc et sincère. Sur le moment, je ne compris pas ce qu’il trouvait drôle mais ne dis rien. Je voulais que le temps s’arrête, juste pour quelques minutes.

« Willy, répéta l’homme entre deux hoquets de rire. Willy ! »

Je ne répondis pas et fit un pas en arrière. Il fallait que je rentre. Je ne le voulais pas mais je le devais. J’assenai une tape sur la croupe de l’animal qui s’en alla vers le lac sans demander son reste.

J’allai faire demi-tour lorsque l’homme m’attrapa par le bras. D’un sursaut, je le repoussai, me libérant de sa poigne. Il murmura quelque chose, comme pour me calmer et sortit un médaillon de l’intérieur de son vêtement. Doucement, il le déposa sur ma paume.

L’homme ne retira pas sa main tout de suite, laissant ses doigts caresser mon poignet. Mais lorsqu’il le fit, mon corps fut parcouru d’un frisson de refus qui me surprit moi-même.

Je fis miroiter l’objet entre mes doigts, il était très beau et brillait sous le soleil.

« William Jonathan Moore. »

Je le regardai bêtement, n’ayant pas compris ce qu’il me racontait. Il pointa le médaillon du doigt et répéta. Je baissai les yeux pour détailler l’objet encore une fois, essayant de comprendre ce que cela pouvait signifier.

Au loin, j’entendis Oui’i meugler.

Je soupirai. Le temps avait repris son cours. Il fallait rentrer, il fallait oublier. J’allai le remercier et lui rendre son présent, puis partir, sans un regard en arrière. J’allais effacer ce moment de ma mémoire, faire de cette rencontre un rêve, un songe qui disparaitrait chaque jour un peu plus. Pourtant, rien de cela ne serait possible.

Quand je redressai la tête, l’homme avait disparu.




End Notes:
Merci beaucoup d'avoir lu ! ♥
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