Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes d'auteur :
Le thème était : Voyage
Il existe un appareil unique, qu'une seule personne au monde possède. Créé en 2023 par un savant particulièrement obstiné, il appartient aujourd'hui à Juno Clarke, sa seule descendante. Il s'agit en fait d'un système de géolocalisation. Comme le GPS, il permet de tracer un itinéraire afin de se rendre à un endroit précis. Sauf que celui-ci est magique. 

Cela fait presque cinquante ans que la famille Clarke cache ce secret lourd de conséquences et de responsabilités. Lorsque Juno s'est vu hériter de l'objet à la mort de son père, elle était loin de se douter de son caractère hors du commun. En le laissant au placard, ne sachant quoi en faire, elle a gâché un potentiel énorme, sans même le savoir. 

Un jour de mai, en 2068, alors qu'elle était en retard pour se rendre dans une usine de train où elle serait bientôt la future manager, elle trouva enfin une utilité à ce mini logiciel de localisation. Elle le fixa dans sa voiture automatisée et aussitôt, l'objet technologique se lia d'une connexion électronique avec le véhicule qui s'était mis en route tout seul.

- Bonjour Juno. Nous sommes le 4 mai 2068 et c'est l'anniversaire de votre mère. Il est 7h46 et il fait 27 degrés dehors
- Combien de fois devrais-je te répéter que maman n'est plus de ce monde, soupira la femme aux cheveux lissés 
- Un nouvel appareil de localisation a été détecté.  

La voix robotique de la voiture électrique fut secondée par un bip sonore abrutissant qui poussa Juno à se boucher les oreilles, les yeux plissés de douleurs. 

- Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ! Vee, démarre le GPS et emmène-moi à ce fichu entretien, sinon je vais perdre ma place ! 
- Erreur. Veuillez taper l'adresse de votre destination sur le clavier. 

Cette voix n'était pas celle d'un robot, et elle n'était pas féminine. Les sourcils froncés, Juno regardait fixement l'appareil ayant appartenu à son père. Une étrange lumière bleue scintillait sur la lettre 'F' du petit écran. Quelque peu hésitante mais poussée par le temps qui tournait, Juno tapa rapidement l'adresse où devait se tenir son rendez-vous sur les touches tactiles de l'appareil. A peine deux secondes plus tard, le volant vrombissant que tenait Juno entre ses mains se transforma en une barre d'un métal froid et glissant. La carrosserie métallique du véhicule se changea en une capsule de verre insonorisée. Le silence pris place juste avant l'obscurité. Ne sachant pas à quoi s'attendre, Juno sentait son c“ur battre la chamade dans sa poitrine immobilisée par un système de ceinture résistant. Après un cliquetis effrayant qui ressemblait à celui d'un verrouillage, une force incroyable s'empara du corps de la femme prise au piège. Quelque chose d'invincible semblait la pousser vers l'avant tandis qu'une autre force la maintenait la plus droite possible. On aurait dit que la capsule vitrée tombait dans des abysses méconnus à une vitesse incontrôlable. La bouche grande ouverte, Juno hurlait sa peur de toutes ses cordes vocales, pourtant aucun bruit ne se faisait entendre. Rien à faire, le choc final lui serait fatal. 

Au bout de ce qui lui sembla une petite éternité, Juno crut se sentir libérée. En ouvrant enfin les yeux, elle redécouvrit la lumière du jour. Plus rien ne l'empêchait de bouger à présent. Comme après un mauvais rêve, elle n'osait même pas essayer de parler. Son véhicule avait visiblement repris sa forme normale. Seul le décor avait changé. Avait-elle tout imaginé ?

C'est avec curiosité qu'elle quitta l'habitacle pour mettre les pieds dehors. Face à elle, un immense bâtiment sur lequel on pouvait lire "Plus vite que la lumière". En tournant sur elle-même, elle observa que plusieurs voitures étaient garées sur ce parking. Même si le lieu paraissait désert, il s'agissait bien de l'endroit où le PDG lui avait donné rendez-vous. En regardant son bracelet digital, elle put lire 7h50. Finalement, elle était même en avance ! Lorsque des dizaines de questions irrationnelles se bousculèrent dans son esprit, elle choisit d'en chercher les réponses plus tard car l'heure était à la réussite. 

Un sourire s'étira sur les lèvres tendues de Juno. D'un geste de la main, elle replaça sa chevelure, comme pour se redonner du courage. La porte de l'immense hangar qui lui faisait face était ouverte et elle en profita pour entrer. A l'intérieur, le contraste opéra immédiatement : des machines au design récent fabriquaient dans un vacarme incommensurable des pièces destinées à l'assemblage d'un train à hyper grande vitesse (THGV). C'était la seule entreprise au monde qui était sur ce coup-là, autant dire qu'il s'agissait d'une opportunité unique pour Juno que de faire partie du voyage. Aucun ouvrier, juste un bureau allumé en haut d'un escalier, et une sorte de laboratoire au fond de la pièce où devaient se trouver les techniciens et scientifiques. Ce côté déshumanisé la faisait prendre conscience de ce que l'humain avait fait de la société. Mais pour vivre, elle devrait s'y conformer. 

D'un pas déterminé, elle grimpa en haut de l'escalier d'acier. Une fois devant la porte blindée, une caméra télécommandée tâcha de la signaler au Président. C'est du moins ce qu'elle imaginait puisqu'au bout d'une vingtaine de secondes, la porte s'ouvrit à elle. Elle entra, sûre d'elle.  

- Bonjour, monsieur Guesmann, je suis Juno Clarke, nous avions rendez-vous à 8h00, engagea-t-elle. 

Aucune réponse lui parvint. Antony Guesmann était bien fasse à elle, assis sur son siège pivotant qui par ailleurs était équipé de tout un tas d'options. Il avait l'air confus, et même agacé. Il se racla la gorge et rit nerveusement. 

- Mme Clarke... est-ce que c'est une blague ? Je sais que vous voulez à tout prix ce poste, d'ailleurs, qui le refuserait ? Cependant, vous n'êtes pas à la hauteur. 
- Comment... Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? Enfin, nous ne nous connaissons pas, et vous semblez avoir un avis bien arrêté sur ma personne. 
- Cessez vos inepties, vous avez tout donné lors de notre entretien hier matin, mais je regrette de vous le redire, vous ne correspondez pas vraiment à ce que je recherche ici. Voyez-vous, Plus vite que la lumière est mon entreprise mais surtout ma raison de vivre, et je ne peux me résoudre à la confier à quelqu'un dont je ne suis pas certain. 

Juno s'immobilisa. Elle était totalement désorientée. Ses yeux se posèrent tour à tour sur le visage sévère du PDG et sur l'horloge digitale accrochée au mur derrière lui. Sa vision étant floutée par un léger vertige, elle ne pouvait lire correctement. Pourtant elle était quasiment certaine de lire 05/05/68.

- Vous feriez mieux de rentrer chez vous, Mme Clarke. Je suis sûr que vous trouverez votre place. Ici, nous avons notre homme. 

Une lumière rouge se mit à clignoter dans la pièce et deux hommes en blanc sortirent de la salle du fond pour saisir Juno. Comme les gardiens d'une ancienne boite de nuit, ils soulevèrent la dame pour la ramener jusqu'à sa voiture. Encore ébahie, elle se contenta de rentrer dedans.  

- Bonjour Juno. Nous sommes le 5 mai 2068. Il est 8h07 et il fait 27 degrés dehors. 
Note de fin de chapitre:
Qui a dit qu'on ne pouvait voyager dans la dimension physique ?
Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.